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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 10:59
Le juif Jésus, né en Judée, pays des Bnei Israël
On est parfois stupéfait des extrapolations tirées du récit de la Nativité. L’amalgame anachronique de concepts idéologiques actuels avec les événements liés à la naissance d’un petit enfant de Judée, nommé Yehoshua, rend la réalité historique et le sens spirituel de l’événement indéchiffrable.

Il n’est que de constater les récupérations hasardeuses d’un enfant Jésus subitement privé de sa judéité et de son époque, pour être transformé en réfugié du Moyen Orient, y compris dans les documents ecclésiastiques officiels complaisants. Arafat avait abondamment procédé à cette captation d’héritage spirituel en faisant de Jésus le premier feddayin palestinien !

 

Mais on trouve aussi des commentaires de presse humanitaire qui intronisent l’enfant de Bethléem comme le premier nouveau-né « sans papiers ». Retournement de situation plutôt paradoxal puisque l’on peut lire dans les évangiles que Joseph et son épouse Marie se sont rendus à Bethléem, à la demande expresse des autorités romaines, précisément pour y décliner leur identité et se faire enregistrer officiellement avec leur nouveau-né! Le contraire de la clandestinité…C’est dans le même ordre d’idées que le 19ème siècle n’a pas hésité à mythologiser Joseph, père adoptif de Jésus : à partir du fait qu’il était charpentier, il s’est ainsi retrouvé promu figure emblématique des prolétaires ! A tort, car s’il est vrai que tout travailleur, même au bas de l’échelle sociale est digne de reconnaissance et de respect, on sait aujourd’hui que le statut de charpentier dans la Judée du 1er siècle correspond à celui d’un homme instruit et aisé, qui gagne bien sa vie, du fait de sa compétence artisanale polyvalente (il est en effet performant dans la réalisation de poutraisons pour les toitures, comme dans la fabrication de meubles et d’objets d’art, parfois même dans la taille de pierres de construction).

Quoi qu’il en soit, le récit édifiant de la naissance de Jésus chez Matthieu et Luc est porteur d’espérance. C’est pourquoi rien n’autorise à le récupérer au service d’une idéologie partisane et horizontale. Cela veut dire que l’utilisation souvent orientée du récit de la Nativité confirme la fragilité de cet événement survenu dans la plus grande humilité.

Mais cette vulnérabilité, signe de la compassion et de la proximité de Dieu, fait partie, avec tout le réalisme possible, de l’identité de Jésus et de la mission qu’il a assumée. Nous savons que cet enfant instruit dans la Torah est devenu le maître d’un nouvel art de vivre au sein d’un peuple témoin environné de nations païennes hostiles. Jésus a clairement choisi de dépasser tous les clivages, anciens et modernes, pour offrir à tous un chemin d’humanité guidé par l’Esprit, libéré des manipulations politiciennes et axé sur la réalité appelée Royaume de Dieu, avenir messianique toujours espéré et attendu par son peuple, Israël et Eglise.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 00:48
Les évangiles, écrits en Grec ou en Hébreu ?
La question a été posée maintes fois au cours du temps, mais formuler une telle hypothèse est presque un blasphème pour certains tenants de l’option majoritaire, influencée par les exégètes libéraux allemands du début 20ème s.

Deux personnalités compétentes mais contestées se sont attelées à cette tâche particulière qui est d’interroger le genre littéraire des évangiles afin d’en déceler la rédaction originelle : l’abbé Jean Carmignac, et son disciple Claude Tresmontant.

 

L’abbé jean Carmignac (1914-1986) est un prêtre séculier français. Durant sa formation théologique à Rome il approfondit l’étude de l’hébreu. Un séjour à l’Ecole Biblique de Jérusalem en 1955 l’enracine encore plus dans la scrutation minutieuse des textes. Passionné par l’étude des Manuscrits de la Mer Morte, il en devient un spécialiste mondialement reconnu, et c’est à partir de cette plongée dans le génie hébraïque qu’il s’attache à explorer la rédaction des évangiles. Il y retrouve – derrière le texte grec-  des sémitismes totalement identiques à ceux des Ecrits de Qumran.

Cette approche se situe en désaccord avec le consensus habituel des exégètes, mais pour appuyer ses découvertes l’abbé Carmignac recherche dans les bibliothèques du monde entier les rétroversions hébraïques des évangiles antérieures à la sienne. Il en arrive à la conclusion que ce qui est enseigné depuis le début du 20ème siècle ne correspond pas à la réalité historique, il a la conviction, au contraire, que l’évangile de Marc, le plus ancien, a été rédigé en hébreu avant d’être traduit en grec. Ce qui signifie que les premiers témoignages ne sont pas aussi tardifs que ce que l’on pensait (fin 1er s. début 2ème), mais s’articulent dans des décennies très proches de l’époque de Jésus et de ses premiers disciples (1ère moitié du 1er s.).

Claude Tresmontant va reprendre cette option en la développant dans son ouvrage « Le Christ hébreu » en 1984. Plus récemment, un théologien juif, Daniel Boyarin, se situe dans la même perspective avec son livre « Le Christ juif ».

Pour populariser ses conclusions qu’il estime étayées de manière scientifique, l’abbé Jean Carmignac publie en 1984 « La naissance des évangiles synoptiques ». Il montre combien sa connaissance des Manuscrits de la Mer Morte l’a familiarisé avec l’hébreu pratiqué au temps du Christ. Il a pu ainsi facilement reconnaître l’hébreu originel présent derrière le texte grec de l’évangile de Marc, qu’il considère comme un simple décalque hellénistique. D’ailleurs, selon l’abbé Carmignac, la pensée grecque en tant que telle est absente de Marc, de Matthieu et des sources de Luc.

Beaucoup ignorent que de nombreuses traductions des évangiles grecs en hébreu existent depuis longtemps. L’abbé Carmignac en a compulsé une quantité considérable au cours de ses recherches en bibliothèques. Il en donne une liste qui témoigne concrètement de l’intérêt permanent pour cette rétroversion hébraïque censée retrouver les accents premiers du texte originel.

 

Simon Atoumatos, en 1360, donne la plus ancienne traduction hébraïque du Nouveau testament. Shem Tov ben Isaac ben Shafrut traduit l’évangile de Matthieu en 1380. Un juif espagnol de Crète traduit au 15ème s. les 4 évangiles, son manuscrit est au Vatican. Un juif italien traduit Matthieu au 16ème s. : son œuvre est publiée en 1537 par Sebastian Münster et en 1555 par Jean Mercier. En 1533, Antonius Margarita, juif converti, traduit Matthieu. Thomas Hencleng traduit Marc en 1540. Giovanni Paolo Eustachio, ancien rabbin, compose vers 1560 un recueil hébreu du Nouveau Testament. Friedrich Peters publie en 1573 une traduction des évangiles lus lors des dimanches, et une traduction de Luc en 1574.

