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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 11:12
DU NEUF ET DE L’ANCIEN

 Le maître de maison tire de son trésor du neuf et de l’ancien » (Matthieu 13.52)

 

Abbé Alain René Arbez – C’est l’Ecriture Sainte dans son entièreté qui est en elle-même un trésor spirituel unique, une richesse incomparable de l’esprit et du cœur, dont on peut continuellement tirer du « neuf « et de « l’ancien ». Il y a un « ancien » et un « nouveau » testaments, mais une seule Parole de Dieu. « Du neuf et de l’ancien », cette belle expression de Matthieu l’évangéliste éclaire bien sa démarche originale, puisque – fidèle à sa culture juive – il raconte les événements récents les plus parlants de la vie de Jésus de Nazareth, en offrant une interprétation à partir des Ecritures hébraïques ! Matthieu – en utilisant cette belle image du maître de maison qui « tire de son trésor du neuf et de l’ancien » – donne là le profil idéal du croyant, à la fois enraciné dans la spiritualité biblique et capable d’innover pour assumer sa vie présente

C’est une clé de lecture essentielle pour la vie de foi, puisque cela exprime une double fidélité indispensable : un ancrage dans l’héritage scripturaire et une ouverture dynamique aux défis de notre temps. On constate d’ailleurs qu’après avoir recueilli le témoignage des proches de Jésus, la communauté des disciples ne s’est nullement figée autour d’une confession de foi ou d’un rituel prisonniers du passé. La Bonne Nouvelle s’est alors transmise dans divers cercles culturels hébraïques puis grecs, d’abord par une transmission orale, ensuite par des écrits enrichis de l’expérience de la première génération, ainsi que par des rites juifs de célébration repensés autour de l’annonce messianique. C’est l’image vivante d’une conviction impliquant « le neuf et l’ancien », ainsi, le « symbole apostolique », ou le credo judéo-chrétien, s’est élaboré par étapes à partir d’éléments fiables, en prenant comme supports le langage initial de son milieu, mais avec une tonalité renouvelée pour sensibiliser le monde païen sympathisant aux nouvelles valeurs.

 

On comprend pourquoi – face aux controverses entre anciens et modernes – Vatican II a tenu à insister sur le lien fondamental entre Ecriture et Tradition, comme garantie à la fois de fidélité créatrice et d’actualisation de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ.

 

Lorsque l’Eglise a traversé les périodes de crise grave qui ont provoqué la scission de la Réforme, Luther s’était écrié à juste titre : l’évangile d’abord ! Thématique chère également à Calvin, encore plus versé dans une perception globale des Ecritures. Qui reprocherait aux réformateurs le fait de centrer le débat sur la relation vitale de l’institution ecclésiale à la Parole de Dieu ?… La devise chère à la Réforme Ecclesia semper reformanda remonte d’ailleurs à une période antérieure et elle était déjà très présente dans les esprits lucides, au temps de François d’Assise et d’Albert le Grand. En effet, fondamentalement, l’Eglise n’est pas tournée vers un passé révolu, comme par peur de la modernité, car en étant animée par la vraie Tradition, celle des origines, et assistée de l’Esprit Saint dans sa pérégrination, elle est de fait « experte en humanité ». Ainsi, elle est en mesure de porter l’évangile sur le terrain des grandes causes actuelles au service de l’homme, telles la justice, la paix, la bio-éthique, la solidarité, la sauvegarde de la création, et tant d’autres.

 

Dans l’évolution de la pensée européenne, la grande figure d’Albert le Grand tient une place éminente. Et la phrase matthéenne invitant à tirer de son trésor du « neuf et de l’ancien » correspond tout à fait à la fécondité intellectuelle et spirituelle de ce grand chrétien et homme d’Eglise médiéval, aux intuitions étonnamment modernes. Voici un homme du 13ème siècle, époque florissante s’il en est dans toute l’Europe chrétienne d’alors, avec l’essor des universités dans les grandes villes et leur recherche d’excellence pluridisciplinaire. Né en Allemagne dans une famille aisée, Albert renonça aux coutumes et destinées chevaleresques de son milieu, pour s’adonner intensément aux études, d’abord en Italie puis en France. Le recul nous montre qu’Albert aura eu un rôle clé extrêmement important pour la chrétienté, sans doute grâce à sa soif de connaissance et d’étude, mais aussi grâce à son charisme novateur et à son rayonnement spirituel hors du commun.

 

Ce qui frappe chez ce croyant, c’est sa curiosité permanente envers les lois de la création dans tous les domaines. Il sut approfondir ses connaissances dans les multiples sciences naturelles, avec un immense intérêt pour l’être humain, les animaux, les minéraux, mais également dans la réflexion philosophique et théologique, passionné par le rapport de l’humain au divin. Pie XI le proclama docteur de l’Eglise, et Pie XII fit de celui qu’on appelait doctor universalis le patron des étudiants en sciences. On pourrait en effet le définir comme un encyclopédiste médiéval polyvalent. Devenu dominicain vers la trentaine, il dépassa rapidement ses maîtres d’études au couvent de Cologne. Sa réputation lumineuse attira de nombreux et illustres disciples à son école. Parmi ceux-ci, le fameux Thomas d’Aquin, si appliqué dans ses études et dans le silence, que ses frères le surnommaient en raison de son profil « le bœuf muet de Sicile ». Mais Albert, voyant déjà en son disciple s’esquisser l’envergure de la future Somme théologique, leur répliqua avec malice : « Oui, mais les mugissements de ce bœuf se feront entendre dans le monde entier ! ».

 

Par sa manière de penser et de s’investir dans une recherche permanente, Albert le Grand fut l’illustration parfaite du fides quaerens intellectum. A partir des bases classiques de sa formation, il sut ouvrir la réflexion philosophique et théologique à des dimensions nouvelles et stimulantes. A ce niveau, sa rencontre avec Aristote a été déterminante. Il approfondit la pensée grecque aussi à travers les travaux d’érudits appartenant à d’autres traditions : Al Kindi, chrétien oriental, Averroes, (Ibn Rushd) musulman espagnol, et surtout Avicenne (ou Ibn Sina) savant de père musulman et de mère juive, formé auprès du médecin chrétien nestorien Issa Ibn Yaya. A cette époque d’effervescence des sciences, les interactions entre courants étaient multiples. La Maison de la Sagesse des califes de Bagdad était d’ailleurs essentiellement animée par des chrétiens nestoriens, très doués en médecine et dans les traductions en arabe et en persan.

 

Ce qui va marquer la pensée d’Albert, c’est surtout l’approche aristotélicienne d’Avicenne, (ou Ibn Sina). Il adhèrera à sa doctrine de l’intelligence, et son influence se fera sentir également chez son disciple Thomas d’Aquin. Albert en déduisit que nous n’avons connaissance du vrai que par l’action conjuguée de l’intelligence et de l’Esprit Saint, car la présence de Dieu en l’homme a pour effet d’illuminer son intellect. Il estimait qu’il y a en l’âme humaine une force immanente capable de transformer les choses de la création. On pourrait définir sa posture comme un « humanisme inspiré ». Cette démarche est essentielle car Albert considérait que la philosophie est au service de la compréhension théologique : les outils conceptuels guident et affinent la réflexion spirituelle. Nous retrouvons ici des thèmes actuels sensibles, privilégiés par le pape Benoît XVI, à savoir le lien vital entre la raison et la foi, d’une part et le dialogue entre science et foi d’autre part. (Cf discours de Ratisbonne et aux Bernardins)

 

« Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien » :

 

A une période clé, Albert le Grand a vraiment été un témoin lumineux de cette attitude croyante, qui produit jour après jour ses effets constructifs dans les domaines divers de l’existence humaine. C’est cette conviction passionnée qui a fait de lui un grand savant, un grand philosophe et théologien, également un évêque et un conciliateur, puisque quelques années avant sa mort il tenta de rapprocher l’Eglise latine et l’Eglise d’Orient au Concile de Lyon. Son amour de l’eucharistie et sa piété mariale donnèrent à son intellectualité militante une dimension qui éclaire son désir de concilier constamment les réalités du ciel avec celles de la terre. Dans la période post-moderne que nous traversons en ce début de 21ème siècle, avec ses paradoxes et ses contradictions, n’est-il pas stimulant de se mettre à son école pour extraire de la Parole de Dieu, et avec bonheur, du neuf et de l’ancien, à la fois dans la fidélité et dans la créativité ?

