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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 08:30
Les origines et le sens du “chapelet”, symbole de victoire sur la menace islamique
 Le chapelet en Asie

Comme la cloche, le chapelet est originaire d’Asie. C’est au départ une création indienne qui remonte à des millénaires, et dont le but est de canaliser les pensées de l’homme autour d’une prière. Le chapelet a donc existé dans l’hindouisme et dans le bouddhisme bien avant d’apparaître comme support de la foi dans le christianisme d’Orient et d’Occident.

Le chapelet originel indien est dénommé « mala », ce qui signifie en sanscrit : collier de méditation, car il est souvent porté autour du cou. Dans le bouddhisme, il comporte 108 graines ou perles, correspondant aux 108 noms du bouddha. Sa récitation se veut être un apaisement spirituel pour guérir les blessures de l’âme. Les grains successifs servent à concentrer la pensée autour d’un thème méditatif ou d’un mantra.

C’est donc plus tardivement que le chapelet dédié au Notre Père s’est mué en support de dévotion à la Vierge Marie, dès la moitié du Moyen Age. A signaler qu’il s’agissait bien de guider une prière au Père par le Christ, puisque la distribution des grains se répartirait en mystères de la vie de Jésus.

L’origine du terme « chapelet » provient du fait qu’au Moyen Age, les communautés et les familles possédaient une statuette de la Vierge sur la tête de laquelle on déposait une couronne de roses. Cette coiffure florale a induit le mot chapeau, chapel en vieux français. Le soir, une prière était dite à partir de chaque rose, ce qui donnera également le nom de rosaire.

On imagina alors de disposer sur un fil des grains de buis, d’olivier ou d’argent pour remplacer la série de fleurs plus fragile. Sainte Brigitte d’Irlande (6ème siècle) organisa autour de ces grains les prières du Notre Père et du Je vous salue Marie (à partir du texte biblique). Le chapelet prit une tournure beaucoup plus mariale dès le 11ème siècle. 

Du Notre Père au Je vous salue Marie

Dès le 3ème siècle, les chrétiens se tournent vers la Mère du Christ en reprenant les paroles de l’Ange à l’Annonciation : « Je te salue Marie, pleine de grâce ». C’est au 9ème siècle qu’une antienne du temps de l’avent est ajoutée en reprenant l’exclamation d’Elisabeth lors de la Visitation.

Au 12ème siècle, la dévotion à Marie se développe en Occident, et l’antienne de l’avent touche la sensibilité du peuple qui se plaît à la reprendre en boucle, de même qu’à la même période les Orientaux chrétiens pratiquent la répétitive prière du cœur, la philocalie. Dans les deux cas, c’est une prière qui canalise les pensées et unit l’invocation au rythme de la respiration. 

Au 15ème siècle, en Prusse, le prieur de la chartreuse de Trèves conseille à ses novices de réciter ces prières d’invocation en méditant la vie de Jésus. A partir de là, le frère dominicain Alain de la Roche qui prêche en Flandres et en Artois diffuse la pratique du chapelet. Il s’inspire des méditations évangéliques composées par le prieur germanique pour les associer à toute récitation. Au 16ème siècle, l’imprimerie permet de diffuser diverses versions de ces méditations associées au chapelet.

Le chapelet, symbole de victoire sur la menace islamique

En 1571, l’importance du rosaire va connaître une popularisation extraordinaire. Lorsque les Turcs menacent et que leur flotte, supérieure en nombre, se tient aux portes de l’Europe chrétienne, le pape Pie V engage toute la chrétienté à prier le chapelet pour repousser l’assaut musulman imminent. Confiant, il reçoit la vision de la victoire avant même qu’elle soit reconnue et annoncée. Tout l’Occident célèbre avec action de grâces le miracle de Lépante et le rosaire devient la prière du peuple chrétien.

Les chapelets musulmans

Les musulmans ont eux-mêmes un chapelet, appelé sabha ou misbaha, constitué au départ de grains de dattes, puis de perles. La tradition islamique relie cet objet au prophète mais d’autres hypothèses existent selon lesquelles les musulmans auraient emprunté le collier de grains aux chrétiens soit au moment où les caravaniers se croisaient sur les pistes d’Orient aux 7ème et 8ème siècles, soit lors des croisades. Le chapelet musulman comporte 99 grains correspondant aux 99 noms d’Allah. Il n’y a pas d’explication sur ce chiffre, mais certains historiens estiment qu’il s’agit – par emprunt au christianisme – du chiffre 33, âge du Christ, multiplié par 3, chiffre de la Sainte Trinité, ceci évidemment à l’insu des mahométans, hostiles à l’idée de messie christique et au concept trinitaire. Les turcs ont un chapelet plus court, avec 33 grains (chacun valant pour 3) appelé « tespi ».

Les Africains musulmans prononcent les attributs d’Allah en faisant glisser les grains entre leurs doigts et ils considèrent que la prière est faite automatiquement, tout en répétant à chaque étape « allah ouakbar , Allah est le plus grand », (affirmation de supériorité de l’islam sur les autres religions propres aux infidèles). 

Le message du rosaire aujourd’hui

Le rosaire nous conduit sur les chemins de l’histoire, il nous permet d’abord de rejoindre nos ancêtres dans la foi, de nous unir, dans la communion des saints, à leur confiance en Dieu, de porter les peines et les espoirs de nos compagnons de route sur cette terre. 

Mais le rosaire nous laisse aussi découvrir d’autres pratiques religieuses, avec des spiritualités différentes, à l’image du monde où nous vivons, et où la prière chrétienne enracinée dans l’héritage biblique a un message particulier à transmettre pacifiquement à nos contemporains. L’être humain n’est pas un pion anonyme jeté par le hasard dans la jungle de l’existence. Aimé de Dieu, il est appelé à un accomplissement de son être qui dépasse toutes perspectives matérielles, car il lui laisse entrevoir le monde nouveau à venir.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.


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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 00:26
De l’usage problématique du Sola Scriptura
C’est un pasteur protestant qui en vient à déclarer que certains transforment un peu vite l’adage réformé du sola scriptura en dogmatisme et en individualisme.

En fait, Sola scriptura (l’Ecriture seule) est une affirmation récente, puisqu’elle date de la réforme. Les réformateurs ont sans doute réagi par là à certaines prétentions de la scolastique médiévale qui mettaient quasiment sur le même plan que les Saintes Ecritures les écrits des Pères de l’Eglise et les dissertations de philosophes païens comme Aris

Il fallait affirmer la centralité de la parole biblique dans la réflexion chrétienne, ce qui est tout à fait souhaitable. Mais, insiste le même pasteur, affirmer l’autorité de la Bible ne doit pas signifier qu’on élimine toute la tradition chrétienne qui a enrichi spirituellement les générations antérieures. Calvin lui-même tenait en grande estime les apports des pères dans les premiers siècles. Peut-on alors prétendre pouvoir tout comprendre verticalement, seul avec sa Bible et l’aide directe de l’Esprit Saint ? Peut-on être l’Eglise tout seul dans son coin, avec ses interprétations personnelles ? St Augustin disait : « Christianus ullus, christianus nullus ! » Un chrétien seul est un chrétien nul.

On lit souvent dans les commentaires sur Dreuz des remarques, parfois bien intentionnées, parfois agressives, de quelques lecteurs se référant à la sola scriptura pour disqualifier systématiquement des convictions catholiques, y compris celles partagées par des orthodoxes, des anglicans et des luthériens.

Regardons d’un peu plus près comment s’articulent ces argumentaires parfois directement recopiés des pratiques de lecture typiquement fondamentalistes américaines. Se sont-ils formés chez les jivaros réducteurs de têtes ? Car il est consternant de constater que certains lisent la Bible comme les musulmans lisent le coran, sans capacité de recul, et en réduisant la signification du texte à sa version littérale, oubliant toute contextualisation. Et comme les musulmans, ils accusent les autres – ceux qui ne lisent pas comme eux –  d’avoir dévoyé la parole de Dieu.

Sur quoi s’appuie cette idéologie récente qui a en quelque sorte vitrifié la sola scriptura ?

Les réformateurs avaient fait de la Bible la seule et unique référence de vie chrétienne, initialement en réaction à des abus de l’époque. Mais dans cette situation qu’on pourrait dire conjoncturelle, un processus réducteur se mettait parallèlement en mouvement. Le Concile Vatican II a lui-même tenu à recentrer toute la vie de l’Eglise autour de la Parole de Dieu. Ce n’est donc pas la Parole de Dieu qui est en cause ici.