Walter Herbst, d’origine juive, traduit Marc en 1575. Valentin Schindler publie en 1578 des passages du Nouveau testament en hébreu. Martin Theodosius  Fabricius publie en 1595 les récits de la Passion en hébreu. Elias Hutter publie en 1599 le Nouveau testament en plusieurs langues, dont l’hébreu. Martinus Thabor édite en 1610 un recueil des évangiles liturgiques en hébreu. Domenico Gerosolimitano, rabbin galiléen, travaille à la bibliothèque vaticane de Rome et publie tout le Nouveau testament en hébreu en 1615. Le jésuite Georg Mayr termine en 1622 une édition complète du Nouveau testament en hébreu pour ses étudiants (bibliothèque nationale de Paris). Thomas Lydyat, prêtre anglican d’Oxford rédige en 1625 les 4 évangiles en hébreu. William Robertson publie un Nouveau Testament hébreu en 1661. Giovanni Battista Iona, rabbin en Palestine, puis professeur d’hébreu à Rome, publie en 1668 les 4 évangiles. Johannes Kemper, ancien rabbin de Cracovie, établit en 1703 une traduction hébraïque de tout le Nouveau Testament. Rudolf Bernhardt, ancien rabbin de Prague, compose au début 18ème s. une traduction hébraïque des 4 évangiles. Heinrich Christian Fromann, médecin juif converti, édite Luc en 1735. Louis Isaac Caignon publie en 1741 les évangiles en hébreu. Ezekiel Rahibi, juif d’Inde, traduit en 1760 tout le Nouveau Testament. Richard Caddick publie les évangiles et les Actes des Apôtres en 1798. Thomas Yeates termine sa traduction des 4 évangiles en 1805. Elias Soloweyczyk, rabbin lithuanien, publie en 1869 une traduction de Matthieu ainsi que de Marc. Franz Delitzsch édite le Nouveau Testament hébreu en 1877. Isaac Salkinson, juif converti, traduit les 4 évangiles. Jekiel Lichtenstein, rabbin converti en lisant le Nouveau Testament, publie sa traduction de Matthieu, Marc, Luc et Jean entre 1891 et 1897. Alfred Resch, pour prouver l’origine hébraïque des discours de Jésus, en donne une reconstitution en 1898. Hirsch Perez Chajes, grand rabbin de Trieste, publie en 1899 le texte hébraïque de Marc. Georg Aicher publie en 1929 une analyse des jeux mots hébreux dans l’évangile de Matthieu.

Des traductions en hébreu moderne voient le jour dans les années 60 par Yohanan Elihai et Yehoshua Blum.

Toutes ces traductions ou retroversions hébraïques des évangiles ont été réalisées par des auteurs chrétiens ou juifs qui ne se connaissaient pas. C’est le fruit d’un travail considérable, comme celui de Delitzsch qui a été élaboré durant 52 ans. Ces rétroversions ne se prétendent pas être la version originale des évangiles, mais se donnent pour objectif de reconstituer le climat littéraire qui donne sens aux expressions spécifiques présentes dans les textes. Jean Carmignac a lui-même édité en 1982 sa version des 4 évangiles, à partir de ses longues recherches autour du langage qumranien dont il est le spécialiste. Sa connaissance précise des sémitismes donne à ses hypothèses de travail une saveur particulière qui ne peut qu’encourager à approfondir davantage le message néo-testamentaire dans son génie originel.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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12 juin 2021 6 12 /06 /juin /2021 23:50
Jean Baptiste et l’annonce du royaume

Cet évangile nous laisse imaginer l’effet de surprise et en même temps l’effet d’attraction que provoque chez ses contemporains déboussolés l’activité de ce Yohanan, c’est à dire Jean, une sorte d’ermite retiré au bord du Jourdain.

 

Jean Baptiste est prêtre, fils du prêtre Zakarie, et en principe, son rôle serait d’officier au Temple. Mais il a choisi une manière directe d’annoncer la conversion et le pardon des péchés : il est là entre le Jourdain et le désert, pour interpeller, annoncer les temps nouveaux et il offre un baptême à ceux qui prennent sa parole au sérieux ; c’est ainsi qu’il plonge dans l’eau – en signe de renouveau – ceux qui se présentent à lui avec le désir de changer de vie. C’est un rite juif de purification parmi d’autres, très nombreux à cette époque. Comme il s’agit d’un rituel avec un sens religieux, il n’est donc pas étonnant, comme le remarque l’évangile, que des prêtres et des lévites viennent à lui pour connaître quelles sont ses intentions. Iohanan ben Zekharia est très vite surnommé « Iohanan ha matbil », Jean le baptiste, le purificateur…

 

Dans son livre intitulé La Promesse, le cardinal Jean Marie Lustiger insiste sur cette fonction de Jean Baptiste au bord du Jourdain. Appartenant lui-même au peuple juif, l’archevêque trouve qu’on a trop banalisé cet événement plein de signification, alors que c’est de là qu’est issu notre propre baptême. Il ajoute que Jésus lui-même s’est fait baptiser des mains de Jean par un geste de purification qui inaugure l’imminence du Royaume des cieux.

Le cardinal rappelle aussi que ce baptême est, à l’époque, le rite de passage pour les nombreux païens attirés par le judaïsme et qui désirent faire un pas vers l’alliance avec le Dieu d’Israël. On ne leur demande pas nécessairement la circoncision mais simplement un baptême d’eau signe de purification intérieure des imprégnations païennes. On les appelle les craignant-Dieu et ils sont très nombreux. Le charisme prophétique de Jean Baptiste les touche, tout comme il touche de nombreux pratiquants du Temple en recherche d’une cohérence entre la Parole de Dieu et leur façon de vivre.

Prophétique, c’est toute l’existence de Jean Baptiste qui l’est, dès le départ : les évangiles nous décrivent sa naissance miraculeuse d’une femme stérile, nous savons que très tôt il a choisi un mode de vie austère, en accord avec son enseignement axé sur la pénitence et la conversion.  Il vit dans le célibat, la pauvreté, par obéissance à l’appel intérieur qu’il a ressenti  d’annoncer à tous l’imminence des temps nouveaux. Des foules de personnes de toutes catégories sociales et de toutes origines culturelles viennent à lui, au point que les autorités s’inquiètent, et lui font demander : mais enfin, qui es-tu ? Cette question cache une interrogation plus forte : ne serais-tu pas le Messie tant attendu ?…

Jean répond sans hésiter qu’il n’est ni Elie, ni le Messie. Il est le précurseur, celui qui prépare la route à l’Envoyé de Dieu. Mais Jean l’annonce d’une manière énigmatique : « il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne connaissez pas ». Invitation à se mettre en recherche, à discerner quel est le profil de celui qui doit venir au nom du Dieu sauveur, en consonance avec l’histoire sainte.

Et Jean cite le prophète Isaïe, car s’il n’existe pas de portrait-robot du Messie, c’est seulement à partir des signes concrets dans la vie du peuple qu’on le reconnaîtra : il ne viendra pas de manière grandiose et écrasante, il viendra à la rencontre des petits et des pauvres ; avec humilité, il apportera libération et consolation à ceux qui souffrent des multiples blessures et déceptions de l’existence.

Cet appel nous concerne nous aussi. Si nous voulons accueillir Celui qui vient, il nous faut nous retrouver sur le même chemin que celui ouvert par Jean Baptiste pour préparer sa venue. Cela nous demande de ne pas nous contenter d’un regard complaisant sur nous-mêmes et d’un regard désenchanté sur le monde; cela va même nous obliger à nous convertir, c’est à dire à désapproprier de notre ego, afin de découvrir ce qui, en nous, a besoin d’être aplani, redressé, amélioré, pour que le passage du Messie puisse avoir lieu dans nos vies. Isaïe avait dit que le Messie libérerait les captifs.