 

Pour ceux et celles qui se réclament du message de Jésus, la démarche d’Albert le Grand est une voie ouverte aux artisans – avec d’autres intellectuels et humanistes – d’un monde à visage fraternel en harmonie avec la nature.

  

Abbé Alain René Arbez

   https://www.dreuz.info/2011/12/du-neuf-et-de-l%e2%80%99ancien-19837.html

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 09:03
Jésus n’a pas dit – Par l’Abbé Alain René Arbez

Abbé Alain René Arbez – Jésus n’a pas dit : cet enfant n’est pas comme les autres, c’est son destin ! Il est venu à sa rencontre pour lui manifester toute la tendresse de Dieu, il a illuminé son regard et a redonné des forces à ses parents pour qu’ils l’aident à mieux vivre.

Jésus n’a pas dit : ce garçon est trop petit pour son âge, cette fille n’a pas des réactions normales, ce jeune n’évoluera jamais ! Il a appelé la jeune fille à se relever, le garçon à grandir, et l’autre enfant à retrouver la joie de s’exprimer à sa manière.

Jésus n’a pas dit : il y a trop d’amertume chez ces parents en raison de l’état de leur enfant. Il a compris leur détresse, et il leur a donné l’espérance et le désir de voir leur fils ou leur fille évoluer à son rythme, en l’entourant de beaucoup de patience et d’amour.

Jésus n’a pas dit : il y a d’un côté ceux qui sont en pleine forme, et de l’autre les êtres fragiles qui souffrent d’un problème dans leur esprit ou dans leur corps. Il a montré son respect pour chaque être humain, et a rappelé qu’en chacune et chacun, il y a des manques : dans l’esprit, dans le corps, et surtout dans le cœur.

Jésus a dit : aimez-vous les uns les autres ! Laissez chacun trouver sa place en ce monde, portez sur les autres un regard d’amitié et croyez que ce qui vous paraît encore impossible est possible, car Dieu est à vos côtés. Transmettez la vie !

Copyright 2011 – Abbé Alain René Arbez – www.dreuz.info

 

https://www.dreuz.info/2011/10/jesus-n%e2%80%99a-pas-dit-%e2%80%93-par-l%e2%80%99abbe-alain-rene-arbez-18481.html

 
 
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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 07:21
Epiphanie : les Mages rejoignent les bergers
à Bethlehem de Judée… 
 
 La fête de l’Epiphanie est reliée à celle de la Nativité. Selon l'évangile de Matthieu, des personnages énigmatiques venus d'Orient viennent rendre hommage à Jésus, parce qu'ils reconnaissent en ce petit enfant le "roi des Juifs".
 
 L'intérêt de ces étrangers pour la religion de Yahvé incarnée dans la personne de Jésus anticipe un tournant historique: une partie du judaïsme va s'universaliser et manifester sa foi messianique dans les communautés de toute la diaspora. C'est le sens interactif de Noël et de l'Epiphanie, deux fêtes jumelées: au cœur du monde tourmenté surgit un immense espoir non seulement pour Israël, mais aussi pour l'ensemble des nations en quête de lumière. 
 
 Les mages ne sont pas venus directement à Bethléhem, comme on le pense souvent. Ils sont allés d'abord à Jérusalem, la ville sainte, où Hérode, inquiet d’une concurrence, les a dirigés par curiosité vers Bethléhem.
 
 La tradition populaire en a fait des rois, mais c’étaient plutôt des savants, spécialistes des étoiles. En même temps astronomes et devins, ces hommes expérimentés scrutaient le ciel comme un espace rempli de signes et de messages pour l’humanité ; ils symbolisent la culture la plus pointue des civilisations de l'époque. C'est donc leur expérience et leur vécu qui les a conduits sur ce chemin où ils découvrent ce que Balaam avait entrevu: "un astre issu de Jacob se lève, une puissance issue d'Israël se manifeste!" (Nb 24.17)
 
 S’étant mis en route vers l’objectif de leur recherche, is rejoignent finalement les tout premiers témoins de la naissance de Jésus au milieu de son peuple, d'humbles bergers judéens qui s'étaient associés aux louanges angéliques dans la nuit scintillante d'étoiles. Gloire à Dieu et paix sur terre!
 
 (Le fait qu'ils aient apporté en cadeau trois sortes de présents ne signifie pas qu'ils ne sont que trois… Différentes œuvres d'art réalisées au cours des siècles pour illustrer la visite des Mages en montrent entre deux et douze!)
 
 L'or symbolise la dignité royale, l'encens exprime la louange au Dieu d'Israël, et la myrrhe est une résine utilisée pour parfumer l'embaumement. 
 
 Les mages sont finalement la figure des chercheurs de vérité de toutes les cultures et de tous les temps. Ils allient quant à eux croyance et raison, sciences et révélation. Qu'ont-ils ainsi découvert à Bethléhem? Le visage d'une espérance biblique qui ne s'impose pas par la force, mais qui s'offre à travers la fragilité d'un petit enfant, comme une promesse de croissance et d'avenir, gratuitement proposée.
 
 Isaïe avait affirmé que les nations, lasses de la violence, se tourneraient un jour vers le Dieu de paix, non pas vers une religion dominatrice, mais vers la force de l'Esprit qui rassemble pour un royaume de justice. C'est ce que Matthieu veut dire dans son récit. Ces mages sont l'avant-garde des peuples qui reconnaissent la sagesse de la parole biblique et qui veulent que les relations humaines s'en imprègnent. Lorsqu'ils ouvrent leurs coffrets devant Jésus et sa mère, les mages ne recherchent pas les bonnes grâces d'un homme de pouvoir – comme Hérode – mais ils désignent, par ce geste de reconnaissance, le type de présence de Dieu qui leur parle au coeur. Ils n’ont pas recherché Dieu dans une toute-puissance dominatrice et menaçante, mais l’ont trouvé dans la vulnérabilité d’un enfant signe de promesses d’avenir.
 
 Il ne s’agit pas ici de personnages de décor, l’enseignement est surtout théologique : on retrouve la tradition de l’étoile messianique mentionnée au Livre des Nombres 24.17 : « Un astre issu de Jacob se lève, une puissance issue d’Israël se manifeste »…
 
 L’astrologie influence beaucoup les esprits à cette époque, elle continue d’ailleurs de nos jours, comme si nous étions déterminés à l’avance par des trajectoires d’entités célestes. Or, l’évangile est clair : la seule étoile susceptible d’avoir une attraction bénéfique sur nos existences, c’est l’étoile messianique de Bethlehem ! Cela évoque aussi l’idée que tous les peuples, toutes les personnes, ont dans leur ciel culturel ou idéologique des signes qui peuvent les mettre en chemin vers l’accomplissement de leur vie, dont la Parole de Dieu est la meilleure voie d’humanité.
 
 Les mages sont l’élite des nations païennes au premier siècle. Parmi ces peuples, certains préféreront en rester à leurs divinités, à leurs mythologies, où par conséquent l’image de Dieu dans la personne humaine est bafouée, la dignité niée par des comportements destructeurs. 
 
 Avec l’Epiphanie, le temps de Dieu devient le temps de l'humain. Alors que notre environnement culturel et spirituel est envahi aujourd'hui par des stars de toutes sortes qui nous vantent des paradis de pacotille, l'étoile de Bethléhem scintille d'une lumière régénérante et apaisante dans nos nuits de plus en plus assombries de fléaux multiples.
 
 Matthieu insiste pour appeler l’enfant Jésus « roi des Juifs », il souligne par là la différence fondamentale avec Hérode, le roi officiel, moins juif et moins royal que le fils de Marie. Car Hérode est un homme de paille qui tire artificiellement son pouvoir des Romains, tandis que Jésus couché sur la paille d’une étable est le visage d’une royauté de l’Esprit et de ses vraies valeurs existentielles.
 
 Noël n’a pas pour but de célébrer la date de naissance de Jésus, impossible à connaître, mais essentiellement l’événement de sa venue au sein de son peuple au service de toute l’humanité. L’Epiphanie, qui a été quelque temps une fête plus importante que Noël, célèbre la manifestation au monde païen d’un message de paix spécifiquement biblique.
 