Il se trouve que ce qui est devenu dans certains milieux le dogme de la sola scriptura non seulement n’a pas existé durant 15 siècles, avant la période de la réforme protestante, mais n’a pas non plus de réel fondement biblique. La Bible n’enseigne pas qu’elle sera la seule et unique base de la vie chrétienne !

2 Thessaloniciens. 2,15 : « Tenez ferme et retenez les enseignements que nous vous avons transmis soit oralement, soit par nos écrits ».

On oublie parfois un peu vite que les textes du nouveau testament sont nés en milieu d’Eglise, c’est l’Eglise qui a eu l’autorité de fonder les textes et non pas les textes celle de fonder l’Eglise. Il y a deux sources de la révélation : les Saintes Ecritures et la Tradition liée à l’autorité ecclésiale. Tradition signifie purement et simplement : transmission. L’Eglise instituée par Jésus Christ a reçu de lui le pouvoir de déterminer le sens et la valeur de l’Ecriture et de la Tradition. La Parole n’a pas été congelée, elle est vivante, elle rejoint des êtres vivants pour les relier à Dieu à travers un effort d’inculturation.

Supposons que la Bible soit la seule et unique référence véritable, alors l’Eglise n’est rien pour un chrétien. Ce qui explique l’illusion de certains évangéliques de tout résoudre par eux-mêmes sans institution. Or l’Ecriture enseigne qu’il est nécessaire d’écouter l’Eglise. Matthieu 18, 17 : « S’il refuse d’écouter, dis-le à l’Eglise, et s’il refuse aussi d’écouter l’Eglise, qu’il soit à tes yeux comme un païen ».

Jésus s’adressant à ceux qu’il établit et institue et à qui il confie la suite : Luc 10,16 : « Qui vous écoute m’écoute, celui qui vous rejette me rejette ».

Il donc clair que si l’on refuse d’écouter l’Eglise, on doit être considéré comme un païen et non comme un croyant authentique. Jean 15,20 : « S’ils ont gardé ma parole, ils garderont aussi la vôtre ». Hébreux 13,17 : « Soyez à l’écoute de vos guides, et soumettez-vous à eux, car ils sont les veilleurs de votre âme ! ».

Paul dans sa lettre à Timothée 3,15 : « Tu sauras ainsi comment tu dois te conduire dans la maison de Dieu qui est l’Eglise du Dieu vivant et le pilier, le soutien de la vérité ». Visiblement, ce n’est donc pas la Bible seule, mais l’Eglise gardienne des Ecritures qui est le pilier solide de la vérité. Elle a la responsabilité légitime de présenter la vérité de Jésus Christ, sans la laisser à l’interprétation individuelle et aléatoire de chaque individu. Ce qui garantit le sérieux de son rôle au cours du temps, c’est la succession d’autorité reçue du collège des apôtres à travers les ministres ordonnés.

En effet, la Parole de Dieu n’est pas limitable à l’écrit biblique. La Bible appelle souvent la tradition orale « parole de Dieu ». Déjà dans le judaïsme, il en est ainsi, la Tora be alpe est essentielle, et Jésus lui-même s’est battu contre ceux qui voulaient enfermer la Parole dans la lettre. Si la Bible indique que la tradition orale est Parole de Dieu, la tradition apostolique est véridique, elle est avec l’Ecriture sainte l’une des deux sources fiables de la révélation.

Jean 17,20 : « Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui croiront en moi à travers leur parole ».  Jésus a donc prié pour ceux qui deviendront croyants grâce à la parole et à l’enseignement des apôtres.

2 Thessaloniciens 3,6 : « Nous vous recommandons, frères et sœurs, au nom de notre seigneur Jésus Christ, de vous éloigner de tout frère qui mène une vie désordonnée et qui ne suit pas les instructions reçues de nous ». Et en 2, 15 : « Ainsi donc, tenez ferme et retenez les enseignements que nous vous avons transmis, soit oralement soit par écrit ».

Autre contradiction basique dans la philosophie du sola scriptura : la mort et la résurrection de Jésus sont datées autour de l’an 33. Ce qui veut dire que le contenu du livre de l’Apocalypse rédigé vers 95 ap. JC a été en gestation dans les communautés du 1er siècle. Par conséquent l’Eglise existait et méditait durant 60 ans avant que la Bible ne fût entièrement terminée. Forcément, c’est bien la tradition orale qui guidait les croyants durant cette période : l’Eglise les enseignait sans la base écrite qui ne sera connue que beaucoup plus tard. L’Eglise instituée mettait donc au point au fur et à mesure les positions doctrinales opportunes, d’autant plus qu’elle était souvent attaquée sur des questions de fond.

La Bible ne pouvait alors pas être invoquée pour se déterminer dans la foi, puisqu’il a fallu attendre encore 300 ans pour que soit officiellement déterminé quel serait le canon des Saintes Ecritures !  En effet, ce n’est qu’au 4ème siècle (382) qu’un consensus est intervenu dans les communautés par rapport à la liste des Livres inspirés. Le Concile de Rome fixa alors la liste des livres bibliques canoniques.

Certains étaient acceptés ici, mais refusés ailleurs.  La didachè, les épîtres de Barnabé, le Pasteur d’Hermas, des écrits spirituels importants, ont été considérés un temps comme « bibliques » avant d’être laissés de côté plus tard. Le livre de l’Apocalypse lui-même a été suspecté avant d’être finalement intégré non sans discussions. Le canon de Muratori recense clairement en l’an 150 les livres fiables du Nouveau testament, alors que circulent des pseudo-évangiles influencés par la gnose et le désir de déjudaïser Jésus.  Il a bien fallu une autorité ecclésiale pour déterminer ce qui est valable et ce qui ne l’est pas. Dans un tel contexte, comment se positionner avec certitude si on refuse l’autorité de l’Eglise ? Impossible de se référer à la formalité écrite d’une Parole de Dieu qui n’est pas encore au point !

Martin Luther après s’être séparé de l’Eglise au 16ème siècle a retiré de la Bible sept livres, de sa propre autorité : Tobie, Judith, Sagesse, Siracide, Barukh, ainsi que Maccabées et certains passages d’Esther et Daniel. On a donc retiré sept livres bibliques qui étaient reconnus auparavant depuis mille ans comme parties intégrantes de la Bible. Problème : ces livres censurés se trouvent dans la Septante ! Et le nouveau testament contient environ 350 citations tirées de la version grecque de la Bible, la septante. C’est la preuve que les auteurs inspirés du Nouveau testament reconnaissaient les sept livres de la septante idéologiquement rejetés au moment de la Réforme.

On comprend ainsi que c’est l’autorité de l’Eglise indivise qui a authentifié l’identité des auteurs des livres bibliques. Le canon biblique est véritablement né des directives de l’Eglise, il ne s’est pas autogénéré !

Lorsque l’arianisme a dévasté les milieux d’Eglise au 4ème siècle, l’Eglise a cherché comment apporter des garde-fous aux dérives et ce furent les définitions conciliaires ecclésiales qui recadrèrent le profil de Jésus Christ pleinement humain et pleinement divin. Les hérétiques utilisaient des passages bibliques pour étayer habilement leurs thèses déviationnistes, et il a fallu se servir d’outils philosophiques grecs pour se faire comprendre. C’est la raison au service de la foi : ainsi le Fils de Dieu a été appelé homoousios, c’est-à-dire : de même être que le Père, ne faisant qu’un avec lui. Ce que Jésus a incarné correspond totalement à la volonté aimante du Père.

Chose étonnante, le Nouveau testament nous dit que beaucoup de déclarations et de réalisations de Jésus n’ont pas été écrites. Jean 20,30 : « Jésus a accompli encore en présence de ses disciples beaucoup d’autres signes qui ne sont pas décrits dans ce livre ». Et en 21,25 : « Jésus a encore fait beaucoup d’autres choses. Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’on en écrirait ! ».

A partir de cette affirmation, comment prétendre que seul compte l’Ecrit intronisé sola scriptura ? Prétention illusoire ! D’ailleurs Jésus a demandé à ses disciples de prêcher la bonne nouvelle, pas d’écrire des livres… Il leur a recommandé d’enseigner en tant qu’Eglise. Que devient ce dogme de sola scriptura lorsqu’on lit en Actes 8, 30 : « Comprends-tu ce que tu lis ? L’homme répondit : comment le pourrais-je si personne ne me l’explique ? ».

