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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 14:09
La bible, déjà traduite en français, trois siècles avant la réforme
On nous a souvent dit que les premières bibles en langue vernaculaire n’ont été éditées qu’après la Réforme protestante du 16ème siècle, ou encore que la Bible était réservée aux clercs et que le peuple n’y avait jamais accès, c’est une contre-vérité historique !

En effet, l’impasse a trop souvent eu lieu sur le fait que depuis le 11ème siècle, la Bible était vulgarisée dans le peuple sous forme de vers en français de l’époque. De ce fait étaient popularisés les récits bibliques essentiels, en parallèle des sculptures thématiques exposées au public sur les chapiteaux d’églises, et des scènes bibliques peintes sur les vitraux (comme des bandes dessinées).

Comme l’a souvent rappelé Régine Pernoud, le Moyen-Age n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on en a dit après la Révolution française ! (Voir son ouvrage : « pour en finir avec le Moyen-Age »)

Au 13ème siècle, Guyard des Moulins publie une Bible intégrale illustrée d’enluminures très artistiques et cette Bible est accessible aux familles. Cette bible fut commandée par un archevêque, ce qui infirme l’idée que l’Eglise aurait verrouillé l’accès au texte sacré. On la trouvait ainsi dans de nombreuses maisons populaires, ce qui confirme également que la Parole n’était pas réservée à une élite.

Sa diffusion était intense dans toute la France et dans d’autres régions d’Europe. On peut dire qu’elle avait été destinée aux laïcs et aux familles. On n’a donc pas commencé à lire la Bible seulement après Luther dans les années 1520, après la rupture entre catholiques et protestants.

La vraie position de l’Eglise catholique était qu’il faut lire la bible en s’aidant d’explications et de commentaires afin de ne pas se fourvoyer sur le sens des Ecritures. La Bible de Guyard était encouragée par l’Eglise précisément parce qu’elle était accompagnée pédagogiquement de clés de compréhension, tandis que plus tard, les Réformés estimeront au contraire que chacun peut se faire sa propre interprétation sans enseignement et sans guidage extérieur.

Cela montre encore que le latin n’était pas le seul moyen de communication dans l’Eglise. Il est vrai que le christianisme n’est pas une « religion du Livre », c’est le culte de la Parole vivante – présence d’un Dieu transcendant – qu’on ne peut enfermer dans des formulations littérales. L’approche des textes sacrés ne peut se réduire à une démarche purement individuelle, et encore moins à un littéralisme simpliste. L’Esprit accompagne la lettre pour en dévoiler la portée aujourd’hui, mais on a besoin pour cela de ne pas se laisser enfermer dans le subjectivisme.

Ce qui illustre bien le fait que dans l’Eglise, « tradition » signifie « transmission » et non pas concepts figés. Cette Bible s’accompagnait de méditations de St Augustin, dont l’une d’elles précise : « Christianus ullus, christianus nullus ! » (Un chrétien isolé est un chrétien nul !).

La Bible de Guyard des Moulins a été un témoignage fascinant qui révèle au 13ème s. une culture spirituelle vivante, avec le souci d’atteindre le peuple croyant pour l’éclairer, le guider vers les plus hautes valeurs, malgré les aléas d’une époque tourmentée.

Actes 8,30 : « Philippe entendit l’Ethiopien lire le prophète Isaïe. Il lui demanda : comprends-tu ce que tu lis ? Celui-ci répondit : comment le pourrais-je si personne ne me l’explique ? »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/07/la-bible-deja-traduite-en-francais-trois-siecles-avant-la-reforme-3-248038.html

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 11:15
  Source : Cath

Source : Cath

Saint Paul, un phallocrate, réactionnaire et misogyne ? Des clichés que l’exégète Chantal Reynier bat en brèche dans son dernier livre Les femmes de saint Paul (éditions du Cerf). L’ouvrage rend hommage à ces « collaboratrices » quelque peu méconnues de l’apôtre, qui ont joué un rôle central dans la diffusion de la foi.

Prisca, Phoibé, Chloé, Lydie… autant de prénoms féminins entendus d’une oreille distraite lors de messes ou de lectures reprenant les récits de saint Paul. Des figures vite reléguées dans les esprits comme des « détails », dans un corpus paulinien si riche et profond. Des femmes « détails » qui en disent pourtant beaucoup sur ce « monde nouveau » que l’Apôtre est en train de faire éclore dans le bassin méditerranéen au premier siècle.

Il le fait tout d’abord rien qu’en les « nommant ». Une démarche tout sauf évidente dans ce monde antique où les femmes sont en retrait de la vie publique et le plus souvent non considérées. « Les sociétés juive, grecque ou romaine de l’époque, sont totalement asymétriques, souligne Chantal Reynier à cath.ch. Il n’y a pas d’égalité entre les catégories, qu’il s’agisse des hommes libres, des esclaves, des femmes…». 

Une nouvelle liberté

L’enseignement de saint Paul constitue un bouleversement complet de ce mode de pensée. « C’est un message révolutionnaire qu’il transmet, assure Chantal Reynier. A la lumière du Christ, il montre que nous sommes tous des enfants d’un même Père et donne aux femmes, autant qu’aux autres catégories sociales, une dignité égale ». Une conception exprimée en particulier dans Galates 3, 28: « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ».

Pour l’exégète, cela introduit les femmes dans une nouvelle liberté. Une liberté d’ordre spirituel, qui ne débouche toutefois pas sur une volonté de changer par la violence et immédiatement l’ordre social . « Les femmes échappent ainsi à leur conditionnement. Il ne s’agit pas d’une révolution visible, mais d’un changement de posture ». Pour Chantal Reynier, Paul est ainsi bien « un émancipateur » de la condition féminine.

Parole ou silence ?

Mais quid des quelques déclarations de l’apôtre qui semblent au contraire placer les femmes dans un rôle subalterne ? Par exemple lorsqu’il intime aux femmes de se taire pendant les assemblées, qu’il les exhorte à porter les cheveux longs, ou demande qu’elles se soumettent à leur mari ?

Des « contradictions » qui pour la spécialiste de la Bible, effectivement nous interpellent. Elle souligne tout d’abord qu’il faut replacer ces textes dans leur contexte culturel. « Personne ne pense en dehors du monde dans lequel il vit. La mission de Paul est de déployer les conséquences de la Résurrection pour l’humanité. Il y répond en utilisant des catégories qui proviennent de sa double culture, juive et grecque ». 

Pour Chantal Reynier, si certains éléments du texte nous paraissent contradictoires, c’est principalement parce que nous y projetons notre culture et notre monde. « Le témoignage est toujours fait en fonction d’un temps donné. L’Evangile nous demande d’utiliser notre intelligence pour le comprendre, et il faut pour cela un minimum de connaissances ».

Chantal Reynier | © Bernard Litzler

Ainsi, lorsque Paul demande aux femmes de se taire pendant les assemblées, il le fait vraisemblablement pour éviter les bavardages inutiles, le verbiage. Il a à cœur que l’on ne confonde pas l’assemblée chrétienne avec les rassemblements païens, qui donnent lieu à des manifestations extatiques.