 Originellement, Epiphanie est le terme que l’on utilisait dans l’antiquité lorsqu’un roi venait rendre visite à son peuple, et cette démarche s’accompagnait de festivités, d’illuminations, de banquets, de cadeaux et d’octroi de privilèges à la foule rassemblée.
 
 La fête chrétienne de Noël-Epiphanie est plus une Théophanie qu’une Epiphanie : elle reprend l’expression biblique selon laquelle « Dieu vient visiter son peuple » pour que progressent la fraternité, le respect mutuel, le partage, l’équité, autour de valeurs sûres.
 
 Quel programme ! 
 
Reproduction autorisée, et même vivement encouragée, avec la mention suivante et impérativement le lien html ci dessous : 
© Abbé Alain René Arbez pour www.Dreuz.info
 
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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 05:18
Myriam de Magdala, témoin de résurrection
 

L’évangile de Jean nous dit que la première personne à constater que le tombeau de Jésus ne recèle pas de cadavre est Myriam (Marie) de Magdala qui avertit ensuite les amis proches du rabbi Yehoshua.

 

Mais depuis longtemps, reportages, romans, séries TV n’en finissent pas de nous ressasser le même hoax : Marie Madeleine serait la compagne de Jésus, et, pour certains férus d’ésotérisme, la mère d’une descendance cachée !

Il est vrai qu’au cours des siècles, en Occident, Myriam de Magdala, (ou Marie Madeleine) plutôt sobrement évoquée dans les écrits du nouveau testament, s’est muée en un personnage ambigu, sorte de prostituée convertie sur le tard, malheureuse figure d’amalgames successifs.

Dans le récit johannique de la bonne nouvelle, sa fonction n’est cependant pas négligeable : dans un premier temps, elle se montre accablée par la découverte du tombeau vide, étant très attachée à la personne de Jésus qui a changé sa vie, et qu’elle appelle « rabbouni », mon maître vénéré. Après quoi Marie de Magdala prend conscience – avec les yeux de la foi – du fait que la silhouette avec laquelle elle parle est la présence du Vivant, impossible à enfermer dans des catégories figées.

L’évangile de Luc évoque cette femme comme une Galiléenne « devenue disciple de Jésus, et délivrée par lui de sept démons » donc rescapée d’une situation gravissime. Le chiffre sept est l’image de la totalité, et le démon est cet esprit malin qui éloigne de Dieu. Les sept démons en question symbolisent ici une tentation périlleuse, qui n’est pas du registre sexuel, mais plus fondamentalement du registre philosophique et religieux concernant le salut de l’être humain. De nombreuses personnes surtout parmi les hellénistes, en particulier en Galilée, (surnommée carrefour des nations), étaient tentées par la vision païenne de l’être humain, avec les implications mythologiques et idolâtriques que cela implique. C’était en effet l’époque troublée de l’occupation romaine et des influences mythologiques grecques. Un siècle avant Jésus, le mouvement pharisien était né, en terre d’Israël, précisément à partir de cette préoccupation de sursaut spirituel, face aux séductions du paganisme. Le mouvement essénien était également de son côté une protestation envers la corruption des milieux sacerdotaux sadducéens gérant le Temple de Jérusalem et complices des Romains idolâtres. Dans cette crise de société et de ses valeurs, l’identité du judaïsme était en jeu et le piège devait être déjoué, car une telle confusion provoquait l’altération de la foi ancestrale des pères et la division au sein du peuple. Toute division est l’œuvre du démon,  shatan (obstacle sur le chemin du salut)

Marie de Magdala « libérée de sept démons » a donc été repêchée de cette mouvance humaniste paganisante, grâce au charisme pastoral du rabbi Jésus et de son message centré sur l’actualité de l’alliance. Approfondir l’alliance avec Dieu est vital.

Marie était donc une femme de son temps, motivée par une émancipation spirituelle… Alors par quel processus sont apparus ces amalgames douteux sur le profil de Marie Magdala et son changement de vie ? Quelle sorte de logique propre à la chrétienté en voie d’expansion a pu vraisemblablement prendre le dessus sur le profil originel des siècles précédents ?

Si dans son traité sur la pénitence, Ambroise refuse encore de confondre la sœur de Lazare avec la pécheresse décrite par Luc, c’est Augustin (4ème-5ème s.) de mentalité dualiste et focalisé sur les problématiques sexuelles, qui assimile les deux personnages. Avec Grégoire le Grand (6ème s.), les jeux sont faits, la pécheresse et Marie Madeleine ne font plus qu’un ! Enfin, pour Bède le Vénérable, Marie, sœur de Lazare, est expressément. selon Luc, une « femme de mauvaise vie » qui, pénitente, devient chaste, selon Jean.

Un tel personnage sulfureux a donc été artificiellement élaboré en Occident, par étapes, alors qu’en Orient, on n’a pas du tout adopté cette approche moralisante et la distinction entre deux Marie différentes a été maintenue.

Comment restituer à Marie de Magdala son authenticité originelle, ainsi que sa dignité, sinon en retrouvant le contexte de son existence sociale?

D’abord, il faut être conscient du fait que la Marie Madeleine pécheresse du Moyen-Age occidental, propulsée sur le devant de la scène, décrit à cette époque la conjoncture réductrice d’une théologie de l’âme et du corps, focalisant le péché prioritairement sur le charnel. Il y avait sans doute le souci de proposer aux femmes en dérive morale un modèle pédagogique de rédemption, une sainte patronne. Dans la société médiévale, toutes les catégories sociales devaient bénéficier d’un saint patron masculin ou féminin et les diverses corporations avaient chacune le leur.

Paradoxalement, cette époque, aux mœurs parfois brutales, est en même temps celle qui fait contre-poids en soutenant la promotion de la « dame » à travers l’amour courtois pour populariser le respect dû aux femmes. L’image de « Notre Dame » pour vénérer la Vierge est dans le même sillage et valorisé spirituellement le statut de la femme. Si tant de groupes spécifiques avaient leur saint protecteur, quid des femmes vénales marginalisées ? Ce contexte éclaire la mise en scène progressive mais contrefaite d’une Marie Madeleine ressemblant à ces femmes prostituées voulant sortir de leur déchéance sociale due à l’instrumentalisation sexuelle par les hommes.

Pourtant, lorsque Jérôme (4ème s.) précise : « Marie Madeleine est celle-là même dont le Christ avait expulsé sept démons, afin que là où avait abondé le péché surabondât la grâce » encore faut-il saisir le sens de cette phrase. S’il est question d’une « Marie de Magdala libérée de sept démons » au contact de l’enseignement de Jésus, c’est la manière hébraïque de dire qu’une femme a intégralement assaini sa vie grâce à la Parole de Dieu. « Si l’œil est dans la lumière, toute la vie sera dans la lumière… » L’œil, c’est la vision du monde.

Précisément, le sept est un signe de plénitude. Les démons représentent tout ce qui divise l’être humain et le retient captif du monde des ténèbres. Le 7 suggère bien le summum de l’aliénation spirituelle. Pas question de sexe dans ce cas. On sait que le monde païen et ses dérives malfaisantes est toujours représenté par les ténèbres.

On peut en déduire logiquement que Marie de Magdala a pu être l’une de ces femmes juives du 1er siècle qui suivent Jésus par soif d’une spiritualité libératrice en réponse à leur époque tourmentée. Ce qui veut dire par le retour aux sources des saintes Ecritures en lien avec la vie concrète, (ce en quoi Jésus, selon la sagesse pharisienne, excellait). L’évangile de Luc évoque des femmes (Jeanne, Suzanne et d’autres) qui font partie du groupe itinérant des disciples en contribuant à leur entretien, mais surtout en s’instruisant de la Torah à égalité avec les hommes, ce qui était nouveau. Lorsque Jésus est accueilli chez Marthe et Marie, c’est le signe qu’il a pour elles autant de considération que pour des hommes et qu’il les juge dignes de la compréhension du message biblique. 