2 Pierre 1,20 : « Sachez avant tout qu’aucune prophétie de l’Ecriture n’est affaire d’interprétation personnelle ! ».

Cette vision de la Bible comme seule référence était inconnue dans l’Eglise primitive et elle l’est restée durant des siècles. Toutes les Eglises, qu’elles soient latines ou orientales, reconnaissaient le rôle central de l’Ecriture Sainte, mais commentée et éclairée par la tradition ecclésiale. De nombreux courants protestants semblent aujourd’hui revenus vers cette approche plus globale et moins individuelle.

Parmi les Pères de l’Eglise, écoutons ce qu’en pensait Basile le Grand : « Parmi les doctrines et les proclamations gardées dans l’Eglise, on tient les unes de l’enseignement écrit et les autres on les a recueillies de la tradition apostolique. Toutes ont la même force au regard de la piété. Si on essayait d’écarter les coutumes non écrites comme n’ayant pas de valeur on porterait atteinte à l’évangile sur des points essentiels ».

Et Athanase : « Paul se mit à dire : je vous ai transmis les traditions, conservez-les fermement. Avec le diable se trouvent tous les inventeurs d’hérésies illicites qui certes se réfèrent à l’Ecriture mais ne tiennent pas les opinions que les saints ont transmises ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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6 août 2025 3 06 /08 /août /2025 08:31
L’enfer en ce monde et dans l’autre

En effet, la Bible nous dit que Dieu est amour, mais que le créateur a aussi instauré des lois et des règles dans sa création, il est le garant d’une cohérence du vivant dont certains aspects nous échappent encore. Ce qui fait que non seulement le cœur, mais aussi la raison de l’être humain est sollicitée. Aujourd’hui, notre époque relativiste et individualiste a canonisé la sincérité qui fait office de vérité, ce qui conduit souvent à confondre légal et légitime, minimisant la différence entre le bien et le mal, mais factuellement, l’illusion se heurte vite à ses limites.

Dieu est amour, il propose à l’homme d’aimer, de transformer le monde par l’amour, mais puisque nous sommes doués de liberté, la réponse humaine n’est pas garantie, on peut en effet dire non à cette perspective magnifique mais exigeante, et la mettre en échec. C’est là que prend sens l’image de l’enfer. Le refus de Dieu, de son amour, de son invitation à aimer, à privilégier la vie, entraîne des conséquences individuelles et collectives. Et dérives après dérives, cela devient vite un enfer, déjà dans ce monde. Qu’en sera-t-il dans l’autre au moment de franchir l’étape de l’évaluation ?

L’enfer se profile quand l’amour est bafoué, quand la haine se répand, quand la violence se banalise. Alors l’image de Dieu pourtant présente en chaque être humain devient opaque. Le combat de Jésus a été précisément de démasquer les forces du mal et de restaurer la dignité blessée, de rétablir le lien d’alliance avec Dieu au prix de son sang.

« Aux enfers, qui te rend grâces, Seigneur ? » dit le psaume 6. « Tu n’abandonnes pas ton ami au séjour des morts » Psaume 16.

Vision de fin des temps déjà bien différenciée chez le prophète Daniel : « Les morts qui dormaient dans la poussière de la terre se lèveront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte éternelle ». Daniel 12.2)

La question de l’enfer présuppose la responsabilité humaine, ce qui entraîne des questionnements légitimes sur le présent et sur l’avenir. Catherine de Sienne se sentait personnellement concernée par la dérive maléfique de certains de ses contemporains. Elle priait en disant : « Comment supporterais-je Seigneur, qu’un seul de ceux que tu as voulu comme moi à ton image aille se perdre loin de toi ? »

Le credo affirme que Jésus « est descendu aux enfers ». Cela ne signifie pas qu’il est allé serrer la main du diable, il l’avait déjà côtoyé et affronté lors des tentations au désert. L’expression rappelle seulement qu’il a fait jusqu’au bout le voyage qui est celui de tout être humain et dont on ne revient pas. Mais lui en est revenu, il est le Vivant et il a ouvert le chemin d’éternité offert à tous. L’apocalypse dit qu’il « tient les clés de la mort et de l’hadès » (Apocalypse 1,18). Déjà, sur les routes de Judée et de Galilée,  Jésus avait à cœur de transmettre le pardon de Dieu aux blessés de la vie. C’est par cette régénération que Jésus a ramené à la vie des êtres spirituellement morts. Il les a tirés du néant dans lequel ils avaient déjà un pied. Le terme enfer n’est pas présent dans le Nouveau testament, même s’il est question d’un rejet loin de Dieu. « Allez loin de moi, maudits ! Dans le feu éternel préparé pour Satan et ses messagers… (Matthieu 25,41)  C’est ce qui résulte du refus d’aimer, de soutenir le pauvre, la veuve et l’orphelin, l’étranger de passage, les démunis, et ce rejet vise tous ceux qui propagent la mort sociale, spirituelle ou physique. Hors de l’amour, point de salut !

 

L’accomplissement en Dieu de la vie humaine n’est cependant pas imposé : « Voici que je mets devant toi la vie et la mort, le bonheur ou le malheur. Choisis donc la vie pour que tu vives ! » (Deutéronome 30,15) Chacun exerce son libre arbitre, et l’enfer désigne toute auto-exclusion de la communion avec Dieu, le déni de l’accueil de l’autre. La mention de l’enfer ne devrait donc pas être comprise comme une intimidation ou une inexorable punition, mais comme un avertissement préventif qui suscitera non pas la culpabilité mais la responsabilité.

« Si ton œil est pour toi occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi. Mieux vaut que périsse un seul de tes membres plutôt que tout ton corps soit jeté dans la géhenne ! » (Matthieu 13,42). Ce n’est pas Dieu qui va jeter dans le feu purificateur celui ou celle qui a gravement blessé son visage présent en l’homme, mais c’est l’auteur d’attitudes condamnables qui se châtie lui-même, car on ne transige pas avec la vérité ultime que l’on rencontrera face à face. Dans cette lumière, il n’est plus possible d’appeler le bien « mal » et le mal « bien »…(Isaïe 5,20).

Si à la suite de Sartre, certains estiment que « l’enfer, c’est les autres », il en est qui envoient les autres en enfer, précisément parce qu’ils sont « autres »…

La question de l’altérité est au centre des débats actuels omniprésents autour de la tradition islamique, dans la mesure où elle affirme ne pas supporter les non-musulmans et les voue explicitement à l’enfer. Des musulmans combatifs, ou combattants pour Allah, s’appuient sur des injonctions coraniques pour persécuter ou éliminer ceux qui sont « autres ». C’est ainsi que les populations non musulmanes de Syrie et d’Irak, mais pas seulement, ont vécu un véritable enfer sur terre, en tant qu’infidèles châtiés pour leur mécréance. D’autres attentats portent la même marque mortifère.

L’agression des chrétiens par l’islam – conséquence d’une doctrine fausse – a été récurrente au cours des siècles, et ce n’est pas un hasard si une tenture monumentale se présente à un mur de la cathédrale de Bologne où l’on voit un Satan gigantesque tenir en ses griffes le prophète Mahomet.

Selon les évangiles, Jésus a voulu élargir à tous le salut offert par Dieu à son peuple et à toute l’humanité. Il a même inclus ses adversaires et ses ennemis dans cet amour universel. Mais l’entrée du Royaume reste néanmoins une porte étroite qu’il faut rechercher et choisir.

En ce monde enténébré par l’obscurantisme, la violence et les situations infernales pour tant d’êtres humains, le défi est pour les croyants de rester lumières au milieu de ces réalités qui assombrissent l’horizon. Toutes les armes spirituelles sont entre nos mains pour repousser l’adversité et ouvrir jour après jour le chemin d’un espoir et d’une paix véritable.