Une recommandation de silence est également faite aux hommes, puisque Paul le demande aux prophètes (ceux qui parlent au nom du Seigneur), dans le cas où il n’y a pas d’interprète. « Si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise » (1 Co 14, 30).

Des femmes qui enseignent

L’exhortation aux femmes de porter les cheveux longs (et non pas le voile, comme il est parfois faussement interprété) va également dans le sens d’une lisibilité sociale. Les femmes ayant les cheveux courts étaient en effet habituellement celles « de mauvaise vie ». Il est bien compréhensible que ce petit groupe religieux aux idées novatrices veuille ne pas trop se faire remarquer.

« Les collaboratrices de Paul exercent des fonctions centrales au sein des communautés chrétiennes »

Concernant l’appel à la soumission des femmes à leur mari, Paul pense les relations de l’époux et de l’épouse en fonction des relations entre le Christ et l’Église, remarque Chantal Reynier. Le mari n’est donc pas supérieur à sa femme par nature. Il doit aimer sa femme du même amour avec dont le Christ aime l’Église.

Nombre d’éléments dans les textes pauliniens indiquent au contraire que non seulement l’Apôtre n’empêche pas les femmes de s’exprimer, mais qu’il les encourage à le faire. Et qu’elles sont même amenées à enseigner. Dans Les Actes, il est ainsi expliqué que le dénommé Apollos , un intellectuel alexandrin brillant, reçoit des compléments de formation du couple formé par Prisca et Aquilas, les fabricants de tentes de Corinthe. Et, fait notable, Prisca est mentionnée en premier. Paul lui confère ainsi une place unique en reconnaissant la qualité de son enseignement.

Des diacres et des apôtres

Il est remarquable que beaucoup de collaboratrices de Paul exercent au sein des communautés des fonctions centrales, au même titre que les hommes . Elles président même des assemblées chrétiennes. Certaines participent à la diffusion du christianisme à travers leur activité professionnelle ou leur assise sociale. Elles peuvent, par exemple, posséder une maison assez grande pour héberger des visiteurs et abriter une ekklesia (communauté). C’est le cas de Lydie, marchande de pourpre de Philippes (Grèce), qui est certainement financièrement aisée. Son réseau professionnel et familial contribue ainsi à la transmission de la Bonne nouvelle.

« Ce n’est que récemment que les spécialistes de la Bible se sont accordés sur le fait que Junia était bien une femme »

Les capacités et positions de ces femmes sont mises à profit par Paul pour faire connaître l’Evangile dans le pourtour méditerranéen. Phoibé est emblématique de cette démarche. Femme de Cenchrées (Grèce) à la tête d’une entreprise import-export , elle est choisie par l’Apôtre des Gentils pour porter la Lettre aux Romains, son texte le plus long et peut-être le plus important, dont elle est chargée de donner la lecture aux chrétiens de Rome. 

Phoibé est également qualifiée de « diakonos » (serviteur, en grec) qui donnera en français le mot « diacre ». Chantal Reynier remarque que c’est l’appellation avec laquelle Paul se présente lui-même , pour signifier que le service doit être vécu à la manière du Christ-serviteur. Ce qui confirme son importance.

Junia, a également fait couler beaucoup d’encre. Principalement parce qu’elle est désignée comme « apôtre ». On a longtemps pensé qu’il s’agissait d’un homme. Ce n’est que récemment que les spécialistes de la Bible se sont accordés sur le fait que Junia était bien une femme. Cette masculinisation, qui s’est imposée pendant des siècles est, selon Chantal Reynier, emblématique. Elle illustre une exégèse qui a obéi très longtemps aux impératifs culturels de prédominance masculine en minimisant le rôle des femmes dans le Nouveau Testament.

Hommage aux « oubliées »

Autant d’éléments qui pourraient justifier l’accès des femmes au diaconat et au sacerdoce ? Chantal Reynier n’entend pas partir sur ce terrain. « Le texte biblique ne doit pas être un espace de revendication, que ce soit dans un sens ou dans l’autre », estime-t-elle. Son ouvrage n’est certes pas une « pancarte » exigeant des diaconesses ou des femmes-prêtres. « Mon principal but était de rappeler que la diffusion de la foi chrétienne s’est faite grâce à des personnes bien ancrées dans leur culture, dont certaines femmes, souvent quelque peu oubliées par l’Église ».

 

https://www.dreuz.info/2021/09/saint-paul-et-les-femmes-en-finir-avec-les-cliches-252364.html

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 01:12
Les pieds, les mains et la tête…

L’évangile de Jean s’est élaboré par étapes au cours du 1er siècle, et c’est le texte qui médite le plus profondément sur le mystère du salut.

Son objectif est de nous montrer Jésus comme l’incarnation de la Parole, l’expression parfaite de l’amour de Dieu…Mais ce récit johannique qui nous parle le plus d’amour est aussi celui qui insiste le plus sur  les commandements ! C’est donc le signe que l’amour en question n’est pas un amour abstrait, ce n’est pas un état d’âme fluctuant au gré des circonstances : c’est un comportement aimant, fidèle, assumé librement jusque dans les détails de la vie quotidienne, et même jusqu’au don de soi.

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Nous en avons le plus bel exemple le jeudi saint, avec l’évangile du lavement des pieds que l’évangéliste a associé au mémorial eucharistique.

Dans l’évangile de Jean, contrairement aux synoptiques, il n’y a pas de récit de l’institution eucharistique ; en revanche, aux côtés des discours sur le Pain de Vie, il y a la mise en valeur de ce surprenant geste de serviteur que Jésus a tenu à relier à la sainte cène. Que signifie cette posture de Jésus, à même le sol, avec son eau purificatrice entre les mains pour accomplir le geste du serviteur ? Quelles clés pouvons-nous trouver dans l’Ecriture pour comprendre la portée de ce comportement surprenant ?

Jésus ne crée pas une nouvelle religion : pour les Israélites, la foi est d’abord une pratique avant d’être une déclaration d’intention. Mais surtout, il y a ici un discret rappel du lavement des pieds initialement mentionné dans le Premier Testament, au livre de la Genèse. C’est celui d’Abraham lorsqu’il accueille chaleureusement trois mystérieux visiteurs venus lui annoncer à lui et à Sara, la naissance d’un fils. Et il y a encore un autre passage biblique qui peut aider à comprendre le geste symbolique de Jésus : toujours au Livre de la Genèse, chap.2, juste avant la création d’Adam, on lit : « un eau jaillissante montait de la terre et arrosait toute la surface du sol »…

 C’est alors que Dieu « façonne » l’homme, comme le potier avec la glaise, et qu’il lui insuffle son haleine de vie ; aussitôt l’homme devient un être vivant…

L’évangéliste Jean nous offre dans cet épisode du lavement des pieds une méditation sur une nouvelle création : celle du Fils de l’Homme qui remodèle l’être humain grâce à l’eau purificatrice. Le 4ème évangile commence d’ailleurs avec les mêmes premiers mots que ceux de la Genèse : « au commencement ». Il s’agit bien, avec Jésus, d’un nouveau commencement, un départ de vie nouvelle proposé aux disciples.