Marie de Magdala a pris sa vie en mains grâce à l’enseignement messianique de Jésus, elle a réalisé son émancipation spirituelle en se cultivant et en se purifiant intellectuellement de toute influence du paganisme ambiant. Régénérée par l’enseignement de Jésus, elle a refusé à ce titre les fausses valeurs destructrices et les illusions d’une modernité philosophique de l’époque. On comprend sa reconnaissance et sa fidélité envers le Maître après son retour aux sources vives du judaïsme : elle sera aux pieds de la croix du Golgotha, comme elle sera le premier témoin de la résurrection du Christ. Triomphe de la cause de la vérité de Dieu impliquant celle de l’intégralité humaine.

Pour mieux comprendre qui est réellement cette femme forte imprégnée d’esprit biblique et assumant fièrement sa féminité par un choix de vie exigeant, il vaut la peine de s’intéresser à son nom : « Magdala » qui a donné en français Marie la Magdaléenne, ou Marie Magdeleine…

De l’hébreu mi-gd-al, « croître », Marie Magdala est cette personne à laquelle une rencontre décisive avec le Messie a permis de grandir en faisant le lien entre la Parole de Dieu et sa vie de femme qui prend ses responsabilités.

Affranchie des influences démoniaques du paganisme, son âme a été libérée et grandie.

Mais migdal signifie aussi « tour de guet ». Marie qui s’est réapproprié son avenir et sa dignité en se mettant à l’école de Jésus a accédé spirituellement à la même position que cette tour, fréquente aux abords des vignes en Israël, et du haut de laquelle le veilleur posté voit se lever l’aurore d’un jour nouveau ! Marie de Magdala, prenant de la hauteur de vues, est devenue sentinelle du monde à venir !

La tour des veilleurs aux abords de la vigne…Chacun sait combien la vigne symbolise Israël dans la littérature biblique. Ainsi, Marie de Magdala, fille d’Israël prise en considération dans sa dignité de femme et sa quête d’une foi biblique en lien avec la vie, est devenue le premier témoin-clé de la résurrection de Jésus et des perspectives lumineuses offertes par cet événement. Elle est à ce niveau l’une des proches de Yeshua, Messie d’Israël, lumière pour le monde entier et les nations en crise. L’apôtre Paul l’a affirmé : Christ est l’« aîné d’une multitude de frères et de sœurs » appelés dès aujourd’hui à la vraie vie…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/11/myriam-de-magdala-temoin-de-resurrection-3-255550.html

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28 juillet 2022 4 28 /07 /juillet /2022 00:22
Bible et Réincarnation

 

Pourquoi la doctrine de la Réincarnation n'est elle pas intégré aux dogmes Judéo-chrétien ?

 

Certains disent qu'elle a été supprimé des croyances originelles parce que elle était trop libératrice.Elle a été supprimé oui, mais pas pour cette raison la. Pour comprendre, faisons une incursion dans l'Islam.

 

     Le chrétien Abul Faradj, évêque d'Alep en 1286, rapporte que, lorsque les Arabes s'emparèrent d'Alexandrie (22 décembre 642), la bibliothèque fut livrée aux flammes par l'ordre de leur chef Amrou ibn al-Asi. Celui-ci ayant consulté le calife Omar Ier (v. 581-644) sur ce qu'on devait faire de tous ces livres, en reçut la réponse suivante : « S’ils sont conformes au Coran, ils sont inutiles, s’ils sont contraires au Coran, ils sont pernicieux : donc il faut les détruire ». En conséquence, conclut Abul Faradj, Amrou ibn al-Asi fit distribuer les manuscrits dans les bains d'Alexandrie qu’ils chauffèrent durant six mois.

 

 Que pensez de ce genre d'attitude ? c'est obscurantiste ! oui c'est vrai, mais encore.

Cela soutend la croyance que tous les sujets de la Connaissance Universelle sont contenus dans le Coran. Ce qui est faux, bien sur, mais cela  explique ce genre d'attitude !

Pour les Chrétiens et la Bible, c'est la même chose,  mis à  part que ces derniers ne brulent pas les bibliothèques.

 

Si vous demandez à certains chrétiens  : "croyez vous à une vie extraterrestre ?" on vous répondra : "Non, ce n'est pas dans la Bible"

Mais la Bible ne parle pas non plus d'une vie après la mort ! Faut il en conclure que cela n'existe pas non plus ? certains chrétiens n'hésitent pas à franchir cette ligne jaune.

 

  Il est évident que les prêtres juifs croyaient en la loi de la renaissance, sinon ils n'auraient pas envoyé demander à Jean Baptiste: "Es-tu Elie?".  Dans Matthieu 16:13, le Christ demande à Ses disciples :

 

"Que dit-on que je suis, Moi, le Fils de l'Homme ? "Et ils répondirent: les uns disent que tu es Jean Baptiste; certains Elie et d'autres, Jérémie ou l'un des prophètes."

 

Au chapitre 9 de l'Evangile selon Jean, nous avons une confirmation de la Réincarnation et même de la notion de Karma :

 

"Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui firent cette question: "Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle"?

Jésus répondit: "Ni lui, ni ses parents n'ont péché; mais c'est afin que les oeuvres de Dieu soient manifestées en lui."

 

 Mais il n'y a pas de traité didactique de la Réincarnation dans la Bible. Pourquoi ?  Parce que la Bible n'est pas un traité didacticiel ! les vrais réponses sont toujours simples et logiques.

Pourquoi croyez vous qu'il y ai autant de chapitres sur la condamnation de l'idolatrie dans la Bible ? parce ce que c'est une condamnation justement ! si la Bible approuvais l'idolatrie, il y a des chances qu'il n'y ai eu aucun mot sur ce sujet.

Pour la Réincarnation c'est pareil. Si la Bible n'en parle pas, il y a toutes les chances qu'elle admette les croyances en vigueur à l'époque de sa rédaction, soit la Réincarnation.    

 

Mais comment les choses se sont passés historiquement ?

En fait, c'est bien l'Histoire qui permet de comprendre cette situation. La Tradition juive a toujours enseigné la Réincarnation parce qu'elle est issue de la Tradition orientale à l'origine. Mais vous savez qu'en l'an 70, les Romains ont détruit le Temple de Jérusalem et les juifs ont été dispersés parmi toutes les nations. C'est ce qu'on appelle la Diaspora. Mais les juifs ont, principalement été dispersés dans le monde gréco-romain et donc ont été influencés par les croyance religieuses de ces derniers. Vous savez que les croyances concernant la vie après la mort dans le Christianisme sont issus de la religion grecque antique. Chez les juifs, il y a eu la même influence mais pas de façon identique au chrétiens. Le système rabbinique a adopté les croyances de la Tradition grecque tandis que la Kabbale a conservé les enseignements de la Tradition orientale. Par contre, dans le Christianisme, les enseignement concernant la Réincarnation ont perdures pendant les deux premiers siècles de notre ère puis ont disparus.   

Voila comment les choses se sont passés historiquement.

Dans le monde juif, il n'y a pas d'opposition à la doctrine de la Réincarnation même si tous les juifs ne l'adoptent pas. Alors pourquoi il y en a dans le monde chrétien ? Essentiellement, parce que on confond l'enseignement de la Résurrection et celui de la Réincarnation. En fait, on enseigne que les deux doctrines sont incompatibles alors qu'elles ne le sont pas tout. Quand la Bible parle de la résurrection de la chair, il ne s'agit pas d'une réincarnation qui aurait lieu qu'une seule foi .Mais d'un passage d'un corps physique a un corps supérieur. D'ailleurs, il n'est même nécessaire de passer par la mort pour ressusciter.

 1 Corinthiens 15
51Voici, je vous dis un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés, 52en un instant, en un clin d'oeil, à la dernière trompette. La trompette sonnera, et les morts ressusciteront incorruptibles, et nous, nous serons changés. 53Car il faut que ce corps corruptible revête l'incorruptibilité, et que ce corps mortel revête l'immortalité.…

 
1 Corinthiens 15:43
il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force;

 

1 Corinthiens 15:42-44,48-54
Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Le corps est semé corruptible; il ressuscite incorruptible;…

Alors ne vous demandez pas si c'est Réincarnation ou Résurrection.

Au Restaurant de Dieu, ce n'est pas Poire OU Fromage. C'est toujours Poire ET Fromage.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 10:21
Où a vécu la Sainte Famille en Égypte ?

Source : Aleteia

Jésus n’a pas fait ses premiers pas à Bethléem ou à Nazareth, mais bien en Égypte.

