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18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 06:53
Vrais et faux martyrs

Après les nombreux attentats perpétrés au cri de Allahou akbar, l’appellation « martyr » empruntée au monde judéo-chrétien est systématiquement revendiquée.

 

 

Les djihadistes se l’approprient au nom de l’injonction coranique appelant à mourir en attaquant au nom d’Allah pour rejoindre son paradis. L’utilisation ambiguë du mot « martyr » s’applique médiatiquement à ceux et à celles qui sont prêts à mourir pour la cause, en se faisant exploser au milieu d’une foule afin de terroriser les impies ou encore à ceux qui se lancent dans une opération suicidaire contre des mécréants.

Des mères palestiniennes inculquent même à leurs enfants qu’il n’y aura rien de plus beau pour eux que de mourir martyrs : ils sont ainsi conditionnés dès leur plus jeune âge pour aller semer la mort et se sentir à l’avance glorifiés par Allah. Ce sont les « shahid », car le martyre, le sacrifice volontaire pour tuer un infidèle, se nomme « shahada ».

L’imam El Haramain signale que le Prophète a particulièrement insisté pour enseigner l’amour du martyre au service du jihad. Abou Hourayra cite Mahomet : « Connaître le martyre au moment de mourir ne se ressent pas plus que lorsqu’on est piqué par un moustique ». A ce détail anesthésiant, s’ajoute l’attrait jouissif pour le paradis et ses 70 houris qui attendent lascivement les combattants pour les récompenser d’un coït ininterrompu.

Pour étayer sa promotion de la shahada (le martyre), le coran s’auto-attribue sans complexe la caution de la Torah et de l’évangile : « Allah a acheté des croyants, leurs promesses et leurs biens en échange du paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent et ils se font tuer. C’est une promesse qu’Allah a prise sur lui-même dans la thora, l’évangile et le coran » (sourate al tawbah 9.111).

Escroquerie intellectuelle hallucinante, cette référence à l’évangile, alors que Jésus en personne a déclaré : « qui combat par l’épée périra par l’épée », tout en invitant ses disciples à  donner leur vie sans aucune violence pour la cause de la vérité et de la justice. Ses disciples avaient reçu la consigne d’annoncer leur shalom sans jamais contraindre qui que ce soit.

Les premiers martyrs chrétiens (du grec « marturia », témoignage) ont été vénérés en tant que disciples du Christ, imitateurs de son don de soi dénué de toute violence. Très conscient des engrenages politiques de son temps, Jésus s’attendait à une fin tragique, il connaissait le sort des prophètes d’Israël et particulièrement celui des maccabîm, décrit dans le Livre des Martyrs d’Israël, deux siècles avant lui, lorsque le roi syrien Antiochus Epiphane avait massacré quasiment toute la jeunesse juive. Car ces résistants juifs s’opposaient corps et âmes à un paganisme imposé à la terre d’Israël. L’Ecrit biblique professe la conviction que le sacrifice volontaire de ces justes persécutés leur donnerait accès à la vie éternelle auprès de Dieu, juste juge des actions humaines.

 

Dans sa passion, Jésus a pour adversaires les sadducéens, juifs non orthodoxes et habiles hommes de paille des occupants païens et idolâtres. Ces collaborateurs contrôlent toute l’activité religieuse et économique du Temple de Jérusalem. C’est en raison de cette trahison sacerdotale que des mouvements dissidents comme les membres esséniens de Qumrân se sont créés. Les sadducéens et les Hérodiens accuseront Jésus devant Pilate. Dans les béatitudes, Jésus rappelle ce paradoxe prophétique: ceux qui résistent à l’attraction des idoles et qui sacrifient leur vie par amour pour Dieu et pour les autres accèderont à la vie bienheureuse de l’éternité.

Aux premier et deuxième siècles, la répression romaine contre les croyants de tradition biblique  prend de l’ampleur. Des avenues entières sont éclairées le soir par des malheureuses victimes crucifiées et transformées en torches vivantes. D’autres condamnés pour leur foi sont jetés en pâture aux fauves du cirque, jeunes femmes, jeunes gens et vieillards. Le vieil évêque Ignace voit arriver sa mort en face, et surmontant son angoisse du martyre dit que sa chair sera « pétrie dans la mâchoire des lions comme le grain moulu en vue d’un pain de vie pour le peuple affamé de justice ».

 

La contestation des premiers chrétiens a ainsi posé les bases du culte des martyrs. « Sanguis martyrorum, semen christianorum » : sang des martyrs, semence de chrétiens. Le développement fulgurant du mouvement messianique de Jésus est dû à cette réalité d’un total don de soi oblatif.

Si l’on regarde le témoignage de St Maurice, en Valais, on constate que ce chef de légion thébaine a accepté librement la sanction de la mort au nom de sa foi en l’amour du Christ vainqueur du mal. Militaire et haut gradé, il a refusé l’ordre venu de Rome de massacrer tous les habitants d’Agaune, et il fut suivi aussitôt par ses propres légionnaires hostiles à toute violence. Résistants jusqu’au bout, tous ont été décimés en représailles et sont morts en vrais martyrs, pour avoir refusé de massacrer une population locale prise en otage. Dès lors, l’abbaye de St Maurice en Valais fondée sur ce courageux témoignage perdure sur place sans interruption depuis 1500  ans (malgré l’assaut des Arabes au Xème siècle), ainsi l’exemple lumineux de ce chrétien et de ses compagnons reste d’actualité.

Quel rapport pourrait-il y avoir entre les martyrs d’Israël, suivis des témoins du Christ, et les combattants d’Allah qui perdent leur vie en allant assassiner les infidèles ?

 

Plus particulièrement ceux et celles qui se sont fait exploser au milieu d’une foule innocente, ou ceux qui massacrent des piétons avec un camion, une voiture ou un couteau…

On pourrait dire que les faux martyrs s’explosent, tandis que les vrais martyrs s’exposent.

Les uns mus par la haine, les autres par l’amour. Les premiers pour prendre des vies en semant la mort, les seconds pour vaincre la mort en défendant la vraie vie jusqu’au don de soi.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 04:48
Le culte des martyrs est né dans le judaïsme

On sera surpris d’apprendre que l’origine de la vénération chrétienne des martyrs de la foi, si développée dès les premiers siècles de l’ère courante, a pris naissance dans le judaïsme.

 

 

Lorsque l’on visite le Colisée à Rome, les guides oublient souvent de préciser que les victimes de condamnation à mort sous la dent des fauves étaient indistinctement des juifs et des chrétiens. Pour une simple raison, les uns et les autres, unis dans la même tradition biblique de l’adoration du seul Nom de Dieu, refusaient catégoriquement de rendre un culte à l’empereur divinisé. Aux yeux des Césars, ils devenaient des contestataires du pouvoir et des agitateurs potentiels, ils devaient donc mourir, paradoxalement condamnés pour « athéisme » puisque pas assez religieux au service du pouvoir ! Le Kyrie Eleison des chrétiens est une trace liturgique issue de ce refus spirituel assumé : « le seul Seigneur que nous acceptons de vénérer, c’est le Christ », car l’empereur se faisait lui-même appeler Kyrios.

Pline et Suétone dans leurs lettres englobent dans la même dénomination ceux qui provoquent des troubles dans la société par leur résistance, israélites ou chrétiens, ils sont tous considérés comme « des juifs qui s’agitent ». Ils ne distinguent pas entre membres de la synagogue et disciples du mouvement christique, car leur adhésion à l’alliance est commune.

Dès les débuts de la tradition judéo-chrétienne, les saints du Premier Testament étaient l’objet d’une vénération particulière. La lettre de Jacques mentionne Abraham et Elie, et l’épître aux Hébreux donne au culte expiatoire du Temple une valeur prémonitoire au sacrifice du Christ. Les justes qui donnèrent leur vie dans la tradition des Pères, « c’est dans la foi qu’ils moururent » (He11.13). L’évêque Clément de Rome, d’origine juive, donne en exemple de sainteté Abraham, Moïse, Elie, Elisée, Ezekiel, Job, dans sa lettre aux Corinthiens 17

Une place primordiale revient aux frères Maccabîm qui donnèrent leur vie en martyrs lors de l’occupation de la Judée par Antiochus Epiphane. Ces jeunes gens refusèrent de renier la Loi et ignorèrent la menace. Ils étaient sept, et leur mère fut également mise à mort. Après leur exécution par l’occupant païen (2ème siècle avant JC), les milieux pharisiens développèrent leur mémoire exemplaire (ainsi que celle d’Eleazar, autre témoin de la foi hébraïque), en proclamant la foi en la résurrection des justes. C’est alors que le culte des martyrs pris son essor. En 135 ap. JC, l’empereur de Rome Hadrien prit possession de Jérusalem qu’il débaptisa en Aelia capitolina, et la Judée en Palestina, les résistants juifs et chrétiens furent alors nombreux à connaître ensemble le martyre. On les appelait les « harougué malkhout ». Rabbi Aqiba au moment de sa mort offrit son sang avec joie, en disant qu’il vivait dans son être le Shema Israel, en concrétisant l’amour de Dieu de toute son âme ( nefesh). C’est lui qui avait posé les bases de la halakha. Il y eut aussi Rabbi Hanania ben Teradyon, enseignant dans une yeshiva de Galilée. Il fut exécuté par l’occupant romain qui l’enveloppa dans des rouleaux de la Torah pour le brûler vivant. Enfin rabbi Yehouda Ben Baba, qui avait transgressé l’interdit romain d’enseigner la Torah, fut transpercé de 300 coups de lance.