Si Jésus a réuni ses disciples pour le repas de commémoration de la Pâque juive, c’est parce qu’il veut y inscrire son mémorial eucharistique.  Mais il le fait, en montrant – tablier autour des reins – que ce rituel n’est pas seulement prière d’action de grâce à Dieu, il est aussi service des frères…

Alors Jésus prend lui-même le rôle qui est celui du serviteur, évoqué par Isaïe ! Et au moment où il s’arrête devant Simon Pierre, celui-ci réagit spontanément par un refus gêné. Mais Jésus clarifie immédiatement le sens de son geste : Si je ne te lave pas les pieds, tu ne pourras pas prendre part à ce que je suis en train d’accomplir…En effet, Jésus s’apprête à connaître une plongée dans la mort, librement, et par amour pour l’humanité, afin de faire triompher la vie. En comprenant l’intensité du moment, Pierre s’exclame : dans ce cas, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête…

Cette phrase est un véritable acte de foi dans la mission libératrice de Jésus, une Pâque qui se répète, car on touche ici à plusieurs registres. Dans la littérature biblique, les pieds, les mains, la tête représentent plus que les parties organiques du corps humain. Il ne s’agit pas d’une simple affaire d’hygiène, mais c’est comme une catéchèse du baptême. Car le baptême est une purification de l’être tout entier. Or, les pieds (reguel) représentent toutes les démarches que nous pouvons faire chaque jour : aller à la rencontre des autres, visiter quelqu’un, partir contempler la création, orienter notre vie par des choix…

De ce fait, accepter de la part de Jésus que nos pieds soient lavés par lui, cela veut dire que nos démarches de toutes sortes, les plus ordinaires comme les plus décisives, seront assainies de tout ce qui nous éloigne du bien vers des voies sans issue. En lavant les pieds de ses disciples, Jésus purifie en même temps ce qui nous fait tenir debout et ce qui nous permet d’avancer dans la vie, un pied l’un après l’autre. La Bible nous dit que l’essentiel, c’est de « marcher avec Dieu »…

Même signification en ce qui concerne les mains, (yad) qui représentent l’activité humaine : ce que nous réalisons par le travail, la créativité, ce que nous construisons pour édifier, les mains que nous tendons en direction des autres, pour exprimer l’amitié, la tendresse, les mains que nous élevons vers le ciel dans la prière…toutes ces attitudes des mains ont besoin elles aussi d’être purifiées de toute déviation idolâtrique, de tout dévoiement païen, de toute violence, et de tout gaspillage.

Quant à la tête, (rosh) c’est le siège de la pensée, de la réflexion et des décisions. Laver la tête, c’est la purifier des pensées malsaines, futiles, égocentriques, c’est la libérer des étourdissements artificiels, des idées creuses, c’est la rendre pure de toute mauvaise influence, afin qu’elle joue son rôle en guidant avec intelligence l’activité quotidienne des mains et des pieds.

Tout cela n’étant possible évidemment qu’avec un cœur vivant selon Ezekiel : un « cœur de chair », vivant, et non pas dur et inerte comme la pierre. Dans les évangiles synoptiques, on découvre Jésus qui secoue ses disciples en reprenant les mêmes termes pour les inciter à faire des choix cohérents avec son enseignement. Il n’hésite pas à leur dire :

« si ta main t’entraîne au péché, coupe-là…» Si ton activité, ta manière d’agir est néfaste, aie le courage de faire le nécessaire, change de comportement !

« Si ton pied t’entraîne au mal, coupe-le ! » Si tes démarches te conduisent à ta perte, change au plus vite d’orientation dans ta vie!

« Si ton oeil t’entraine au péché, arrache-le ! » Quelle est ta vision du monde, ton regard sur les autres ? Il est indispensable d’être lucide, rappelle Jésus.

Cette semaine sainte nous encourage à accueillir dans nos vies la lumière libératrice de Pâques, elle exprime aussi notre attente d’être purifiés dans tous les aspects de notre être, exactement comme Simon Pierre qui demande à Jésus une entière purification : avec lui, disons aujourd’hui avec confiance : les pieds, Seigneur, mais aussi les mains et la tête ! En laissant cet évangile insuffler un puissant renouveau dans notre existence, nous allons mieux vivre ce que St Jean nous donne à méditer : le double commandement eucharistique, celui de l’amour de Dieu inséparable du service des autres.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

https://www.dreuz.info/2021/04/02/les-pieds-les-mains-et-la-tete-3/

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 10:16
Le sens biblique du signe de croix

« Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, amen ! »

Du front à la poitrine, à l’épaule gauche et à l’épaule droite, le signe de croix n’est pas un geste de piété automatique, encore moins un réflexe de superstition, il exprime un message symbolique et existentiel venant tout droit de la Tradition biblique. Ce geste d’appartenance à la foi chrétienne se pratique dans le monde catholique, orthodoxe, et protestant (anglicans et luthériens)

A l’origine, bien des siècles avant Jésus, on a l’habitude en terre d’Israël de tracer sur le front un signe de bénédiction divine en forme de + , ancienne graphie du tav, la dernière lettre de l’alphabet hébraïque désignant le T de Torah.

La Torah est bienfaisante dans la vie des hommes, elle est chemin vers D.ieu. Or, que dit la prophétie messianique d’Ezekiel ? (Ez 9.4-6) : « Passe par le milieu de la ville et marque d’un tav le front des hommes ! »

Jésus lui-même a sans doute fait ce geste de bénédiction que nous aurions spontanément interprété comme « signe de croix », alors qu’il s’agissait de l’onction traditionnelle en forme de tav, signifiant l’importance vitale de la torah pour devenir juste devant D.ieu.

N’oublions pas l’affirmation initiale de Jésus lui-même : « Je ne suis pas venu abolir la Torah, mais l’accomplir » (Mt 5.17).

Les premiers disciples de Jésus superposent donc le sens de la mort-résurrection de leur rabbi au signe de bénédiction qu’ils pratiquent déjà, puisqu’ils considèrent Jésus comme une Torah vivante, le Verbe de Dieu incarné, pleinement manifesté dans le don de lui-même au Golgotha, suite à la condamnation romaine.

Tertullien (160-220) écrit : « Au début et à la fin de toutes nos activités, nous nous marquons le front avec le signe de la croix… »

A l’époque des persécutions romaines de juifs et de chrétiens qui étaient mis à mort pour leur refus de diviniser le pouvoir impérial, une épitaphe du 2ème siècle (Abercius) évoque cette résistance de tout « un peuple qui a le sceau brillant au front »

On comprend ainsi la logique spirituelle qui anime les croyants dans le geste du signe de croix déployé avec la main droite :

le front, siège de la pensée,

la poitrine, lieu de la santé physique et du cœur,

et les épaules, représentant la force de vivre et l’activité quotidienne.

Verticalité et horizontalité manifestent également la destination cosmique aux quatre horizons de la Parole de Dieu ainsi que son application intégrale à tous les aspects de notre humanité.

Mais on peut dire aussi que le signe de croix manifeste le réflexe des premiers membres du mouvement messianique de Jésus qui est de relayer la tradition mère du judaïsme dans laquelle ils puisent toutes leurs expressions de foi et de piété.

