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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 10:21
Où a vécu la Sainte Famille en Égypte ?

Source : Aleteia

Jésus n’a pas fait ses premiers pas à Bethléem ou à Nazareth, mais bien en Égypte.

On oublie facilement qu’une partie de l’enfance de Jésus s’est passée en dehors de Bethléem et de la Terre sainte. Forcée à l’exil par le roi Hérode, la Sainte Famille a fui en Égypte et y est restée plusieurs années. C’est fascinant d’imaginer cette période de la vie de Jésus. A-t-il vu les anciennes pyramides ? Et le grand fleuve du Nil ?

Avant d’énumérer les endroits où la Sainte Famille a pu séjourner lors de son exil en Égypte, relisons d’abord le récit de saint Matthieu :

« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Mt 2, 13-15)

Publié par Gertrude Lamy le 27 décembre 2021

Source : Aleteia

Jésus n’a pas fait ses premiers pas à Bethléem ou à Nazareth, mais bien en Égypte.

On oublie facilement qu’une partie de l’enfance de Jésus s’est passée en dehors de Bethléem et de la Terre sainte. Forcée à l’exil par le roi Hérode, la Sainte Famille a fui en Égypte et y est restée plusieurs années. C’est fascinant d’imaginer cette période de la vie de Jésus. A-t-il vu les anciennes pyramides ? Et le grand fleuve du Nil ?

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Avant d’énumérer les endroits où la Sainte Famille a pu séjourner lors de son exil en Égypte, relisons d’abord le récit de saint Matthieu :

« Après leur départ, voici que l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : “Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr.” Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode, pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils. » (Mt 2, 13-15)

Les historiens ne sont pas tous d’accord sur la date de la mort du roi Hérode. Selon certains, il serait mort en 4 av. J.-C., alors que d’autres prétendent qu’il est mort en l’an 1 apr. J.-C. Quelle que soit la date exacte, selon la tradition, la Sainte Famille a vécu quatre ans en Égypte. Comme il est beau d’imaginer le petit Jésus faire ses tous premiers pas et prononcer ses premiers mots en Égypte !

Le périple égyptien

Selon la tradition, la première halte de la Sainte Famille a eu lieu dans la ville de Farma, à l’est du Nil. Puis ils auraient continué jusqu’à Mostorod, un village au nord du Caire. La tradition raconte qu’après leur passage, une source aurait jailli près de la ville. Ils se sont ensuite arrêtés à Sakha, où l’église de la Sainte Famille garde encore aujourd’hui une pierre ayant conservé l’empreinte de pas de l’Enfant-Jésus.

Puis ils se sont dirigés vers Wadi El Natroun, avant de s’arrêter aux portes du Caire. Ici, un arbre les aurait protégé du soleil. Lors du voyage, ils auraient vraisemblablement vu les anciennes pyramides d’Égypte. Peut-être se sont-ils même arrêtés pour les contempler. La Sainte Famille s’est ensuite rendue au Vieux Caire, puis s’est dirigée vers le sud pour arriver dans la région de Maadi, où ils ont embarqué sur un petit bateau en direction de Deir El Garnous et de Gabal Al-Teir.

Leur séjour le plus long en Égypte était à Gabal Quoskam. Ils seraient restés ici environ six mois. Avant de rentrer chez eux, ils auraient fait une dernière halte à Assiout. Le peuple copte est très fier de ce chapitre spécial de la vie de Jésus et conserve une dévotion très forte à la Sainte Famille, qui a voyagé et vécu parmi eux durant les premières années de la vie de Jésus.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 08:19
Le psaume 46, un appel à l’espérance

Elohim est le refuge et la force, secours dans la détresse :

Le Dieu de la Bible a révélé son visage : il est à la fois le créateur et le sauveur : un véritable refuge spirituel au milieu des périls de toutes sortes. Lorsque tout semble opacifié par la confusion environnante, dans le désarroi, on peut se fier à son alliance. Sachant qu’aucune prétention humaine ne peut secourir notre âme menacée.

Nous ne craindrons pas lorsque la terre est bouleversée, lorsque les montagnes s’effondrent… :

En effet, le monde change et les bouleversements sont innombrables dans tous les domaines, politiques, économiques, spirituels. Nous devons garder confiance en la Présence de Celui qui nous guide par sa loi d’amour. Même au milieu des valeurs qui s’affaiblissent, et des repères habituels qui se modifient, nous continuons de rester enracinés dans la révélation qui atteste une certitude au milieu des incertitudes. Les catastrophes liées à la nature frappent les esprits, car elles sont spectaculaires et anéantissent d’innombrables vies. Mais il existe des tremblements de terre idéologiques, des tsunami civilisationnels – moins perceptibles au premier regard, mais tout aussi mortifères pour les générations montantes.

Le Seigneur réside au milieu de la cité sainte : la demeure de Dieu est dans les cœurs assoiffés de justice et de paix, Dieu nous accompagne dans la traversée de nos nuits en attente de la lumière du jour. La Présence de Dieu ne nous abandonne pas malgré les apparences, même quand tout semble déferler contre la communauté des croyants, il reste fidèle à ceux qui l’aiment.

Les nations se sont émues, les royaumes ont vacillé, il élève la voix et la terre tremble : les régimes politiques se croient invincibles et inattaquables quoi qu’ils fassent, mais ce sont des colosses aux pieds d’argile : ce qui peut les maintenir, c’est seulement lorsqu’ils respectent les lois de Dieu garantes de la dignité de l’homme. En les méprisant, les hommes se châtient eux-mêmes et se condamnent à l’échec. Au milieu du tumulte des nations, la voix de Dieu se fait entendre, grâce au témoignage de ses fidèles, et la force de la vérité trace de nouvelles voies d’humanité parmi les peuples en quête d’espoir.

Le Seigneur des armées est avec nous, le Dieu de Jacob est un refuge pour nous : le Dieu vivant est présent dans la lutte du bien contre le mal. Certes, les armées célestes ne sont pas des armes humaines, mais ce sont des forces spirituelles plus puissantes que les idéologies éphémères, ainsi, elles nous accompagnent dans le combat pour le salut des âmes et la victoire du bien.

Le Seigneur fait cesser les guerres jusqu’aux extrémités du monde, il brise l’arc, rompt la lance, brûle les chars de combat :

La puissance de la Parole de Dieu est telle que si les hommes l’accueillent, ils découvrent le non-sens des luttes fratricides, ils créent des liens de solidarité et collaborent au mieux-être de tous. La lumière venue de Dieu rend inutiles les armes pour tuer, son Esprit de vie encourage les hommes à investir dans des projets constructifs, il change les mentalités guerrières et met au cœur de tous le désir de bâtir la paix et le partage des ressources dans l’équité.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 06:04
Pêche miraculeuse, pêcheurs d’hommes
En écoutant l’évangile de Luc, nous nous retrouvons dans l’ambiance de travail et de foi des premiers apôtres, mais ce saut dans le passé peut – étonnamment – nous aider à mieux comprendre les enjeux de notre vie d’aujourd’hui ! Car nous allons ainsi mieux discerner les réalités de notre temps à partir des conditions dans lesquelles Jésus a appelé des hommes à partager son annonce du monde à venir.

Ces pêcheurs du lac, ce sont des hommes courageux. Et Jésus en fait ses disciples, afin qu’ils deviennent ensuite apôtres. Ce sont des professionnels de la pêche sur le grand lac de Galilée, le Kinnereth, un lac aux humeurs imprévisibles et périlleuses. On sait que dans la tradition biblique, ces eaux profondes et agitées symbolisent les dangers qui nous menacent dans la vie courante. On trouvera donc des récits d’après Pâques qui présentent le Ressuscité comme celui qui marche sur les eaux, une façon symbolique de dire que par sa victoire sur le mal, les plus graves dangers sont maîtrisés.