En Syrie, la ville d’Antioche avait vu se développer une importante communauté de disciples du Christ. C’est dans une synagogue de cette ville que les reliques des frères Maccabîm étaient honorées de tous. Dans la 2ème partie du 1er siècle, les païens désignèrent les disciples de la Voie par le nom de « christianoï », chrétiens. Alors que le canon biblique chrétien reconnaissait les livres des Maccabîm, un panégyrique du Quatrième livre des Maccabîm fait l’éloge des martyrs juifs. L’auteur rappelle le jour « cruel et pourtant non cruel » où les sept frères souffrirent pour la foi au vrai Dieu, jour solennisé par des cérémonies de mémoire. Les juifs et les judéo-chrétiens vénéraient à Antioche la tombe de ces martyrs qui devinrent les modèles pour le culte chrétien des témoins de la foi. Jean Chrysostome lui-même dans sa quatrième homélie (In sanctos macchabeos) précise qu’il parle en présence du tombeau des martyrs de la foi.

 

Au 4ème siècle, une basilique fut édifiée sur le tombeau des Maccabîm. St Augustin prit part aux discussions sur la valeur du témoignage de ces martyrs juifs aux yeux des chrétiens. Le culte des martyrs juifs est-il autorisé ? demandait-on. Jean Chrysostome élève la voix contre ces quelques chrétiens qui refusent d’honorer les Maccabîm. Grégoire de Nazianze, idem. Ils ont droit à la vénération des croyants puisqu’ils ont donné leur vie en témoins de Dieu et en fidélité à la tradition des pères. La synaxe de l’Eglise syrienne relève ces dispositions : « nos pères chrétiens ont établi comme règle de célébrer une fête en faveur des Justes de la Torah pour que nous sachions que nous n’avons aucunement abandonné l’œuvre de la Loi en la dépassant ».

Augustin va dans le même sens lorsqu’il déclare que « les martyrs d’avant le Christ ont été sacrifiés pour la vérité. Il ne faut pas hésiter à imiter les Maccabîm ! »(sermon 300)

Marturia signifie « témoignage ». Ces juifs et ces chrétiens furent animés jusqu’au bout par la foi au Dieu de la Bible, Dieu des 10 paroles et de la sagesse de vie. Ils laissent dans l’histoire la trace de lumière dont parle Daniel, qui compare les justes à des étoiles scintillantes dans le ciel, lumière dont nous devons nous éclairer tous ensemble aujourd’hui lorsque l’horizon continue de s’assombrir.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 03:28
L’Eglise catholique a-t-elle empêché de lire la Bible ?

Les milieux protestants ont longtemps affirmé que l’Eglise catholique avait interdit par principe la lecture de la bible.

 

 

Cette posture éminemment critique provient du lointain contexte de la Réforme lors duquel le moine augustin Martin Luther a lancé à juste titre sa protestation contre les abus d’une cour pontificale corrompue, avec le scandale de la vente des indulgences. C’est sans doute son amour de l’Eglise sainte qui incitait le religieux allemand à mettre en évidence les turpitudes humaines laissant imaginer que le salut éternel peut s’acheter. Luther se situait ainsi dans la suite spirituelle du prêtre Jean Gerson qui, déjà un siècle plus tôt, désignait l’Eglise comme « semper reformanda ». Le juriste Jean Calvin par la suite a repris à Genève cette ligne mettant en lumière la gratuité du salut en Jésus Christ, et il a dénoncé le trafic des vraies et fausses reliques dont la vénération faisait dériver les fidèles vers des croyances de superstition. A leur manière, les deux réformateurs ont combattu le pélagianisme de retour au sommet de l’Eglise (l’hérésie pélagienne affirmait au 4ème s. que l’homme peut être l’artisan de son propre salut). Il est pourtant clair que l’Eglise n’est pas son propre but en elle-même, et que ses ministres sont des serviteurs du Christ qui seul en est le véritable chef.

L’optique de ces réformateurs était donc de recadrer la centralité de la Parole de Dieu, conviction aujourd’hui partagée par protestants et catholiques. A la suite du Concile Vatican II, une déclaration commune sur « la justification par la foi » est venue en 1998 mettre un terme à ces dramatiques dissensions du 16ème siècle ayant provoqué la fracture dans l’Eglise et instauré des malentendus théologiques tenaces.

Le débat se prolonge régulièrement de nos jours lorsque l’on entend encore dire que « l’Eglise catholique interdit de lire la Bible ». Des affirmations accusatrices, provenant de milieux anticatholiques, relancent souvent cette polémique stérile pour opposer frontalement parole de Dieu et tradition ecclésiale…Il faut donc nécessairement vérifier l’historicité et la fiabilité de ces accusations. En d’autres termes, est-il crédible de penser que l’Eglise catholique soit désireuse de priver durablement ses membres d’une connaissance de la Parole de Dieu ?

Pour éviter les clichés, il faut pénétrer les circonstances historiques qui ont vu au cours du temps diverses postures se succéder autour de la lecture de la bible. Était-ce structurel ou seulement conjoncturel ? Les périodes examinées offriront les éléments factuels de discernement indispensables pour analyser cet enjeu fondamental : le libre accès à la Parole de Dieu par le public chrétien.

Mais il est vrai que la position catholique a toujours recommandé sinon exigé l’accompagnement éclairé de ces lectures, alors que les courants littéralistes estiment que lire la bible se limite à une pieuse démarche individuelle cautionnée par l’Esprit Saint…Repli qui en soi opère une rupture avec la pratique antérieure du peuple juif, duquel les chrétiens ont reçu les Ecritures, et chez lequel la lecture de la Parole est toujours communautaire grâce aux interprétations érudites des spécialistes. La tradition orale n’est jamais séparée de la tradition écrite.

Premier Testament

Selon les divers courants religieux dans l’Israël antique, des règles existent pour l’accès aux récits bibliques. Les lévites assurent une supervision dans l’accès aux saintes Ecritures. Un livre, le « lévitique », porte leur nom et édicte des principes.

Chrétienté

A certaines époques, il est effectivement arrivé que l’Eglise interdise momentanément la lecture ou la possession des Ecritures saintes, mais pour des raisons ponctuelles et objectives : lorsque la traduction était de mauvaise qualité, ou lorsque aucune note explicative n’accompagnait les passages nécessitant un guidage de compréhension.

Cette restriction s’explique par les étapes les plus sombres de l’histoire européenne, alors que surgirent des troubles sociaux, des révoltes suivies de meurtres, de pillages, de destructions, déclenchés à partir d’interprétations littérales de la bible par des prophètes autoproclamés pensant précipiter la venue du Royaume de Dieu. On pense aux multiples jacqueries et aux conflits de pouvoir ayant dégénéré. Afin d’éviter la spirale périlleuse de la violence, l’Eglise a parfois interdit de façon limitée les lectures bibliques sujettes à ce type de déchaînement. Mais cette limitation localisée et temporaire n’a jamais été absolue, ni indûment prolongée. En effet, la pratique générale de l’Eglise a été de diffuser publiquement la Parole de Dieu, en particulier au cours des célébrations. Mais aussi depuis que son magistère (par le pape Damase) a fixé le canon officiel de la bible, et donc l’autorité de la Parole, au 4ème s. à partir des traditions orales et par la sélection des nombreux textes en circulation. Quant au canon des Ecritures hébraïques, il était déjà universellement reconnu vers 250 ap. JC.

>>>Examinons factuellement les étapes significatives par lesquelles s’est illustrée la diffusion des textes sacrés :

Le plus ancien document pédagogique sur le vocabulaire biblique date de 768, c’est le glossaire de Reichenau. Il offre une correspondance entre les mots latins de la Vulgate et les termes français équivalents.

Les psaumes, prière juive quotidiennement pratiquée par l’Eglise, surtout dans ses monastères, sont traduits en 1100 en Angleterre, en langue française, par des religieux de Cantorbéry, ce qui constituera le psautier du Moyen-Age. A leur suite, des moines de Normandie traduisent en français certains livres de la bible sous forme versifiée, très prisée à l’époque : le cantique des cantiques, le psautier, les livres des Rois, Samuel, les Juges, les Macchabées, la Genèse. La bible en vers de Hermann de Valenciennes reçoit un succès populaire.

Au 12ème s. le Concile de Toulouse a-t-il interdit par principe la lecture de la bible ? La réalité est différente. Avec la diffusion des idées cathares qui propageaient une subversion sociale en opérant une distorsion des Ecritures, le concile interdit la popularisation de la bible en langue vernaculaire, mais maintient intacte la lecture de la bible latine et grecque. Précisons que cette limitation n’était valable que pour une partie du sud de la France touchée par l’hérésie albigeoise, et limitée aux possessions du Comte de Toulouse qui jouait double jeu face à l’extension des troubles politico-religieux. Dès que les dégâts du catharisme prirent fin dans la région, l’interdiction fut levée.

Une bible en français, 13ème s.

C’est en Terre sainte que cette traduction française voit le jour, vers 1250. En plein Moyen-Age, la bible en français est contemporaine de St Louis. A la même époque apparaît la « bible riche de Tolède » (biblia rica) rédigée en français à la demande de Blanche de Castille. Il y a également « la bible des sept ersatz du monde », compilation du Premier et du Nouveau Testament promue par Geoffroi de Paris. La « bible de Charleville » est une traduction anonyme et partielle de la bible.

Au 14ème s. existent un « poème sur le nouveau testament » accompagné de divers extraits bibliques.