Voici donc comment ils transposent gestuellement dans l’espace la signification des tefilin, (appelés phylactères dans l’évangile grec). Les tefilin sont ces petits boîtiers recelant la Parole de Dieu, attachés à des lanières de cuir pour relier le front du croyant à ses bras. C’est le mental qui conditionne l’activité. Pour montrer concrètement l’attachement personnel à la Parole de Dieu, qui doit inspirer toute pensée et permettre d’agir humainement selon les volontés de Celui qu’on invoque. Nous lisons au Livre du Deutéronome : « Que les commandements que je te prescris soient inscrits dans ton cœur…Attache-les sur ta main et porte-les sur le front » (Dt 6.4-9)

Le geste du signe de croix de haut en bas reprend exactement ce mouvement de l’irruption du divin dans notre condition humaine. Il visualise aussi le trajet de la pensée vers le cœur, c’est-à-dire le recentrage de l’être, si nécessaire aujourd’hui alors que nous sommes tiraillés en tous sens, au point d’être parfois « en exil » de nous-mêmes… Au cœur de l’être se trouve la fine pointe de l’âme, là où le Royaume de Dieu est déjà présent en nous. « Je dors, mais mon cœur veille » (Cantique des cantiques)

Le signe de croix : manière humble et concrète de tracer sur soi-même l’itinéraire dynamique de l’amour bienveillant de Dieu qui veut que nous soyons des vivants !

N’est-ce pas la même démarche spirituelle qui relie et harmonise – exactement comme les tefilin – le front, le cœur et les bras, c’est-à-dire la pensée, la chair et l’action, et cela, comme réponse de confiance et d’amour aux commandements de Dieu ?

C’est aussi le rappel de l’engagement de Jésus qui a vécu dans sa chair l’attachement indissociable aux commandements de l’amour de Dieu et du prochain.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

https://www.dreuz.info/2021/10/le-sens-biblique-du-signe-de-croix-3-253516.html

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 01:14
Si le grain ne meurt…
Nous approchons de la semaine sainte, et l’évangile du dernier dimanche de carême y prédispose par une méditation du mystère de la croix. Chez St Jean, l’originalité du propos est d’associer deux réalités contradictoires : la crucifixion de Jésus et la gloire de Dieu ! La croix du Christ – instrument de torture romain destiné aux criminels – a visiblement posé problème, et il a fallu attendre le 3ème siècle pour qu’on choisisse l’image de Jésus en croix comme emblème de la foi, auparavant évoquée par un poisson (ictus), un berger ou une corbeille de pains…    

Et cette théologie johannique de la croix est évidemment une méditation élaborée après les événements de la mort et la résurrection de Jésus ! Les dialogues que Jean met dans la bouche du Christ ne sont pas un reportage en direct. C’est une catéchèse élaborée dans les premières communautés, par une réflexion qui aborde le paradoxe de cet échec de Jésus en croix. Un échec qui, en réalité – et malgré les apparences, se révèle être une réussite dans la relation avec Dieu.  Cependant, il faut savoir que l’attente d’un messie humble et mis à mort était déjà présente dans certaines traditions juives.

Le texte précise l’arrivée de Grecs, de non-juifs, qui demandent aux disciples de pouvoir voir Jésus, pour se mettre à l’écoute de son enseignement : chez St Jean, « voir » est l’équivalent de « croire ». La vision en question est donc essentiellement celle du cœur et de l’esprit, c’est une nouvelle conception des raisons de vivre qui est recherchée par ces sympathisants venus à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque juive.

La rencontre avec les visiteurs grecs se fait grâce à Philippe et André, qui portent eux-mêmes des noms helléniques, et elle annonce symboliquement l’arrivée des païens dans la primitive Eglise, au départ composée uniquement de juifs. C’est le signe que Jésus attire par son témoignage exceptionnel toutes les cultures et toutes les ethnies, selon les prédictions prophétiques, puisque tous les peuples sont concernés par l’alliance et son message universel.

L’évangile du dernier dimanche de carême reprend des thèmes écologiques que Jésus utilisait fréquemment. « Si le grain ne meurt en terre… » Le mystère de la nature, avec la germination, c’est une manière de suggérer comparativement l’action discrète et efficace de Dieu dans le secret des consciences humaines. C’est la conviction que la Parole de Dieu agit, et que peu à peu elle transforme en profondeur le terrain qui l’a accueillie. De même que le grain de blé tombé en terre est enfoui, apparemment perdu, alors qu’en réalité il se transformera en tige de blé puis en épi porteur d’innombrables grains pour la moisson!

Dans le récit de Saint Jean, le rapprochement du grain de blé en terre avec la mort en croix de Jésus annonce l’extension des disciples, et surtout l’enracinement prometteur de l’amour de Dieu dans le terreau social de notre humanité. C’est le triomphe du don de soi et du service des autres, des valeurs qui surpassent de loin tous les dons naturels! De ce fait, la croix terrestre et la gloire divine sont les deux facettes d’un même événement : le passage de la mort à la vie, l’espérance pour le monde entier de renaître à une autre logique, un autre « logos », selon St Jean.

Une logique différente de la violence de la loi de la jungle, du chacun pour soi, tous ces signes de l’influence persistante du mal. Jésus appelle « prince de ce monde » ce système d’intelligence destructrice qui règne sur terre en violentant les personnes et les communautés.

Comme Jésus est un être humain à part entière, la proximité de sa mort imminente le bouleverse. Il se met à prier et se prépare à son heure, dit l’évangile, un peu comme dans l’épisode final de Gethsemani – que St Jean ignore dans son texte.

La voix du ciel retentit, comme dans la scène de la Transfiguration, que St Jean ne raconte pas non plus dans le 4° évangile, mais le sens est exactement le même : le Père atteste qu’il est aux côtés de Jésus, et que sur le chemin de la passion et de la croix, la gloire divine est partie prenante de l’événement.  Jésus se fait proche de toutes les victimes des injustices, cependant il n’a pas recherché la mort, il n’a pas été un kamikaze de Dieu. Innocent, il est allé à la mort librement, mais sans jamais dévaloriser la vie humaine, il a offert sa souffrance mais il ne l’a aucunement recherchée d’une manière malsaine. La croix du Christ est d’abord le sommet de l’amour, avant d’être le sommet de la souffrance ! Un choix librement accepté dans la confiance en Dieu malgré les angoisses de ce moment tragique et en dépit de l’hostilité de ses adversaires.

Pour ceux qui adhèrent à l’évangile, vivre dans l’esprit de ce Christ, ce sera d’abord croire que Jésus nous rejoint dans nos détresses, nos difficultés, nos angoisses, nos échecs. Il est avec ceux qui souffrent pour une cause juste. Il nous prend par la main là où nous en sommes pour nous conduire plus avant vers cette alliance avec Dieu dont il a le secret, lui le Fils fidèle à l’Esprit qui le relie fondamentalement au Père.

Ainsi il fait de nous des frères et des sœurs dans sa propre filiation divine. Et ce que Jésus a proclamé et révélé par son témoignage, c’est simultanément une vérité de Dieu et une vérité de l’homme. C’est la dynamique même de la vie qui rejoint chacun : pour cela, il faut accepter de mourir à son ego superficiel pour renaître à son moi profond relié à Dieu. Celui qui aime égoïstement sa vie la perd, celui qui s’en détache pour un plus grand objectif la gagne pour l’éternité…

En d’autres termes, celui qui ne veut s’intéresser à rien d’autre qu’à ses besoins superficiels et éphémères, qui veut tout avoir, tout garder, tout centrer sur sa personne, celui-là ou celle-là, se mettra dans l’impossibilité d’accueillir cette vie que Jésus communique et qui seule se prolonge en éternité.