On oublie facilement qu’une partie de l’enfance de Jésus s’est passée en dehors de Bethléem et de la Terre sainte. Forcée à l’exil par le roi Hérode, la Sainte Famille a fui en Égypte et y est restée plusieurs années. C’est fascinant d’imaginer cette période de la vie de Jésus. A-t-il vu les anciennes pyramides ? Et le grand fleuve du Nil ?

Avant d’énumérer les endroits où la Sainte Famille a pu séjourner lors de son exil en Égypte, relisons d’abord le récit de saint Matthieu :

« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Mt 2, 13-15)

Publié par Gertrude Lamy le 27 décembre 2021

Source : Aleteia

Jésus n’a pas fait ses premiers pas à Bethléem ou à Nazareth, mais bien en Égypte.

On oublie facilement qu’une partie de l’enfance de Jésus s’est passée en dehors de Bethléem et de la Terre sainte. Forcée à l’exil par le roi Hérode, la Sainte Famille a fui en Égypte et y est restée plusieurs années. C’est fascinant d’imaginer cette période de la vie de Jésus. A-t-il vu les anciennes pyramides ? Et le grand fleuve du Nil ?

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Avant d’énumérer les endroits où la Sainte Famille a pu séjourner lors de son exil en Égypte, relisons d’abord le récit de saint Matthieu :

« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Mt 2, 13-15)

Les historiens ne sont pas tous d’accord sur la date de la mort du roi Hérode. Selon certains, il serait mort en 4 av. J.-C., alors que d’autres prétendent qu’il est mort en l’an 1 apr. J.-C. Quelle que soit la date exacte, selon la tradition, la Sainte Famille a vécu quatre ans en Égypte. Comme il est beau d’imaginer le petit Jésus faire ses tous premiers pas et prononcer ses premiers mots en Égypte !

Le périple égyptien

Selon la tradition, la première halte de la Sainte Famille a eu lieu dans la ville de Farma, à l’est du Nil. Puis ils auraient continué jusqu’à Mostorod, un village au nord du Caire. La tradition raconte qu’après leur passage, une source aurait jailli près de la ville. Ils se sont ensuite arrêtés à Sakha, où l’église de la Sainte Famille garde encore aujourd’hui une pierre ayant conservé l’empreinte de pas de l’Enfant-Jésus.

Puis ils se sont dirigés vers Wadi El Natroun, avant de s’arrêter aux portes du Caire. Ici, un arbre les aurait protégé du soleil. Lors du voyage, ils auraient vraisemblablement vu les anciennes pyramides d’Égypte. Peut-être se sont-ils même arrêtés pour les contempler. La Sainte Famille s’est ensuite rendue au Vieux Caire, puis s’est dirigée vers le sud pour arriver dans la région de Maadi, où ils ont embarqué sur un petit bateau en direction de Deir El Garnous et de Gabal Al-Teir.

Leur séjour le plus long en Égypte était à Gabal Quoskam. Ils seraient restés ici environ six mois. Avant de rentrer chez eux, ils auraient fait une dernière halte à Assiout. Le peuple copte est très fier de ce chapitre spécial de la vie de Jésus et conserve une dévotion très forte à la Sainte Famille, qui a voyagé et vécu parmi eux durant les premières années de la vie de Jésus.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 08:19
Le psaume 46, un appel à l’espérance

Elohim est le refuge et la force, secours dans la détresse :

Le Dieu de la Bible a révélé son visage : il est à la fois le créateur et le sauveur : un véritable refuge spirituel au milieu des périls de toutes sortes. Lorsque tout semble opacifié par la confusion environnante, dans le désarroi, on peut se fier à son alliance. Sachant qu’aucune prétention humaine ne peut secourir notre âme menacée.

Nous ne craindrons pas lorsque la terre est bouleversée, lorsque les montagnes s’effondrent… :

En effet, le monde change et les bouleversements sont innombrables dans tous les domaines, politiques, économiques, spirituels. Nous devons garder confiance en la Présence de Celui qui nous guide par sa loi d’amour. Même au milieu des valeurs qui s’affaiblissent, et des repères habituels qui se modifient, nous continuons de rester enracinés dans la révélation qui atteste une certitude au milieu des incertitudes. Les catastrophes liées à la nature frappent les esprits, car elles sont spectaculaires et anéantissent d’innombrables vies. Mais il existe des tremblements de terre idéologiques, des tsunami civilisationnels – moins perceptibles au premier regard, mais tout aussi mortifères pour les générations montantes.

Le Seigneur réside au milieu de la cité sainte : la demeure de Dieu est dans les cœurs assoiffés de justice et de paix, Dieu nous accompagne dans la traversée de nos nuits en attente de la lumière du jour. La Présence de Dieu ne nous abandonne pas malgré les apparences, même quand tout semble déferler contre la communauté des croyants, il reste fidèle à ceux qui l’aiment.

Les nations se sont émues, les royaumes ont vacillé, il élève la voix et la terre tremble : les régimes politiques se croient invincibles et inattaquables quoi qu’ils fassent, mais ce sont des colosses aux pieds d’argile : ce qui peut les maintenir, c’est seulement lorsqu’ils respectent les lois de Dieu garantes de la dignité de l’homme. En les méprisant, les hommes se châtient eux-mêmes et se condamnent à l’échec. Au milieu du tumulte des nations, la voix de Dieu se fait entendre, grâce au témoignage de ses fidèles, et la force de la vérité trace de nouvelles voies d’humanité parmi les peuples en quête d’espoir.

Le Seigneur des armées est avec nous, le Dieu de Jacob est un refuge pour nous : le Dieu vivant est présent dans la lutte du bien contre le mal. Certes, les armées célestes ne sont pas des armes humaines, mais ce sont des forces spirituelles plus puissantes que les idéologies éphémères, ainsi, elles nous accompagnent dans le combat pour le salut des âmes et la victoire du bien.

Le Seigneur fait cesser les guerres jusqu’aux extrémités du monde, il brise l’arc, rompt la lance, brûle les chars de combat :

La puissance de la Parole de Dieu est telle que si les hommes l’accueillent, ils découvrent le non-sens des luttes fratricides, ils créent des liens de solidarité et collaborent au mieux-être de tous. La lumière venue de Dieu rend inutiles les armes pour tuer, son Esprit de vie encourage les hommes à investir dans des projets constructifs, il change les mentalités guerrières et met au cœur de tous le désir de bâtir la paix et le partage des ressources dans l’équité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 06:04
Pêche miraculeuse, pêcheurs d’hommes
En écoutant l’évangile de Luc, nous nous retrouvons dans l’ambiance de travail et de foi des premiers apôtres, mais ce saut dans le passé peut – étonnamment – nous aider à mieux comprendre les enjeux de notre vie d’aujourd’hui ! Car nous allons ainsi mieux discerner les réalités de notre temps à partir des conditions dans lesquelles Jésus a appelé des hommes à partager son annonce du monde à venir.

Ces pêcheurs du lac, ce sont des hommes courageux. Et Jésus en fait ses disciples, afin qu’ils deviennent ensuite apôtres. Ce sont des professionnels de la pêche sur le grand lac de Galilée, le Kinnereth, un lac aux humeurs imprévisibles et périlleuses. On sait que dans la tradition biblique, ces eaux profondes et agitées symbolisent les dangers qui nous menacent dans la vie courante. On trouvera donc des récits d’après Pâques qui présentent le Ressuscité comme celui qui marche sur les eaux, une façon symbolique de dire que par sa victoire sur le mal, les plus graves dangers sont maîtrisés.

Les pêcheurs du lac en question, ce sont des connaisseurs expérimentés de ce lieu qui fournit des poissons à la région mais surtout à Rome : à l’époque de Jésus, les poissons tirés du lac sont séchés et acheminés en grandes quantités. Mais cette fois, nous dit l’évangile, les pêcheurs ont peiné toute la nuit sans rien prendre, alors ils rentrent, fatigués et résignés face à l’échec de leur travail.

Mais ce récit d’évangile est à lire à 2 niveaux, comme souvent. N’oublions pas que c’est une catéchèse, donc un récit de foi rédigé par Luc à partir d’un événement réel, mais ensuite recomposé après la résurrection du Christ pour devenir un enseignement à la lumière des promesses de Dieu. Cela, précisément au moment où se développent les premières communautés, d’où l’importance des nombreux symboles que nous y trouvons.