Bible de Gutenberg

C’est en 1455 que Gutenberg (qui s’appelait en réalité Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg), catholique fervent et inventeur de l’imprimerie, déclare, soutenu par l’Eglise : « Dieu souffre, parce qu’une grande multitude ne peut être atteinte par la Parole sacrée. La vérité reste captive dans quelques manuscrits qui renferment des trésors. Brisons le sceau qui les retient, donnons des ailes à la vérité, qu’elle ne soit plus manuscrite à grands frais par des mains qui se fatiguent…Que les Ecrits se voient multipliés par une machine infatigable et qu’ils atteignent ainsi tous les hommes ! »

Et en 1455 Gutenberg imprime la Vulgate sur vélin, bible d’excellente présentation qui connaît un succès immédiat.

La bible de Luther

En 1513 déjà, bien avant la rébellion de Luther, un ouvrage allemand encourage la lecture de la bible : « on doit s’empresser de lire avec humilité et dévotion les Saintes Ecritures. On trouve des bibles traduites en allemand et imprimées en grand nombre à prix abordable »

C’est entre 1522 et 1534 que Luther fait paraître les bibles traduites en allemand. Il n’est cependant pas le premier à traduire la bible en langue courante à partir du latin. De 1466 à 1522, quatorze traductions allemandes de la bible complète avaient été publiées. Parallèlement 156 éditions latines et six éditions de la bible hébraïque avaient été proposées au public.

Pourquoi dans ce cas y a-t-il eu opposition catholique à la traduction de Luther ? Le problème se révèle être surtout d’ordre technique et déontologique. Car Luther a traduit les textes en fonction de sa doctrine personnelle du salut sans les œuvres, son fer de lance, mais faisant des interprétations, des ajouts et des suppressions discutables, il a en tant que traducteur outrepassé ses droits. On compte plus de 1400 passages ayant besoin de correction. L’exégète protestant Bunser en compte 3000. Voulant infléchir la traduction dans le sens de sa doctrine, Luther dénigre le Qohelet, laisse de côté l’épître aux Hébreux et l’Apocalypse, rejettent les deux livres des Macchabées, caricature la lettre de Jacques en « épître de paille » parce qu’elle met en valeur l’action comme prolongement de la foi. Pourtant, l’apôtre Paul avait insisté sur le fait que donner sa fortune sans amour perd toute valeur, et l’évangéliste Jean estime que prétendre aimer Dieu sans agir en faveur de son frère est mensonge…

Concernant les épîtres de Paul, le texte de Rom. 3,28 dit : « Nous devons reconnaître que l’homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi ». Luther transforme ce passage : « Nous devons reconnaître que l’homme est justifié SANS les œuvres de la loi, mais seulement par la foi ». Il reçut des critiques sur cette torsion interprétative qui ne figure pas dans la version originelle, mais il répondit sans trop de modestie : « Le docteur Martin Luther veut qu’il en soit ainsi…papiste ou âne, c’est la même chose ! Je l’ai voulu ainsi, ma volonté suffit et fera loi »

Cette traduction fut condamnée dans le duché de Saxe, en Autriche, dans la Marche de Brandebourg. Les théologiens catholiques lui opposèrent la traduction originelle orthodoxe et on l’accusa de falsification.

Le Concile de Trente

En 1546, le Concile réaffirme l’importance de la bible et la volonté de l’Eglise de la diffuser et de la préserver. Alors que des hérésies nouvelles se développent, « Le saint concile ordonne que la Vulgate approuvée par l’Eglise au long des siècles soit considérée comme authentique dans les disputes, les prédications et que personne n’en rejette le texte »

Luther a exclu les livres dits « deutérocanoniques » du Premier Testament car il y voyait une mise en cause de sa doctrine, sur des sujets comme la prière pour les défunts, l’intercession, etc. Les deutérocanoniques étaient considérés comme livres inspirés par les premiers chrétiens et le concile de Rome en 382 les a approuvés tout en fixant le canon des Ecritures. Mais Luther expulsa d’autres livres du Premier Testament comme l’histoire de Job et de Jonas, vus comme des fables, le livre du Qohelet considéré comme incohérent, et le livre d’Esther n’aurait selon lui pas dû exister…

Dans le Nouveau testament, Luther exclut l’épître de Jacques qui a ses yeux est étrangère à l’évangile. Elle contredit sa conception du salut par la foi seule, selon son propos : « Jacques s’oppose à St Paul et au reste des Ecritures en attribuant la justification aux œuvres… » Pour l’apocalypse de Jean, Luther dit « ne pas accepter que le Saint Esprit ait pu inspirer un tel livre ». La seconde épître de Pierre passa aussi à la trappe, et il fit de tous ces livres retirés des « apocryphes » qu’il plaça en postface de sa traduction.

Concernant sa modification du texte dans l’épître aux Romains Martin Luther avoue : « Je sais bien que cette parole : « seule » ne se trouve pas dans le texte de Paul. Mais si un papiste vous importune à ce sujet, dites-lui sans hésiter : je ne suis pas l’écolier des papistes mais leur juge ! »

Paradoxalement, Luther fait également cette étonnante déclaration : « Nous sommes bien obligés d’avouer, tout protestants que nous sommes, que dans le papisme il est des vérités de salut…Oui ! Toutes les vérités du salut. Et c’est de lui que nous les tenons car c’est dans le papisme que nous trouvons la vraie Ecriture sainte, le vrai baptême, le vrai sacrement de l’autel, les vraies clefs qui remettent les péchés, la vraie prédication, le vrai catéchisme, les vrais articles de foi. J’ajoute donc que dans le papisme se trouve le vrai christianisme (Martin Luther au Colloque de Marbourg, 1529, œuvres, édition d’Iéna).

En 1757, le pape Benoît XIV recommande la lecture de la bible en langue vulgaire, à condition qu’elle soit assortie de commentaires explicatifs.

Au 19ème s.  les sociétés bibliques anglaises lancent une campagne de distribution de la bible protestante dans les pays catholiques. Au risque de créer la confusion dans les esprits. Un commentateur catholique écrit : « Les sociétés bibliques anglaises ont bouleversé l’Italie. Ce zèle protestant de l’Angleterre fraie un chemin à la politique et au commerce anglais qui s’introduisent en Italie la bible à la main ».

En 1873, plusieurs auteurs ecclésiastiques (dont Benjamin Constant, et Louis-Nazaire Begin) réfutent l’idée assez répandue que l’Eglise aurait interdit de lire la bible. Ils rappellent que les papes n’ont pas édicté cette interdiction, même s’ils ont recommandé les notes explicatives. « Comment comprendrais-je si personne ne me guide ? » (Actes 8,31)

Le pape St Pie X en 1906 approuve chaleureusement la lecture de la bible par les fidèles. Il insiste en précisant que cette démarche contribue à « dissiper ce préjugé selon lequel l’Eglise voit d’un mauvais œil et entrave la lecture de l’Ecriture sainte en langue vernaculaire »… Le code de droit canonique de 1917 rappelle qu’il est permis d’imprimer et diffuser la bible en langue vernaculaire, mais qu’il est recommandé de ne pas la lire de manière autonome. Le pape Benoît XV, avec l’encyclique Spiritus paraclitus, et le pape Pie XII avec Divino afflante spiritu encouragent la lecture de la bible et les études bibliques.

A la suite de documents magistériels successifs depuis Jean Paul II insistant sur le lien à la parole biblique, un texte signé du cardinal Ratzinger est édité en 2001 : « Le peuple juif et ses saintes Ecritures dans la bible chrétienne ». C’est une perspective stimulante autour du patrimoine commun entre juifs et chrétiens. Seul ce ressourcement peut accompagner les chemins de retrouvailles entre chrétiens et juifs, mais aussi entre dénominations chrétiennes appelées à accueillir l’unité demandée par le Christ.

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Aujourd’hui, les groupes bibliques œcuméniques, les groupes de dialogue judéo-chrétien, de nombreuses instances de base en Eglise contribuent à l’approfondissement du patrimoine commun qu’est la tradition biblique, dont le souffle régénérant peut apporter des valeurs humaines et spirituelles incomparables dans le monde qui avance tant bien que mal au milieu de défis colossaux, comme un bateau ivre sans gouvernail…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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18 juin 2024 2 18 /06 /juin /2024 01:22
La grande muette : l’Église

Quand j’étais enfant, lors de la messe, mon curé montait en chaire pour son sermon qui toujours comportait un volet « séculier ». Il évoquait la vie locale, quitte parfois à être un peu intrusif, et la vie nationale sur les grands sujets du moment. De sa position dominante, le prêtre appliquait ses leçons de morale chrétienne à la vie de ses paroissiens. Il n’y avait pas besoin d’avoir un esprit fin et délié pour tenter d’en traduire l’application à ce que le pécheur vivait. Le curé parlait « cash » comme on dirait maintenant. Même pendant l’occupation du pays par les Allemands, certains dimanches, il tenait des discours qui faisaient craindre pour sa sécurité. Il n’était pas un cas particulier. Il était courant, admis, attendu que les prêtres se comportent ainsi. On attendait, parfois on appréhendait le sermon du prêtre.
C’était l’époque bénie où le Christianisme n’avait pas de concurrent sérieux sur le continent européen ; certains trouvaient même les curés un peu trop « bavards » et impliqués. Ce n’est plus le cas depuis longtemps.

On a ensuite descendu les curés de leur chaire. Ils sont devenus moins audibles, malgré les progrès techniques qui leur offraient une sonorisation ne rendant plus nécessaire de s’élever pour se faire entendre. C’était l’époque où l’Église, acharnée d’humilité, avait déjà le désir de se fondre dans la masse. On avait peur que la position dominante du prédicateur puisse faire croire que l’Église cherchait à manifester sa domination sur l’auditoire ; insupportable dans ces moments où commençait à être rejetée toute autorité même morale. Le déni de soi les a frappés comme les instituteurs qu’on a descendus de leur estrade. Étant presque comme tout le monde, ils n’impressionnaient plus grand-monde.