 

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13 juillet 2025 7 13 /07 /juillet /2025 07:59
Jésus, visage divin ?
Pour une majorité de juifs, la Trinité des chrétiens est une importation païenne au sein d’idées hébraïques, puisqu’elle mettrait en cause l’unicité du Dieu d’Israël. « Adonaï eloheinou, Adonaï ehad ! »

Au cours du temps, les rabbins ont dénoncé la Trinité comme une hérésie, même si Crescas au Moyen-Age a nuancé le propos et ouvert la réflexion vers un dépassement des stricts clivages médiévaux élaborés à partir de la philosophie d’Aristote. Depuis Maïmonide, la doctrine trinitaire est accusée de transgresser le monothéisme rabbinique, elle est qualifiée de « shituf » (association d’êtres humains à la transcendance de Dieu). Au Moyen-Age, de grandes discussions théologiques verrouillent la question à partir d’une lecture philosophique qui réduit la nature de Dieu à sa dimension ontologique.

Le débat rabbinique entre Maïmonide et Nahmanide fait apparaître des différences d’interprétation. Maïmonide limite la nature de Dieu à une ontologie aristotélicienne fermée, tandis que Nahmanide inclut dans la nature de Dieu la notion essentielle de relation. Sa méthode d’interprétation considère que Dieu ne peut être connu qu’à travers la relation, ce qui ne condamne pas d’avance l’approche formulée par le credo de St Athanase : « Nous vénérons un seul Dieu dans la trinité. Il n’y a pas trois dieux mais un seul ».

La spéculation médiévale inspirée par l’aristotélisme a figé les frontières entre identités juive et chrétienne. Crescas quant à lui a critiqué la position de Maïmoni en suggérant qu’une autre approche est possible, préparant ainsi au-delà de la scolastique des redéfinitions de l’unicité de Dieu. C’est cette ligne de pensée qui permet au philosophe et théologien juif catalan Le Meïri de déclarer que le christianisme n’est pas de l’idolâtrie. A l’époque moderne, des penseurs comme Rosenzweig et Lévinas proposeront une lecture de la relation et de l’altérité qui autoriseront à sortir du fondamentalisme médiéval. Cette évolution de la pensée juive autorise à confirmer que la doctrine chrétienne trinitaire ne relève pas systématiquement du shituf et ne se réduit pas à une idolâtrie parmi d’autres.

Aujourd’hui, de nombreux juifs éclairés s’accordent à considérer Jésus comme un enseignant juif de premier ordre, même si la plupart continuent de garder leurs distances en raison des insupportables massacres du passé perpétrés en son nom.

Parallèlement, beaucoup de chrétiens se persuadent que la foi en la divinité de Jésus – désignant l’originalité de leur identité – constitue une rupture totale avec la culture de l’Ancien Testament, mais cette autopersuasion procède d’une méconnaissance de la tradition biblique.

Mis à part les cloisonnements antagonistes traditionnels remontant aux époques talmudiques et à Maïmonide, la réflexion sur les relations entre judaïsme et christianisme a été plus récemment dominée par les idées théologiques du 19ème siècle. D’une part, des positions préconciliaires fortement teintées de marcionisme (le nouveau testament rend obsolète l’ancien), d’autre part, des postures théologiques issues de l’école historico-critique libérale (les affirmations dogmatiques seraient artificielles car tardives).

Changements de paradigmes

Pourtant les repères habituels se sont déplacés. Depuis des décennies, les études scientifiques sur le judaïsme ancien, la littérature intertestamentaire, et le christianisme primitif ont changé la donne. Et ce n’est pas un domaine confidentiel pour spécialistes qui est ici abordé, car les découvertes des concepts anciens de la culture préchrétienne et prérabbinique offrent des perspectives passionnantes, qui ouvrent des voies nouvelles au dialogue interconfessionnel.

Historiquement, Jésus était un juif observant, pourtant des études juives sur Jésus rejettent généralement l’idée que Jésus ait été « Fils de Dieu » et réfutent le principe d’incarnation comme le concept de trinité. Dans ces optiques traditionnelles, le messie ne peut pas mourir. Cependant, les premiers chrétiens étaient des juifs, et même lorsque leurs doctrines ont été contestées comme hérétiques, ils ne pouvaient normalement pas perdre leur statut de juif, en vertu des réglementations halachiques. Parallèlement. les choses se compliquent lorsque la recherche a mis au jour le fait que de fervents juifs non chrétiens croyaient à un personnage divin relié à l’Eternel, et qui sauverait Israël en tant que messie prêt à mourir pour le salut de tous.

On voit que la personne de Jésus suscite un intérêt permanent, qui se manifeste dans des reportages télévisés, et dans des ouvrages de tonalité très diversifiée. Certains ouvrages à succès comme le Da Vinci Code brouillent les pistes d’un approfondissement sérieux en déviant vers le fantasme romanesque.

D’autres publications récentes prétendent alimenter le débat sur des bases élaborées. Ainsi le livre de Frédéric Lenoir intitulé non sans arrière-pensée « comment Jésus est devenu dieu » reprend quasiment le titre d’une autre publication sur Jésus, de Gérald Messadié « l’homme qui devint dieu ». Sans oublier « Le jour où Jésus devint Dieu » de Richard Rubenstein.

Ces ouvrages ont connu un relatif succès, mais, malgré leur apparence « moderne », ils se fondent toutefois sur des postulats discutables datant du 19ème siècle ! Les idées libérales qu’ils recyclent estiment que la divinité de Jésus était totalement inconnue des premières générations chrétiennes et qu’elle ne s’est instaurée qu’au 3ème siècle sous l’effet d’influences étrangères au judaïsme. Selon ces théoriciens, les premiers chrétiens croyaient que Jésus était un messie très religieux, mais jamais ils n’auraient attribué la divinité à celui qui n’était qu’un homme. Ils sont persuadés que le judaïsme antique, par respect pour le Dieu Unique, était incapable de décerner un quelconque caractère divin à Jésus le Nazaréen, sous peine de verser dans l’idolâtrie.

Ces auteurs pensent que c’est par l’hellénisation de la foi chrétienne que le pas a pu être franchi, et que par conséquent les concepts de trinité et de double nature du Christ proviennent tout droit de la mythologie grecque.

Les idées qui sous-tendent ces ouvrages de vulgarisation s’appuient en réalité sur les thèses théologiques libérales du 19ème siècle, où, à la manière d’un Ernest Renan (« histoire des origines du christianisme ») on affirme que l’attribution contestable d’une nature divine à Jésus de Nazareth est un accident de l’histoire purement conjoncturel et sans antécédent…

Ces approches libérales manifestent à la fin du 20ème siècle une regrettable impasse sur les recherches approfondies autour du judaïsme ancien et du christianisme primitif.

Le prêtre Michel Remaud à Jérusalem a beaucoup travaillé sur le patrimoine culturel commun du 1er siècle, et ses travaux en intertestamentaire font apparaître les convergences considérables entre les écrits juifs et la littérature chrétienne de cette époque première.

Le théologien et historien juif Daniel Boyarin analyse avec précision les divers courants du judaïsme de la période préchrétienne. Il en ressort que, dans la droite ligne de croyances hébraïques antérieures, les sources bibliques du nouveau testament professent déjà la nature divine du messie. Cela revient à dire que la foi en la nature divine de Jésus n’apparaît pas trois siècles plus tard… L’abbé Jean Carmignac et Claude Tresmontant ont mis en lumière le fait que les convictions théologiques fondatrices du christianisme sont présentes dès la première moitié du 1er siècle, alors que d’autres exégètes tiennent à tout prix à les situer aux 2ème et 3ème siècles. Claude Tresmontant estime que les prémisses de la doctrine trinitaire sont présentes dans les termes hébraïques traditionnels : Adonaï Elohim, le Dieu père du peuple et de chaque individu. Davar Elohim, la Parole de Dieu, communication du message de vie dans la création et aux prophètes. Ruah Elohim, Souffle sacré agissant chez les membres du peuple de Dieu mais aussi chez des non- croyants étrangers comme Cyrus, qualifié de messie.

 

Précoces affirmations de la nature humano-divines de Jésus

Quand on lit le prologue de l’évangile de Jean, on découvre qu’il fait le lien entre la personne de Jésus et la Parole de Dieu qui s’est exprimée par lui. « La Parole était avec Dieu, et elle était Dieu » (Jn1,1). A la même époque, Philon d’Alexandrie, qui n’est pas chrétien, nomme le Logos « Fils de Dieu ».