Car Dieu est amour, et Jésus est mort pour nous révéler cet amour et cette vie. En accueillant cette grâce, on peut  donner à son existence une telle dimension et approcher la réalité du Royaume qui nous dépasse. Une réalité surnaturelle dont tous les êtres humains ont faim et soif, car – comme le dit Jérémie – elle est inscrite au plus profond de leur être et de leur aspiration à la vie.

Nous pouvons être des témoins convaincants de cette vérité riche de bénédictions qui émane de la croix du Christ, une vérité respectueuse de chacun. A la suite de nos prédécesseurs dans la foi, c’est grâce à notre témoignage que d’autres éprouveront le désir de marcher vers cette même sérénité et qu’ils pourront expérimenter cette réconciliation existentielle dans une nouvelle relation aux autres et au monde.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/03/15/si-le-grain-ne-meurt/

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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 10:59
Le juif Jésus, né en Judée, pays des Bnei Israël
On est parfois stupéfait des extrapolations tirées du récit de la Nativité. L’amalgame anachronique de concepts idéologiques actuels avec les événements liés à la naissance d’un petit enfant de Judée, nommé Yehoshua, rend la réalité historique et le sens spirituel de l’événement indéchiffrable.

Il n’est que de constater les récupérations hasardeuses d’un enfant Jésus subitement privé de sa judéité et de son époque, pour être transformé en réfugié du Moyen Orient, y compris dans les documents ecclésiastiques officiels complaisants. Arafat avait abondamment procédé à cette captation d’héritage spirituel en faisant de Jésus le premier feddayin palestinien !

 

Mais on trouve aussi des commentaires de presse humanitaire qui intronisent l’enfant de Bethléem comme le premier nouveau-né « sans papiers ». Retournement de situation plutôt paradoxal puisque l’on peut lire dans les évangiles que Joseph et son épouse Marie se sont rendus à Bethléem, à la demande expresse des autorités romaines, précisément pour y décliner leur identité et se faire enregistrer officiellement avec leur nouveau-né! Le contraire de la clandestinité…C’est dans le même ordre d’idées que le 19ème siècle n’a pas hésité à mythologiser Joseph, père adoptif de Jésus : à partir du fait qu’il était charpentier, il s’est ainsi retrouvé promu figure emblématique des prolétaires ! A tort, car s’il est vrai que tout travailleur, même au bas de l’échelle sociale est digne de reconnaissance et de respect, on sait aujourd’hui que le statut de charpentier dans la Judée du 1er siècle correspond à celui d’un homme instruit et aisé, qui gagne bien sa vie, du fait de sa compétence artisanale polyvalente (il est en effet performant dans la réalisation de poutraisons pour les toitures, comme dans la fabrication de meubles et d’objets d’art, parfois même dans la taille de pierres de construction).

Quoi qu’il en soit, le récit édifiant de la naissance de Jésus chez Matthieu et Luc est porteur d’espérance. C’est pourquoi rien n’autorise à le récupérer au service d’une idéologie partisane et horizontale. Cela veut dire que l’utilisation souvent orientée du récit de la Nativité confirme la fragilité de cet événement survenu dans la plus grande humilité.

Mais cette vulnérabilité, signe de la compassion et de la proximité de Dieu, fait partie, avec tout le réalisme possible, de l’identité de Jésus et de la mission qu’il a assumée. Nous savons que cet enfant instruit dans la Torah est devenu le maître d’un nouvel art de vivre au sein d’un peuple témoin environné de nations païennes hostiles. Jésus a clairement choisi de dépasser tous les clivages, anciens et modernes, pour offrir à tous un chemin d’humanité guidé par l’Esprit, libéré des manipulations politiciennes et axé sur la réalité appelée Royaume de Dieu, avenir messianique toujours espéré et attendu par son peuple, Israël et Eglise.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 00:48
Les évangiles, écrits en Grec ou en Hébreu ?
La question a été posée maintes fois au cours du temps, mais formuler une telle hypothèse est presque un blasphème pour certains tenants de l’option majoritaire, influencée par les exégètes libéraux allemands du début 20ème s.

Deux personnalités compétentes mais contestées se sont attelées à cette tâche particulière qui est d’interroger le genre littéraire des évangiles afin d’en déceler la rédaction originelle : l’abbé Jean Carmignac, et son disciple Claude Tresmontant.

 

L’abbé jean Carmignac (1914-1986) est un prêtre séculier français. Durant sa formation théologique à Rome il approfondit l’étude de l’hébreu. Un séjour à l’Ecole Biblique de Jérusalem en 1955 l’enracine encore plus dans la scrutation minutieuse des textes. Passionné par l’étude des Manuscrits de la Mer Morte, il en devient un spécialiste mondialement reconnu, et c’est à partir de cette plongée dans le génie hébraïque qu’il s’attache à explorer la rédaction des évangiles. Il y retrouve – derrière le texte grec-  des sémitismes totalement identiques à ceux des Ecrits de Qumran.

Cette approche se situe en désaccord avec le consensus habituel des exégètes, mais pour appuyer ses découvertes l’abbé Carmignac recherche dans les bibliothèques du monde entier les rétroversions hébraïques des évangiles antérieures à la sienne. Il en arrive à la conclusion que ce qui est enseigné depuis le début du 20ème siècle ne correspond pas à la réalité historique, il a la conviction, au contraire, que l’évangile de Marc, le plus ancien, a été rédigé en hébreu avant d’être traduit en grec. Ce qui signifie que les premiers témoignages ne sont pas aussi tardifs que ce que l’on pensait (fin 1er s. début 2ème), mais s’articulent dans des décennies très proches de l’époque de Jésus et de ses premiers disciples (1ère moitié du 1er s.).

Claude Tresmontant va reprendre cette option en la développant dans son ouvrage « Le Christ hébreu » en 1984. Plus récemment, un théologien juif, Daniel Boyarin, se situe dans la même perspective avec son livre « Le Christ juif ».

Pour populariser ses conclusions qu’il estime étayées de manière scientifique, l’abbé Jean Carmignac publie en 1984 « La naissance des évangiles synoptiques ». Il montre combien sa connaissance des Manuscrits de la Mer Morte l’a familiarisé avec l’hébreu pratiqué au temps du Christ. Il a pu ainsi facilement reconnaître l’hébreu originel présent derrière le texte grec de l’évangile de Marc, qu’il considère comme un simple décalque hellénistique. D’ailleurs, selon l’abbé Carmignac, la pensée grecque en tant que telle est absente de Marc, de Matthieu et des sources de Luc.

Beaucoup ignorent que de nombreuses traductions des évangiles grecs en hébreu existent depuis longtemps. L’abbé Carmignac en a compulsé une quantité considérable au cours de ses recherches en bibliothèques. Il en donne une liste qui témoigne concrètement de l’intérêt permanent pour cette rétroversion hébraïque censée retrouver les accents premiers du texte originel.