Les curés sont donc descendus à hauteur des fidèles et depuis ils n’ont plus rien à dire. Même lors des journées patriotiques, les allusions en rapport direct avec la commémoration de l’événement sont rares, exprimées en quelques mots, et parfois bien timides. J’ai entendu, il y a quelques années, lors de la cérémonie commémorative du 8 mai 1945, un prêtre déclarer que la violence ne règle jamais rien ; alors qu’il rendait hommage aux victimes du nazisme qui ne put être abattu que par la violence. Seules les cérémonies d’obsèques échappent en général à la règle. Les messes sont désormais interchangeables ; les mêmes à Dieppe qu’à Carcassonne ; déconnectées du réel ; du prêt-à-porter de la messe.

Bien sûr, la messe est d’abord un acte religieux dont la liturgie est le cœur ; ce n’est pas une tribune politique. Les évangiles traitent certes au fond de tous les aspects de la vie ; mais leur sens restera obscur pour beaucoup s’il n’est pas explicité, traduit en termes clairs appliqués au monde d’aujourd’hui pour le rendre accessible à tous. Ce doit être le rôle du prêtre. Il y a des choses qui peuvent être dites ; et qui doivent être dites. Le Père Boulad, connu pour ses prêches « musclés » peut servir d’exemple.

Cette déconnexion de l’acte religieux de la vie terrestre a été longtemps sans grande importance. Mais depuis la constante progression de l’Islam en terre chrétienne, ce mutisme de l’Église devient de plus en plus étonnant, assourdissant, incompréhensible. Les imams, eux, n’ont pas de ces pudeurs et n’hésitent pas à haranguer leur auditoire, exaltant la résistance à l’emprise sociétale du pays dans lequel il a pourtant choisi de vivre ; quand ils ne font pas carrément appel au djihad, à la guerre contre les insoumis, c’est-à-dire contre tous les non-Musulmans, Juifs et Chrétiens en tête. Ils ont une grande chance. Leurs textes religieux sont essentiellement des appels au combat pour conquérir le monde par la conversion, la soumission ou la mort des infidèles. Tout imam peut, comme récemment celui de Beaucaire, dire qu’il n’appelle pas personnellement au meurtre en citant des versets du Coran puisque c’est Allah qui parle.
En face rien ou presque. Des prêtres taiseux armés de textes humanistes prêchant même l’amour de son ennemi. La partie n’est pas égale. Pourtant l’opposition aveuglante entre les textes religieux chrétiens, pétris d’amour de l’autre et les textes islamiques, chargés de violence à toutes les pages dès qu’il s’agit des autres, permettent de faire des comparaisons, de la « com », de la publicité comparée on dirait de nos jours. À destination des Musulmans si possible ; mais l’efficacité de ce prosélytisme sera marginal tant cette collectivité est déjà encadrée, soumise. Mais à destination des Chrétiens inconscients de ce qu’ils vont perdre, c’est nécessaire.

Ou alors, faudra t-il se résigner, comme les témoins de Jéhovah qui refusent toute violence quelles que soient les circonstances car Dieu s’occupera de tout à la fin des temps ? Peut-on s’en remettre à l’État seul dont l’obsession laïcarde s’exprime en paroles vaines et qui est incapable d’endiguer l’invasion en cours ?
Toutes les civilisations sont adossées à une religion. La nôtre est issue de 60 générations imprégnées de Christianisme. Elle est menacée par une autre qui ne la vaut pas. L’Église ne peut pas se contenter de regarder passer le train. Elle doit parler. Elle dispose pour cela de milliers de bouches qui sans doute ne demandent qu’à être autorisées à le faire. Il nous faut une Église de combat. Mais est-ce un espoir raisonnable avec le pape François ?

Général Roland Dubois

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17 juin 2024 1 17 /06 /juin /2024 23:15
Un an après le décès de Benoit XVI, le pape François écarte son entourage et liquide son héritage

Même type de règlement de comptes mené avec détermination en 2023 par le pape François: le fait de couper, arbitrairement et contre toutes règles établies, vivres et logement au cardinal américain Raymond Leo Burke, 75 ans. Ce spécialiste du droit canonique qui a occupé de hautes fonctions au Vatican, était déjà sur la touche parce qu’il est l’un des rares cardinaux à oser émettre publiquement des avis critiques sur le pontificat. Ce qui aurait poussé François à déclarer devant plusieurs cardinaux lors d’une réunion officielle, le 21 novembre dernier: «Le cardinal Burke est mon ennemi, c’est pourquoi je lui retire l’appartement et son salaire.»

(…)

Ennemi ou pas, une autre tête est également tombée sur décret papal, le 11 novembre 2023. Mgr Joseph Strickland, 65 ans, évêque de Tyler au Texas se trouvait être un «ami» proche de Benoît XVI. C’est Peter Seewald, un laïc allemand, biographe du pape émérite qui l’a révélé dans une interview accordée le 27 décembre au site italien La Nuova Bussola Quotidiana disponible en français sur le site Benoît et moi. Seewald va jusqu’à parler de «purge» qui toucherait le «lignage de Benoît XVI». Le biographe qui a rédigé quatre livres interviews avec Benoît XVI, relate en le citant l’inquiétude du pape en retraite confiée à plusieurs visiteurs sur «le danger d’un glissement de terrain doctrinal».

(…)

En plaçant là son ami Victor Manuel Fernandez, François a accompli un acte décisif qui était impossible à réaliser avant la mort de Benoît XVI, puisque à la place de Ratzinger, qui a marqué la théologie catholique dans cette fonction – notamment avec l’encyclique «La splendeur de la vérité» – il place un proche considéré comme «anti-Raztinger» sur le plan théologique. Le 1er juillet dernier, François a d’ailleurs assigné à Fernandez une mission explicite par lettre: «non de poursuivre d’éventuelles erreurs doctrinales» par une «théologie de bureau» qui travaille selon une «logique froide et dure qui cherche à tout dominer» mais de «montrer un Dieu qui aime, qui pardonne», sans imposer «une seule manière» d’exprimer la théologie et de créer une harmonie «avec les différentes lignes de pensée». (…) Il a confirmé l’admission des personnes divorcées remariées à la communion mais en suivant les règles établies par la conférence épiscopale argentine. Il a dit oui à la possibilité pour un transgenre ou une personne homosexuelle d’être baptisé et d’être parrain ou témoin de mariage. Il a autorisé l’accès à la communion pour les mères célibataires. Il a lancé, avec l’aval du pape, la possibilité de bénir des «couples» homosexuels. Benoît XVI est définitivement enterré.

Le Figaro

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31 mai 2024 5 31 /05 /mai /2024 06:13
Gethsemani

Le Vendredi Saint est un temps fort du triduum pascal. Cette halte permet de rejoindre Jésus dans ces moments angoissants où il entre dans l’engrenage tragique qui va le conduire à la croix du Golgotha. 

Au pied du Mont des Oliviers, à Jérusalem, un lieu-dit devenu célèbre s’appelle Gat Shmanè, Gethsemani, c’est-à-dire : le pressoir à huile. C’est une étape révélatrice dans le récit de la passion de Jésus, alors qu’il se prépare à offrir sa vie pour sauver l’humanité de l’emprise du mal.

Il se trouve que Jésus a habité à Kfar Nahum, le hameau du consolateur. Et il a en effet passé sa courte vie à consoler, réconforter, tous ceux et celles qu’il rencontrait sur sa route, en Judée, en Galilée. Il a aidé de nombreuses personnes à retrouver espoir et à se reconstruire, en leur transmettant la force de l’Esprit comme signe du Royaume de Dieu.

Et voici qu’à Gethsemani Jésus se prépare à sa confrontation ultime avec la mort qui se dessine à l’horizon. Les manigances de ses adversaires ont resserré l’étau. Jésus avait affronté les forces du mal avec courage, en guérissant des êtres jusqu’ici malmenés par les duretés de l’existence, aujourd’hui, c’est lui qui va traverser une détresse intense au jardin de Gethsemani.

Gat Shmanè, Gethsemani, « le pressoir à huile ». Le nom de cette étape n’est pas dû au hasard. Nous savons combien l’huile joue un rôle essentiel dans la vie du peuple de Dieu. Et la circonstance dramatique que Jésus rencontre est certainement ressentie comme un pressoir qui l’oppresse, et cette épreuve va comprimer toutes ses forces pour en faire ressortir le meilleur de lui-même. Dans l’histoire sainte, l’huile est un signal messianique porteur de sens. On oint avec de l’huile le front des rois d’Israël et des grands-prêtres du temple. D’ailleurs, être oint au nom de Dieu pour une mission se traduit en hébreu par mashiah, et en grec par christos. A la suite de son passage par Gethsemani, «  pressoir à huile », Jésus va donc recevoir une onction divine particulière pour traverser ces événements décisifs de la passion.

Au temps de Jésus, c’est aussi l’huile du jardin des Oliviers qui garantit la lumière du sanctuaire : elle alimente la menorah, le grand chandelier à 7 branches qui éclaire l’intérieur du temple, devant le Saint des Saints, réceptacle des 10 paroles. Après le temps du déluge, lors du redémarrage de la création grâce à Noé, la tradition dit que le rameau d’olivier tenu dans son bec par la colombe, symbole d’une alliance nouvelle, provenait précisément du jardin des Oliviers.