Les pêcheurs du lac en question, ce sont des connaisseurs expérimentés de ce lieu qui fournit des poissons à la région mais surtout à Rome : à l’époque de Jésus, les poissons tirés du lac sont séchés et acheminés en grandes quantités. Mais cette fois, nous dit l’évangile, les pêcheurs ont peiné toute la nuit sans rien prendre, alors ils rentrent, fatigués et résignés face à l’échec de leur travail.

Mais ce récit d’évangile est à lire à 2 niveaux, comme souvent. N’oublions pas que c’est une catéchèse, donc un récit de foi rédigé par Luc à partir d’un événement réel, mais ensuite recomposé après la résurrection du Christ pour devenir un enseignement à la lumière des promesses de Dieu. Cela, précisément au moment où se développent les premières communautés, d’où l’importance des nombreux symboles que nous y trouvons.

La résurrection de Jésus a en effet inauguré une ère nouvelle, et sa puissance de vie peut changer beaucoup de nos attitudes et de nos situations. On doit cependant constater que rien ne se passe de manière magique : la preuve, ici, les pêcheurs du lac, bien qu’ils soient les amis proches de Jésus, n’ont pas réussi leur expédition de toute une nuit, le résultat de leurs efforts a été nul!

Cela peut nous arriver de la même façon. Nous sommes baptisés, nous avons la foi, nous nous efforçons de la pratiquer intelligemment. Or, nous connaissons tous dans notre vie des moments difficiles, décevants et même des périodes infructueuses. A nous aussi, il arrive que les filets de nos vies soient vides et que le découragement nous immobilise.

Le récit nous présente Jésus assis dans la barque de Pierre, d’où il enseigne la Parole de Dieu. Manière imagée pour Luc de nous dire que Jésus est présent dans la barque de l’Eglise conduite par Pierre (ou son successeur) quoi qu’il arrive.

Que dit Jésus à Simon et aux apôtres déçus par leur nuit de pêche ratée : avance au large ! Aller au large, c’est s’éloigner des rivages familiers, c’est surtout porter plus loin l’appel et reconnaître combien l’évangile nous aide à dépasser nos blocages. Le résultat final est mis en lumière : après la nouvelle tentative, les filets sont remplis de poissons et n’arrivent plus à tout contenir…

Les filets sont à l’image des communautés en plein essor qui tissent des liens entre les personnes, et les poissons représentent les membres des communautés, sortis des eaux et appelés à la vie…

L’abondance messianique qui résulte de cette pêche miraculeuse est la réponse aux nombreux efforts humains restés sans résultats. Si la pêche a été nulle pendant la nuit, voici qu’elle est maintenant surabondante dans la lumière en compagnie de Jésus : une belle image pascale qui insiste sur la présence du Ressuscité au cœur des communautés porteuses de la bonne nouvelle. Car la nuit représente l’impasse liée au paganisme, car ses fausses valeurs sont nuisibles pour l’humanité.

Jésus dit à Simon : « Désormais tu seras pêcheur d’hommes », ce sont des êtres humains que tu prendras, ce sont des hommes et des femmes que tu tireras des abimes menaçants pour les faire renaître à la vraie vie. Il s’agira de tendre la main à ceux et celles qui se noient dans les multiples difficultés de l’existence.

Quand soudain les filets regorgent de poissons, le miracle se produit non pas comme dans un film, de façon magique. La Parole de Dieu agit d’une autre manière, car le libre choix de ces hommes a été sollicité : Jésus propose d’aller au large pour tenter un nouvel essai. Logiquement les hommes du métier réagissent sans doute avec réticence à cet effort apparemment inutile. Mais grâce à la confiance en la Parole de Jésus, ils acceptent de dépasser leur découragement et, pour répondre au défi exprimé par le Maître, ils lancent les filets : alors, subitement le miracle s’est produit – non pas d’abord dans le filet, de manière mécanique, mais avant tout dans leur esprit et dans leur cœur. Contre toute vraisemblance, ils ont tenté l’impossible et ils ont réussi. La même chose peut donc nous arriver dans nos situations de vie d’aujourd’hui! La fatalité peut être vaincue.

Nous avons peut-être remarqué que Simon s’est adressé à Jésus en l’appelant « Maître », et il lui fait état du problème ; ensuite le miracle a lieu, c’est un dévoilement de la mission de Jésus, et celui qui devient « Simon Pierre » s’incline en disant « Seigneur », titre divin qui sera réservé au Ressuscité… L’évangile veut ainsi nous dire qu’avec la force de la résurrection tout devient possible, et il évoque la marche vers une humanité où les ressources, devenues surabondantes dans l’amour de Dieu, seront utilisées pour que la fraternité soit réellement le signe du Royaume.

« Laissant tout, ils suivirent Jésus ». Ce terme de suivre est un mot chargé de sens. Jésus n’est plus simplement celui qui enseigne, mais il est celui qui appelle à la vie. Et c’est là un écho du premier commandement du décalogue, au cœur de l’alliance : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus tout, et tu ne SUIVRAS que lui seul »… Suivre Jésus prend ici tout son sens : c’est à travers sa personne entièrement donnée que l’on suit la loi d’amour de Dieu.

Mais cette grande aventure des disciples du Christ, commencée sur les rivages du lac de Tibériade, c’est aussi la nôtre aujourd’hui dans des conditions très différentes. Rappelons-nous que le Ressuscité se laisse reconnaître aujourd’hui encore dans des gestes de partage fraternel, qui sont des jalons constructifs pour l’avenir.

Jésus le Vivant se tient toujours sur les rivages de nos vies, et il nous lance encore ses appels à avancer au large, il nous invite à ne pas nous décourager dans les moments difficiles, mais à réintégrer nos forces, notre créativité, dans la puissance de la Parole de Dieu…Laissons-nous transfigurer et transformer par cette présence régénérante.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 04:33
Baptême de Jésus dans le Jourdain

La fête du baptême du Christ est une grande fête en Orient. Dans la liturgie romaine, elle vient clore le cycle liturgique de la Nativité. La méditation sur l’incarnation de Verbe nous conduit à nous interroger sur notre propre baptême et son sens aujourd’hui.

 

La question qu’on se pose parfois : Jésus avait-il vraiment besoin de recevoir un baptême pour être ce qu’il était? Pourquoi fallait-il qu’il passe par le rite de Jean-Baptiste, destiné avant tout à des pécheurs voulant changer de vie ? Luc en donne un éclairage intéressant : après avoir reçu le baptême, une nouvelle étape prend forme pour Jésus. Il est en prière, et le ciel s’ouvre, une voix venue du ciel s’adresse directement à Jésus pour reconnaître en lui le Fils bien aimé, ce qui en fait son unique porte parole. Pour Luc, Jésus est consacré au service de Dieu depuis sa naissance.

L’évangéliste veut donner ce message aux communautés, pour faire le lien entre la prière et le don de l’Esprit, comme il le développe dans les Actes de Apôtres. La prière, attitude indispensable chez les vrais disciples, pour vivre en fils de Dieu, comme Abraham, Moïse et toutes les grandes figures bibliques.

Le langage du récit de Luc est explicite, « les cieux s’ouvrent« , et l’Esprit, sous la forme d’une colombe pacifique, vient accréditer le « fils bien aimé » On a donc, après l’épiphanie, la théophanie. Cela veut dire qu’après la manifestation à Israël (la Nativité) puis aux païens (l’Epiphanie), Jésus s’est préparé par la prière afin d’accéder à ce tournant décisif : son engagement public dans l’annonce du royaume de Dieu…

En effet, dans la pensée de Luc, il faut comprendre que c’est depuis son enfance et son adolescence que Jésus s’est initié à ce grand jour de son baptême : il fait cette fois son entrée publique de prédicateur itinérant, en connaisseur exceptionnel des Saintes Ecritures. Il ne part pas de zéro : Jésus a d’abord reçu l’éducation d’un jeune israélite observant, dans une famille pratiquante, il a été imprégné de cette spiritualité biblique des anawîm, les humbles du Seigneur, dans la sensibilité de ses parents, de Marie sa mère en particulier, et de tous ceux qui attendaient avec ferveur la Consolation d’Israël.