 

Simon Atoumatos, en 1360, donne la plus ancienne traduction hébraïque du Nouveau testament. Shem Tov ben Isaac ben Shafrut traduit l’évangile de Matthieu en 1380. Un juif espagnol de Crète traduit au 15ème s. les 4 évangiles, son manuscrit est au Vatican. Un juif italien traduit Matthieu au 16ème s. : son œuvre est publiée en 1537 par Sebastian Münster et en 1555 par Jean Mercier. En 1533, Antonius Margarita, juif converti, traduit Matthieu. Thomas Hencleng traduit Marc en 1540. Giovanni Paolo Eustachio, ancien rabbin, compose vers 1560 un recueil hébreu du Nouveau Testament. Friedrich Peters publie en 1573 une traduction des évangiles lus lors des dimanches, et une traduction de Luc en 1574.

Walter Herbst, d’origine juive, traduit Marc en 1575. Valentin Schindler publie en 1578 des passages du Nouveau testament en hébreu. Martin Theodosius  Fabricius publie en 1595 les récits de la Passion en hébreu. Elias Hutter publie en 1599 le Nouveau testament en plusieurs langues, dont l’hébreu. Martinus Thabor édite en 1610 un recueil des évangiles liturgiques en hébreu. Domenico Gerosolimitano, rabbin galiléen, travaille à la bibliothèque vaticane de Rome et publie tout le Nouveau testament en hébreu en 1615. Le jésuite Georg Mayr termine en 1622 une édition complète du Nouveau testament en hébreu pour ses étudiants (bibliothèque nationale de Paris). Thomas Lydyat, prêtre anglican d’Oxford rédige en 1625 les 4 évangiles en hébreu. William Robertson publie un Nouveau Testament hébreu en 1661. Giovanni Battista Iona, rabbin en Palestine, puis professeur d’hébreu à Rome, publie en 1668 les 4 évangiles. Johannes Kemper, ancien rabbin de Cracovie, établit en 1703 une traduction hébraïque de tout le Nouveau Testament. Rudolf Bernhardt, ancien rabbin de Prague, compose au début 18ème s. une traduction hébraïque des 4 évangiles. Heinrich Christian Fromann, médecin juif converti, édite Luc en 1735. Louis Isaac Caignon publie en 1741 les évangiles en hébreu. Ezekiel Rahibi, juif d’Inde, traduit en 1760 tout le Nouveau Testament. Richard Caddick publie les évangiles et les Actes des Apôtres en 1798. Thomas Yeates termine sa traduction des 4 évangiles en 1805. Elias Soloweyczyk, rabbin lithuanien, publie en 1869 une traduction de Matthieu ainsi que de Marc. Franz Delitzsch édite le Nouveau Testament hébreu en 1877. Isaac Salkinson, juif converti, traduit les 4 évangiles. Jekiel Lichtenstein, rabbin converti en lisant le Nouveau Testament, publie sa traduction de Matthieu, Marc, Luc et Jean entre 1891 et 1897. Alfred Resch, pour prouver l’origine hébraïque des discours de Jésus, en donne une reconstitution en 1898. Hirsch Perez Chajes, grand rabbin de Trieste, publie en 1899 le texte hébraïque de Marc. Georg Aicher publie en 1929 une analyse des jeux mots hébreux dans l’évangile de Matthieu.

Des traductions en hébreu moderne voient le jour dans les années 60 par Yohanan Elihai et Yehoshua Blum.

Toutes ces traductions ou retroversions hébraïques des évangiles ont été réalisées par des auteurs chrétiens ou juifs qui ne se connaissaient pas. C’est le fruit d’un travail considérable, comme celui de Delitzsch qui a été élaboré durant 52 ans. Ces rétroversions ne se prétendent pas être la version originale des évangiles, mais se donnent pour objectif de reconstituer le climat littéraire qui donne sens aux expressions spécifiques présentes dans les textes. Jean Carmignac a lui-même édité en 1982 sa version des 4 évangiles, à partir de ses longues recherches autour du langage qumranien dont il est le spécialiste. Sa connaissance précise des sémitismes donne à ses hypothèses de travail une saveur particulière qui ne peut qu’encourager à approfondir davantage le message néo-testamentaire dans son génie originel.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 23:50
Jean Baptiste et l’annonce du royaume

Cet évangile nous laisse imaginer l’effet de surprise et en même temps l’effet d’attraction que provoque chez ses contemporains déboussolés l’activité de ce Yohanan, c’est à dire Jean, une sorte d’ermite retiré au bord du Jourdain.

 

Jean Baptiste est prêtre, fils du prêtre Zakarie, et en principe, son rôle serait d’officier au Temple. Mais il a choisi une manière directe d’annoncer la conversion et le pardon des péchés : il est là entre le Jourdain et le désert, pour interpeller, annoncer les temps nouveaux et il offre un baptême à ceux qui prennent sa parole au sérieux ; c’est ainsi qu’il plonge dans l’eau – en signe de renouveau – ceux qui se présentent à lui avec le désir de changer de vie. C’est un rite juif de purification parmi d’autres, très nombreux à cette époque. Comme il s’agit d’un rituel avec un sens religieux, il n’est donc pas étonnant, comme le remarque l’évangile, que des prêtres et des lévites viennent à lui pour connaître quelles sont ses intentions. Iohanan ben Zekharia est très vite surnommé « Iohanan ha matbil », Jean le baptiste, le purificateur…

 

Dans son livre intitulé La Promesse, le cardinal Jean Marie Lustiger insiste sur cette fonction de Jean Baptiste au bord du Jourdain. Appartenant lui-même au peuple juif, l’archevêque trouve qu’on a trop banalisé cet événement plein de signification, alors que c’est de là qu’est issu notre propre baptême. Il ajoute que Jésus lui-même s’est fait baptiser des mains de Jean par un geste de purification qui inaugure l’imminence du Royaume des cieux.

Le cardinal rappelle aussi que ce baptême est, à l’époque, le rite de passage pour les nombreux païens attirés par le judaïsme et qui désirent faire un pas vers l’alliance avec le Dieu d’Israël. On ne leur demande pas nécessairement la circoncision mais simplement un baptême d’eau signe de purification intérieure des imprégnations païennes. On les appelle les craignant-Dieu et ils sont très nombreux. Le charisme prophétique de Jean Baptiste les touche, tout comme il touche de nombreux pratiquants du Temple en recherche d’une cohérence entre la Parole de Dieu et leur façon de vivre.

Prophétique, c’est toute l’existence de Jean Baptiste qui l’est, dès le départ : les évangiles nous décrivent sa naissance miraculeuse d’une femme stérile, nous savons que très tôt il a choisi un mode de vie austère, en accord avec son enseignement axé sur la pénitence et la conversion.  Il vit dans le célibat, la pauvreté, par obéissance à l’appel intérieur qu’il a ressenti  d’annoncer à tous l’imminence des temps nouveaux. Des foules de personnes de toutes catégories sociales et de toutes origines culturelles viennent à lui, au point que les autorités s’inquiètent, et lui font demander : mais enfin, qui es-tu ? Cette question cache une interrogation plus forte : ne serais-tu pas le Messie tant attendu ?…

Jean répond sans hésiter qu’il n’est ni Elie, ni le Messie. Il est le précurseur, celui qui prépare la route à l’Envoyé de Dieu. Mais Jean l’annonce d’une manière énigmatique : « il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Invitation à se mettre en recherche, à discerner quel est le profil de celui qui doit venir au nom du Dieu sauveur, en consonance avec l’histoire sainte.