Captifs, nous le sommes peut-être de beaucoup de choses: de nos habitudes, de nos biens, de notre pouvoir, de notre image. Les choses auxquelles nous tenons, nous devons nous demander si ce ne sont pas elles qui nous tiennent! Nous sommes sans le savoir trop prisonniers de nos envies et de nos prétentions.

Quant à la pauvreté, elle nous concerne aussi. Nos vies étrangement si « remplies » par tellement de choses peuvent paradoxalement se retrouver extrêmement vides de l’essentiel : au-delà des banalités matérielles ou des futilités, le plus important c’est la relation avec Dieu, le respect et l’amour des autres, toutes les valeurs spirituelles qui devraient rester prioritaires.

Il y a donc du manque, de la pauvreté spirituelle en nous, et en être conscients, c’est déjà avoir fait un grand pas, c’est entendre l’appel de Jean-Baptiste qui nous rend plus lucides et qui nous prépare à recevoir le message libérateur du Messie..

Nous redécouvrir en attente des bénédictions du Royaume, nous désencombrer de ce qui gêne notre marche en avant, nous purifier intérieurement, c’est le baptême intérieur – la purification – à laquelle nous sommes aujourd’hui conviés si nous voulons nous préparer à accueillir consciencieusement le Fils de Dieu à Noël.

La phrase de Jean Baptiste reprend alors tout son sens: il y a parmi nous quelqu’un que nous n’arrivons pas à reconnaître en ce qu’il est vraiment. Et pourtant, une trace lumineuse a déjà balisé le chemin du Royaume, et les témoins de cette lumière n’ont pas manqué depuis des générations et des générations de croyants à travers les époques.

A peine perceptible dans certains cas, éblouissante dans d’autres circonstances, cette lumière nous est de nouveau confiée, c’est la lumière de l’avent. Elle doit, elle peut grandir en nos cœurs, semaine après semaine, pour laisser exulter notre louange dans la nuit de la Nativité où nous chanterons « gloire à Dieu et paix sur terre ».

A nous de savoir comment dire à notre entourage: il y a quelqu’un de vivant au milieu de nous, il y a en nous le mystère du royaume de Dieu qui s’accomplit avant de paraître un jour aux yeux de tous. Comment trouver les mots justes pour engager la discussion dans notre entourage ?…          L’avent est ce moment privilégié où devrait descendre en nous la paix de Dieu pour nous apaiser, nous pacifier. Ainsi, nous serons plus à même de laisser transparaître quelques reflets de la gloire de Dieu, et cela se réalisera si nous donnons au Christ davantage de présence dans nos vies.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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29 mars 2021 1 29 /03 /mars /2021 09:17
Black Lives Matter dans le Nouveau Testament…
Dans le récit évangélique de la passion, un certain Simon de Cyrénaïque (Lybie) vient aider Jésus à porter la croix. Un peintre florentin le représente avec la peau noire d’un Africain.

Mais le livre des Actes des Apôtres rédigé par Luc nous dit : « Il y avait dans l’Eglise d’Antioche des prophètes et des docteurs : Barnabé, Symeon appelé Niger (le noir), Lucius de Cyrénaïque (Lybie), Manaèn et Saul ».

Ce qui nous donne un écho concret de la fraternité interethnique vécue dans les premières communautés chrétiennes, où très vite au 1er siècle non seulement des juifs et des non juifs vont partager la méditation de la Parole de Dieu dans le cadre du repas cultuel (eucharistie) autour d’une même table, mais où des membres de l’Eglise, de conditions sociales et d’origines culturelles différentes, vont faire cause commune.

Il y eut également à la tête de l’Eglise romaine trois papes dits « africains », mais même si leur teint était sombre, c’étaient des Berbères : Victor 1er, Miltiade et Gélase. Il en est sans doute de même avec des personnalités chrétiennes telles que Cyprien de Carthage et Augustin d’Hippone.

La devise de l’époque était donc visiblement : Human lives matter !

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 09:20
Myriam de Magdala, témoin de résurrection

L’évangile de Jean nous dit que la première personne à constater que le tombeau de Jésus ne recèle pas de cadavre est Myriam (Marie) de Magdala qui avertit ensuite les amis proches du rabbi.

 

Mais depuis longtemps, reportages, romans, séries TV n’en finissent pas de nous ressasser le même hoax : Marie Madeleine serait la compagne de Jésus, et, pour certains férus d’ésotérisme, la mère d’une descendance cachée ! 

Il est vrai qu’au cours des siècles, en Occident, Myriam de Magdala, (ou Marie Madeleine) assez sobrement évoquée dans les écrits du nouveau testament, s’est muée en un personnage ambigu, sorte de prostituée convertie sur le tard, malheureuse figure d’amalgames successifs. 

Dans le récit johannique de la bonne nouvelle, sa fonction n’est cependant pas négligeable : dans un premier temps, elle se montre accablée par la découverte du tombeau vide, étant très attachée à la personne de Jésus qui a changé sa vie, et qu’elle appelle « rabbouni », mon maître vénéré. Après quoi Marie de Magdala prend conscience – avec les yeux de la foi – du fait que la silhouette avec qui elle parle est la présence du Vivant, impossible à enfermer dans des catégories figées.

L’évangile de Luc évoque cette femme comme une Galiléenne « devenue disciple de Jésus, et délivrée par lui de sept démons » donc rescapée d’une situation gravissime. Les sept démons en question symbolisent une tentation périlleuse, qui n’est pas du registre sexuel, mais plus fondamentalement du registre philosophique et religieux concernant le salut de l’être humain. Certaines personnes, surtout en Galilée, (surnommée carrefour des nations), étaient tentées par la vision païenne de l’être humain, avec les liens mythologiques et idolâtriques que cela implique. C’était en effet l’époque troublée de l’occupation romaine et des influences mythologiques grecques. Un siècle avant Jésus, le mouvement pharisien était précisément né, en terre d’Israël, de cette préoccupation de sursaut spirituel face aux séductions du paganisme. Le mouvement essénien était également de son côté une protestation envers la corruption des milieux sacerdotaux sadducéens gérant le Temple de Jérusalem et complices des Romains. L’identité du judaïsme était en jeu et le piège devait être déjoué, car une telle crise provoquait l’altération de la foi ancestrale des pères et la division au sein du peuple. 

Marie de Magdala « libérée de sept démons » a été repêchée de cette mouvance humaniste paganisante, grâce au charisme pastoral du rabbi Jésus et de son message centré sur l’actualité de l’alliance. Une femme de son temps, motivée par une émancipation spirituelle… Alors d’où sont venus ces amalgames douteux sur le profil de Marie Magdala ayant radicalement changé de vie ? C’est la logique propre à la chrétienté en voie d’expansion qui a vraisemblablement pris le dessus sur le questionnement originel maintenu au cours des siècles précédents. 