 

Après avoir partagé la dernière cène avec ses disciples, Jésus est maintenant arrivé au jardin des Oliviers. Il va d’abord prier seul, puis il fait appel à Pierre, Jacques et Jean pour prier avec lui. Ce sont déjà ces trois amis proches que Jésus avait gratifiés d’une transfiguration en relation avec Moïse et Elie, sur la montagne.

Alors qu’il s’apprête à accomplir la volonté du Père, Jésus invite ses disciples, mais aussi chaque disciple, chacun de nous, à le suivre sur le chemin qui passera par la croix. Jésus s’exprime avec le langage des psaumes : « mon âme est triste à en mourir… » C’est une phrase tirée du psaume 43. Cette détermination à dépasser la tristesse pour affronter la mort dans la prière s’accompagne du désir d’accomplir la volonté de Dieu. Beaucoup de ses prédécesseurs du Premier Testament sont passés par là : Moïse vit une épreuve dramatique lorsqu’il guide le peuple dans le désert et il s’adresse à Dieu : « Je ne peux à moi seul porter tout ce peuple, c’est trop pour moi ! Si c’est pour me traiter ainsi, laisse-moi plutôt mourir… » (Nb 11,14) Le prophète Elie est lui aussi traversé par des sentiments semblables lorsqu’il mesure l’immense difficulté d’acheminer le peuple vers le bien. On lit au 1er livre des Rois (1R19.14) que s’asseyant sous un genêt, Elie souhaita mourir, et il dit : « C’en est assez maintenant, Seigneur. Prends ma vie, car je ne suis pas meilleur que mes pères ! ».

 

Les paroles que Jésus adresse à ses disciples à Gethsemani révèlent la peur et l’angoisse qu’il éprouve à cette heure. La solitude ultime de Jésus nous renvoie à ce que ressent tout être humain devant l’imminence de sa propre mort. C’est surtout lorsqu’il perçoit le poids du mal présent dans le monde que Jésus tombe face contre terre, dans une attitude de confiance au Père. En lui, l’acceptation volontaire de sa destinée et la prière du Notre Père (Que ta volonté soit faite) ne font plus qu’un. Alors que ses disciples se sont endormis, Jésus lutte contre la tentation d’écarter cette coupe amère et menaçante qui s’annonce. Car il va assumer son heure, celle où est livré le Fils de l’Homme aux mains des pécheurs. Voici qu’arrive le moment fatidique où Judas accompagne une troupe armée pour arrêter Jésus. Lorsqu’un proche du maître tire son épée pour frapper les soldats, Jésus réagit aussitôt : « qui combat par l’épée périra par l’épée ! ». Il manifeste ainsi que ses armes ne sont pas de ce monde, Jésus n’est pas un chef de guerre, il ne veut pas déclencher une guerre sainte pour conquérir le monde. Sa religion ne divise pas l’univers entre croyants et infidèles ! Donc pas de combat par l’épée, mais par la seule puissance de la Parole de Dieu, la seule force de l’amour dans le respect de chacun.

Visiblement, Jésus ne veut aborder la mort ni en héros, ni en sage désabusé de tout : il s’en remet au Père dans une posture filiale qui est toujours restée la sienne dans ses engagements. Et ainsi, il se présente en frère de tous les persécutés, en ami de tous ceux qui donnent leur vie avec détermination au service des autres, pour des valeurs de vérité et de justice.

 

Dans sa prière au Père, Jésus n’exprime pas seulement le prix de son obéissance à la volonté divine, il ne dit pas seulement la peur et l’angoisse tout humaines face à la mort, il exprime le bouleversement de son cœur conscient du poids redoutable du mal qu’il a choisi de prendre sur lui. Le juste innocent prend complètement en charge l’injustice de ce monde, les effets du pouvoir de Satan, afin de le démasquer et de le priver de l’emprise qu’il a sur les âmes.  Cela nous invite nous aussi à apporter devant Dieu nos fatigues, nos limites, la souffrance de nos situations, afin de les joindre librement à l’offrande du Christ de Gethsemani et du Golgotha, dans une confiance plus forte que nos émotions, dans une sérénité plus résistante que nos bouleversements, une détermination plus résolue que nos fragilités.

Certes, les malheurs et les misères de tant d’hommes et de femmes dans le monde nous interpellent à juste titre et ébranlent parfois nos certitudes. Les multiples atteintes à la dignité humaine nous choquent et nous attristent. Mais avec Jésus nous croyons que cette face ténébreuse de notre humanité ne reflète pas le véritable visage de l’homme, et que par conséquent la puissance mortifère  du mal ne l’emportera pas au dernier jour.

Le Christ de Gethsemani, dans sa passion librement assumée, a créé une brèche dans l’enfermement qui nous oppresse : il ouvre à toutes les libertés humaines un chemin d’avenir vers un monde différent. L’espérance qu’il a laissée à son Eglise par le mémorial de sa Parole et de son Pain nous réconforte et nous unit dans nos épreuves. C’est ce que nous pouvons demander au crucifié vainqueur du mal et de la mort, celui que nous allons célébrer dans sa lumineuse résurrection ces prochains jours afin de témoigner au monde que la vie est plus forte que la mort et l’amour plus puissant que le mal.

 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 00:41
A ceux qui disent qu’il n’y a pas d’appel à la violence dans la religion musulmane…

Dans une tribune publiée le 22 octobre 2023 par Le Monde et signée par un collectif de huit universitaires, chercheurs et intellectuels musulmans, dont Marwan Sinaceur, professeur de psychologie sociale à l’Essec, des ‘sachants’ musulmans nous expliquent à quel point le terrorisme les révulse et  vont même jusqu’à affirmer qu’il est contraire aux valeurs de l’islam. Tout y est osé, à commencer par le titre : « Le Coran ne donne aucun blanc-seing pour la violence »

Quel audace! Quel culot! Quel grand art de la dissimulation (taqîya) !

C’est un double discours mais à sens unique : il s’adresse uniquement aux idiots utiles et aux crédules atteints de paresse intellectuelle.

Cet article a tout l’air d’une diversion après le pogrom du 7 octobre 2023. Son seul but est de dédouaner, une fois de plus, l’islam et sa barbarie.

C’est du réchauffé, cuisiné depuis quatorze siècles, avec des arguments circulaires et des des sophismes de haute voltige…

Les universitaires signataires de cette tribune veulent faire passer le message comme quoi l’islam serait une religion de paix et de tolérance, tout en passant sous silence les massacres dont ce dernier est responsable depuis son avènement. Ils en oublieraient même que le djihad (la guerre sainte) est le sixième dogme, surtout chez les musulmans sunnites.

La tribune du “Monde” est truffée de contre-vérités flagrantes qui conduisent, selon la jurisprudence islamique, à l’apostasie. Ces universitaires, sont-ils conscients de ce qu’ils écrivent ou sont-ils plutôt en service commandé ? Veulent-ils remettre en cause la loi islamique (la charia) ? Si tel est le cas, alors on leur souhaite la bienvenue au club des apostats où on les attend avec impatience.

Pour répondre au mensonge de ces universitaires qui sont tous de culture musulmane, je les invite à lire les différents articles que j’ai consacrés sur Riposte Laïque au sujet de l’abrogation dans la doctrine islamique.

Le Coran est une vraie auberge espagnole. Pour le comprendre et l’interpréter rationnellement, il faut avoir à l’esprit que des versets anciens et accommodants sont abrogés par des versets plus tardifs et autrement plus violents.

La règle de l’abrogation (Nâskh) est la clé indispensable pour la compréhension du Coran et donc de l’islam. Celui qui ignore ce concept se fera facilement berner par les mahométans qui savent parfaitement dérouler le tapis volant du double discours et de la duplicité. Car en Occident, l’oligarchie politico-médiatique se fait rouler dans la farine à travers la dissimulation (la taqîya) qui est une arme de destruction massive et que l’islam recommande à ses adeptes, sans scrupules, pourvu que ça fasse avancer ses tentacules.

Pour comprendre la notion des versets abrogeants et abrogés, il faut savoir que les chapitres (sourates) du Coran ne sont pas classées par ordre chronologique mais d’une façon approximative, du plus long au plus court, à l’exception de chapitre liminaire.

Selon les oulémas musulmans, en cas de contradiction de deux versets, il faut prendre en considération le dernier verset révélé, ce qui abroge automatiquement le premier et ceci en application de la sourate 2 (médinoise) verset 106 et de la sourate 16 (mecquoise) verset 101 : « Si Nous abrogeons un verset quelconque ou que Nous le fassions oublier, Nous en apportons un meilleur, ou un semblable. Ne sais-tu pas qu’Allah est omnipotent . »

« Quand nous remplaçons un verset par un autre – et Allah sait mieux ce qu’Il fait descendre – ils disent : « Tu n’es qu’un menteur ». Mais la plupart d’entre eux ne savent pas. » D’ailleurs, les islamo-gauchistes s’appuient sur les versets mecquois dits tolérants qui sont en grande partie abrogés pour scander “pas d’amalgame”. C’est leur façon de dédouaner le terrorisme véhiculé par l’islam. Quand on interroge la majeur partie des musulmans, ils répondent tous en chœur que l’islam est une religion de paix et de tolérance en invoquant le verset 256 de la sourate 2 (la génisse). « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. Donc, quiconque mécroit au Rebelle tandis qu’il croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Et Allah est audient et omniscient ». Mais en vérité ce verset fut abrogé par les versets 5 et 29 de la sourate 9 (médinoise) appelés les versets de l’épée.