Et Jean cite le prophète Isaïe, car s’il n’existe pas de portrait-robot du Messie, c’est seulement à partir des signes concrets dans la vie du peuple qu’on le reconnaîtra : il ne viendra pas de manière grandiose et écrasante, il viendra à la rencontre des petits et des pauvres ; avec humilité, il apportera libération et consolation à ceux qui souffrent des multiples blessures et déceptions de l’existence.

Cet appel nous concerne nous aussi. Si nous voulons accueillir Celui qui vient, il nous faut nous retrouver sur le même chemin que celui ouvert par Jean Baptiste pour préparer sa venue. Cela nous demande de ne pas nous contenter d’un regard complaisant sur nous-mêmes et d’un regard désenchanté sur le monde; cela va même nous obliger à nous convertir, c’est à dire à désapproprier de notre ego, afin de découvrir ce qui, en nous, a besoin d’être aplani, redressé, amélioré, pour que le passage du Messie puisse avoir lieu dans nos vies. Isaïe avait dit que le Messie libérerait les captifs.

Captifs, nous le sommes peut-être de beaucoup de choses: de nos habitudes, de nos biens, de notre pouvoir, de notre image. Les choses auxquelles nous tenons, nous devons nous demander si ce ne sont pas elles qui nous tiennent! Nous sommes sans le savoir trop prisonniers de nos envies et de nos prétentions.

Quant à la pauvreté, elle nous concerne aussi. Nos vies étrangement si « remplies » par tellement de choses peuvent paradoxalement se retrouver extrêmement vides de l’essentiel : au-delà des banalités matérielles ou des futilités, le plus important c’est la relation avec Dieu, le respect et l’amour des autres, toutes les valeurs spirituelles qui devraient rester prioritaires.

Il y a donc du manque, de la pauvreté spirituelle en nous, et en être conscients, c’est déjà avoir fait un grand pas, c’est entendre l’appel de Jean-Baptiste qui nous rend plus lucides et qui nous prépare à recevoir le message libérateur du Messie..

Nous redécouvrir en attente des bénédictions du Royaume, nous désencombrer de ce qui gêne notre marche en avant, nous purifier intérieurement, c’est le baptême intérieur – la purification – à laquelle nous sommes aujourd’hui conviés si nous voulons nous préparer à accueillir consciencieusement le Fils de Dieu à Noël.

La phrase de Jean Baptiste reprend alors tout son sens: il y a parmi nous quelqu’un que nous n’arrivons pas à reconnaître en ce qu’il est vraiment. Et pourtant, une trace lumineuse a déjà balisé le chemin du Royaume, et les témoins de cette lumière n’ont pas manqué depuis des générations et des générations de croyants à travers les époques.

A peine perceptible dans certains cas, éblouissante dans d’autres circonstances, cette lumière nous est de nouveau confiée, c’est la lumière de l’avent. Elle doit, elle peut grandir en nos cœurs, semaine après semaine, pour laisser exulter notre louange dans la nuit de la Nativité où nous chanterons « gloire à Dieu et paix sur terre ».

A nous de savoir comment dire à notre entourage: il y a quelqu’un de vivant au milieu de nous, il y a en nous le mystère du royaume de Dieu qui s’accomplit avant de paraître un jour aux yeux de tous. Comment trouver les mots justes pour engager la discussion dans notre entourage ?…          L’avent est ce moment privilégié où devrait descendre en nous la paix de Dieu pour nous apaiser, nous pacifier. Ainsi, nous serons plus à même de laisser transparaître quelques reflets de la gloire de Dieu, et cela se réalisera si nous donnons au Christ davantage de présence dans nos vies.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 09:17
Black Lives Matter dans le Nouveau Testament…
Dans le récit évangélique de la passion, un certain Simon de Cyrénaïque (Lybie) vient aider Jésus à porter la croix. Un peintre florentin le représente avec la peau noire d’un Africain.

Mais le livre des Actes des Apôtres rédigé par Luc nous dit : « Il y avait dans l’Eglise d’Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabé, Symeon appelé Niger (le noir), Lucius de Cyrénaïque (Lybie), Manaèn et Saul ».

Ce qui nous donne un écho concret de la fraternité interethnique vécue dans les premières communautés chrétiennes, où très vite au 1er siècle non seulement des juifs et des non juifs vont partager la méditation de la Parole de Dieu dans le cadre du repas cultuel (eucharistie) autour d’une même table, mais où des membres de l’Eglise, de conditions sociales et d’origines culturelles différentes, vont faire cause commune.

Il y eut également à la tête de l’Eglise romaine trois papes dits « africains », mais même si leur teint était sombre, c’étaient des Berbères : Victor 1er, Miltiade et Gélase. Il en est sans doute de même avec des personnalités chrétiennes telles que Cyprien de Carthage et Augustin d’Hippone.

La devise de l’époque était donc visiblement : Human lives matter !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 09:20
Myriam de Magdala, témoin de résurrection

L’évangile de Jean nous dit que la première personne à constater que le tombeau de Jésus ne recèle pas de cadavre est Myriam (Marie) de Magdala qui avertit ensuite les amis proches du rabbi.

 

Mais depuis longtemps, reportages, romans, séries TV n’en finissent pas de nous ressasser le même hoax : Marie Madeleine serait la compagne de Jésus, et, pour certains férus d’ésotérisme, la mère d’une descendance cachée ! 

Il est vrai qu’au cours des siècles, en Occident, Myriam de Magdala, (ou Marie Madeleine) assez sobrement évoquée dans les écrits du nouveau testament, s’est muée en un personnage ambigu, sorte de prostituée convertie sur le tard, malheureuse figure d’amalgames successifs. 

Dans le récit johannique de la bonne nouvelle, sa fonction n’est cependant pas négligeable : dans un premier temps, elle se montre accablée par la découverte du tombeau vide, étant très attachée à la personne de Jésus qui a changé sa vie, et qu’elle appelle « rabbouni », mon maître vénéré. Après quoi Marie de Magdala prend conscience – avec les yeux de la foi – du fait que la silhouette avec qui elle parle est la présence du Vivant, impossible à enfermer dans des catégories figées.

L’évangile de Luc évoque cette femme comme une Galiléenne « devenue disciple de Jésus, et délivrée par lui de sept démons » donc rescapée d’une situation gravissime. Les sept démons en question symbolisent une tentation périlleuse, qui n’est pas du registre sexuel, mais plus fondamentalement du registre philosophique et religieux concernant le salut de l’être humain. Certaines personnes, surtout en Galilée, (surnommée carrefour des nations), étaient tentées par la vision païenne de l’être humain, avec les liens mythologiques et idolâtriques que cela implique. C’était en effet l’époque troublée de l’occupation romaine et des influences mythologiques grecques. Un siècle avant Jésus, le mouvement pharisien était précisément né, en terre d’Israël, de cette préoccupation de sursaut spirituel face aux séductions du paganisme. Le mouvement essénien était également de son côté une protestation envers la corruption des milieux sacerdotaux sadducéens gérant le Temple de Jérusalem et complices des Romains. L’identité du judaïsme était en jeu et le piège devait être déjoué, car une telle crise provoquait l’altération de la foi ancestrale des pères et la division au sein du peuple. 