Si dans son traité sur la pénitence, Ambroise refuse encore de confondre la sœur de Lazare avec la pécheresse décrite par Luc, c’est Augustin (4ème-5ème s.) de mentalité dualiste et focalisé sur des problématiques sexuelles, qui assimile les deux personnages. Avec Grégoire le Grand (6ème s.), les jeux sont faits, la pécheresse et Marie Madeleine ne font plus qu’un ! Enfin, pour Bède le Vénérable, Marie, sœur de Lazare, est expressément une « femme de mauvaise vie » (Luc), qui, pénitente, devient chaste (Jean). 

Un tel personnage sulfureux s’est donc artificiellement élaboré en Occident, par étapes, alors qu’en Orient, on n’a pas du tout adopté cette approche moralisante et on a maintenu clairement la distinction entre deux Marie différentes.

Comment restituer à Marie de Magdala son authenticité originelle, ainsi que sa dignité, sinon en retrouvant le contexte de son existence sociale?

D’abord, il faut être conscient du fait que la Marie Madeleine pécheresse du Moyen-Age occidental, propulsée sur le devant de la scène, correspond à la conjoncture d’une théologie restrictive de l’âme et du corps, ayant tendance à focaliser le péché prioritairement sur le charnel. Il y avait sans doute le souci de proposer aux femmes en dérive morale un modèle pédagogique de rédemption, une sainte patronne. Toutes les catégories sociales devaient bénéficier d’un modèle masculin ou féminin « protecteur » et les diverses corporations avaient chacune le leur.

De ce fait, l’époque médiévale, aux mœurs parfois brutales, est en même temps celle qui réagit pour faire contre-poids en faisant la promotion de la « dame » à travers l’amour courtois et qui popularise le respect dû aux femmes. L’image de « Notre Dame » pour vénérer la Vierge est dans le même sillage et a joué un rôle valorisant du statut de la femme. Si tant de groupes spécifiques avaient leur saint patron, quid des femmes vénales marginalisées ?

Ce contexte éclaire la mise en scène progressive mais contrefaite d’une Marie Madeleine ressemblant à des femmes voulant sortir de leur déchéance sociale en raison de l’instrumentalisation sexuelle par les hommes. 

Pourtant, lorsque Jérôme (4ème s.) précise : « Marie Madeleine est celle-là même dont le Christ avait expulsé sept démons, afin que là où avait abondé le péché surabondât la grâce » encore faut-il saisir le sens de cette phrase. S’il est question d’une « Marie de Magdala libérée de sept démons » au contact de l’enseignement de Jésus, c’est la manière hébraïque de dire qu’une femme a intégralement assaini sa vie grâce à la Parole de Dieu. « Si l’œil est dans la lumière, toute la vie sera dans la lumière… » L’œil, c’est la vision du monde.

Précisément, le sept est le signe de la plénitude. Les démons représentent tout ce qui divise l’être humain et le retient captif du monde des ténèbres. Le 7 suggère le summum de l’aliénation, qui est donc spirituelle. Pas question de sexe ici. On sait que le monde païen et ses dérives malfaisantes est toujours représenté par les ténèbres.

On peut en déduire logiquement que Marie de Magdala a pu être l’une de ces femmes juives du 1er siècle qui suivent Jésus par soif d’une spiritualité libératrice en phase avec leur époque tourmentée et par le retour aux sources des saintes Ecritures mises en lien avec la vie concrète, (ce en quoi Jésus excellait). L’évangile de Luc évoque des femmes (Jeanne, Suzanne et d’autres) qui font partie du groupe itinérant des disciples en contribuant à leur entretien, mais surtout en s’instruisant de la Torah à égalité avec les hommes, ce qui était assez nouveau. Lorsque Jésus est accueilli chez Marthe et Marie, c’est le signe qu’il a pour elles autant de considération que pour des hommes et les juge dignes de progresser dans la compréhension du message biblique.  

Marie de Magdala a pris sa vie en mains grâce à l’enseignement messianique de Jésus, elle a réalisé son émancipation spirituelle en se cultivant et en se purifiant intellectuellement de toute influence du paganisme ambiant ; elle a refusé par là-même les fausses valeurs destructrices et les illusions d’une modernité philosophique de l’époque. On comprend sa reconnaissance et sa fidélité envers le Maître après son retour aux sources vives du judaïsme : elle sera aux pieds de la croix du Golgotha, comme elle sera le premier témoin de la résurrection du Christ. Triomphe de la cause de la vérité de Dieu impliquant celle de l’humain.

C’est donc avant tout cet aspect spirituel majeur qui peut donner sens au personnage de Marie-Madeleine, et non pas une quelconque saga érotico-mystique à la manière des Da Vinci Code et autres délires concoctés à partir d’un ésotérisme bas de gamme. 

Pour mieux comprendre qui est réellement cette femme forte imprégnée d’esprit biblique et assumant fièrement sa féminité par un choix de vie exigeant, il vaut la peine de s’intéresser à son nom : « Magdala » qui a donné en français Marie la Magdaléenne, ou Marie Magdeleine…

De l’hébreu mi-gd-al, « croître », Marie Magdala est cette personne à qui une rencontre décisive avec le Messie a permis de grandir en faisant le lien entre la Parole de Dieu et sa vie de femme qui prend ses responsabilités. 

Affranchie des influences démoniaques du paganisme, son âme a été libérée et grandie. 

Mais migdal signifie aussi « tour de guet ». Marie qui s’est réapproprié son avenir et sa dignité en se mettant à l’école de Jésus a accédé spirituellement à la même position que cette tour, fréquente aux abords des vignes en Israël, et du haut de laquelle le veilleur posté voit se lever l’aurore d’un jour nouveau ! Marie de Magdala, sentinelle du monde à venir !

La tour des veilleurs aux abords de la vigne…Chacun sait combien la vigne symbolise Israël dans la littérature biblique. Ainsi, Marie de Magdala, fille d’Israël prise en considération dans sa dignité de femme et sa quête d’une foi biblique en lien avec la vie, est devenue témoin-clé de la résurrection de Jésus et des perspectives lumineuses offertes par cet événement.

Elle est à ce niveau l’une des premières proches de Yeshua, Messie d’Israël, lumière pour le monde entier, Christ également « aîné d’une multitude de frères et de sœurs » appelés dès aujourd’hui à la vraie vie…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 14:10
Quel Dieu est « le Dieu des armées »

Les tenants de la théologie de la substitution, comme les propagandistes anti-sionistes aiment citer l’expression biblique « Dieu des armées » pour incriminer Israël, faisant ainsi du Dieu de la Bible une sorte d’idole païenne.

 

Pour les premiers, c’est le repoussoir nécessaire pour valoriser le Dieu de la paix esquissé dans le nouveau testament ; pour les seconds, c’est une vision archaïque devenue idéologique et militariste pour justifier les interventions de tsahal à l’encontre de ses adversaires.

Or si l’on observe l’évolution de cette expression dans les livres de la Bible (rédaction qui s’étend sur des siècles), on constate une évolution progressive du sens qui aboutira au Dieu des puissances célestes.

Yahve Tsevahot ou Elohim Tsevahot, signifie bien « le Seigneur des armées ». Mais de quelles armées ? Certes, lorsque David entre triomphalement à Jérusalem avec l’arche d’alliance, il est question du Dieu des armées qui combat avec son peuple,  et le délivre de ses ennemis. Dieu est du côté de la justice et du plus faible, il protège son peuple en danger.