« Après les mois sacrés, tuez les associateurs (comprendre les kouffars, juifs et chrétiens compris) où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. Si ensuite, ils se repentent, accomplissent la Salat et acquittent la Zakat, alors laissez-leur la voie libre, car Allah est pardonneur et miséricordieux ». « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdissent pas ce que Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, en état d’humiliation ».

Qui peut dire encore que l’islam est une religion de paix et de tolérance ? Seuls les idiots utiles le pensent. Par conséquent, les versets qui prônent l’indulgence, la tolérance ou le vivre-ensemble (en vogue actuellement en Occident et notamment en France) sont caducs.

Les mahométans qui invoquent ces versets ne sont-ils pas animés d’une mauvaise foi pour induire en erreur ceux qui les écoutent pour mieux les bananer et les tromper ? Ne s’agit-il pas de la duplicité afin de conquérir le monde ? Ils mentent sciemment pour faire croire que l’islam est une religion de paix et de tolérance qui n’a rien à envier au bouddhisme.

Il faut savoir que la sourate 9, l’avant-dernière révélée en 631 de l’ère chrétienne, a abrogé toute disposition antérieure qui prône une attitude de non-agression envers les polythéistes, les juifs, les chrétiens, les sabéens (les mandéens) et les zoroastriens. Et ne parlons pas des hindouistes et des bouddhistes dont le Coran ne souffle pas un mot.

Et les oulémas peuvent-ils nous expliquer pourquoi, dans la doxa musulmane, l’hindouisme et le bouddhisme ne sont pas mentionnés comme les ennemis d’Allah ? N’y a-t-il pas là une omission de la part d’Allah ? Lui, le Maître de la terre et des cieux, ignore-t-Il leur existence ? Le verset 29 de la sourate 9 n’établit plus de différence entre les idolâtres et les monothéistes. Ils sont tous des mécréants, des kouffars, ennemis d’Allah et de son Envoyé.

Quant au verset 4 de la sourate 47 (médinoise), appelé verset du djihad, il abroge tous les versets qui prônent la paix et la tolérance du Coran médinois. « Lorsque vous rencontrez (au combat) ceux qui ont mécru, frappez-en les cous. Puis, quand vous les avez dominés, enchaînez-les solidement. Ensuite, c’est soit la libération gratuite, soit la rançon, jusqu’à ce que la guerre dépose ses fardeaux. Il en est ainsi, car si Allah voulait, Il se vengerait Lui-même contre eux, mais c’est pour éprouver les uns par les autres. Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions ». Selon ce verset, Allah a besoin du combat de ses adeptes pour soumettre les non musulmans. Et la terreur est le meilleur moyen pour y parvenir. Où sont passées la miséricorde et la tolérance vendues à la criée par les musulmans?

L’abrogation (Nâskh) est fondamentale pour la cohésion de la doxa islamique et justifie aussi la prétention de l’islam de vouloir se considérer comme le prolongement du judaïsme et du christianisme dont les Écritures ont été falsifiées. Le Nâskh oua Mansûkh permet de mieux prendre l’islam, car le Coran est divisé en deux parties : celui de la Mecque et celui de Médine. Les versets mecquois sont tolérants et appellent à l’unicité d’Allah et à son adoration. Quant à ceux révélés à Médine (après l’Hégire), ils sont intolérants et guerriers. Ils prêchent la haine envers le non musulman. Ainsi sur un total de 114 sourates qui composent le Coran, 86 sont mecquoises et 28 médinoises. Les sourates médinoises par ordre de révélation sont : 2, 8, 3,33, 60, 4, 99, 57, 47, 55, 13, 76, 65, 98, 59,24, 22, 63, 58, 49, 66, 64, 61, 62, 48, 5, 9, 110.

Tant que les musulmans ne se mettent pas autour du table pour réformer l’islam et considérer le Coran de Médine comme faisant partie du passé (c’est-à-dire les 28 versets post-hégire), la violence et la haine ne sont pas prêtes à disparaître de leur quotidien. Et pour y arriver, il faut qu’ils décrètent que le Coran n’est pas incréé. C’est le prix à payer s’ils veulent progresser vers un monde meilleur. Mais ce n’est pas demain la veille.

Ce n’est qu’un souhait, car bien des penseurs musulmans ont tenté de réformer l’islam, mais ils ont payé de leur vie leur liberté de pensée, à l’exemple du grand théologien soudanais Mahmud Mohammed Taha qui fut pendu en 1985 à la prison centrale de Khartoum pour avoir demandé l’abrogation des versets médinois par le sinistre dictateur Nemeyri, après une fatwa le condamnant à mort pour apostasie émise par la grande mosquée d’Al-Azhar”.

Hamdane Ammar

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19 mai 2024 7 19 /05 /mai /2024 10:26
Le moine et la glace au chocolat, un conte bouddhiste sur l’ego

Bien souvent, les gens considèrent l’ego comme étant la cause de l’orgueil ou de la souffrance qu’une personne peut ressentir face à une situation non désirée. Mais…qu’est-ce que l’ego, au juste ? Et comment ce dernier peut-il influer négativement sur notre bonheur ?

Du point de vue de la psychologie occidentale, c’est la représentation que l’on se fait de nous-même. En revanche, du point de vue du bouddhisme, l’ego est une activité, une tendance récurrente à laquelle on peut s’identifier avec tout ce qui maintient cette représentation que l’on croit véritable et à laquelle on croit correspondre.

Découvrez le conte bouddhiste qui suit, et vous verrez à quel point cette identification nous éloigne du monde, à quel point elle nous apporte souffrance et insatisfaction, tout en fomentant la compétitivité.

« Le bonheur n’est pas une chose qu’il faut obtenir. Ce désir naît de la sensation d’être incomplet. Qui donc ressent cette sensation d’être incomplet ? Découvrez-le. Vous êtes heureux quand vous dormez profondément. Maintenant vous ne l’êtes plus. Qui s’est interposé entre ce bonheur et ce malheur ? L’ego. Cherchez con origine et découvrez que le Bonheur, c’est vous-même. »
-Ramana Maharshi-

Une épreuve pour l’ego qui a le goût du chocolat

Cela faisait déjà trois ans que Joël avait rejoint une des plus anciennes communautés bouddhistes du Tibet, où il voulait être ordonné afin de devenir un moine exemplaire.

Tous les jours, à l’heure du dîner, il demandait à son maître si le lendemain serait célébrée la cérémonie de son ordination. « Tu n’es pas encore prêt, d’abord tu dois travailler sur ton humilité et dominer ton ego », lui répondait son maître.

Mon ego ? Le jeune ne comprenait pas pourquoi le maître lui parlait de son ego. Il pensait qu’il méritait d’évoluer dans son parcours spirituel, puisqu’il méditait sans répit et qu’il lisait tous les jours les enseignements de Bouddha.

Un jour, le maître trouva une façon de montrer à son disciple qu’il n’était pas encore prêt. Avant de commencer la session de méditation, il annonça : « Celui qui méditera le mieux gagnera en guise de récompense une glace au chocolat ».

Après une brève agitation, les jeunes de la communauté se mirent à méditer. Joël voulait être celui qui méditerait le mieux parmi tous ses compagnons. « Ainsi, je montrerai au maître que je suis prêt pour l’ordination. Et je mangerai une glace ” , conclut le disciple.

Le jeune bouddhiste essaye de méditer

Joël parvenait à se concentrer sur sa respiration, mais en même temps, il visualisait une énorme glace au chocolat qui allait et venait comme sur une balançoire. « Ce n’est pas possible, je dois arrêter de penser à la glace, sinon un autre l’aura à ma place« , se répétait-il.

Au prix de gros efforts, Joël réussissait à méditer pendant quelques minutes, au cours desquelles il ne pensait qu’au rythme de sa respiration, mais à un moment donné, il lâchait, et imaginait alors un des autres moines en train de manger la glace au chocolat. « Malédiction ! Je dois être le gagnant ! », pensait le jeune, angoissé.

Quand la session prit fin, le maître expliqua que tous avaient bien médité, sauf celui qui avait trop pensé à la glace, et autrement dit au futur. Joël se redressa avant de dire :

– Maître, j’ai pensé à la glace. Je l’avoue. Mais, comment avez-vous pu deviné que c’est moi qui y ai le plus pensé ?

L’ego se découvre

– Je ne peux pas le savoir. Mais je peux en revanche voir que tu t’es senti tellement concerné que tu t’es levé et que tu as essayé de doubler tes compagnons. C’est ainsi, cher Joël, qu’agit l’ego : il se sent attaqué, remis en question, offensé…et il essaie d’avoir raison ainsi que de réussir à être supérieur aux autres.

Ce jour-là, Joël apprit qu’il lui restait encore un long chemin à parcourir. Il travailla alors sur son humilité et sur les pulsions de son ego. Il vécut dans le présent, et n’essaya plus de doubler les autres.

Ainsi, avec du travail et de la patience, le grand jour arriva ; le maître vint sonner à sa porte pour lui annoncer qu’il était enfin prêt à être ordonné, et à atteindre ce qu’il convoitait tant.

Le temple était vide. Il n’y avait qu’une petite estrade, où il trouva…une glace au chocolat, qu’il mangea, reconnaissant, sans ressentir de déception, suite à quoi il fut ordonné.

L’humilité récompensée

Nous avons tous notre glace au chocolat à nous ; une chose que l’on convoite. Le problème, c’est qu’à force de trop y penser, on ne profite plus du présent.

Généralement, on confond nos réussites avec notre valeur, et on s’identifie à elles. L’ego se charge de nous pousser à vouloir doubler les autres, et à nous offenser dès que quelqu’un nous signale la moindre erreur.