On se souvient de l’épisode de sa présentation au Temple, avec la joie des anciens, en la personne d’Anne et Syméon, enthousiasmés par cette révélation. Puis Jésus a certainement fait ses premiers pas en Egypte, près des pyramides, puisque ses parents avaient dû fuir là-bas quelque temps pour éviter le massacre des innocents décrété par Hérode en Judée. Mais leur but n’était pas de devenir des Egyptiens, ils aspiraient à revenir au plus tôt en Israël, malgré les dangers.

Cette écoute attentive de la Parole de Dieu a rythmé ses journées, y compris son temps d’apprenti dans le travail du bois avec Joseph son père adoptif, et c’est sur cette prière permanente à Dieu que s’est fondée peu à peu sa relation vivante avec le Père. C’est également pour ressourcer en permanence cette confiance que, avec ses parents et d’autres membres de la famille, Jésus est allé chaque shabbat à la synagogue, mais aussi qu’il s’est rendu en pèlerinage à Jérusalem chaque année pour la Pâque et pour le Grand Pardon.

Jean Baptiste a lui aussi préparé le terrain pour cette mission, au point que certains se demandaient s’il n’était pas le libérateur attendu. Le prédicateur du Jourdain a tellement insisté sur le visage de justice de Dieu voulant remettre de l’ordre dans ce monde tourmenté, que beaucoup s’interrogeaient. C’est en ce sens qu’il s’est servi de l’eau vive du baptême pour purifier et réveiller en vue du monde à venir. Mais cette eau est très chargée de mémoire biblique : elle a guéri de la lèpre qui le défigurait Naaman le Syrien, les eaux ont été séparées par Josué lors de l’entrée en terre promise et c’est tout près de là que le prophète Elie a été enlevé au ciel sur son char de feu.

Si Jésus a commencé par être baptisé par Jean baptiste c’est avant tout parce qu’il était d’accord avec son puissant appel à la conversion, adressé à ceux qui veulent un monde différent. Car Jésus a voulu commencer son ministère en priorité auprès de ceux et celles qui reconnaissent avoir besoin de revenir à Dieu. On comprend pourquoi il refusera même de perdre un seul instant avec ceux qui se contenteraient d’être « en règle » avec des prescriptions religieuses. « Je ne viens pas pour les bien portants mais pour ceux qui se savent malades… »

Nous retrouvons ici la dimension pascale du baptême : le peuple de Dieu est né de sa traversée des eaux par le passage de la mer rouge, au temps de l’Exode. C’est pourquoi, toujours dans le registre pascal, Jésus proposera à ses disciples un autre baptême, différent d’un simple geste de purification. En plongeant volontairement dans le mystère de sa mort, Jésus va communiquer à ses disciples la relation de communion et de confiance qu’il vit avec le Père. C’est l’amour de Dieu et de l’humanité vécu jusqu’au don de soi-même.

Lorsque Jean Baptiste affirmera « Voici l’agneau de Dieu! », il parle de sacrifice, le comparant aux agneaux du Temple, immolés pour le pardon des péchés. Lui-même, prêtre du temple, sait de quoi il parle ! Ainsi, il désigne Jésus non seulement comme celui qui offre sa vie tel le serviteur souffrant d’Isaïe, mais comme la personnalisation intégrale de la force d’aimer, celui qui fait s’accomplir le mystère de la rédemption.

A chaque époque, il est utile de se redemander qui était vraiment Jésus et d’approfondir son message. Le Jésus que nous imaginons est-il bien celui qui se faisait baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain? Est-on certain de retrouver le Jésus de l’histoire derrière l’image qui a été faite de lui au fil des siècles? Nous pressentons que son identité est forcément plus exigeante et plus englobante que celle qui nous est familière, surtout à notre époque de confusion religieuse et de relativisme dilué.

Nous pouvons demander à Dieu le Père de nous redire à travers sa Parole et aussi nos expériences vécues ce que représente Jésus dans la vie des hommes et du monde, ce qui nous aidera à mieux saisir à quelle grande aventure de foi nous sommes appelés, greffés par grâce sur l’alliance avec Israël.

Car c’est en connaissant mieux le Fils, et surtout en étant plus unis à lui dans l’Esprit par la prière que nous deviendrons, par toute notre vie, ce que notre baptême fait de nous, dans la « israelitica dignitas » : des hommes et des femmes engendrés par Dieu, actifs pour la justice et la paix, car porteurs de toute l’espérance du Royaume de Dieu.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 23:55
Les récits fondateurs de la bible
 
Pour les juifs et les chrétiens la bible hébraïque est le témoignage substantiel d’un peuple de croyants dont l’aventure spirituelle a commencé il y a 40 siècles. C’est aussi la lumière inattendue d’une révélation dans les obscurités d’un monde en proie aux incessants méfaits de ses démons.

Calvin estimait que la bible est le miroir de notre humanité, en effet, ce n’est pas un livre à l’eau de rose, c’est le portrait contrasté du meilleur et du pire qui nous animent depuis les origines. Mais c’est aussi une thérapie de l’âme, individuelle et collective, si bien illustrée par les 10 paroles et la sagesse qui en découle.

Face aux questionnements qui traversent nos sociétés, on comprend combien l’histoire mouvementée de cette relation d’un peuple avec Dieu nous concerne. A l’homme d’aujourd’hui, les textes de la bible apportent le ressourcement qu’il ne trouvera nulle part ailleurs, ni dans les exploits scientifiques, ni dans la technologie la plus avancée, ni dans les programmes politiques les plus audacieux. Si nous souhaitons une humanité qualitativement augmentée, la bible a des choses déterminantes à nous dire sur nous-mêmes.

La bible n’est pas qu’un livre ! L’islam appelle juifs et chrétiens « ahl al kittab » peuple du livre…Il n’est en rien : la bible est la religion d’une Parole vivante qui est inséparablement celle de Dieu et celle des hommes. Des êtres humains inspirés l’ont transmise d’abord oralement, puis rédigée dans la culture de leur époque par souci d’éclairer les générations futures. La bible n’est pas non plus un seul livre : constituée de 73 livrets, c’est une véritable bibliothèque qui défie les siècles.

Nos amis protestants ne reconnaissent aujourd’hui que 39 livres pour le Premier testament. Cependant, jusqu’au 19ème siècle, ils gardaient en annexe dans leurs bibles 7 œuvres qu’ils ont  écartées depuis : Tobie, Judith, 1 Maccabées, 2 Maccabées, Sagesse, Siracide, Barukh, les parties grecques d’Esther et Daniel.

C’est l’Eglise catholique qui a défini au 3ème siècle quel serait le canon des Ecritures. Les 73 livres de la bible (AT et NT) ont été écrits entre le 13ème siècle avant JC et la fin du 1er siècle après JC. La composition rédactionnelle de la bible des chrétiens s’étale donc sur quatorze siècles. Ces livres présentent une étonnante diversité mais aussi une impressionnante unité de pensée. Nous découvrons dans ces textes inspirés une surprenante fresque spirituelle qui nous dévoile un dessein divin, un projet qui nous dépasse, et qui s’adresse au cœur de chacun.

Pour entrer dans l’articulation de ces 73 livrets, il ne faut pas se fier à l’ordre de publication qui prédomine dans les éditions bibliques. Leur historicité ne correspond pas à cet échelonnement : Job qui se situe bien avant Isaïe a été écrit 300 ans après. Le livre de la Sagesse qui se situe avant Jérémie, a été rédigé plus de 500 ans après. Le livre de la Genèse qui commence par les mots « bereshit bara » (au commencement…) est d’une rédaction finale datant de l’exil.