 

1 Samuel 17.45 évoque le Dieu des armées d’Israël dans ce sens, et pourtant le livre de Josué et le livre des Juges restent paradoxalement discrets avec cette appellation… alors même que l’entrée en terre promise est une étape mouvementée et pleine de confrontations selon le récit.

Il se profile peu à peu une évolution théologique qui va dans le sens de Genèse 2.4, où Dieu est le « maître des armées célestes ». En Genèse 32.2, il est question d’armées angéliques, et en 1 Rois 22.19, les « saintes myriades » sont peu suspectes d’être des convois de soldats en armes ! Idem en Deutéronome 33.2, les êtres célestes sont prêts au combat spirituel pour assurer la dominance de Dieu et soutenir ses enfants en difficulté. On évolue au fil du temps, avec l’expression Yahve Tsevahot, vers une idée de la gouvernance divine : c’est le « Dieu des puissances ».

Or, Tsevahot est de la même racine : « tsava », que la « mitsva », obligation biblique de base pour le croyant à l’alliance, et dans laquelle il n’y a aucune dimension militaire. Le psaume 53.6 de même, n’implique pas les armes et n’incite pas à la violence. La tora d’ailleurs désapprouve la guerre offensive et injuste.

 

L’évolution de l’expression « Yahve Tsevahot » au cours de l’histoire d’Israël raconte une Seigneurie divine, disposant de puissances qui veillent sur le sort des êtres humains. Après l’apparition du christianisme, et dans cette même logique, l’apôtre Paul parlera du « Kyrios Sabaoth » en Romains 9.29. Les évangiles prolongeront cette tonalité pacifiante qui exalte la puissance d’un Dieu qui n’est pas violent mais qui donne des armes spirituelles pour repousser les forces de mort qui menacent les êtres humains.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 18:35
Jésus, juif galiléen observant, s’exprimait en hébreu
Lors de sa visite en Israël, alors que le chef du Gouvernement Benjamin Netanyahou rappelait que Jésus parlait hébreu, le pape François répondit que « Jésus parlait araméen… »

 

Que signifie cette divergence montrant le souci israélien – légitime et positif – de restituer à Jésus sa judéité et de le rapatrier culturellement, tandis que le pape François semble minimiser cette appartenance en instrumentalisant l’araméen ? Au-delà de toute controverse,  les deux ont finalement raison, car Jésus parlait quotidiennement l’hébreu, mais il parlait également l’araméen, et sans doute quelques mots de grec.

 

La vraie question est surtout :

1/ est-ce que Jésus enseignait en araméen ou en hébreu, et

2/ les évangiles rédigés par les disciples l’ont-ils été en hébreu ou en araméen avant d’être traduits en grec ?

Une affirmation très répandue circule depuis des décennies, qui consiste à prétendre que, à l’époque de Jésus, l’hébreu était une langue morte, et que par conséquent la seule langue en usage était l’araméen.

L’araméen est une langue sémitique, proche de l’hébreu, mais qui ne lui est pas identique. Elle a été introduite en terre d’Israël par les exilés de retour de Babylone, et elle a été la langue des élites de Jérusalem beaucoup plus que celle du petit peuple.

Globalement, cela veut dire que les gens cultivés parlaient l’araméen, et que la population galiléenne et judéenne, peu instruite, parlait l’hébreu. Au temps de Jésus, il y a donc 4 langues qui coexistent dans la région : l’hébreu, l’araméen, le grec et le latin. Comme le peuple souffre de la présence occupante romaine et de ses impôts exorbitants, le latin n’est pas spécialement bien vu dans les couches populaires, plutôt orientées vers la résistance culturelle, impliquant l’hébreu.

Un auteur biographe de Jésus osait affirmer dans les années 60 que Jésus avait dialogué en latin avec Pilate lors de son procès, ce qui est invraisemblable. Quant au grec, il avait été introduit en Judée, Galilée et Samarie lors de l’invasion d’Antiochus Epiphane 2 siècles avant JC. Mais du fait que la Bible hébraïque avait été traduite en grec vers 270 avant JC pour être accessible aux nombreuses communautés juives résidant en diaspora, le grec pénétra peu à peu dans les classes dirigeantes à Jérusalem, tandis que le peuple continuait de parler hébreu.

En ce qui concerne le statut de l’araméen en terre d’Israël, l’évaluation est plus contrastée, puisqu’ il y a dans les évangiles des expressions araméennes, sans doute introduites tardivement lors de la diffusion du message :

Le nom Abba que Jésus donne au Père, le « talitha koum » (fillette, lève-toi !) et le cri de déréliction de Jésus en croix « elahi, lama sabactani » sont mentionnés dans les évangiles. Dès le début du 20ème siècle, des chercheurs sont de ce fait persuadés que derrière le grec des évangiles se cache la langue araméenne. Plus tard, cependant, dans les années 80, les travaux de l’abbé Carmignac et ceux du bibliste catholique Claude Tresmontant ont démontré que le grec des écrits néo-testamentaires s’était structuré non pas à partir de l’araméen mais à partir de l’hébreu. Certains ont pu imaginer que des emprunts au grec de la Septante avaient été effectués pour rédiger les évangiles, mais la qualité linguistique de ces passages n’est pas du niveau de la Septante. Mieux, Claude Tresmontant décèle dans les paraboles et les logia exprimés par Jésus des articulations verbales qui ne prennent sens qu’en hébreu. Les jeux de mots dans le texte ne fonctionnent qu’à partir de l’hébreu seulement. Par ailleurs, des passages représentatifs tels que « l’agneau qui porte le péché du monde » (Seh HaElohim, hanoseh hatat HaOlam) sont typiquement hébraïques. Notons aussi que Papias et Eusèbe de Césarée, ainsi que Jérôme, font allusion à un évangile de Matthieu primitif rédigé en hébreu avant les finalisations postérieures.

En conséquence, ni le grec, ni l’araméen ne peuvent correspondre à l’enseignement donné par Jésus à des auditeurs de couches populaires parlant quotidiennement l’hébreu. Jésus avait choisi d’adresser son message d’espérance messianique à des laissés pour compte, à des personnes vulnérables, des populations modestes, en quête de spiritualité pour leur vie de chaque jour et leur avenir. De plus, les citations et références bibliques nombreuses relayées par Jésus dans ses discours et commentaires ne peuvent être également qu’en hébreu : à la synagogue, les rouleaux de la Torah et des Prophètes sont écrits et lus en langue hébraïque.

Certes, l’évangile de Marc relate en araméen le dernier cri de Jésus crucifié « Elahi, lama sabactani ! ». Or, cette citation de la première séquence du psaume 22 n’a pu être exprimée qu’en hébreu par Jésus agonisant (Eli, eli, lama azavtani) selon la forme habituelle de la liturgie, puisque c’est le début d’un psaume liturgique. D’autre part, le jeu de mot naïf prêté à un témoin : « il appelle Elie » n’est pas possible avec l’araméen, mais seulement avec l’hébreu.

Quant à l’inscription (titulus) Jesus Nazarenus Rex Judaeorum placardée par dérision sur le poteau d’exécution de Jésus, elle est écrite selon St Jean en hébreu, en latin et en grec. Pas question d’araméen ici ; en hébreu : Yeshoua haNotsri Wemelekh HaYehoudîm, dont les initiales correspondent au tétragramme, manière pour Jean de suggérer que la présence divine se manifeste dans l’événement pascal du sacrifice de Jésus.