Marie de Magdala « libérée de sept démons » a été repêchée de cette mouvance humaniste paganisante, grâce au charisme pastoral du rabbi Jésus et de son message centré sur l’actualité de l’alliance. Une femme de son temps, motivée par une émancipation spirituelle… Alors d’où sont venus ces amalgames douteux sur le profil de Marie Magdala ayant radicalement changé de vie ? C’est la logique propre à la chrétienté en voie d’expansion qui a vraisemblablement pris le dessus sur le questionnement originel maintenu au cours des siècles précédents. 

Si dans son traité sur la pénitence, Ambroise refuse encore de confondre la sœur de Lazare avec la pécheresse décrite par Luc, c’est Augustin (4ème-5ème s.) de mentalité dualiste et focalisé sur des problématiques sexuelles, qui assimile les deux personnages. Avec Grégoire le Grand (6ème s.), les jeux sont faits, la pécheresse et Marie Madeleine ne font plus qu’un ! Enfin, pour Bède le Vénérable, Marie, sœur de Lazare, est expressément une « femme de mauvaise vie » (Luc), qui, pénitente, devient chaste (Jean). 

Un tel personnage sulfureux s’est donc artificiellement élaboré en Occident, par étapes, alors qu’en Orient, on n’a pas du tout adopté cette approche moralisante et on a maintenu clairement la distinction entre deux Marie différentes.

Comment restituer à Marie de Magdala son authenticité originelle, ainsi que sa dignité, sinon en retrouvant le contexte de son existence sociale?

D’abord, il faut être conscient du fait que la Marie Madeleine pécheresse du Moyen-Age occidental, propulsée sur le devant de la scène, correspond à la conjoncture d’une théologie restrictive de l’âme et du corps, ayant tendance à focaliser le péché prioritairement sur le charnel. Il y avait sans doute le souci de proposer aux femmes en dérive morale un modèle pédagogique de rédemption, une sainte patronne. Toutes les catégories sociales devaient bénéficier d’un modèle masculin ou féminin « protecteur » et les diverses corporations avaient chacune le leur.

De ce fait, l’époque médiévale, aux mœurs parfois brutales, est en même temps celle qui réagit pour faire contre-poids en faisant la promotion de la « dame » à travers l’amour courtois et qui popularise le respect dû aux femmes. L’image de « Notre Dame » pour vénérer la Vierge est dans le même sillage et a joué un rôle valorisant du statut de la femme. Si tant de groupes spécifiques avaient leur saint patron, quid des femmes vénales marginalisées ?

Ce contexte éclaire la mise en scène progressive mais contrefaite d’une Marie Madeleine ressemblant à des femmes voulant sortir de leur déchéance sociale en raison de l’instrumentalisation sexuelle par les hommes. 

Pourtant, lorsque Jérôme (4ème s.) précise : « Marie Madeleine est celle-là même dont le Christ avait expulsé sept démons, afin que là où avait abondé le péché surabondât la grâce » encore faut-il saisir le sens de cette phrase. S’il est question d’une « Marie de Magdala libérée de sept démons » au contact de l’enseignement de Jésus, c’est la manière hébraïque de dire qu’une femme a intégralement assaini sa vie grâce à la Parole de Dieu. « Si l’œil est dans la lumière, toute la vie sera dans la lumière… » L’œil, c’est la vision du monde.

Précisément, le sept est le signe de la plénitude. Les démons représentent tout ce qui divise l’être humain et le retient captif du monde des ténèbres. Le 7 suggère le summum de l’aliénation, qui est donc spirituelle. Pas question de sexe ici. On sait que le monde païen et ses dérives malfaisantes est toujours représenté par les ténèbres.

On peut en déduire logiquement que Marie de Magdala a pu être l’une de ces femmes juives du 1er siècle qui suivent Jésus par soif d’une spiritualité libératrice en phase avec leur époque tourmentée et par le retour aux sources des saintes Ecritures mises en lien avec la vie concrète, (ce en quoi Jésus excellait). L’évangile de Luc évoque des femmes (Jeanne, Suzanne et d’autres) qui font partie du groupe itinérant des disciples en contribuant à leur entretien, mais surtout en s’instruisant de la Torah à égalité avec les hommes, ce qui était assez nouveau. Lorsque Jésus est accueilli chez Marthe et Marie, c’est le signe qu’il a pour elles autant de considération que pour des hommes et les juge dignes de progresser dans la compréhension du message biblique.  

Marie de Magdala a pris sa vie en mains grâce à l’enseignement messianique de Jésus, elle a réalisé son émancipation spirituelle en se cultivant et en se purifiant intellectuellement de toute influence du paganisme ambiant ; elle a refusé par là-même les fausses valeurs destructrices et les illusions d’une modernité philosophique de l’époque. On comprend sa reconnaissance et sa fidélité envers le Maître après son retour aux sources vives du judaïsme : elle sera aux pieds de la croix du Golgotha, comme elle sera le premier témoin de la résurrection du Christ. Triomphe de la cause de la vérité de Dieu impliquant celle de l’humain.

C’est donc avant tout cet aspect spirituel majeur qui peut donner sens au personnage de Marie-Madeleine, et non pas une quelconque saga érotico-mystique à la manière des Da Vinci Code et autres délires concoctés à partir d’un ésotérisme bas de gamme. 

Pour mieux comprendre qui est réellement cette femme forte imprégnée d’esprit biblique et assumant fièrement sa féminité par un choix de vie exigeant, il vaut la peine de s’intéresser à son nom : « Magdala » qui a donné en français Marie la Magdaléenne, ou Marie Magdeleine…

De l’hébreu mi-gd-al, « croître », Marie Magdala est cette personne à qui une rencontre décisive avec le Messie a permis de grandir en faisant le lien entre la Parole de Dieu et sa vie de femme qui prend ses responsabilités. 

Affranchie des influences démoniaques du paganisme, son âme a été libérée et grandie. 

Mais migdal signifie aussi « tour de guet ». Marie qui s’est réapproprié son avenir et sa dignité en se mettant à l’école de Jésus a accédé spirituellement à la même position que cette tour, fréquente aux abords des vignes en Israël, et du haut de laquelle le veilleur posté voit se lever l’aurore d’un jour nouveau ! Marie de Magdala, sentinelle du monde à venir !

La tour des veilleurs aux abords de la vigne…Chacun sait combien la vigne symbolise Israël dans la littérature biblique. Ainsi, Marie de Magdala, fille d’Israël prise en considération dans sa dignité de femme et sa quête d’une foi biblique en lien avec la vie, est devenue témoin-clé de la résurrection de Jésus et des perspectives lumineuses offertes par cet événement.

Elle est à ce niveau l’une des premières proches de Yeshua, Messie d’Israël, lumière pour le monde entier, Christ également « aîné d’une multitude de frères et de sœurs » appelés dès aujourd’hui à la vraie vie…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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