Le déroulement de l’histoire sainte illustre les différentes étapes de cette prise de conscience du divin qui a été progressive et s’exprime dans des genres littéraires différents. Ce qui frappe le plus, c’est que la Parole de Dieu a agi au sein d’un peuple dans les phases successives des événements qu’il a vécus. Car cette Parole de Dieu est simultanément Parole de l’humain. Il s’agit réellement d’une action de Dieu en l’humain et pour l’humain, dans une synergie permanente. Dieu révèle son visage à travers la recherche de l’homme qui avance pas à pas en réponse à l’appel intérieur qui le met sans cesse en mouvement vers un avenir.

Pendant des siècles l’Ancien Testament, (ou plutôt Premier Testament) a été plutôt réservé aux théologiens et aux religieux. Le premier penseur à avoir insisté sur l’unité fondamentale entre les deux testaments était Jean Calvin au 16ème s. Même si antérieurement dans le monde catholique, il est vrai que le Premier Testament était communiqué au peuple chrétien à travers les scènes bibliques des chapiteaux d’église ou des vitraux tels des bandes dessinées.

A la suite du Concile Vatican II, les catholiques ont pris conscience du fait que le Premier Testament est vital pour comprendre la logique de la révélation et accueillir l’évangile du Christ. En plus des bases de la foi chrétienne dont elle est la matrice, la bible hébraïque nous offre un trésor littéraire, culturel et poétique hors du commun. Pensons à son impact sur les écrivains du Moyen Age, également sur Marot, Racine, Hugo, Vigny, Péguy, Claudel et tant d’autres.

Mais le Premier Testament est aussi à la racine même de la dévotion catholique : la prière quotidienne des psaumes, prière de l’Eglise, est une prière juive. De cette tradition hébraïque proviennent aussi le rituel de la messe, les grandes fêtes chrétiennes, mais surtout l’expression religieuse comme la louange, l’adoration, la contrition, la confiance, l’angoisse, l’offrande, la gratitude, etc. L’évangile dans ses 4 versions est tissé de passages de Premier Testament, et son matériau d’expression midrashique ne peut se décrypter que par les clefs de la bible hébraïque.

Histoire Sainte

L’histoire sainte dans le Premier Testament se déroule sur 20 siècles, et Abraham se situe grosso modo à la même distance de Jésus que nous par rapport au Christ. Le dessein de Dieu commence par le choix qu’il fait du peuple d’Israël. Un petit peuple presque insignifiant par rapport à ses puissants voisins aux brillantes civilisations. L’attachement de ce peuple sémite au Dieu qui se révèle à lui par étapes est surprenant. Il progresse dans sa relation malgré ses insuffisances, ses péchés, ses malheurs et ses trahisons.

Le Premier Testament nous communique ainsi un ensemble de préceptes et de convictions qui font partie intégrante de la foi chrétienne. Pour en saisir toute la portée, quelques clefs de compréhension sont indispensables, afin de contextualiser les messages.

Histoire de la région

La terre d’Israël a continuellement subi les invasions. On peut distinguer deux séries de conflits régionaux qui ont eu des incidences sur la vie du peuple. Les conflits est-ouest entre Egyptiens et Mésopotamiens (Sumériens, Babyloniens, Assyriens) cherchant à établir leur domination sur leur voisin. Le royaume israélite avec David, Salomon, Jéroboam II ne réussit à affirmer son indépendance que dans les intervalles d’affaiblissement de ses voisins puissants. Les conflits nord-sud entre peuples du nord et peuples du sud : les Hittites, Mèdes, Perses, Grecs, Romains ont envahi successivement la région du croissant fertile. Ces va-et-viens ont fait qu’Israël n’a jamais pu s’assurer une grandeur politique durable. Cette fragilité géopolitique a favorisé l’arrivée d’influences diverses. On retrouve dans les Ecrits bibliques certaines influences économiques, juridiques, littéraires, religieuses.

Ce qui n’enlève rien à la spécificité du discours articulé autour d’un fil conducteur : l’alliance entre Dieu et son peuple, et sa projection universaliste. On apprécie d’autant plus la pédagogie de la Bible si l’on prend en compte les étapes progressives de la révélation en adéquation avec l’histoire. Il se dessine un progrès dans la connaissance de Dieu, la compréhension du monde, la manière de prier, la voie de la sainteté, l’amour du prochain.

Genres littéraires

D’où la diversité des genres littéraires dans les Ecrits bibliques. Les modes d’expression ressortissent en effet à des styles assez variés, tels que la fable, la parabole, l’allégorie, le poème, l’épopée.

Les genres historiques sont eux aussi diversifiés : l’histoire populaire  (Josué, Juges, Samuel). L’histoire hagiographique (cycles d’Elie et Elisée – Rois 1 et 2). L’histoire épique (Exode, Sagesse, Juges). L’histoire antique (2 Maccabées, Actes des Apôtres). L’histoire religieuse (présentation des faits en fonction des leçons à tirer : Israël est fidèle, Yahvé est bon. Israël est impie, Yahvé manifeste sa colère – Juges, Rois, Chroniques, etc). L’histoire romancée (Tobie, Judith, Esther). L’histoire fiction prophétique (Jonas, Daniel, Apocalypse.

Il faut tenir compte des représentations cosmiques de l’époque biblique où on se représente l’univers en 3 étages : la terre des vivants, les cieux, et le séjour des morts. Selon cette perception, la terre est plate et repose sur un abîme liquide, le firmament est une calotte solide qui supporte les eaux d’en haut et à laquelle sont suspendus les astres.  Au-delà de la sphère céleste se tient la demeure de Dieu. On ne peut donc rechercher dans la bible des approches géologiques ou astronomiques. Autre dimension essentielle dans l’Ecrit biblique : le rôle des chiffres. Un nombre indique toujours autre chose qu’une vérité mathématique. (Ex : l’âge des patriarches, le symbolisme fort des chiffres 1, 3, 7, 12, 40, 70…) Dieu est l’Unique, le Un, ehad.

Dans la tradition biblique et ses styles littéraires, Dieu est présenté comme la cause immédiate de tout ce qui survient. Les causes secondes des lois de la création sont assimilées aux causes premières émanant de Dieu lui-même. C’est le cas pour les tremblements de terre, les épidémies, les défaites, les attitudes humaines, et mêmes les fautes des hommes. Pour confesser le Dieu créateur et sauveur, il est toujours affirmé que Dieu est le maître absolu du temps et de l’histoire, il est derrière chaque événement. Sans jamais oublier que l’homme a été créé libre. La foi en la pertinence du message biblique va cependant nous permettre de voir dans l’histoire humaine la Providence divine, dans les écrits humains l’inspiration divine, et dans les prises de conscience humaines la révélation divine.

Le Juif Jésus

Il est donc bien difficile de décrypter les messages de l’évangile sans référence aux éléments-clé du Premier testament. De même que lors de l’épisode de la Transfiguration la personne de Jésus s’éclaire en compagnie de Moïse (la Loi) et d’Elie (les prophètes), on peut retrouver dans le Christ des traces vivantes de la Bible hébraïque :

La progression spirituelle du peuple d’Israël au cours des étapes de la révélation se synthétise et trouve une voie d’accomplissement particulier en la personne de Jésus, juif pratiquant et observant. Après sa mort et sa résurrection,  ses disciples régénérés par l’Esprit reconnaîtront en lui le visage de Dieu parmi les hommes.

Toute l’expérience biblique transparaît dans la personne de Jésus. On retrouve en lui l’Adam parfait, vrai homme, Fils de Dieu accompli, image du Père, passé par l’épreuve des tentations et vainqueur du péché. On retrouve en lui Abraham, familier de Dieu et source de bénédiction pour tous les peuples. En lui se réalise la promesse. On peut aussi retrouver en Jésus Moïse, guide du peuple, au moment où il célèbre la Pâque et l’actualise par son propre passage de la mort à la vie. Il renouvelle l’alliance et l’élargit au pardon total y compris des ennemis. On retrouve en lui David, son onction royale et messianique, son attente active d’un Royaume dont Dieu est le seul maître. Il y a également en Jésus quelque chose d’Amos, lorsqu’il dénonce l’égoïsme des nantis, et démasque toute forme d’hypocrisie religieuse. Le prophète Osée est présent dans son message, annonciateur du Dieu de tendresse et de pardon, de même que le prophète Isaïe, adorateur du Dieu trois fois saint, évocateur d’Emmanuel  « Dieu-avec-nous ». Et encore Jérémie, critique du ritualisme et célibataire volontaire, éveilleur de l’Alliance nouvelle, intercesseur pour les autres. Jésus réalise la figure du bon pasteur imaginé par Jérémie et Ezekiel, prophètes d’espérance pour les exilés.