Dans les Actes des Apôtres, (26,14) n’oublions pas qu’il est précisé spécifiquement que le Ressuscité s’adresse à Schaoul (Paul) en hébreu puisque ce dernier relate le fait de la manière suivante : « J’ai entendu une voix me dire EN HEBREU : Schaoul, Schaoul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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18 août 2020 2 18 /08 /août /2020 08:23
Contrairement à l’islam qui l’estime falsifiée, l’Eglise reçoit la bible hébraïque comme son écriture sacrée

Saintes écritures du peuple juif et bible chrétienne* ». C’est le titre de l’ouvrage publié en 2001 : un véritable événement qui n’a pas encore eu dans le public chrétien l’impact qu’il mérite. C’est pourtant la très officielle Commission biblique pontificale qui publiait cette étude approfondie pour faire le point sur les relations entre christianisme et Ecritures juives. Fruit d’un travail collégial considérable, l’ouvrage porte à cette époque la signature du cardinal Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI. 

Dans la ligne de Nostra Aetate (il y a cinquante cinq ans) ce document romain rappelle de façon magistérielle ce qui a été trop longtemps perdu de vue : les chrétiens ont reçu comme livre sacré les Saintes Ecritures juives, et le Nouveau testament est incompréhensible sans référence à cette tradition hébraïque. 

Alors que circulent encore les clichés marcionites d’un Dieu bon du Nouveau testament opposé à un Dieu vengeur de l’Ancien, il n’est pas inutile de réaffirmer l’unité de la Bible, premier et nouveau testaments, et de relancer continuellement le processus de rapprochement et d’estime entre chrétiens et juifs.  

Les diverses parties du document « Saintes Ecritures du peuple juif dans la Bible chrétienne » soulignent l’imbrication profonde des thèmes sotériologiques juifs et chrétiens, le nouveau testament ayant été structuré par des juifs et composé à partir de matériaux appartenant clairement à la tradition hébraïque orale et écrite. 

L’ouvrage met en lumière le fait que ce qui donna naissance au kérygme chrétien n’est pas une croyance autoproclamée surgie de nulle part ! Mais cette dernière version de la bassora tova, la bonne nouvelle, s’inscrit dans la dynamique de la révélation biblique antérieure. Certes, lorsque le Nouveau testament affirme que Jésus « accomplit » ce qui l’a précédé, cette notion est complexe et mérite des approfondissements hors de toute polémique. Car la figure de Jésus n’a pas vocation à disqualifier les profils de ses prédécesseurs, mais son originalité ouvre des voies spirituelles renouvelées à l’intérieur de la tradition- mère. 

La liberté contestataire et réformatrice de Jésus est une forme de fidélité originale aux grandes thématiques du Premier testament. D’ailleurs de nombreux passages du Nouveau testament trahissent une familiarité indiscutable avec les modes d’expression juifs rabbiniques. Les méthodes d’interprétation fréquemment utilisées par Jésus ressemblent étrangement à celles pratiquées par des figures du Premier testament et on peut dire que le Nouveau testament est une variante des commentateurs juifs de la Bible hébraïque, un midrash. L’oralité précède toujours les écrits et les trames se recoupent.

La fixation des canons juifs et chrétiens des Ecritures a été mise au point conjointement par les Tradition juive et chrétienne. Quand les disciples messianiques de Jésus se sont distancés de la synagogue, par étapes, les canons juifs de la Bible n’étaient pas encore définis, et les chrétiens ont reçu du judaïsme le corpus de leurs Ecrits inspirés, pas encore labellisé comme canonique par les rabbins. 

On peut constater que chez les juifs comme chez les chrétiens, c’est sur des bases communes qu’Ecriture et Tradition constituent le moteur de l’expression de la foi. Tradition rabbinique et tradition christique se développent alors séparément, mais à partir d’un  tronc commun autour de l’Alliance. Les deux religions issues de la même tradition hébraïque produisent des interprétations parallèles proches mais réellement spécifiques.

Le document montre combien les thèmes fondamentaux du Premier testament constituent la charpente du Nouveau. Le Nouveau Testament ne disqualifie pas l’élection d’Israël qui est définitive. Paul dans sa lettre aux Romains insiste d’ailleurs fortement sur la « greffe de l’olivier sauvage sur le bon olivier », c’est-à-dire Israël. Même s’il affirme que l’alliance version renouvelée relativise certains aspects de l’alliance version première, il ne la renie pas en tant qu’axe essentiel ; et il donne comme perspective finale le salut de tous, Israël, et les nouveaux venus respectant les 10 paroles. 

Un tournant :

Ce qui est véritablement une posture nouvelle de la part de l’Eglise catholique dans ce document, c’est lorsqu’il est recommandé aux chrétiens « une lecture juive de la Bible ». Car, dit le texte, « les chrétiens ont beaucoup à apprendre de l’exégèse juive pratiquée depuis plus de 2000 ans, et il est un fait qu’ils ont appris beaucoup au cours de l’histoire ». 

Ce qui nous amène à reconsidérer la manière de commenter les textes du Nouveau Testament. Longtemps, pour des raisons apologétiques, la tendance lourde a été d’instrumentaliser les textes du Premier Testament au service du Nouveau, comme un faire-valoir systématique et emphatique de la personne du Christ.

Le document invite à une démarche tout autre : on n’utilise plus la typologie pour faire dire aux textes ce qu’on voulait qu’ils disent, mais on accueille le message des Ecritures. La compréhension rétrospective rejoint les principes du midrash : maassé aboth simane labanîm (Les faits vécus par les pères sont un signe pour les descendants).  

De même, si nous suivons la dynamique pédagogique de l’évangile des marcheurs d’Emmaüs, nous constatons que Jésus, rabbi « vivant par-delà sa mort », ramène ses disciples vers les Saintes Ecritures d’Israël pour comprendre les événements qui les affectent. Sans ce mouvement de retour aux sources, de teshuva, la compréhension du présent demeure impossible. « Commençant par Moïse et parcourant tous les prophètes, il interpréta pour eux dans les Ecritures ce qui le concernait… » (Luc 24.25). 

Des rabbins ont exprimé le fait qu’en passant d’étape en étape à travers les textes bibliques, on ressent le feu intérieur de la prise de conscience révélatrice. (La Torah, les Prophètes, les Ecrits – Torah, Nevîm, Ketouvîm). Ce feu évoque la révélation au Sinaï, et c’est une prise de conscience de cet ordre que semblent avoir vécue les marcheurs d’Emmaüs : « notre cœur n’était-il pas brûlant quand il nous interprétait les Ecritures ? » Ce qui correspond bien au bel adage rabbinique qui cite « bereshit bara» la création au commencement, où bereshit peut se transposer en « berit esh » alliance de feu !

Suivre Jésus, c’est par conséquent comme lui se référer aux Ecritures du judaïsme pour donner sens révélateur à l’actualité. Lumière et chaleur de la fulgurance d’en haut dans nos réalités terrestres actuelles. 