La résurrection de Jésus a en effet inauguré une ère nouvelle, et sa puissance de vie peut changer beaucoup de nos attitudes et de nos situations. On doit cependant constater que rien ne se passe de manière magique : la preuve, ici, les pêcheurs du lac, bien qu’ils soient les amis proches de Jésus, n’ont pas réussi leur expédition de toute une nuit, le résultat de leurs efforts a été nul!

Cela peut nous arriver de la même façon. Nous sommes baptisés, nous avons la foi, nous nous efforçons de la pratiquer intelligemment. Or, nous connaissons tous dans notre vie des moments difficiles, décevants et même des périodes infructueuses. A nous aussi, il arrive que les filets de nos vies soient vides et que le découragement nous immobilise.

Le récit nous présente Jésus assis dans la barque de Pierre, d’où il enseigne la Parole de Dieu. Manière imagée pour Luc de nous dire que Jésus est présent dans la barque de l’Eglise conduite par Pierre (ou son successeur) quoi qu’il arrive.

Que dit Jésus à Simon et aux apôtres déçus par leur nuit de pêche ratée : avance au large ! Aller au large, c’est s’éloigner des rivages familiers, c’est surtout porter plus loin l’appel et reconnaître combien l’évangile nous aide à dépasser nos blocages. Le résultat final est mis en lumière : après la nouvelle tentative, les filets sont remplis de poissons et n’arrivent plus à tout contenir…

Les filets sont à l’image des communautés en plein essor qui tissent des liens entre les personnes, et les poissons représentent les membres des communautés, sortis des eaux et appelés à la vie…

L’abondance messianique qui résulte de cette pêche miraculeuse est la réponse aux nombreux efforts humains restés sans résultats. Si la pêche a été nulle pendant la nuit, voici qu’elle est maintenant surabondante dans la lumière en compagnie de Jésus : une belle image pascale qui insiste sur la présence du Ressuscité au cœur des communautés porteuses de la bonne nouvelle. Car la nuit représente l’impasse liée au paganisme, car ses fausses valeurs sont nuisibles pour l’humanité.

Jésus dit à Simon : « Désormais tu seras pêcheur d’hommes », ce sont des êtres humains que tu prendras, ce sont des hommes et des femmes que tu tireras des abimes menaçants pour les faire renaître à la vraie vie. Il s’agira de tendre la main à ceux et celles qui se noient dans les multiples difficultés de l’existence.

Quand soudain les filets regorgent de poissons, le miracle se produit non pas comme dans un film, de façon magique. La Parole de Dieu agit d’une autre manière, car le libre choix de ces hommes a été sollicité : Jésus propose d’aller au large pour tenter un nouvel essai. Logiquement les hommes du métier réagissent sans doute avec réticence à cet effort apparemment inutile. Mais grâce à la confiance en la Parole de Jésus, ils acceptent de dépasser leur découragement et, pour répondre au défi exprimé par le Maître, ils lancent les filets : alors, subitement le miracle s’est produit – non pas d’abord dans le filet, de manière mécanique, mais avant tout dans leur esprit et dans leur cœur. Contre toute vraisemblance, ils ont tenté l’impossible et ils ont réussi. La même chose peut donc nous arriver dans nos situations de vie d’aujourd’hui! La fatalité peut être vaincue.

Nous avons peut-être remarqué que Simon s’est adressé à Jésus en l’appelant « Maître », et il lui fait état du problème ; ensuite le miracle a lieu, c’est un dévoilement de la mission de Jésus, et celui qui devient « Simon Pierre » s’incline en disant « Seigneur », titre divin qui sera réservé au Ressuscité… L’évangile veut ainsi nous dire qu’avec la force de la résurrection tout devient possible, et il évoque la marche vers une humanité où les ressources, devenues surabondantes dans l’amour de Dieu, seront utilisées pour que la fraternité soit réellement le signe du Royaume.

« Laissant tout, ils suivirent Jésus ». Ce terme de suivre est un mot chargé de sens. Jésus n’est plus simplement celui qui enseigne, mais il est celui qui appelle à la vie. Et c’est là un écho du premier commandement du décalogue, au cœur de l’alliance : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus tout, et tu ne SUIVRAS que lui seul »… Suivre Jésus prend ici tout son sens : c’est à travers sa personne entièrement donnée que l’on suit la loi d’amour de Dieu.

Mais cette grande aventure des disciples du Christ, commencée sur les rivages du lac de Tibériade, c’est aussi la nôtre aujourd’hui dans des conditions très différentes. Rappelons-nous que le Ressuscité se laisse reconnaître aujourd’hui encore dans des gestes de partage fraternel, qui sont des jalons constructifs pour l’avenir.

Jésus le Vivant se tient toujours sur les rivages de nos vies, et il nous lance encore ses appels à avancer au large, il nous invite à ne pas nous décourager dans les moments difficiles, mais à réintégrer nos forces, notre créativité, dans la puissance de la Parole de Dieu…Laissons-nous transfigurer et transformer par cette présence régénérante.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 04:33
Baptême de Jésus dans le Jourdain

La fête du baptême du Christ est une grande fête en Orient. Dans la liturgie romaine, elle vient clore le cycle liturgique de la Nativité. La méditation sur l’incarnation de Verbe nous conduit à nous interroger sur notre propre baptême et son sens aujourd’hui.

 

La question qu’on se pose parfois : Jésus avait-il vraiment besoin de recevoir un baptême pour être ce qu’il était? Pourquoi fallait-il qu’il passe par le rite de Jean-Baptiste, destiné avant tout à des pécheurs voulant changer de vie ? Luc en donne un éclairage intéressant : après avoir reçu le baptême, une nouvelle étape prend forme pour Jésus. Il est en prière, et le ciel s’ouvre, une voix venue du ciel s’adresse directement à Jésus pour reconnaître en lui le Fils bien aimé, ce qui en fait son unique porte parole. Pour Luc, Jésus est consacré au service de Dieu depuis sa naissance.

L’évangéliste veut donner ce message aux communautés, pour faire le lien entre la prière et le don de l’Esprit, comme il le développe dans les Actes de Apôtres. La prière, attitude indispensable chez les vrais disciples, pour vivre en fils de Dieu, comme Abraham, Moïse et toutes les grandes figures bibliques.

Le langage du récit de Luc est explicite, « les cieux s’ouvrent« , et l’Esprit, sous la forme d’une colombe pacifique, vient accréditer le « fils bien aimé » On a donc, après l’épiphanie, la théophanie. Cela veut dire qu’après la manifestation à Israël (la Nativité) puis aux païens (l’Epiphanie), Jésus s’est préparé par la prière afin d’accéder à ce tournant décisif : son engagement public dans l’annonce du royaume de Dieu…

En effet, dans la pensée de Luc, il faut comprendre que c’est depuis son enfance et son adolescence que Jésus s’est initié à ce grand jour de son baptême : il fait cette fois son entrée publique de prédicateur itinérant, en connaisseur exceptionnel des Saintes Ecritures. Il ne part pas de zéro : Jésus a d’abord reçu l’éducation d’un jeune israélite observant, dans une famille pratiquante, il a été imprégné de cette spiritualité biblique des anawîm, les humbles du Seigneur, dans la sensibilité de ses parents, de Marie sa mère en particulier, et de tous ceux qui attendaient avec ferveur la Consolation d’Israël.

On se souvient de l’épisode de sa présentation au Temple, avec la joie des anciens, en la personne d’Anne et Syméon, enthousiasmés par cette révélation. Puis Jésus a certainement fait ses premiers pas en Egypte, près des pyramides, puisque ses parents avaient dû fuir là-bas quelque temps pour éviter le massacre des innocents décrété par Hérode en Judée. Mais leur but n’était pas de devenir des Egyptiens, ils aspiraient à revenir au plus tôt en Israël, malgré les dangers.

Cette écoute attentive de la Parole de Dieu a rythmé ses journées, y compris son temps d’apprenti dans le travail du bois avec Joseph son père adoptif, et c’est sur cette prière permanente à Dieu que s’est fondée peu à peu sa relation vivante avec le Père. C’est également pour ressourcer en permanence cette confiance que, avec ses parents et d’autres membres de la famille, Jésus est allé chaque shabbat à la synagogue, mais aussi qu’il s’est rendu en pèlerinage à Jérusalem chaque année pour la Pâque et pour le Grand Pardon.