Membre actif du peuple de Dieu nation sacerdotale, Jésus est le prêtre qui accomplit le sacrifice dans le renoncement à soi et la louange de Dieu. On retrouve ainsi en Jésus les traits saisissants du Serviteur d’Isaïe, prêt à offrir sa vie pour ouvrir à tous l’accès à la vérité de l’homme.

Jésus s’est donné de préférence le titre de Fils de l’Homme dont il a endossé la mission pour les derniers temps. Cet être mystérieux porte-parole de Dieu entrevu par Daniel éclaire sa mission divine. La pratique de Jésus est conforme à la sagesse des fervents hassidim, il accepte ses souffrances comme Job sans perdre pied. Dans la personne de Jésus le Premier Testament s’incarne, au point que ses disciples voient en lui une Torah vivante. Son équipe d’apôtres envoyés annoncer la proximité du Règne selon son enseignement et son exemple met en route la Qehila, l’assemblée convoquée par Dieu, qui ira depuis l’Eglise-mère de Jérusalem transmettre les merveilles de la foi jusque dans les contrées lointaines et les sociétés païennes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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3 janvier 2022 1 03 /01 /janvier /2022 14:09
La bible, déjà traduite en français, trois siècles avant la réforme
On nous a souvent dit que les premières bibles en langue vernaculaire n’ont été éditées qu’après la Réforme protestante du 16ème siècle, ou encore que la Bible était réservée aux clercs et que le peuple n’y avait jamais accès, c’est une contre-vérité historique !

En effet, l’impasse a trop souvent eu lieu sur le fait que depuis le 11ème siècle, la Bible était vulgarisée dans le peuple sous forme de vers en français de l’époque. De ce fait étaient popularisés les récits bibliques essentiels, en parallèle des sculptures thématiques exposées au public sur les chapiteaux d’églises, et des scènes bibliques peintes sur les vitraux (comme des bandes dessinées).

Comme l’a souvent rappelé Régine Pernoud, le Moyen-Age n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on en a dit après la Révolution française ! (Voir son ouvrage : « pour en finir avec le Moyen-Age »)

Au 13ème siècle, Guyard des Moulins publie une Bible intégrale illustrée d’enluminures très artistiques et cette Bible est accessible aux familles. Cette bible fut commandée par un archevêque, ce qui infirme l’idée que l’Eglise aurait verrouillé l’accès au texte sacré. On la trouvait ainsi dans de nombreuses maisons populaires, ce qui confirme également que la Parole n’était pas réservée à une élite.

Sa diffusion était intense dans toute la France et dans d’autres régions d’Europe. On peut dire qu’elle avait été destinée aux laïcs et aux familles. On n’a donc pas commencé à lire la Bible seulement après Luther dans les années 1520, après la rupture entre catholiques et protestants.

La vraie position de l’Eglise catholique était qu’il faut lire la bible en s’aidant d’explications et de commentaires afin de ne pas se fourvoyer sur le sens des Ecritures. La Bible de Guyard était encouragée par l’Eglise précisément parce qu’elle était accompagnée pédagogiquement de clés de compréhension, tandis que plus tard, les Réformés estimeront au contraire que chacun peut se faire sa propre interprétation sans enseignement et sans guidage extérieur.

Cela montre encore que le latin n’était pas le seul moyen de communication dans l’Eglise. Il est vrai que le christianisme n’est pas une « religion du Livre », c’est le culte de la Parole vivante – présence d’un Dieu transcendant – qu’on ne peut enfermer dans des formulations littérales. L’approche des textes sacrés ne peut se réduire à une démarche purement individuelle, et encore moins à un littéralisme simpliste. L’Esprit accompagne la lettre pour en dévoiler la portée aujourd’hui, mais on a besoin pour cela de ne pas se laisser enfermer dans le subjectivisme.

Ce qui illustre bien le fait que dans l’Eglise, « tradition » signifie « transmission » et non pas concepts figés. Cette Bible s’accompagnait de méditations de St Augustin, dont l’une d’elles précise : « Christianus ullus, christianus nullus ! » (Un chrétien isolé est un chrétien nul !).

La Bible de Guyard des Moulins a été un témoignage fascinant qui révèle au 13ème s. une culture spirituelle vivante, avec le souci d’atteindre le peuple croyant pour l’éclairer, le guider vers les plus hautes valeurs, malgré les aléas d’une époque tourmentée.

Actes 8,30 : « Philippe entendit l’Ethiopien lire le prophète Isaïe. Il lui demanda : comprends-tu ce que tu lis ? Celui-ci répondit : comment le pourrais-je si personne ne me l’explique ? »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/07/la-bible-deja-traduite-en-francais-trois-siecles-avant-la-reforme-3-248038.html

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 11:15
  Source : Cath

Source : Cath

Saint Paul, un phallocrate, réactionnaire et misogyne ? Des clichés que l’exégète Chantal Reynier bat en brèche dans son dernier livre Les femmes de saint Paul (éditions du Cerf). L’ouvrage rend hommage à ces « collaboratrices » quelque peu méconnues de l’apôtre, qui ont joué un rôle central dans la diffusion de la foi.

Prisca, Phoibé, Chloé, Lydie… autant de prénoms féminins entendus d’une oreille distraite lors de messes ou de lectures reprenant les récits de saint Paul. Des figures vite reléguées dans les esprits comme des « détails », dans un corpus paulinien si riche et profond. Des femmes « détails » qui en disent pourtant beaucoup sur ce « monde nouveau » que l’Apôtre est en train de faire éclore dans le bassin méditerranéen au premier siècle.

Il le fait tout d’abord rien qu’en les « nommant ». Une démarche tout sauf évidente dans ce monde antique où les femmes sont en retrait de la vie publique et le plus souvent non considérées. « Les sociétés juive, grecque ou romaine de l’époque, sont totalement asymétriques, souligne Chantal Reynier à cath.ch. Il n’y a pas d’égalité entre les catégories, qu’il s’agisse des hommes libres, des esclaves, des femmes…». 

Une nouvelle liberté

L’enseignement de saint Paul constitue un bouleversement complet de ce mode de pensée. « C’est un message révolutionnaire qu’il transmet, assure Chantal Reynier. A la lumière du Christ, il montre que nous sommes tous des enfants d’un même Père et donne aux femmes, autant qu’aux autres catégories sociales, une dignité égale ». Une conception exprimée en particulier dans Galates 3, 28: « Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus ».

Pour l’exégète, cela introduit les femmes dans une nouvelle liberté. Une liberté d’ordre spirituel, qui ne débouche toutefois pas sur une volonté de changer par la violence et immédiatement l’ordre social . « Les femmes échappent ainsi à leur conditionnement. Il ne s’agit pas d’une révolution visible, mais d’un changement de posture ». Pour Chantal Reynier, Paul est ainsi bien « un émancipateur » de la condition féminine.

Parole ou silence ?

Mais quid des quelques déclarations de l’apôtre qui semblent au contraire placer les femmes dans un rôle subalterne ? Par exemple lorsqu’il intime aux femmes de se taire pendant les assemblées, qu’il les exhorte à porter les cheveux longs, ou demande qu’elles se soumettent à leur mari ?

Des « contradictions » qui pour la spécialiste de la Bible, effectivement nous interpellent. Elle souligne tout d’abord qu’il faut replacer ces textes dans leur contexte culturel. « Personne ne pense en dehors du monde dans lequel il vit. La mission de Paul est de déployer les conséquences de la Résurrection pour l’humanité. Il y répond en utilisant des catégories qui proviennent de sa double culture, juive et grecque ». 