Le document « Le peuple juif et ses saintes Ecritures dans la Bible chrétienne » invite clairement les chrétiens au « respect pour l’interprétation juive de l’Ancien Testament » selon les mots du cardinal Joseph Ratzinger. Cette conviction explicite l’apport central de Nostra Aetate ainsiréactivé par le document romain de 2001 : « Les deux religions, catholique et juive, se rencontrent dans l’héritage commun de la Sainte Ecriture d’Israël ».

C’est bien cette vision qui anime les rencontres du dialogue judéo-chrétien et qui devrait encourager les catholiques et les juifs à partager leurs approches spécifiques dans le respect des richesses propres à chaque tradition issue des mêmes origines. Le monde catholique qui applique à la personne historique de Jésus la notion d’ « incarnation » de la Parole de Dieu devrait être capable d’appliquer le même principe à la Terre qui fait partie intégrante de l’alliance entre Dieu et Israël. Comme le dit le rabbin Jacquot Grunewald, l’Etat d’Israël est la seule garantie terrestre contre les antisémitismes meurtriers, et le signe de la permanence de la vocation du peuple choisi. Les citoyens libres des démocraties comme les membres des chrétientés orientales menacés par le terrorisme islamique doivent le comprendre, puisque comme les juifs ils sont devenus des cibles privilégiées. 

Le monde de de début de 21ème siècle, fragilisé par les événements tragiques qui l’atteignent chaque jour, a besoin de ce souffle vital de la Bible pour se distancer des abîmes de la déshumanisation et pour retrouver un supplément d’âme salvateur. 

Constatons que juifs et chrétiens ont plus que jamais la responsabilité de porter ensemble le flambeau de l’humanisme biblique issu d’une alliance divine qui les rend interdépendants dans un monde hostile!

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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14 mars 2020 6 14 /03 /mars /2020 11:11
Antithèse antique aux Ayatollahs d’aujourd’hui, un roi de Perse, ami d’Israël…
 

Voici Cyrus II, ou Kurash, roi de Perse, vainqueur en 539 avant JC des assyro-babyloniens, qui devient selon la Bible un véritable « messie » pour le peuple de D.ieu malmené par l’histoire…

 

Alors que les déportés en exil à Babylone depuis plus de 50 ans se languissaient de revoir Jérusalem, il publie un édit libérateur disant : « A tous les rescapés juifs, que partout la population des lieux où ils résident leur apporte une aide en argent, en or, en équipement et en montures, en même temps que des offrandes de dévotion pour le Temple de Jérusalem ».

Mais on n’est pas habitué à ce que la Bible nous parle d’un souverain païen en des termes pareils ! Car le prophète Isaïe lui accorde le nom plus qu’élogieux de mashiah, réservé aux descendants du roi David, et le voit comme le « centurion » providentiel de Yahvé intervenant en faveur des siens.

A l’époque en question, il n’y a plus de roi en Israël depuis un demi siècle. En effet, les notables ont été transférés à Babylone depuis que Nabukodonosor a envahi Eretz Israel et détruit Jérusalem.

Comment l’Ecriture peut-elle parler d’un roi perse dénommé Cyrus, qui n’est même pas juif, comme d’un Messie et d’un sauveur pour Israël ? Parce que ce roi a permis aux exilés de rentrer à Jérusalem et de rebâtir le Temple pour y honorer leur D.ieu.

Le prophète Isaïe, ou plutôt le Second Isaïe qui vit 150 ans après le premier, croit en un D.ieu bon, lent à la colère et plein d’amour, comme dit le psaume. Il n’adhère pas à l’idée d’un D.ieu violent et massacreur. Pour Isaïe, le roi d’Israël doit être au service de la paix, assurer le bonheur du peuple et témoigner d’une concorde universelle au milieu des nations païennes.

Un roi correspond à ce portrait, c’est Josias, qui a réorganisé et promu la vie religieuse et sociale à Jérusalem.

Lorsque Cyrus prend le pouvoir, la géopolitique de toute la région en est bouleversée ; le texte nous le dit, il fait sauter les verrous qui empêchent la paix, et il aplanit les chemins qui mènent à la justice. Car il est respectueux de tous, y compris de la minorité des juifs exilés.

Contrairement aux anciens envahisseurs d’Israël, son attitude permet aux déportés juifs de reprendre espoir en un D.ieu de miséricorde et cette période va être pour eux comme un second exode, une seconde libération des servitudes (parmi lesquels les malfaisantes influences païennes). Un nouvel horizon s’ouvre alors, à la lumière de la Torah.

Ce qui est important, pour eux, c’est la sagesse que D.ieu inspire au cœur des hommes de bonne volonté, qui ont envie de faire le bien.

Isaïe chante donc les qualités inattendues de ce roi païen Cyrus, arrivé au pouvoir en Perse en profitant des bagarres entre adeptes du dieu-lune et adeptes du dieu baal. Alors pourquoi ce roi est il appelé Messie ? Sans doute parce qu’il trace des chemins nouveaux vers l’entente entre les peuples, et qu’il ouvre la voie à de nouvelles manières de vivre les uns avec les autres sans violences. Pas de massacres des ennemis, pas de villes détruites.

Au contraire, car Cyrus attribue de l’argent aux juifs pour qu’ils retournent reconstruire leur temple en Israel. Même si Cyrus ne partage pas leur foi, il veut leur faire du bien. Il sait que les juifs croient au D.ieu créateur et sauveur, et que pour eux, en dehors des commandements de ce D.ieu, il n’y a pas d’autre voie d’humanité fiable. Même si à Babylone on adore Baal, Cyrus écoute avec bienveillance les juifs lui parler du D.ieu unique, le D.ieu d’Israel et Souverain de l’Univers, et il respecte leur culte!

Aujourd’hui, il y a toujours prolifération d’idoles dans notre monde. Le fanatisme, l’argent, le pouvoir, l’égoïsme, l’esclavage des objets, les maltraitances, les pièges de toutes sortes qui enlaidissent les vies humaines et font régner l’obscurité au lieu de la lumière. Le phénomène s’amplifie par le jeu des médias. Il n’y a pas beaucoup de Cyrus modernes pour vouloir le bien des juifs et défendre Israël menacé par les adeptes du croissant de lune.

Pourtant, il existe encore des hommes et des femmes qui ne partagent pas la foi biblique, mais qui – comme Cyrus – ont envie de faire le bien. Certains s’engagent pour les plus fragiles, pour les plus pauvres, pour les victimes d’exactions. Il y a aujourd’hui des Cyrus qui participent à la venue du règne de D.ieu à leur manière, même s’ils n’y adhèrent pas de manière explicite. Ils sont eux aussi des serviteurs de la Vérité qui font avancer la justice, la paix à partir de leur sphère d’influence.

Ecoutons Isaïe : « c’est à cause de mon serviteur Jacob, oui, Israel mon élu, que je t’ai appelé par ton nom ! » Cyrus est donc, sans le savoir, « appelé par D.ieu » ; dans cette optique, il acquiert un nom, un rôle à jouer, une destinée bénéfique pour lui et pour les autres.

En effet, l’Ecriture nous dit que la descendance d’Abraham, de Joseph et Jacob apportera la bénédiction au peuple de D.ieu mais aussi à toutes les nations du monde, peuples païens y compris. C’est grâce à cette bénédiction divine universelle que Cyrus est inspiré et qu’il concrétise sa mission de bénévole du Royaume de D.ieu, en se montrant comme un véritable bienfaiteur messianique pour les enfants d’Israël plutôt qu’un persécuteur, haïsseur de juifs.