Si on arrive à détecter notre ego et à le désactiver, automatiquement, on ne ressent plus le besoin de critiquer les autres, de nous disputer avec eux, de rivaliser avec eux ou de les juger. On abandonne ainsi le rôle de victime, et la souffrance qu’implique le fait de ne pas répondre aux demandes de notre ego…et ainsi, on parvient à manger notre glace au chocolat en toute tranquillité !

[Source] https://nospensees.fr/

https://arcturius.org/le-moine-et-la-glace-au-chocolat-un-conte-bouddhiste-sur-lego/

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6 mai 2024 1 06 /05 /mai /2024 09:08
La dimension anthropologique du voile islamique
Les débats sur le voile islamique reviennent fréquemment sur le devant de la scène politique en raison de la diffusion grandissante de cette tenue en Occident, y compris chez des fillettes très jeunes. Les débats sur le burkini sont de la même veine.

La partie dite « honteuse » (awra) de la femme est mentionnée dans la sourate 24, 31 : « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté et qu’elles ne montrent de leurs atours que ce qui est apparent. Qu’elles ne montrent ses atours qu’à leurs maris ou aux enfants qui ignorent tout de la « part honteuse » de la femme ». Chadortt Djavann précise : « Le voile islamique n’a de sens que par ce qu’il cache, dissimule ou protège. Que cache le voile ? La construction de l’identité féminine ou masculine dans l’islam repose sur hobj et haya de la femme, et nâmous et queyrat de l’homme. Ces mots véhiculent des poids traditionnels lourds…Leur traduction approximative serait la pudeur et la honte de la femme, et l’honneur et le zèle de l’homme ».

 

Dans son recueil de hadith, Bukhari rapporte ces propos de Mahomet : « La femme est inférieure à l’homme en religion ». Il s’agit bien d’une anthropologie religieuse aujourd’hui propre à l’islam qui conditionne appréciations et comportements en ce qui concerne spécifiquement la femme.

Dans son recueil de hadith, Bukhari rapporte ces propos de Mahomet : « La femme est inférieure à l’homme en religion ». Il s’agit bien d’une anthropologie religieuse aujourd’hui propre à l’islam qui conditionne appréciations et comportements en ce qui concerne spécifiquement la femme.

Cette part dite honteuse chez la femme (awra) est documentée par la jurisprudence et le droit musulman. Les quatre écoles juridiques de l’islam confirment unanimement l’idée que, contrairement à l’homme pour lequel la part honteuse va du nombril au genou, la part honteuse féminine englobe le corps tout entier !

Pour l’école hanafite : la femme tout entière est une awra, sauf son visage, ses mains et ses pieds.

Pour les écoles malikite et chafi’ite : la femme tout entière est honteuse, à l’exception de son visage et de ses mains.

 

Pour l’école hanbalite : la femme est entièrement honteuse, sauf son visage seulement. Celui qu’on nous présente comme un grand humaniste, Averroès, en tant que cadi, juge, insiste sur ce point dans son ouvrage juridique officiel : « la majorité des savants musulmans affirment que tout le corps de la femme est impudique (awra) exceptés le visage et les mains ».

Cette conception d’origine coranique constitue le fondement du port du voile chez les femmes. On inculque aux petites filles dès leur tendre enfance que leur corps, par sa simple existence, est source de problèmes pour les hommes, et risque d’écarter ceux-ci du chemin d’Allah.

Bible : « l’Eternel crée l’être humain homme et femme, homme et femme il le crée » (Genèse).

Coran : « Les hommes ont autorité sur les femmes, car Allah accorde aux hommes la prééminence sur les femmes » (4.34).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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6 mai 2024 1 06 /05 /mai /2024 07:04
Benoît XVI, un grand pape qui refusait toute violence exercée au nom de Dieu

Après les interminables massacres successifs de chrétiens par les musulmans, le pape Benoît XVI n’est jamais resté muet.

 

Ses prises de position souvent ignorées des médias rendaient régulièrement hommage aux victimes assassinées en raison de leur appartenance chrétienne et le pape répétait à chaque fois la même conviction : « on ne peut pas utiliser la violence au nom de Dieu ! » En y ajoutant cet appel concret plein de bon sens, visant le bellicisme coranique : « Les religions devraient inciter à un usage correct de la RAISON et promouvoir des valeurs éthiques ».

Une évidence, car un dieu qui pousse à tuer en son nom ne peut être qu’une idole païenne hostile à tout humanisme et à toute civilisation.

Benoît XVI a surtout eu le courage de montrer combien le refus islamique d’associer la raison à sa prétention religieuse fait définitivement peser une grave menace sur les libertés et la sécurité des non-musulmans.

Cela d’autant plus que les garde-fous issus de la civilisation judéo-chrétienne s’effondrent les uns après les autres, sapés par une culture occidentale laïciste qui cible le christianisme, mais qui ferme complaisamment les yeux sur une islamisation invasive, appelée parfois « migrations » ou encore « grand remplacement ».

La prise de position la plus significative de Benoît XVI sur ces questions a été celle de l’Université de Ratisbonne, en 2006. Evidemment, les médias occidentaux ont voulu à tout prix y voir « une bourde », mais le pape savait pertinemment de quoi il parlait.

Certains ont même affirmé que le pape avait dû « s’excuser » à la suite des réactions musulmanes, ce qui est absolument faux.

Les attaques contre Benoît XVI ont refusé de reconnaître la dimension universitaire de son propos. Car dans son discours lucide à la célèbre Université où lui-même avait enseigné, le pape citait académiquement un passage du 16ème siècle relatant l’entretien entre l’empereur orthodoxe Manuel II Paléologue et un musulman cultivé :

L’empereur connaissait les dispositions développées et fixées dans le coran à propos de la guerre sainte. Il dit avec rudesse à son interlocuteur musulman : montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme sa mission de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait.

Cette citation, extraite du contexte d’un discours pourtant pas encore traduit, suscita aussitôt un embrasement inimaginable dans le monde islamique. La rue musulmane explosa de rage, on brûla l’effigie de Benoît XVI, une religieuse dévouée aux autochtones depuis trente ans fut assassinée en Somalie, on incendia plusieurs églises dans les Territoires palestiniens, en Iraq et en Inde.

Or Benoît XVI offrait dans son exposé historico-théologique une clé de lecture critique générale, qui s’applique à toutes les religions (christianisme compris). C’est une évidence : violenter au nom de Dieu est inacceptable, car Dieu a un lien avec la raison humaine. Dans la culture biblique, contrairement au coran, l’être humain a été doté d’un libre arbitre qui lui offre des choix où la raison joue un rôle essentiel en faveur du bien.

Sans cette affirmation basique, il est impossible de poser les bases d’un dialogue entre civilisations qui se fonde sur des relations ouvertes à l’altérité !

En citant le Paléologue, Benoît XVI voulait rappeler de manière simple un constat historique indéniable : Mahomet a prêché sa foi par l’épée, il a plus été chef de guerre que chef religieux. La préoccupation majeure du pape était la situation spirituelle du monde contemporain, en fonction de laquelle devait être dénoncée la vision théocratique de l’islam, concept absolutiste qui autorise à violenter au nom du divin. Cette perversion haïssable n’est pas seulement présente dans l’islam, elle a aussi existé ponctuellement dans le christianisme à certaines époques bien précises. Benoît XVI l’a reconnu ouvertement.

Mais il ne faudrait pas confondre ce qui est conjoncturel avec ce qui est structurel, comme le font souvent sur les plateaux de télévision les vulgarisateurs médiatiques selon le raccourci habituel « religion = violence ». Du même acabit que « monothéisme égale conflit »…

Or la profonde différence, entre islam et christianisme c’est que les textes fondateurs musulmans ne disent pas la même chose que les écrits judéo-chrétiens. En islam, le rapport religion-violence est particulièrement imbriqué, et il suffit de lire le coran et les hadiths, mais aussi les biographes musulmans de Mahomet (Mouslim, Boukhari, etc) pour s’en faire une idée assez précise.

 

Face à ce dilemme, Benoît XVI affirmait avec force à Ratisbonne que si l’on est convaincu que Dieu est entré en relation avec l’être humain doué de raison, la religion ne doit jamais servir de caution et d’alibi à la violence. En effet, une foi authentique ne peut se propager par la violence car elle est le fruit de l’âme, raisonnable, capable de réflexion et de dialogue. Le Paléologue, élevé dans la philosophie grecque, disait le pape, proclame le lien vital entre la raison et la foi, dans le but de contester la démarche islamique et ses prolongements belliqueux aux effets redoutables.

C’est bien ce que confirme El Tayeb Houdaïfa, chroniqueur de La vie Eco, lorsqu’il écrit que la période islamique du 7ème siècle fut « trop préoccupée par les conquêtes d’expansion militaire et pas assez par l’usage de la raison ». Il y eut aussi les assassinats successifs pour la succession dynastique de Mahomet (Omar, Othman, Ali). Ce qui a donné lieu par la suite à une rivalité séculaire entre sunnites et chiites, qui s’affirme de plus en plus dans l’axe Iran-Liban. El Tayeb Houdaïfa précise même : « l’après-prophète s’illustra plus par l’empire de la déraison que par le gouvernement de la raison »

 

Cependant, une chance nouvelle de réforme était apparue, lorsqu’aux 8ème et 9ème s. les Arabes firent traduire dans leur langue les œuvres des philosophes grecs qu’ils venaient de découvrir par leur conquête. Comme ils ne connaissaient pas le grec, ce sont les juifs lettrés et les savants chrétiens – nestoriens en particulier – qui réalisèrent pour eux ces traductions grâce au syriaque. De ce fait, la popularisation des œuvres grecques en milieu arabo-musulman suscita rapidement la première école théologique islamique importante, celle des mutazilites – avec Wasil ibn Ata, fondateur du kalam, la théologie spéculative. Intellectuellement attractive, cette théologie mutazilite fut établie comme doctrine officielle par le calife Al Mamun (814-833), mais une opposition farouche fit rapidement disparaître cette démarche philosophique.