Pour Chantal Reynier, si certains éléments du texte nous paraissent contradictoires, c’est principalement parce que nous y projetons notre culture et notre monde. « Le témoignage est toujours fait en fonction d’un temps donné. L’Evangile nous demande d’utiliser notre intelligence pour le comprendre, et il faut pour cela un minimum de connaissances ».

Chantal Reynier | © Bernard Litzler

Ainsi, lorsque Paul demande aux femmes de se taire pendant les assemblées, il le fait vraisemblablement pour éviter les bavardages inutiles, le verbiage. Il a à cœur que l’on ne confonde pas l’assemblée chrétienne avec les rassemblements païens, qui donnent lieu à des manifestations extatiques.

Une recommandation de silence est également faite aux hommes, puisque Paul le demande aux prophètes (ceux qui parlent au nom du Seigneur), dans le cas où il n’y a pas d’interprète. « Si un autre qui est assis a une révélation, que le premier se taise » (1 Co 14, 30).

Des femmes qui enseignent

L’exhortation aux femmes de porter les cheveux longs (et non pas le voile, comme il est parfois faussement interprété) va également dans le sens d’une lisibilité sociale. Les femmes ayant les cheveux courts étaient en effet habituellement celles « de mauvaise vie ». Il est bien compréhensible que ce petit groupe religieux aux idées novatrices veuille ne pas trop se faire remarquer.

« Les collaboratrices de Paul exercent des fonctions centrales au sein des communautés chrétiennes »

Concernant l’appel à la soumission des femmes à leur mari, Paul pense les relations de l’époux et de l’épouse en fonction des relations entre le Christ et l’Église, remarque Chantal Reynier. Le mari n’est donc pas supérieur à sa femme par nature. Il doit aimer sa femme du même amour avec dont le Christ aime l’Église.

Nombre d’éléments dans les textes pauliniens indiquent au contraire que non seulement l’Apôtre n’empêche pas les femmes de s’exprimer, mais qu’il les encourage à le faire. Et qu’elles sont même amenées à enseigner. Dans Les Actes, il est ainsi expliqué que le dénommé Apollos , un intellectuel alexandrin brillant, reçoit des compléments de formation du couple formé par Prisca et Aquilas, les fabricants de tentes de Corinthe. Et, fait notable, Prisca est mentionnée en premier. Paul lui confère ainsi une place unique en reconnaissant la qualité de son enseignement.

Des diacres et des apôtres

Il est remarquable que beaucoup de collaboratrices de Paul exercent au sein des communautés des fonctions centrales, au même titre que les hommes . Elles président même des assemblées chrétiennes. Certaines participent à la diffusion du christianisme à travers leur activité professionnelle ou leur assise sociale. Elles peuvent, par exemple, posséder une maison assez grande pour héberger des visiteurs et abriter une ekklesia (communauté). C’est le cas de Lydie, marchande de pourpre de Philippes (Grèce), qui est certainement financièrement aisée. Son réseau professionnel et familial contribue ainsi à la transmission de la Bonne nouvelle.

« Ce n’est que récemment que les spécialistes de la Bible se sont accordés sur le fait que Junia était bien une femme »

Les capacités et positions de ces femmes sont mises à profit par Paul pour faire connaître l’Evangile dans le pourtour méditerranéen. Phoibé est emblématique de cette démarche. Femme de Cenchrées (Grèce) à la tête d’une entreprise import-export , elle est choisie par l’Apôtre des Gentils pour porter la Lettre aux Romains, son texte le plus long et peut-être le plus important, dont elle est chargée de donner la lecture aux chrétiens de Rome. 

Phoibé est également qualifiée de « diakonos » (serviteur, en grec) qui donnera en français le mot « diacre ». Chantal Reynier remarque que c’est l’appellation avec laquelle Paul se présente lui-même , pour signifier que le service doit être vécu à la manière du Christ-serviteur. Ce qui confirme son importance.

Junia, a également fait couler beaucoup d’encre. Principalement parce qu’elle est désignée comme « apôtre ». On a longtemps pensé qu’il s’agissait d’un homme. Ce n’est que récemment que les spécialistes de la Bible se sont accordés sur le fait que Junia était bien une femme. Cette masculinisation, qui s’est imposée pendant des siècles est, selon Chantal Reynier, emblématique. Elle illustre une exégèse qui a obéi très longtemps aux impératifs culturels de prédominance masculine en minimisant le rôle des femmes dans le Nouveau Testament.

Hommage aux « oubliées »

Autant d’éléments qui pourraient justifier l’accès des femmes au diaconat et au sacerdoce ? Chantal Reynier n’entend pas partir sur ce terrain. « Le texte biblique ne doit pas être un espace de revendication, que ce soit dans un sens ou dans l’autre », estime-t-elle. Son ouvrage n’est certes pas une « pancarte » exigeant des diaconesses ou des femmes-prêtres. « Mon principal but était de rappeler que la diffusion de la foi chrétienne s’est faite grâce à des personnes bien ancrées dans leur culture, dont certaines femmes, souvent quelque peu oubliées par l’Église ».

 

https://www.dreuz.info/2021/09/saint-paul-et-les-femmes-en-finir-avec-les-cliches-252364.html

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14 décembre 2021 2 14 /12 /décembre /2021 01:12
Les pieds, les mains et la tête…

L’évangile de Jean s’est élaboré par étapes au cours du 1er siècle, et c’est le texte qui médite le plus profondément sur le mystère du salut.

Son objectif est de nous montrer Jésus comme l’incarnation de la Parole, l’expression parfaite de l’amour de Dieu…Mais ce récit johannique qui nous parle le plus d’amour est aussi celui qui insiste le plus sur  les commandements ! C’est donc le signe que l’amour en question n’est pas un amour abstrait, ce n’est pas un état d’âme fluctuant au gré des circonstances : c’est un comportement aimant, fidèle, assumé librement jusque dans les détails de la vie quotidienne, et même jusqu’au don de soi.

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Nous en avons le plus bel exemple le jeudi saint, avec l’évangile du lavement des pieds que l’évangéliste a associé au mémorial eucharistique.

Dans l’évangile de Jean, contrairement aux synoptiques, il n’y a pas de récit de l’institution eucharistique ; en revanche, aux côtés des discours sur le Pain de Vie, il y a la mise en valeur de ce surprenant geste de serviteur que Jésus a tenu à relier à la sainte cène. Que signifie cette posture de Jésus, à même le sol, avec son eau purificatrice entre les mains pour accomplir le geste du serviteur ? Quelles clés pouvons-nous trouver dans l’Ecriture pour comprendre la portée de ce comportement surprenant ?

Jésus ne crée pas une nouvelle religion : pour les Israélites, la foi est d’abord une pratique avant d’être une déclaration d’intention. Mais surtout, il y a ici un discret rappel du lavement des pieds initialement mentionné dans le Premier Testament, au livre de la Genèse. C’est celui d’Abraham lorsqu’il accueille chaleureusement trois mystérieux visiteurs venus lui annoncer à lui et à Sara, la naissance d’un fils. Et il y a encore un autre passage biblique qui peut aider à comprendre le geste symbolique de Jésus : toujours au Livre de la Genèse, chap.2, juste avant la création d’Adam, on lit : « un eau jaillissante montait de la terre et arrosait toute la surface du sol »…

 C’est alors que Dieu « façonne » l’homme, comme le potier avec la glaise, et qu’il lui insuffle son haleine de vie ; aussitôt l’homme devient un être vivant…

L’évangéliste Jean nous offre dans cet épisode du lavement des pieds une méditation sur une nouvelle création : celle du Fils de l’Homme qui remodèle l’être humain grâce à l’eau purificatrice. Le 4ème évangile commence d’ailleurs avec les mêmes premiers mots que ceux de la Genèse : « au commencement ». Il s’agit bien, avec Jésus, d’un nouveau commencement, un départ de vie nouvelle proposé aux disciples.