Jésus lui-même, il y a deux mille ans, évoquait ces brebis qui ne sont « pas encore de sa bergerie », mais dont il se soucie en les englobant dans un futur commun.

Aujourd’hui, croyants et incroyants engagés dans le sens du bien des autres, tous peuvent se faire « bénédiction » dans cette société obscurcie par de fausses croyances et qui a tellement besoin de lumière. L’enjeu est le respect de la dignité de chacun et la viabilité d’un destin fondé sur des valeurs contraires à l’égoïsme et à la confusion. Reliés à l’alliance, ou simplement humanistes (au vrai sens du mot), nos contemporains pourraient devenir – à la manière de Cyrus – des « messies », en dénonçant les injustices et en édifiant un monde où l’on s’aime et se respecte.

Il faut aujourd’hui des Cyrus du 21ème siècle qui au sein même du monde des idolâtries ouvrent un espoir et jouent leur rôle constructif dans l’avènement du Royaume de D.ieu qui est l’avenir de tous.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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16 août 2019 5 16 /08 /août /2019 09:13
Nous sommes tous « ego »

Luc (12, 13-21)

Du milieu de la foule, un homme demanda à Jésus: «Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage.» Jésus lui répondit: «Qui m’a établi pour être votre juge ou pour faire vos partages?» Puis, s’adressant à la foule: «Gardez-vous bien de toute âpreté au gain; car la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses.»
Et il leur dit cette parabole: «Il y avait un homme riche, dont les terres avaient beaucoup rapporté. Il se demandait: “Que vais-je faire? je ne sais pas où mettre ma récolte.” Puis il se dit: “Voici ce que je vais faire: je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y entasserai tout mon blé et tout ce que je possède. Alors je me dirai à moi-même: Te voilà avec des réserves en abondance pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
«Mais Dieu lui dit: “Tu es fou: cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura?” Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu.»

Jésus vient juste de rappeler combien il est nécessaire de rester fidèle à ses convictions en cas de persécution. Etre assez solide pour ne jamais se laisser intimider dans sa foi et tenir bon. C’est alors qu’un jeune homme l’interpelle pour lui poser une question sur un plan tout à fait différent : il s’agit du partage d’un héritage familial.

 

A l’époque de Jésus, des règles existent, elles sont détaillées dans les Ecritures, au livre du Deutéronome et dans les Nombres. La logique habituelle est que le fils aîné reçoive la part la plus importante, principalement dans le but d’éviter le fractionnement excessif des biens familiaux (troupeaux, champs, maisons).

Le jeune homme – qui n’est justement pas l’aîné – se sent visiblement floué et c’est pourquoi il fait appel à l’autorité de Jésus pour qu’il lui fournisse des arguments afin d’obtenir davantage. Mais Jésus réagit et refuse d‘entrer dans cette démarche. Sans doute a-t-il senti que cet homme mise tout sur les biens matériels et que malheureusement, l’appel de la Parole de Dieu à se donner un vrai projet de vie lui est indifférent. D’où la réaction assez vive de Jésus, exaspéré, et  l’avertissement qu’il offre à la fois à l’intéressé et aux témoins de la discussion, en racontant la parabole du riche insensé.

Jésus commence son récit en recommandant à chacun de se garder soigneusement de toute cupidité, car la qualité de la vie ne dépend jamais de l’ampleur des richesses qu’on accumule. C’est une réaction de bon sens spirituel tirée de l’Ecriture et qui est animée à la fois par la tradition prophétique et celle de la sagesse, deux courants qui se rejoignent pour mettre en garde contre les pièges d’une richesse qui devient vite une idole et engendre fatalement des injustices.

Jésus redit donc le message de la Tradition biblique : la réussite d’une vie humaine est fondée sur une relation vivante avec D.ieu et sa Parole.

Cette conception de l’être humain est en conflit avec celle qui fait tout reposer sur les possessions matérielles. Le fermier de la parabole est l’image même de l’homme qui perd le sens de son existence, exalté par ses réussites économiques formidables. Ses silos sont pleins à craquer, il s’imagine disposer d’un pouvoir magique qui lui permet de se projeter dans le futur et de garantir sa réussite personnelle. Mais l’évangile montre bien que tout son raisonnement tourne autour de son ego : mes récoltes, mes greniers, mes biens… Et aussi : je. J’abattrai, je construirai, j’assemblerai…Tout tourne autour de sa personne, il n’y a plus de place ni pour D.ieu ni pour les autres.

Ce gestionnaire ambitieux peut passer pour un homme avisé aux yeux de ce monde. Notre société nous en donne des exemples chaque jour ! Mais comme il n’a pris en considération que l’aspect matériel de sa vie, la Parole de D.ieu le traite d’insensé : Aphron en grec, qui veut dire déraisonnable ; nabal en hébreu, des termes qu’on retrouve dans de nombreux passages bibliques, parce qu’ils dépeignent bien la folie que constitue pour un homme le fait d’oublier complètement la dimension spirituelle, la relation à D.ieu dans les réalités quotidiennes.

Dans un autre passage d’évangile(Mt16.26), Jésus pose la même question : « que sert à l’homme de gagner l’univers s’il y perd son âme ? » Dans la parabole, il est rappelé à l’homme que dans un délai peut-être plus court que prévu, sa vie terrestre va prendre fin, et ce sera le moment de vérité face à D.ieu.

Cela dit, Jésus n’est pas contre les richesses, ni contre la prospérité, il n’a pas pour programme de multiplier les pauvres, mais il met en garde contre les risques d’étouffement par l’appât du gain. Et le choix qu’il propose au jeune homme qui l’a interpellé, c’est de savoir s’il veut se constituer un trésor sur terre, qui ne lui servira plus à rien lorsqu’il quitte ce monde, ou s’il désire se faire un trésor dans les cieux, en n’étant pas esclave de son ego, et en s’ouvrant aux appels de la Parole de D.ieu qui est amour.

Ces appels de D.ieu, ils découlent des dix paroles de l’Alliance : c’est de vivre dans la justice, de travailler à la paix, d’avoir de la compassion pour le prochain, d’être capable de partager. C’est-à-dire d’avoir des objectifs dans la vie qui encouragent à faire le bien, à aider les autres et à rendre grâce à D.ieu par ce témoignage. Jean 12.25 : « celui qui centre tout sur sa vie individuelle la perdra. Celui qui est capable de s’en détacher vivra éternellement ».

 

En conclusion, Jésus nous rappelle une vérité simple et fondamentale : un être humain existe par ce qu’il est et non par ce qu’il a.  Il s’enrichit essentiellement par son ouverture à D.ieu et aux autres, mais – en dépit des apparences – il s’appauvrit par le repli sur soi et l’esclavage des biens matériels.

Par la qualité de vie que nous recherchons, par nos paroles, nos gestes, nos prières, enrichissons-nous mutuellement en vue de D.ieu et de son Royaume. C’est ce qui nous permettra de ne pas nous laisser anesthésier par les marchands d’illusions, et donc de ne jamais confondre futur et avenir !

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