Dans le 4ème évangile, nous voyons un disciple s’adresser à Jésus en disant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Dans la première épître de Jean, on peut lire que Jésus est « le Dieu véritable et la vie éternelle » (1Jn 5,20). L’apôtre Paul, dans son épître aux Romains, développe cette théologie d’un Messie divin reconnaissable en Jésus Christ. Il ne s’agit pas là de langage poétique ou métaphorique, mais bien d’affirmations laissant penser qu’au 1er siècle, la double nature humaine et divine du Christ est reconnue dans les communautés chrétiennes en expansion.

L’argument principal des théologiens libéraux est que la première génération chrétienne, constituée de juifs, croyaient au Dieu unique et ne pouvaient donc pas y associer la personne de Jésus. Les travaux de Daniel Boyarin apportent un clair démenti à cette option minimaliste. Il démontre historiquement que l’idée d’un Messie uni à Dieu est déjà présente dans les milieux juifs bien avant le christianisme. Des courants religieux croyaient, dit-il, à la divinité du Messie. Dans ce cas, il ne peut s’agir d’une nouveauté venue de l’hellénisme.

Le théologien cite d’ailleurs divers passages de la Bible hébraïque qui corroborent cette approche. Ainsi, le psaume 45 donne au roi messie d’Israël un qualificatif divin. Ce que reprend Jérémie : « Je susciterai à Israël un Germe juste. Voici le nom dont on l’appellera : l’Eternel notre justice » (Jr 23,5). De même, Isaïe donne à l’enfant à venir le nom de « Dieu puissant » (Is 9,5). De multiples citations attestent que le concept d’un messie de nature divine était présent avant la venue de Jésus.

De plus, on voit dans plusieurs passages bibliques Dieu apparaître sous une apparence humaine. Un ange rencontre Manoah et son épouse, et les témoins se prosternent devant lui en affirmant avoir rencontré Dieu lui-même (Jg 13,15). A Yaboq, Jacob lutte avec un ange affirmant que son adversaire a combattu avec Dieu lui-même, et Jacob dit aussi avoir vu Dieu face à face (Gn 32,28). Abraham reçoit la visite de trois mystérieux personnages au profil divin (Gn18). Mais c’est dans le livre de Daniel que le célèbre « Fils de l’Homme » est décrit dans une formulation céleste et messianique : « Sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils d’homme, il s’avança vers l’Ancien des jours et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne, et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, son règne ne sera jamais détruit » (Dn 7,13).

Ce messie a des caractéristiques plus significatives que celles d’un messie purement humain. D’une part l’Ancien des jours, à qui appartient la gloire éternelle, et d’autre part le Fils de l’Homme, que Daniel Boyarin décrit en termes explicitement divins intégrés à sa forme humaine. Le personnage humain est relié à Dieu parce qu’il apparaît sur les « nuées des cieux » descriptif imagé de la divinité. Le Dieu Unique d’Israël est donc vu sous l’apparence de deux êtres, l’Ancien des jours et le Fils de l’Homme, ce qui fait dire à l’historien que la présence d’un être solidaire aux côtés de Dieu constitue l’une des plus anciennes visions théologiques en Israël.

Selon Daniel Boyarin, des courants juifs préchrétiens imaginaient diverses figures humaines parvenant à partager le statut divin avec Dieu. Cette idée se retrouve dans la littérature intertestamentaire et on voit se développer une théologie juive de la double nature humano-divine du Messie. Dans Hénoch 48,2, un passage évoquant la vision de Daniel dit ceci : « A cette heure, le Fils d’Homme fut appelé auprès du Seigneur des Esprits. Avant que soient créés le soleil et les signes, avant que les astres du ciel soient faits, son Nom a été proclamé devant le Seigneur des esprits ».
Ce personnage est appelé « messie » et il est mandaté pour juger les comportements des hommes. Ce qui est renforcé par la mention révélatrice que « les élus seront sauvés par son Nom et qu’ils l’adoreront ».

Le Fils de l’Homme présent dans ces courants précédant l’apparition distincte du courant judéo-chrétien montre que la notion d’un messie divin sauveur n’était pas une « invention » des disciples de Jésus et qu’elle habitait la foi des membres du judaïsme ancien. De la même façon dans le 4ème livre d’Esdras (1er s.) on lit que « le Très haut » présente à Esdras son « Fils semblable à un homme » qui « vole sur les nuées du ciel » et « il fit sortir de sa bouche un flot de feu ». Les nuées et le feu du jugement divin sont une expression propre aux sources hébraïques. Le profil du Fils dans ce texte intertestamentaire rappelle étrangement les visions du Livre de l’Apocalypse où Jésus vivant est décrit comme un personnage en gloire « ressemblant à un Fils d’Homme » (Ap 1,13).

La présentation évangélique de Jésus comme « Fils de l’Homme » est donc bien enracinée dans la culture religieuse de l’époque, et la formulation trinitaire est déjà en gestation dans la littérature prophétique et apocalyptique. Daniel Boyarin écrit à ce sujet : « Les idées de la Trinité et de l’incarnation, ou du moins les germes de ces idées, étaient déjà présentes parmi les croyants juifs longtemps avant que Jésus ne surgisse sur scène » (in « Le Christ juif »).

En d’autres termes, la proclamation de la nature humano-divine de Jésus par l’Eglise primitive n’est pas grecque mais hébraïque ! Pour comprendre le christianisme des origines, il faut approfondir le contexte culturel du judaïsme dans lequel il est né. Boyarin conclut : « Si bien des juifs en vinrent à croire en la divinité de Jésus, c’est que l’attente d’un messie divin faisait pleinement partie de la tradition juive ! »

La foi en la divinité du Messie ayant précédé l’événement Jésus, les premiers disciples – les évangiles en attestent – ont naturellement reconnu la double nature humaine et divine du Christ. Ils ont attesté que Dieu était pleinement présent dans les paroles et les actes de ce juif observant et pratiquant, dont l’enseignement unissait les deux commandements de l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

De là on peut déduire deux constatations :

  1. des juifs voient en la doctrine trinitaire des chrétiens une innovation étrangère au judaïsme
  2. des chrétiens s’imaginent que le judaïsme est dépassé par la révélation nouvelle

Au vu des connaissances actuelles qui dépassent les anciens clivages, chacun devrait être en mesure de faire aujourd’hui un pas en avant à la rencontre de l’autre. Les juifs, pour admettre – sans rien renier de leur tradition – que le christianisme est une branche légitime de l’arbre hébraïque. Les chrétiens, pour reconnaître que leurs convictions les plus fondamentales sont partie intégrante du patrimoine juif qui a précédé leur mouvement!

« Ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte ! » Rm 11,18

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

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24 juin 2025 2 24 /06 /juin /2025 23:46
Un nord-africain exceptionnel
 

Conquérants, les Arabes appelaient l’Afrique du Nord « Djezirat-el-Maghreb », « l’Île de l’Occident ». On n’imagine mal aujourd’hui à quel point cette région a été christianisée dès les premiers siècles.

Carthage était devenue la capitale rayonnante d’un espace de chrétienté prospère. Au 3ème siècle un concile parvenait à réunir une centaine d’évêques. Trois noms célèbres rendent témoignage de cette gloire du passé : Tertullien, Cyprien et Augustin.

Tertullien est né en 155, mort en 225. Son nom est Quintus Septimus Florens Tertullianus. Il naît dans une famille romaine et païenne, avec un père militaire qui lui donne une formation intellectuelle de pointe, en particulier dans le droit.

Sa jeunesse est agitée, il fréquente des lieux de plaisir mais se pose des questions sur le sens de son existence. Son niveau d’éducation et sa curiosité intellectuelle font contrepoids à ses passions. Parfaitement bilingue, il écrit le grec et le latin, et il rencontre des chrétiens dont la sérénité au milieu des épreuves lui donne à réfléchir. Il prend connaissance des saintes Ecritures, et se sent appelé au baptême. La morale de l’évangile et le mystère de la foi chrétienne l’attirent vers une vie nouvelle.

Il entre dans la jeune Eglise, très bien organisée autour de sa hiérarchie, solidement implantée et dispensatrice d’une culture attractive. Face aux persécutions de chrétiens, le juriste qu’il est s’adresse courageusement aux autorités. Provocateur, il écrit l’Apologeticum, qui est une sorte de « j’accuse » dénonçant la brutalité de l’Empire. « Allez, bons gouverneurs, encore plus estimés des foules lorsque vous leur immolez des chrétiens, allez-y, tourmentez-nous, torturez-nous, condamnez-nous, écrasez-nous ! votre iniquité est la preuve de votre inconscience. Le sang des chrétiens est une semence ! »

Tertullien a forgé tout un vocabulaire pour exprimer les vérités libératrices de la foi. Polémiste déterminé, il utilise toutes les ressources de la rhétorique. A une période de croissance de l’Eglise, les assauts sectaires ont lieu de toutes parts. C’est ainsi que Tertullien se lance dans la bagarre et s’attaque à des courants hérétiques, en particulier celui de Marcion qui prétend scinder la Bible en deux, en rejetant les Ecritures du Premier Testament dans un antijudaïsme primaire.