Pour contrer cette pacification de la religion mahométane, Al Achari  développa une ligne dure attribuant tout à Allah et rendant la raison de l’homme inopérante. Puisque l’individu est prédestiné dans ses moindres faits et gestes, c’est le mektoub qui régit tout selon le bon plaisir d’Allah,croyance doctrinale officielle encorede nos jours.

Au 11ème et 12ème s. Al Farabi et Al Kindi furent des penseurs musulmans  développant l’idée d’une liberté éclairée par la raison, mais Ghazali leur adversaire réagit à leur encontre dans un ouvrage intitulé « Destruction des philosophes ».

Même Averroes, un siècle plus tard, se retrouvait disqualifié au nom même de ce reflux vers un islam dur des origines. Dès lors, l’étau se refermait jusqu’à nos jours avec le redressement doctrinal opéré par Ghazali, freinant toute investigation philosophique en islam. C’est ce que l’on appelle la « fermeture des portes de l’ijtihad ».

 

Dans la même période, (au 11ème siècle), un autre théologien musulman célèbre refusait lui aussi fermement toute ouverture vers la raison, il rejetait toute influence philosophique grecque. C’est Ibn Hazm, que Benoît XVI, en fin connaisseur de son sujet, a présenté explicitement dans son discours de Ratisbonne : car pour ce juriste, Allah est pure transcendance sans aucun lien avec la raison humaine ni avec nos concepts de vérité. L’idée était bel et bien de revenir à l’islam pur et dur du temps du prophète, considéré comme âge d’or de l’islam. Ce retour aux origines s’appelle le salafisme, courant musulman radicalisé qui gagne du terrain partout aujourd’hui, des montagnes afghanes aux banlieues françaises et londoniennes.

Dans la même logique, Ibn Hazm préconisait la lecture littérale du coran, c’est l’école zahirite, (le zahir = sens apparent). Tout lecteur du coran qui doute, ne serait-ce que d’une seule lettre, est kafir, c’est-à-dire incroyant, infidèle, impie. Le kufr, c’est l’impiété, punie de persécution en ce monde et de l’enfer dans l’autre.

Le coran ne recèle donc aucun sens caché, comme le prétendent les soufis, considérés par l’islam officiel comme une secte ésotérique et hérétique à éliminer, sauf lorsqu’elle attire vers l’islam de naïfs occidentaux.

 

Il est assez paradoxal de remarquer que Ibn Hazm donnait cette forte impulsion de repli à l’islam, alors même que – à l’inverse – se développaient en Europe chrétienne les premières grandes universités occidentales dédiées au débat intellectuel. Elles constituaient un lieu d’érudition et d’ouverture où l’on pouvait discuter et mener des disputationes contradictoires, où l’on s’exerçait à confronter des arguments et avancer des hypothèses de compréhension des connaissances.

Mais de par sa posture, ce Ibn Hazm, cité par le pape, est devenu en même temps l’un des théoriciens du djihad, en tant que guerre d’expansion de l’islam, et cela, dans la fidélité aux opérations guerrières des origines, c’est à dire la conquête obligatoire des territoires infidèles s’accompagnant du traitement impitoyable des non musulmans, les dhimmi, comme le préconise le coran.

Autre aspect particulier d’Ibn Hazm, son antisémitisme virulent. Le légiste musulman était engagé à fond dans la polémique antijuive et antichrétienne. Il martelait dans son traité Al Fisal l’intolérance absolue envers la catégorie coraniquement dénommée les « gens du Livre », Ahl al Kittab, avec de multiples imprécations contre la Torah désignée comme fiction mensongère. Il maudissait même tout musulman qui vivrait en bonne intelligence avec des juifs ou avec des chrétiens, vigoureusement dénoncés par le coran comme falsificateurs de la révélation divine. (voir le verset 7 de la fatiha, première sourate).

Ce n’est donc pas par hasard que Benoît XVI prenait le soin de relever dans le détail la position d’Ibn Hazm dans son analyse, vu tout ce qui en découle sur le terrain géopolitique et interreligieux. Pour le pape, le Dieu de la Bible, contrairement au dieu du coran, est un Dieu de l’alliance, un Dieu ami des hommes. Si dans son discours, Benoît XVI faisait remarquer que la théologie judéo-chrétienne bénéficie de l’outil grec de la pensée, c’est pour souligner expressément que la raison entre en ligne de compte dans l’expression de la foi, telle qu’issue de la bible hébraïque. Pour Benoît XVI, il convient de ne pas dés-helléniser la réflexion chrétienne, comme il convient de ne pas déjudaïser la foi en amputant sa spiritualité de l’Ancien Testament.

On voit bien quels sont les enjeux pour lesquels Benoît XVI a dénoncé toute foi qui exclurait la raison, sans oublier cependant de montrer les limites d’une raison qui exclurait la foi.

La réflexion de Benoît XVI s’est poursuivie sur le même terrain dans le discours des Bernardins à Paris, en 2008, suite logique du discours de Ratisbonne de 2006. Voici ce que déclarait Benoît XVI exactement un an avant sa visite en France :

Fait aussi partie de l’héritage européen une tradition de pensée pour laquelle un lien substantiel entre foi, vérité et raison est essentiel.

Il s’agit de se demander si la raison est oui ou non au principe de toutes choses et à leur fondement. Il s’agit de se demander si le hasard et la nécessité sont à l’origine de la réalité, si donc la raison est un produit secondaire fortuit de l’irrationnel, et si dans l’océan de l’irrationalité en fin de compte elle n’a aucun sens ou si au contraire ce qui constitue la conviction de fond de la foi chrétienne demeure vrai.

Et le pape ajoute :

Permettez-moi de citer Jürgen Habermas :

« Par l’autoconscience normative du temps moderne, le christianisme n’a pas été seulement un catalyseur. L’universalisme égalitaire, dont sont nées les idées de liberté et de solidarité, est un héritage immédiat de la justice juive et de l’éthique chrétienne de l’amour.

Inchangé dans sa substance, cet héritage a toujours été  de nouveau approprié de façon critique et de nouveau interprété. Jusqu’à aujourd’hui il n’existe pas d’alternative à cela ».

Pour Benoît XVI, les origines de la théologie occidentale et les racines de la culture européenne sont exactement les mêmes : judéo-chrétiennes.

Le fil rouge de cette réflexion est biblique, aussi le pape allemand insiste-t-il au passage sur la filiation chrétienne vis-à-vis de la tradition juive. Les moines ont hérité des rabbins et des connaisseurs de la Bible la valeur du travail manuel. Sans cette culture du travail combinée avec la culture de l’esprit et du cœur, l’Europe n’existerait pas, et elle se détruirait si elle s’écartait de cet humanisme-là.

Et surtout, sans jamais prononcer une seule fois le mot islam, pour éviter de nouvelles polémiques et des débordements, Benoît XVI a renforcé –  dans la marge de son texte – la mise en garde de Ratisbonne :

Dans la sunna, il existe un hadith qui avertit : « pas de monachisme en islam ! ». Or, aux Bernardins, le pape a mis fortement en valeur l’immense apport historique des moines à la civilisation occidentale au cours des siècles. Tout en menant une vie de renoncement, et de pauvreté personnelle, ils ont défriché les esprits autant que les espaces.

Mahomet avait proscrit la musique et la poésie qu’il détestait, comme faisant obstacle à la parole d’Allah. Or, le pape a mis clairement en valeur la créativité artistique du chant, de la musique, en lien avec la Parole de Dieu. Il a aussi montré toute la richesse de la démarche scientifique qui y puise son élan créateur de connaissance.

Par la même occasion, Benoît XVI a rappelé que le christianisme – comme le judaïsme dont il est issu – n’est pas une religion du Livre, mais une religion de la Parole vivante. Parole humaine inspirée par Dieu et que l’on peut donc analyser, discuter, interpréter, sans commettre de sacrilège. Ce qui exclut le fondamentalisme littéraliste et ses dérives dangereuses ; belle illustration de la phrase de Paul : « la lettre peut tuer, seul l’Esprit vivifie ! »

Enfin, on peut dire que Benoît XVI s’est prononcé sur les échanges interreligieux, la condition indispensable est qu’il n’y ait ni relativisme ni confusion des genres ! Sa présentation récusait les clichés politiquement correct parlant du judaïsme, du christianisme et de l’islam indistinctement, comme  des religions abrahamiques, des religions du livre, créant ainsi un amalgame indifférencié entre les 3 religions monothéistes

L’idéologie égalitariste et laïque du « toutes les religions se valent » ne tient pas, face à une réflexion de cette profondeur, où la prise en compte clairvoyante du passé nous permet de mieux nous situer pour assumer l’avenir.

C’est le défi qu’a magistralement, magnifiquement relevé le pape à Ratisbonne puis à Paris, en guise d’avertissement à notre époque. Benoît XVI a été ainsi une des rares personnalités internationales capables de désigner précisément d’où proviennent les menaces réelles, tout en montrant à toutes obédiences les voies d’avenir à nos sociétés en crise de valeurs.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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