Si Jésus a réuni ses disciples pour le repas de commémoration de la Pâque juive, c’est parce qu’il veut y inscrire son mémorial eucharistique.  Mais il le fait, en montrant – tablier autour des reins – que ce rituel n’est pas seulement prière d’action de grâce à Dieu, il est aussi service des frères…

Alors Jésus prend lui-même le rôle qui est celui du serviteur, évoqué par Isaïe ! Et au moment où il s’arrête devant Simon Pierre, celui-ci réagit spontanément par un refus gêné. Mais Jésus clarifie immédiatement le sens de son geste : Si je ne te lave pas les pieds, tu ne pourras pas prendre part à ce que je suis en train d’accomplir…En effet, Jésus s’apprête à connaître une plongée dans la mort, librement, et par amour pour l’humanité, afin de faire triompher la vie. En comprenant l’intensité du moment, Pierre s’exclame : dans ce cas, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête…

Cette phrase est un véritable acte de foi dans la mission libératrice de Jésus, une Pâque qui se répète, car on touche ici à plusieurs registres. Dans la littérature biblique, les pieds, les mains, la tête représentent plus que les parties organiques du corps humain. Il ne s’agit pas d’une simple affaire d’hygiène, mais c’est comme une catéchèse du baptême. Car le baptême est une purification de l’être tout entier. Or, les pieds (reguel) représentent toutes les démarches que nous pouvons faire chaque jour : aller à la rencontre des autres, visiter quelqu’un, partir contempler la création, orienter notre vie par des choix…

De ce fait, accepter de la part de Jésus que nos pieds soient lavés par lui, cela veut dire que nos démarches de toutes sortes, les plus ordinaires comme les plus décisives, seront assainies de tout ce qui nous éloigne du bien vers des voies sans issue. En lavant les pieds de ses disciples, Jésus purifie en même temps ce qui nous fait tenir debout et ce qui nous permet d’avancer dans la vie, un pied l’un après l’autre. La Bible nous dit que l’essentiel, c’est de « marcher avec Dieu »…

Même signification en ce qui concerne les mains, (yad) qui représentent l’activité humaine : ce que nous réalisons par le travail, la créativité, ce que nous construisons pour édifier, les mains que nous tendons en direction des autres, pour exprimer l’amitié, la tendresse, les mains que nous élevons vers le ciel dans la prière…toutes ces attitudes des mains ont besoin elles aussi d’être purifiées de toute déviation idolâtrique, de tout dévoiement païen, de toute violence, et de tout gaspillage.

Quant à la tête, (rosh) c’est le siège de la pensée, de la réflexion et des décisions. Laver la tête, c’est la purifier des pensées malsaines, futiles, égocentriques, c’est la libérer des étourdissements artificiels, des idées creuses, c’est la rendre pure de toute mauvaise influence, afin qu’elle joue son rôle en guidant avec intelligence l’activité quotidienne des mains et des pieds.

Tout cela n’étant possible évidemment qu’avec un cœur vivant selon Ezekiel : un « cœur de chair », vivant, et non pas dur et inerte comme la pierre. Dans les évangiles synoptiques, on découvre Jésus qui secoue ses disciples en reprenant les mêmes termes pour les inciter à faire des choix cohérents avec son enseignement. Il n’hésite pas à leur dire :

« si ta main t’entraîne au péché, coupe-là…» Si ton activité, ta manière d’agir est néfaste, aie le courage de faire le nécessaire, change de comportement !

« Si ton pied t’entraîne au mal, coupe-le ! » Si tes démarches te conduisent à ta perte, change au plus vite d’orientation dans ta vie!

« Si ton oeil t’entraine au péché, arrache-le ! » Quelle est ta vision du monde, ton regard sur les autres ? Il est indispensable d’être lucide, rappelle Jésus.

Cette semaine sainte nous encourage à accueillir dans nos vies la lumière libératrice de Pâques, elle exprime aussi notre attente d’être purifiés dans tous les aspects de notre être, exactement comme Simon Pierre qui demande à Jésus une entière purification : avec lui, disons aujourd’hui avec confiance : les pieds, Seigneur, mais aussi les mains et la tête ! En laissant cet évangile insuffler un puissant renouveau dans notre existence, nous allons mieux vivre ce que St Jean nous donne à méditer : le double commandement eucharistique, celui de l’amour de Dieu inséparable du service des autres.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

https://www.dreuz.info/2021/04/02/les-pieds-les-mains-et-la-tete-3/

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 10:16
Le sens biblique du signe de croix

« Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, amen ! »

Du front à la poitrine, à l’épaule gauche et à l’épaule droite, le signe de croix n’est pas un geste de piété automatique, encore moins un réflexe de superstition, il exprime un message symbolique et existentiel venant tout droit de la Tradition biblique. Ce geste d’appartenance à la foi chrétienne se pratique dans le monde catholique, orthodoxe, et protestant (anglicans et luthériens)

A l’origine, bien des siècles avant Jésus, on a l’habitude en terre d’Israël de tracer sur le front un signe de bénédiction divine en forme de + , ancienne graphie du tav, la dernière lettre de l’alphabet hébraïque désignant le T de Torah.

La Torah est bienfaisante dans la vie des hommes, elle est chemin vers D.ieu. Or, que dit la prophétie messianique d’Ezekiel ? (Ez 9.4-6) : « Passe par le milieu de la ville et marque d’un tav le front des hommes ! »

Jésus lui-même a sans doute fait ce geste de bénédiction que nous aurions spontanément interprété comme « signe de croix », alors qu’il s’agissait de l’onction traditionnelle en forme de tav, signifiant l’importance vitale de la torah pour devenir juste devant D.ieu.

N’oublions pas l’affirmation initiale de Jésus lui-même : « Je ne suis pas venu abolir la Torah, mais l’accomplir » (Mt 5.17).

Les premiers disciples de Jésus superposent donc le sens de la mort-résurrection de leur rabbi au signe de bénédiction qu’ils pratiquent déjà, puisqu’ils considèrent Jésus comme une Torah vivante, le Verbe de Dieu incarné, pleinement manifesté dans le don de lui-même au Golgotha, suite à la condamnation romaine.

Tertullien (160-220) écrit : « Au début et à la fin de toutes nos activités, nous nous marquons le front avec le signe de la croix… »

A l’époque des persécutions romaines de juifs et de chrétiens qui étaient mis à mort pour leur refus de diviniser le pouvoir impérial, une épitaphe du 2ème siècle (Abercius) évoque cette résistance de tout « un peuple qui a le sceau brillant au front »

On comprend ainsi la logique spirituelle qui anime les croyants dans le geste du signe de croix déployé avec la main droite :

le front, siège de la pensée,

la poitrine, lieu de la santé physique et du cœur,

et les épaules, représentant la force de vivre et l’activité quotidienne.

Verticalité et horizontalité manifestent également la destination cosmique aux quatre horizons de la Parole de Dieu ainsi que son application intégrale à tous les aspects de notre humanité.

Mais on peut dire aussi que le signe de croix manifeste le réflexe des premiers membres du mouvement messianique de Jésus qui est de relayer la tradition mère du judaïsme dans laquelle ils puisent toutes leurs expressions de foi et de piété.