Jean Baptiste a lui aussi préparé le terrain pour cette mission, au point que certains se demandaient s’il n’était pas le libérateur attendu. Le prédicateur du Jourdain a tellement insisté sur le visage de justice de Dieu voulant remettre de l’ordre dans ce monde tourmenté, que beaucoup s’interrogeaient. C’est en ce sens qu’il s’est servi de l’eau vive du baptême pour purifier et réveiller en vue du monde à venir. Mais cette eau est très chargée de mémoire biblique : elle a guéri de la lèpre qui le défigurait Naaman le Syrien, les eaux ont été séparées par Josué lors de l’entrée en terre promise et c’est tout près de là que le prophète Elie a été enlevé au ciel sur son char de feu.

Si Jésus a commencé par être baptisé par Jean baptiste c’est avant tout parce qu’il était d’accord avec son puissant appel à la conversion, adressé à ceux qui veulent un monde différent. Car Jésus a voulu commencer son ministère en priorité auprès de ceux et celles qui reconnaissent avoir besoin de revenir à Dieu. On comprend pourquoi il refusera même de perdre un seul instant avec ceux qui se contenteraient d’être « en règle » avec des prescriptions religieuses. « Je ne viens pas pour les bien portants mais pour ceux qui se savent malades… »

Nous retrouvons ici la dimension pascale du baptême : le peuple de Dieu est né de sa traversée des eaux par le passage de la mer rouge, au temps de l’Exode. C’est pourquoi, toujours dans le registre pascal, Jésus proposera à ses disciples un autre baptême, différent d’un simple geste de purification. En plongeant volontairement dans le mystère de sa mort, Jésus va communiquer à ses disciples la relation de communion et de confiance qu’il vit avec le Père. C’est l’amour de Dieu et de l’humanité vécu jusqu’au don de soi-même.

Lorsque Jean Baptiste affirmera « Voici l’agneau de Dieu! », il parle de sacrifice, le comparant aux agneaux du Temple, immolés pour le pardon des péchés. Lui-même, prêtre du temple, sait de quoi il parle ! Ainsi, il désigne Jésus non seulement comme celui qui offre sa vie tel le serviteur souffrant d’Isaïe, mais comme la personnalisation intégrale de la force d’aimer, celui qui fait s’accomplir le mystère de la rédemption.

A chaque époque, il est utile de se redemander qui était vraiment Jésus et d’approfondir son message. Le Jésus que nous imaginons est-il bien celui qui se faisait baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain? Est-on certain de retrouver le Jésus de l’histoire derrière l’image qui a été faite de lui au fil des siècles? Nous pressentons que son identité est forcément plus exigeante et plus englobante que celle qui nous est familière, surtout à notre époque de confusion religieuse et de relativisme dilué.

Nous pouvons demander à Dieu le Père de nous redire à travers sa Parole et aussi nos expériences vécues ce que représente Jésus dans la vie des hommes et du monde, ce qui nous aidera à mieux saisir à quelle grande aventure de foi nous sommes appelés, greffés par grâce sur l’alliance avec Israël.

Car c’est en connaissant mieux le Fils, et surtout en étant plus unis à lui dans l’Esprit par la prière que nous deviendrons, par toute notre vie, ce que notre baptême fait de nous, dans la « israelitica dignitas » : des hommes et des femmes engendrés par Dieu, actifs pour la justice et la paix, car porteurs de toute l’espérance du Royaume de Dieu.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 23:55
Les récits fondateurs de la bible
 
Pour les juifs et les chrétiens la bible hébraïque est le témoignage substantiel d’un peuple de croyants dont l’aventure spirituelle a commencé il y a 40 siècles. C’est aussi la lumière inattendue d’une révélation dans les obscurités d’un monde en proie aux incessants méfaits de ses démons.

Calvin estimait que la bible est le miroir de notre humanité, en effet, ce n’est pas un livre à l’eau de rose, c’est le portrait contrasté du meilleur et du pire qui nous animent depuis les origines. Mais c’est aussi une thérapie de l’âme, individuelle et collective, si bien illustrée par les 10 paroles et la sagesse qui en découle.

Face aux questionnements qui traversent nos sociétés, on comprend combien l’histoire mouvementée de cette relation d’un peuple avec Dieu nous concerne. A l’homme d’aujourd’hui, les textes de la bible apportent le ressourcement qu’il ne trouvera nulle part ailleurs, ni dans les exploits scientifiques, ni dans la technologie la plus avancée, ni dans les programmes politiques les plus audacieux. Si nous souhaitons une humanité qualitativement augmentée, la bible a des choses déterminantes à nous dire sur nous-mêmes.

La bible n’est pas qu’un livre ! L’islam appelle juifs et chrétiens « ahl al kittab » peuple du livre…Il n’est en rien : la bible est la religion d’une Parole vivante qui est inséparablement celle de Dieu et celle des hommes. Des êtres humains inspirés l’ont transmise d’abord oralement, puis rédigée dans la culture de leur époque par souci d’éclairer les générations futures. La bible n’est pas non plus un seul livre : constituée de 73 livrets, c’est une véritable bibliothèque qui défie les siècles.

Nos amis protestants ne reconnaissent aujourd’hui que 39 livres pour le Premier testament. Cependant, jusqu’au 19ème siècle, ils gardaient en annexe dans leurs bibles 7 œuvres qu’ils ont  écartées depuis : Tobie, Judith, 1 Maccabées, 2 Maccabées, Sagesse, Siracide, Barukh, les parties grecques d’Esther et Daniel.

C’est l’Eglise catholique qui a défini au 3ème siècle quel serait le canon des Ecritures. Les 73 livres de la bible (AT et NT) ont été écrits entre le 13ème siècle avant JC et la fin du 1er siècle après JC. La composition rédactionnelle de la bible des chrétiens s’étale donc sur quatorze siècles. Ces livres présentent une étonnante diversité mais aussi une impressionnante unité de pensée. Nous découvrons dans ces textes inspirés une surprenante fresque spirituelle qui nous dévoile un dessein divin, un projet qui nous dépasse, et qui s’adresse au cœur de chacun.

Pour entrer dans l’articulation de ces 73 livrets, il ne faut pas se fier à l’ordre de publication qui prédomine dans les éditions bibliques. Leur historicité ne correspond pas à cet échelonnement : Job qui se situe bien avant Isaïe a été écrit 300 ans après. Le livre de la Sagesse qui se situe avant Jérémie, a été rédigé plus de 500 ans après. Le livre de la Genèse qui commence par les mots « bereshit bara » (au commencement…) est d’une rédaction finale datant de l’exil.

Le déroulement de l’histoire sainte illustre les différentes étapes de cette prise de conscience du divin qui a été progressive et s’exprime dans des genres littéraires différents. Ce qui frappe le plus, c’est que la Parole de Dieu a agi au sein d’un peuple dans les phases successives des événements qu’il a vécus. Car cette Parole de Dieu est simultanément Parole de l’humain. Il s’agit réellement d’une action de Dieu en l’humain et pour l’humain, dans une synergie permanente. Dieu révèle son visage à travers la recherche de l’homme qui avance pas à pas en réponse à l’appel intérieur qui le met sans cesse en mouvement vers un avenir.

Pendant des siècles l’Ancien Testament, (ou plutôt Premier Testament) a été plutôt réservé aux théologiens et aux religieux. Le premier penseur à avoir insisté sur l’unité fondamentale entre les deux testaments était Jean Calvin au 16ème s. Même si antérieurement dans le monde catholique, il est vrai que le Premier Testament était communiqué au peuple chrétien à travers les scènes bibliques des chapiteaux d’église ou des vitraux tels des bandes dessinées.

A la suite du Concile Vatican II, les catholiques ont pris conscience du fait que le Premier Testament est vital pour comprendre la logique de la révélation et accueillir l’évangile du Christ. En plus des bases de la foi chrétienne dont elle est la matrice, la bible hébraïque nous offre un trésor littéraire, culturel et poétique hors du commun. Pensons à son impact sur les écrivains du Moyen Age, également sur Marot, Racine, Hugo, Vigny, Péguy, Claudel et tant d’autres.