Sa dialectique confine parfois à l’outrance, mais son style passionné a pour objectif de défendre la justice et la tolérance, la noblesse de la foi judéo-chrétienne. Il démonte minutieusement les prétentions infondées des hérésiarques. Comme prêtre, Tertullien est chargé de la préparation au baptême des nombreux catéchumènes issus comme lui du paganisme. Il est particulièrement sensible aux séductions du mode de vie païen et idolâtre. Il en devient porteur d’une austérité stricte : il interdit les spectacles, le cirque, le théâtre et le stade. Son rigorisme le pousse vers le courant montaniste, ce qui l’amène à condamner toute carrière militaire qu’il juge incompatible avec la vie chrétienne. Il recommande aux jeunes filles de porter un voile dans les assemblées liturgiques et de se vêtir avec modestie.

Il semble prescrire à tous le chemin du Royaume par la porte étroite. Conscient de son caractère exigeant, il écrit : « malheureux, je suis toujours dominé par la fièvre de l’impatience ». C’est avec ferveur qu’il rend hommage à deux femmes martyres de Carthage, Félicité et Perpétue.

On sait que Tertullien eut une vieillesse solitaire. Mais il faut relever le fait qu’il eut une influence décisive sur Augustin, évêque d’Hippone, qui  exprima son admiration envers ce maître spirituel qui l’avait pour une part inspiré.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

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15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 11:02
Le culte des martyrs est né dans le judaïsme

On sera surpris d’apprendre que l’origine de la vénération chrétienne des martyrs de la foi, si développée dès les premiers siècles de l’ère courante, a pris naissance dans le judaïsme.

Lorsque l’on visite le Colisée à Rome, les guides oublient souvent de préciser que les victimes de condamnation à mort sous la dent des fauves étaient indistinctement des juifs et des chrétiens. Pour une simple raison, les uns et les autres, unis dans la même tradition biblique de l’adoration du seul Nom de Dieu, refusaient catégoriquement de rendre un culte à l’empereur divinisé. Aux yeux des Césars, ils devenaient des contestataires du pouvoir et des agitateurs potentiels, ils devaient donc mourir, paradoxalement condamnés pour « athéisme » puisque pas assez religieux au service du pouvoir ! Le Kyrie Eleison des chrétiens est une trace liturgique issue de ce refus spirituel assumé : « le seul Seigneur que nous acceptons de vénérer, c’est le Christ », car l’empereur se faisait lui-même appeler Kyrios.

Pline et Suétone dans leurs lettres englobent dans la même dénomination ceux qui provoquent des troubles dans la société par leur résistance, israélites ou chrétiens, ils sont tous considérés comme « des juifs qui s’agitent ». Ils ne distinguent pas entre membres de la synagogue et disciples du mouvement christique, car leur adhésion à l’alliance est commune.

Dès les débuts de la tradition judéo-chrétienne, les saints du Premier Testament étaient l’objet d’une vénération particulière. La lettre de Jacques mentionne Abraham et Elie, et l’épître aux Hébreux donne au culte expiatoire du Temple une valeur prémonitoire au sacrifice du Christ. Les justes qui donnèrent leur vie dans la tradition des Pères, « c’est dans la foi qu’ils moururent » (He11.13). L’évêque Clément de Rome, d’origine juive, donne en exemple de sainteté Abraham, Moïse, Elie, Elisée, Ezekiel, Job, dans sa lettre aux Corinthiens 17.

Une place primordiale revient aux frères Maccabîm qui donnèrent leur vie en martyrs lors de l’occupation de la Judée par Antiochus Epiphane. Ces jeunes gens refusèrent de renier la Loi et ignorèrent la menace. Ils étaient sept, et leur mère fut également mise à mort. Après leur exécution par l’occupant païen (2ème siècle avant JC), les milieux pharisiens développèrent leur mémoire exemplaire (ainsi que celle d’Eleazar, autre témoin de la foi hébraïque), en proclamant la foi en la résurrection des justes. C’est alors que le culte des martyrs pris son essor. En 135 ap. JC, l’empereur de Rome Hadrien prit possession de Jérusalem qu’il débaptisa en Aelia capitolina, et la Judée en Palestina, les résistants juifs et chrétiens furent alors nombreux à connaître ensemble le martyre. On les appelait les « harougué malkhout ». Rabbi Aqiba au moment de sa mort offrit son sang avec joie, en disant qu’il vivait dans son être le Shema Israel, en concrétisant l’amour de Dieu de toute son âme ( nefesh). C’est lui qui avait posé les bases de la halakha. Il y eut aussi Rabbi Hanania ben Teradyon, enseignant dans une yeshiva de Galilée. Il fut exécuté par l’occupant romain qui l’enveloppa dans des rouleaux de la Torah pour le brûler vivant. Enfin rabbi Yehouda Ben Baba, qui avait transgressé l’interdit romain d’enseigner la Torah, fut transpercé de 300 coups de lance.

En Syrie, la ville d’Antioche avait vu se développer une importante communauté de disciples du Christ. C’est dans une synagogue de cette ville que les reliques des frères Maccabîm étaient honorées de tous. Dans la 2ème partie du 1er siècle, les païens désignèrent les disciples de la Voie par le nom de « christianoï », chrétiens. Alors que le canon biblique chrétien reconnaissait les livres des Maccabîm, un panégyrique du Quatrième livre des Maccabîm fait l’éloge des martyrs juifs. L’auteur rappelle le jour « cruel et pourtant non cruel » où les sept frères souffrirent pour la foi au vrai Dieu, jour solennisé par des cérémonies de mémoire. Les juifs et les judéo-chrétiens vénéraient à Antioche la tombe de ces martyrs qui devinrent les modèles pour le culte chrétien des témoins de la foi. Jean Chrysostome lui-même dans sa quatrième homélie (In sanctos macchabeos) précise qu’il parle en présence du tombeau des martyrs de la foi.

Au 4ème siècle, une basilique fut édifiée sur le tombeau des Maccabîm. St Augustin prit part aux discussions sur la valeur du témoignage de ces martyrs juifs aux yeux des chrétiens. Le culte des martyrs juifs est-il autorisé ? demandait-on. Jean Chrysostome élève la voix contre ces quelques chrétiens qui refusent d’honorer les Maccabîm. Grégoire de Nazianze, idem. Ils ont droit à la vénération des croyants puisqu’ils ont donné leur vie en témoins de Dieu et en fidélité à la tradition des pères. La synaxe de l’Eglise syrienne relève ces dispositions : « nos pères chrétiens ont établi comme règle de célébrer une fête en faveur des Justes de la Torah pour que nous sachions que nous n’avons aucunement abandonné l’œuvre de la Loi en la dépassant ».

Augustin va dans le même sens lorsqu’il déclare que « les martyrs d’avant le Christ ont été sacrifiés pour la vérité. Il ne faut pas hésiter à imiter les Maccabîm ! »(sermon 300)

Marturia signifie « témoignage ». Ces juifs et ces chrétiens furent animés jusqu’au bout par la foi au Dieu de la Bible, Dieu des 10 paroles et de la sagesse de vie. Ils laissent dans l’histoire la trace de lumière dont parle Daniel, qui compare les justes à des étoiles scintillantes dans le ciel, lumière dont nous devons nous éclairer tous ensemble aujourd’hui lorsque l’horizon continue de s’assombrir.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

 

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15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 07:59
Des papes nommés Léon
Certains observateurs s’attendaient à l’élection d’un François II, simple prolongation de Jorge Bergoglio, mais c’est Robert Prévost, un cardinal américain, qui apparait au balcon de St Pierre et qui dans un souci explicite de renouvellement choisit le nom de Léon XIV.