Voici donc comment ils transposent gestuellement dans l’espace la signification des tefilin, (appelés phylactères dans l’évangile grec). Les tefilin sont ces petits boîtiers recelant la Parole de Dieu, attachés à des lanières de cuir pour relier le front du croyant à ses bras. C’est le mental qui conditionne l’activité. Pour montrer concrètement l’attachement personnel à la Parole de Dieu, qui doit inspirer toute pensée et permettre d’agir humainement selon les volontés de Celui qu’on invoque. Nous lisons au Livre du Deutéronome : « Que les commandements que je te prescris soient inscrits dans ton cœur…Attache-les sur ta main et porte-les sur le front » (Dt 6.4-9)

Le geste du signe de croix de haut en bas reprend exactement ce mouvement de l’irruption du divin dans notre condition humaine. Il visualise aussi le trajet de la pensée vers le cœur, c’est-à-dire le recentrage de l’être, si nécessaire aujourd’hui alors que nous sommes tiraillés en tous sens, au point d’être parfois « en exil » de nous-mêmes… Au cœur de l’être se trouve la fine pointe de l’âme, là où le Royaume de Dieu est déjà présent en nous. « Je dors, mais mon cœur veille » (Cantique des cantiques)

Le signe de croix : manière humble et concrète de tracer sur soi-même l’itinéraire dynamique de l’amour bienveillant de Dieu qui veut que nous soyons des vivants !

N’est-ce pas la même démarche spirituelle qui relie et harmonise – exactement comme les tefilin – le front, le cœur et les bras, c’est-à-dire la pensée, la chair et l’action, et cela, comme réponse de confiance et d’amour aux commandements de Dieu ?

C’est aussi le rappel de l’engagement de Jésus qui a vécu dans sa chair l’attachement indissociable aux commandements de l’amour de Dieu et du prochain.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

https://www.dreuz.info/2021/10/le-sens-biblique-du-signe-de-croix-3-253516.html

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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 01:14
Si le grain ne meurt…
Nous approchons de la semaine sainte, et l’évangile du dernier dimanche de carême y prédispose par une méditation du mystère de la croix. Chez St Jean, l’originalité du propos est d’associer deux réalités contradictoires : la crucifixion de Jésus et la gloire de Dieu ! La croix du Christ – instrument de torture romain destiné aux criminels – a visiblement posé problème, et il a fallu attendre le 3ème siècle pour qu’on choisisse l’image de Jésus en croix comme emblème de la foi, auparavant évoquée par un poisson (ictus), un berger ou une corbeille de pains…    

Et cette théologie johannique de la croix est évidemment une méditation élaborée après les événements de la mort et la résurrection de Jésus ! Les dialogues que Jean met dans la bouche du Christ ne sont pas un reportage en direct. C’est une catéchèse élaborée dans les premières communautés, par une réflexion qui aborde le paradoxe de cet échec de Jésus en croix. Un échec qui, en réalité – et malgré les apparences, se révèle être une réussite dans la relation avec Dieu.  Cependant, il faut savoir que l’attente d’un messie humble et mis à mort était déjà présente dans certaines traditions juives.

Le texte précise l’arrivée de Grecs, de non-juifs, qui demandent aux disciples de pouvoir voir Jésus, pour se mettre à l’écoute de son enseignement : chez St Jean, « voir » est l’équivalent de « croire ». La vision en question est donc essentiellement celle du cœur et de l’esprit, c’est une nouvelle conception des raisons de vivre qui est recherchée par ces sympathisants venus à Jérusalem pour les fêtes de la Pâque juive.

La rencontre avec les visiteurs grecs se fait grâce à Philippe et André, qui portent eux-mêmes des noms helléniques, et elle annonce symboliquement l’arrivée des païens dans la primitive Eglise, au départ composée uniquement de juifs. C’est le signe que Jésus attire par son témoignage exceptionnel toutes les cultures et toutes les ethnies, selon les prédictions prophétiques, puisque tous les peuples sont concernés par l’alliance et son message universel.

L’évangile du dernier dimanche de carême reprend des thèmes écologiques que Jésus utilisait fréquemment. « Si le grain ne meurt en terre… » Le mystère de la nature, avec la germination, c’est une manière de suggérer comparativement l’action discrète et efficace de Dieu dans le secret des consciences humaines. C’est la conviction que la Parole de Dieu agit, et que peu à peu elle transforme en profondeur le terrain qui l’a accueillie. De même que le grain de blé tombé en terre est enfoui, apparemment perdu, alors qu’en réalité il se transformera en tige de blé puis en épi porteur d’innombrables grains pour la moisson!

Dans le récit de Saint Jean, le rapprochement du grain de blé en terre avec la mort en croix de Jésus annonce l’extension des disciples, et surtout l’enracinement prometteur de l’amour de Dieu dans le terreau social de notre humanité. C’est le triomphe du don de soi et du service des autres, des valeurs qui surpassent de loin tous les dons naturels! De ce fait, la croix terrestre et la gloire divine sont les deux facettes d’un même événement : le passage de la mort à la vie, l’espérance pour le monde entier de renaître à une autre logique, un autre « logos », selon St Jean.

Une logique différente de la violence de la loi de la jungle, du chacun pour soi, tous ces signes de l’influence persistante du mal. Jésus appelle « prince de ce monde » ce système d’intelligence destructrice qui règne sur terre en violentant les personnes et les communautés.

Comme Jésus est un être humain à part entière, la proximité de sa mort imminente le bouleverse. Il se met à prier et se prépare à son heure, dit l’évangile, un peu comme dans l’épisode final de Gethsemani – que St Jean ignore dans son texte.

La voix du ciel retentit, comme dans la scène de la Transfiguration, que St Jean ne raconte pas non plus dans le 4° évangile, mais le sens est exactement le même : le Père atteste qu’il est aux côtés de Jésus, et que sur le chemin de la passion et de la croix, la gloire divine est partie prenante de l’événement.  Jésus se fait proche de toutes les victimes des injustices, cependant il n’a pas recherché la mort, il n’a pas été un kamikaze de Dieu. Innocent, il est allé à la mort librement, mais sans jamais dévaloriser la vie humaine, il a offert sa souffrance mais il ne l’a aucunement recherchée d’une manière malsaine. La croix du Christ est d’abord le sommet de l’amour, avant d’être le sommet de la souffrance ! Un choix librement accepté dans la confiance en Dieu malgré les angoisses de ce moment tragique et en dépit de l’hostilité de ses adversaires.

Pour ceux qui adhèrent à l’évangile, vivre dans l’esprit de ce Christ, ce sera d’abord croire que Jésus nous rejoint dans nos détresses, nos difficultés, nos angoisses, nos échecs. Il est avec ceux qui souffrent pour une cause juste. Il nous prend par la main là où nous en sommes pour nous conduire plus avant vers cette alliance avec Dieu dont il a le secret, lui le Fils fidèle à l’Esprit qui le relie fondamentalement au Père.

Ainsi il fait de nous des frères et des sœurs dans sa propre filiation divine. Et ce que Jésus a proclamé et révélé par son témoignage, c’est simultanément une vérité de Dieu et une vérité de l’homme. C’est la dynamique même de la vie qui rejoint chacun : pour cela, il faut accepter de mourir à son ego superficiel pour renaître à son moi profond relié à Dieu. Celui qui aime égoïstement sa vie la perd, celui qui s’en détache pour un plus grand objectif la gagne pour l’éternité…

En d’autres termes, celui qui ne veut s’intéresser à rien d’autre qu’à ses besoins superficiels et éphémères, qui veut tout avoir, tout garder, tout centrer sur sa personne, celui-là ou celle-là, se mettra dans l’impossibilité d’accueillir cette vie que Jésus communique et qui seule se prolonge en éternité.

Car Dieu est amour, et Jésus est mort pour nous révéler cet amour et cette vie. En accueillant cette grâce, on peut  donner à son existence une telle dimension et approcher la réalité du Royaume qui nous dépasse. Une réalité surnaturelle dont tous les êtres humains ont faim et soif, car – comme le dit Jérémie – elle est inscrite au plus profond de leur être et de leur aspiration à la vie.

Nous pouvons être des témoins convaincants de cette vérité riche de bénédictions qui émane de la croix du Christ, une vérité respectueuse de chacun. A la suite de nos prédécesseurs dans la foi, c’est grâce à notre témoignage que d’autres éprouveront le désir de marcher vers cette même sérénité et qu’ils pourront expérimenter cette réconciliation existentielle dans une nouvelle relation aux autres et au monde.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/03/15/si-le-grain-ne-meurt/

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