Mais le Premier Testament est aussi à la racine même de la dévotion catholique : la prière quotidienne des psaumes, prière de l’Eglise, est une prière juive. De cette tradition hébraïque proviennent aussi le rituel de la messe, les grandes fêtes chrétiennes, mais surtout l’expression religieuse comme la louange, l’adoration, la contrition, la confiance, l’angoisse, l’offrande, la gratitude, etc. L’évangile dans ses 4 versions est tissé de passages de Premier Testament, et son matériau d’expression midrashique ne peut se décrypter que par les clefs de la bible hébraïque.

Histoire Sainte

L’histoire sainte dans le Premier Testament se déroule sur 20 siècles, et Abraham se situe grosso modo à la même distance de Jésus que nous par rapport au Christ. Le dessein de Dieu commence par le choix qu’il fait du peuple d’Israël. Un petit peuple presque insignifiant par rapport à ses puissants voisins aux brillantes civilisations. L’attachement de ce peuple sémite au Dieu qui se révèle à lui par étapes est surprenant. Il progresse dans sa relation malgré ses insuffisances, ses péchés, ses malheurs et ses trahisons.

Le Premier Testament nous communique ainsi un ensemble de préceptes et de convictions qui font partie intégrante de la foi chrétienne. Pour en saisir toute la portée, quelques clefs de compréhension sont indispensables, afin de contextualiser les messages.

Histoire de la région

La terre d’Israël a continuellement subi les invasions. On peut distinguer deux séries de conflits régionaux qui ont eu des incidences sur la vie du peuple. Les conflits est-ouest entre Egyptiens et Mésopotamiens (Sumériens, Babyloniens, Assyriens) cherchant à établir leur domination sur leur voisin. Le royaume israélite avec David, Salomon, Jéroboam II ne réussit à affirmer son indépendance que dans les intervalles d’affaiblissement de ses voisins puissants. Les conflits nord-sud entre peuples du nord et peuples du sud : les Hittites, Mèdes, Perses, Grecs, Romains ont envahi successivement la région du croissant fertile. Ces va-et-viens ont fait qu’Israël n’a jamais pu s’assurer une grandeur politique durable. Cette fragilité géopolitique a favorisé l’arrivée d’influences diverses. On retrouve dans les Ecrits bibliques certaines influences économiques, juridiques, littéraires, religieuses.

Ce qui n’enlève rien à la spécificité du discours articulé autour d’un fil conducteur : l’alliance entre Dieu et son peuple, et sa projection universaliste. On apprécie d’autant plus la pédagogie de la Bible si l’on prend en compte les étapes progressives de la révélation en adéquation avec l’histoire. Il se dessine un progrès dans la connaissance de Dieu, la compréhension du monde, la manière de prier, la voie de la sainteté, l’amour du prochain.

Genres littéraires

D’où la diversité des genres littéraires dans les Ecrits bibliques. Les modes d’expression ressortissent en effet à des styles assez variés, tels que la fable, la parabole, l’allégorie, le poème, l’épopée.

Les genres historiques sont eux aussi diversifiés : l’histoire populaire  (Josué, Juges, Samuel). L’histoire hagiographique (cycles d’Elie et Elisée – Rois 1 et 2). L’histoire épique (Exode, Sagesse, Juges). L’histoire antique (2 Maccabées, Actes des Apôtres). L’histoire religieuse (présentation des faits en fonction des leçons à tirer : Israël est fidèle, Yahvé est bon. Israël est impie, Yahvé manifeste sa colère – Juges, Rois, Chroniques, etc). L’histoire romancée (Tobie, Judith, Esther). L’histoire fiction prophétique (Jonas, Daniel, Apocalypse.

Il faut tenir compte des représentations cosmiques de l’époque biblique où on se représente l’univers en 3 étages : la terre des vivants, les cieux, et le séjour des morts. Selon cette perception, la terre est plate et repose sur un abîme liquide, le firmament est une calotte solide qui supporte les eaux d’en haut et à laquelle sont suspendus les astres.  Au-delà de la sphère céleste se tient la demeure de Dieu. On ne peut donc rechercher dans la bible des approches géologiques ou astronomiques. Autre dimension essentielle dans l’Ecrit biblique : le rôle des chiffres. Un nombre indique toujours autre chose qu’une vérité mathématique. (Ex : l’âge des patriarches, le symbolisme fort des chiffres 1, 3, 7, 12, 40, 70…) Dieu est l’Unique, le Un, ehad.

Dans la tradition biblique et ses styles littéraires, Dieu est présenté comme la cause immédiate de tout ce qui survient. Les causes secondes des lois de la création sont assimilées aux causes premières émanant de Dieu lui-même. C’est le cas pour les tremblements de terre, les épidémies, les défaites, les attitudes humaines, et mêmes les fautes des hommes. Pour confesser le Dieu créateur et sauveur, il est toujours affirmé que Dieu est le maître absolu du temps et de l’histoire, il est derrière chaque événement. Sans jamais oublier que l’homme a été créé libre. La foi en la pertinence du message biblique va cependant nous permettre de voir dans l’histoire humaine la Providence divine, dans les écrits humains l’inspiration divine, et dans les prises de conscience humaines la révélation divine.

Le Juif Jésus

Il est donc bien difficile de décrypter les messages de l’évangile sans référence aux éléments-clé du Premier testament. De même que lors de l’épisode de la Transfiguration la personne de Jésus s’éclaire en compagnie de Moïse (la Loi) et d’Elie (les prophètes), on peut retrouver dans le Christ des traces vivantes de la Bible hébraïque :

La progression spirituelle du peuple d’Israël au cours des étapes de la révélation se synthétise et trouve une voie d’accomplissement particulier en la personne de Jésus, juif pratiquant et observant. Après sa mort et sa résurrection,  ses disciples régénérés par l’Esprit reconnaîtront en lui le visage de Dieu parmi les hommes.

Toute l’expérience biblique transparaît dans la personne de Jésus. On retrouve en lui l’Adam parfait, vrai homme, Fils de Dieu accompli, image du Père, passé par l’épreuve des tentations et vainqueur du péché. On retrouve en lui Abraham, familier de Dieu et source de bénédiction pour tous les peuples. En lui se réalise la promesse. On peut aussi retrouver en Jésus Moïse, guide du peuple, au moment où il célèbre la Pâque et l’actualise par son propre passage de la mort à la vie. Il renouvelle l’alliance et l’élargit au pardon total y compris des ennemis. On retrouve en lui David, son onction royale et messianique, son attente active d’un Royaume dont Dieu est le seul maître. Il y a également en Jésus quelque chose d’Amos, lorsqu’il dénonce l’égoïsme des nantis, et démasque toute forme d’hypocrisie religieuse. Le prophète Osée est présent dans son message, annonciateur du Dieu de tendresse et de pardon, de même que le prophète Isaïe, adorateur du Dieu trois fois saint, évocateur d’Emmanuel  « Dieu-avec-nous ». Et encore Jérémie, critique du ritualisme et célibataire volontaire, éveilleur de l’Alliance nouvelle, intercesseur pour les autres. Jésus réalise la figure du bon pasteur imaginé par Jérémie et Ezekiel, prophètes d’espérance pour les exilés.

Membre actif du peuple de Dieu nation sacerdotale, Jésus est le prêtre qui accomplit le sacrifice dans le renoncement à soi et la louange de Dieu. On retrouve ainsi en Jésus les traits saisissants du Serviteur d’Isaïe, prêt à offrir sa vie pour ouvrir à tous l’accès à la vérité de l’homme.

Jésus s’est donné de préférence le titre de Fils de l’Homme dont il a endossé la mission pour les derniers temps. Cet être mystérieux porte-parole de Dieu entrevu par Daniel éclaire sa mission divine. La pratique de Jésus est conforme à la sagesse des fervents hassidim, il accepte ses souffrances comme Job sans perdre pied. Dans la personne de Jésus le Premier Testament s’incarne, au point que ses disciples voient en lui une Torah vivante. Son équipe d’apôtres envoyés annoncer la proximité du Règne selon son enseignement et son exemple met en route la Qehila, l’assemblée convoquée par Dieu, qui ira depuis l’Eglise-mère de Jérusalem transmettre les merveilles de la foi jusque dans les contrées lointaines et les sociétés païennes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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