Léon, c’est Leo, le lion. Une référence biblique majeure, donc un enracinement dans l’histoire sainte. Le lion de Juda est la figure de la résistance hébraïque face aux menaces multiples opposées à Israël messager de la révélation. C’est ainsi que le peuple juif tire son nom de la tribu de Juda appelée par Dieu à faire de la Judée une terre de sainteté. Le lion de Juda figure sur les armoiries de la ville sainte de Jérusalem.

Jésus, né à Bethlehem de Judée, pays des Juifs, renforce le message de l’alliance par les Béatitudes. Cet événement de révélation est exprimé dans le livre visionnaire de l’Apocalypse selon St Jean…
« Un des anciens dit : ne pleure pas, voici le lion de la tribu de Juda, la racine du roi David, il a été victorieux dans l’ouverture du livre et des sept sceaux ».

Ainsi, le choix du nom « Léon » par le pape élu Robert Francis Prévost garde une tonalité messianique et n’est pas dû au hasard. Des références à la bible et à l’histoire de la papauté en sont la base.

Il vaut la peine d’examiner le profil diversifié des 13 papes Léon qui ont précédé Léon XIV.

Léon 1er, appelé Léon Le Grand (440-461). Après les périodes de persécution, l’empereur Constantin a donné un statut à l’Eglise et au christianisme dès le 4ème s. C’est dans ce nouvel élan que s’inscrit le ministère de Léon le Grand, qui voit sa mission comme un service de l’unité. Il fait face aux dissidences hérétiques en esquissant le profil théologique de la foi. Sa renommée vient aussi du fait qu’il est allé au- devant d’Attila menaçant Rome et qu’il a réussi à le dissuader de massacrer et de piller la population.

Léon II, (682-683) Sicilien d’origine grecque, poursuit en tant qu’évêque de Rome le travail de clarification de son prédécesseur dans la mise en lumière des convictions orthodoxes unissant les croyants.

Léon III, (795-816) envoie à l’empereur Charlemagne les clés du tombeau de St Pierre et reconnaît en lui le Patrice des Romains. Le jour de Noël, le pape le couronne devant le peuple rassemblé dans la cathédrale, c’est donc en l’an 800 la naissance du Saint Empire romain germanique. Léon III n’hésite pas à aller plus tard visiter Charlemagne à Aix la Chapelle. A Rome le pape réalise la restauration de nombreuses églises.

Léon IV, (847-855) est un moine bénédictin romain. Alors que la ville est encore sous le choc d’invasions sarrasines, le pape renforce les fortifications. La colline vaticane porte désormais le nom de cité léonine. Il fait face aux déprédations commises dans les églises par les musulmans et entreprend de restaurer avec soin les sanctuaires profanés. S’appuyant sur l’érudition de l’évêque Isidore de Séville, le pape consolide l’idée de la supériorité du spirituel sur le temporel.

Léon V (903) est fait prisonnier par l’entremise d’un prêtre jaloux aussitôt après son élection. Son pontificat est très court puisqu’il est assassiné par l’antipape Christophe.

Léon VI (928-929) en raison des intrigues de Marozia, une matrone romaine avide de pouvoir, cette période troublée sur le plan moral lui réserve le même sort que son prédécesseur. Il est assassiné six mois après son élection.

Léon VII (936-939) le comte Albéric a mis fin au règne des courtisanes romaines. C’est lui qui favorise l’élection de ce pape tout en cherchant à garder une emprise forte sur les pontifes successifs. Le père abbé Odon de Cluny, est de passage à Rome et rencontre le pape. Le dignitaire monastique est à la tête de la puissante abbaye bénédictine située en Bourgogne. Le pape accueille sa réforme du monachisme.

Léon VIII (963-965) Une destinée particulière : il est laïc au moment où il est choisi comme pape sous l’influence de l’empereur germanique Otton 1er pour contrer le pouvoir du pontife régnant Jean XII, personnage corrompu. Il est poursuivi par ce dernier et doit son salut à l’exil en Allemagne à la cour d’Otton II. Durant cette période, les Romains élisent Benoît V à sa place.

Léon IX (1049-1054) Léon IX est un évêque de Rome motivé par les réformes qu’il juge indispensables. Il instaure le collège des cardinaux et lutte contre les abus et les multiples formes de corruption. Il met en place une équipe de proches conseillers et de délégués pontificaux. Il part lui-même à la rencontre des communautés locales et parcourt toute l’Europe. Mais il se heurte à l’agressivité du patriarche de Constantinople Michel Kerularios, c’est le début du schisme Orient –Occident qui survient en 1054 alors que le pape avait restauré la dignité dans l’Eglise romaine.

 

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15 juin 2025 7 15 /06 /juin /2025 03:54
Être doué de coeur
Selon le Tantra traditionnel, être éveillé c’est être sensible, « doué de cœur », sensible à la beauté. C’est le contraire de l’indifférence. Et ça n’est pas moi qui l’invente pour plaire à je-ne-sais-quelle clientèle, mais c’est bien Abhinava Gupta, incarnation reconnue de Shiva et maître en toutes les traditions du Tantra, qui nous le dit pour que chacun le vérifie dans son expérience :
 
tathā hi madhure gīte sparśe vā candanādike //
mādhyasthyavigame yāsau hṛdaye spandamānatā /
ānandaśaktiḥ saivoktā yataḥ sahṛdayo janaḥ //
Abhinavagupta, Tantrâloka III, 209b-210
 
« Ce frémissement dans le cœur
quand on entend une douce mélodie,
quand on sent une sensation agréable,
quand on hume du santal et autres (choses semblables),
quand l’état d’indifférence disparaît,
est l’énergie divine de félicité.
C’est par elle qu’une personne est dite ‘douée de cœur' »,
 
« Douée de cœur » (sahṛdaya), non au sens moral, encore que…, mais au sens esthétique : est « doué de cœur » celle ou celui qui est ému par les belles choses, les beaux corps, les beaux parfums. A l’opposé se trouve l’âme « indifférente » (mādhyasthya, « le fait de se tenir au milieu », à la frontière, sans pencher vers, sans émotion donc), assoupie, insensible, impassible.
 
Or, cette sensibilité est l’énergie divine, la félicité qu’est l’universelle conscience en perpétuelle expansion en elle-même, un peu comme l’univers. C’est un état de frémissement, de vibration, d’omni-fulgurance (parisphuradrūpatā, dit Jayaratha) qui cite le Vijnâna Bhairava 73), car ce scintillement en expansion est, ajoute le commentateur, ce qui est partout désigné par les termes « liberté », « réalisation/ appréciation » (vimarśa) et « félicité ». La conscience absolue est plaisir absolu, comme le suggérait déjà la Brihad Âranyaka Upanishad au VIIIè siècle avant notre ère. Brahman, l’absolu, est expansion. Or le plaisir est expansion, dilatation, épanouissement, sourire, bâillement, ouverture…
 

 

 

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18 mai 2025 7 18 /05 /mai /2025 11:23
Pendant que nous pleurons une personne récemment décédée, elle, elle s’élève dans les Royaumes Spirituels Lumineux et déborde d’une Nouvelle Joie !
Après le Dernier Souffle
Si vous avez veillé un parent mourant au moment où il rendait son dernier souffle, vous savez à quel point cette expérience peut être dévastatrice. 
Et pourtant, en même temps, la partie de vous qui sait peut ressentir un certain degré de joie à l’idée qu’il est enfin libre… libéré de la douleur et de la souffrance. 
Pendant ce temps, la personne récemment décédée qui s’élève dans les royaumes spirituels ressent plus qu’une simple liberté ; elle déborde d’une joie nouvelle ! 
En s’élevant dans la Lumière et en tendant la main à des visages spirituels familiers, elle entame des retrouvailles joyeuses avec les membres de sa famille et les amis qui l’ont précédée dans la mort. 
Contrairement aux personnes en deuil, l’esprit qui s’élève a le sentiment que quelque chose de merveilleux vient de se produire. 
Lorsque nous sommes confrontés à de telles occasions, il est très utile de savoir ce qui se passe après le dernier souffle d’une personne. 
Il est à espérer que, lorsque votre heure viendra, votre passage se fera en douceur vers la lumière et que vous ne laisserez derrière vous qu’un sourire et aucun regret. 
Bien que notre instinct de survie nous pousse à éviter de penser à la mort, en tant que chercheurs spirituels, nous avons une motivation plus élevée et plus impérieuse. 
Nous voulons tous savoir ce qui se passe au-delà du voile de ce qui était auparavant l’inconnu…
"Que se passe-t-il dans l’au-delà ?"

Au cours des dernières décennies, les promesses de paradis ont été remplacées par des "faits de l’au-delà" réels et documentés, minutieusement recueillis à partir d’innombrables cas de recherche. 
Les expériences de mort imminente ont été étudiées jusqu’à ce que leur véracité ne fasse plus aucun doute. 
Puis, afin d’approfondir encore la connaissance de l’au-delà, de nombreux sujets de recherche ont été amenés à se souvenir de leurs expériences de vie (et de mort) antérieures en utilisant la régression hypnotique pour ouvrir leur mémoire subconsciente. 
Ce que nous savons, c’est que Après son dernier souffle, une personne éprouve généralement un sentiment de paix et d’absence de douleur, tout en se sentant attirée dans un monde supérieur où règnent la Lumière et la beauté. 
Comme son corps spirituel est en résonance avec les royaumes spirituels, il se dirigera naturellement dans cette direction. 
Ils verront un portail s’ouvrir au-dessus d’eux, ressemblant parfois à un tunnel de lumière, car les royaumes spirituels sont remplis de lumière par rapport à ce monde. 
Leurs amis spirituels, parmi lesquels leurs guides spirituels de toujours, les aideront à se rendre dans un centre d’accueil où leurs besoins seront évalués en vue d’une guérison et d’une aide à l’adaptation à leur nouvel environnement. 
Si la personne est décédée après une longue maladie invalidante, en particulier si son esprit a été obscurci par l’expérience, elle peut passer des semaines, voire des mois, dans un centre de réadaptation de type hospitalier. 
Dans des conditions normales, cependant, elle sera consciente, alerte et prête à être guidée vers ses propres funérailles ! 
Les funérailles sont des événements très tristes pour les vivants, mais perplexes pour la personne qui vient de mourir et qui est pleurée. 
Ils aimeraient beaucoup réconforter la personne en deuil et l’assurer de la joie de leur nouvelle existence. 
Lors de l’enterrement de mon beau-père, un homme qui a toujours eu un grand sens de l’humour, j’ai eu une image mentale de lui assis sur son cercueil, les jambes pendantes sur le côté et un large sourire sur le visage, comme pour détendre l’atmosphère de l’événement. 
J’ai donc raconté à ma femme et à sa sœur ce que j’avais vu faire à leur père et elles ont immédiatement compris le message. 
Oui, il a toujours été un grand blagueur.

Une fois les premiers ajustements effectués, le nouvel arrivant dans les royaumes spirituels sera guidé personnellement par un être de Lumière qui l’aidera à passer en revue les expériences de sa vie d’un point de vue plus élevé, centré sur l’âme, sans qu’aucun jugement ne soit imposé sur ces expériences par lui-même ou par d’autres. 
Cet environnement centré sur le cœur et sans jugement signifie que, bien que la personne reste ce qu’elle est en tant que personnalité, tout devient plus léger. 
Les fardeaux émotionnels qu’elle a pu se sentir obligée de porter pendant sa vie physique se dissolvent dans la joie qui vient facilement dans son nouvel environnement. 
L’au-delà est structuré différemment du monde physique. 
Il existe de nombreux domaines d’existence dans l’au-delà, chacun étant un monde en soi, et une personne gravite naturellement vers le domaine le mieux adapté à sa fréquence de conscience personnelle. 
Elle y vivra parmi des personnes partageant les mêmes idées, généralement des membres de sa famille d’âme élargie, qui comprendra plusieurs centaines d’âmes, de sorte qu’il y aura de nombreux rassemblements de personnes partageant les mêmes idées, parmi lesquels elle pourra choisir son lieu de prédilection. 
La conscience a une influence plus visible sur l’environnement dans l’au-delà parce que la matière spirituelle est plus subtile que la matière physique. 
Les corps spirituels sont d’une substance beaucoup plus légère, ce qui explique pourquoi tous les habitants des royaumes spirituels sont capables de léviter et de voyager dans l’air simplement en exerçant leur volonté mentale. 
Une idée fausse très répandue consiste à considérer les corps spirituels comme non physiques. 
Les corps spirituels sont tout à fait solides les uns par rapport aux autres, même s’ils semblent ténus de notre point de vue physique dense. 
Un meilleur terme pour désigner la matière dans les royaumes spirituels serait "quasi-physique". 
Le monde physique est souvent considéré comme un monde d’ennuis, où les gens sont tentés de prendre des décisions qui les séparent émotionnellement des autres. 
L’au-delà est un monde d’intégration centré sur le cœur, où les séparations de l’existence physique sont guéries. 
L’au-delà est empreint d’un grand sens de la beauté et de l’émerveillement, ce dont nous devons nous souvenir lorsque nous disons au revoir à ceux dont l’heure est venue de rentrer chez eux dans les royaumes célestes.

Owen Waters

Source
https://www.etresouverain.com/apres-le-dernier-souffle/
 

 

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16 avril 2025 3 16 /04 /avril /2025 11:40
Mohamed a-t-il existé ?

Mohamed a-t-il existé ?

Robert Spencer est-il le meilleur ami que les musulmans aient jamais eu ?

Par Danusha V. Goska l’auteur de « God through Binoculars : un auto-stoppeur dans un monastère ».

Le livre de Robert Spencer est mis à jour et augmenté, « Did Muhammad Exist ? An Inquiry into Islam’s Obscure Origins » ou « Mohamed a-t-il existé ? Une enquête sur les obscures origines de l’Islam » /

L’historicité est la qualité d’être objectivement vrai, par opposition à une simple légende ou un mythe. L’importance que les religions accordent à l’historicité varie. L’hindouisme, qui est probablement la plus ancienne religion majeure pratiquée de manière continue dans le monde, ne s’appuie pas sur l’historicité. Hanuman, le dieu singe, Shiva, à la peau bleue et représentée par un phallus, et Kali aux multiples bras, qui s’habille de crânes humains et de mains coupées, existent tous sur un plan transcendant. Les historiens n’ont jamais présenté d’articles évalués par des pairs argumentant l’historicité d’un dieu à tête d’éléphant. Bouddha et Confucius étaient tous deux censés être de simples mortels, et les historiens s’accordent à dire que tous deux ont probablement existé. Pour les fervents bouddhistes et confucianistes, l’historicité n’a pas beaucoup d’importance. Ce qui compte, c’est que la méditation apporte l’illumination et que la piété filiale assure la cohésion des familles et l’ordre de la société.

 

Le judaïsme, le christianisme et l’islam prennent tous l’historicité très au sérieux. La Torah commence, non pas par des lois, des prières, des péchés, des saints ou des visions, mais par un récit historique de la création du monde par Dieu. Il se poursuit avec l’appel d’Abraham par Dieu, la libération des esclaves hébreux par Dieu et d’autres événements censés s’être produits dans la vie réelle, en temps réel. Les maximalistes et les minimalistes bibliques se livrent à des débats passionnés sur la mesure dans laquelle l’histoire de la Bible est exacte, mais des faits objectifs confirment que les Juifs ont une lignée ancienne au Moyen-Orient, où ils vénéraient Yahvé. Ces faits fondamentaux sont le fruit de recherches intenses dans diverses disciplines savantes, notamment l’archéologie, la génétique et les mentions extrabibliques, par exemple dans les stèles de Merneptah et de Mesha. Les Juifs d’aujourd’hui, qui sont un petit peuple de bagarreurs disparates qui réussit à remporter des victoires du type « David contre Goliath », contre des ennemis génocidaires, ont tellement de points communs avec les Juifs de la Bible que la question de l’historicité semble presque sans objet.

Le christianisme repose sur l’existence d’un homme appelé Jésus, qui est ressuscité des morts. Si quelqu’un trouvait le cadavre de Jésus, le christianisme serait prouvé faux. Tous les outils savants possibles, de l’archéologie à la critique textuelle en passant par la paléographie, ont été mis à contribution pour découvrir le plus de choses possible sur Jésus. La plupart des historiens s’accordent, au minimum, sur cette biographie de base : Jésus était un prédicateur juif qui a vécu à peu près dans le premier tiers du premier siècle. Il a été baptisé par Jean-Baptiste ; on a dit qu’il faisait des miracles ; il a été crucifié par les Romains et ses disciples ont affirmé qu’il était ressuscité des morts.

Jésus, comme les chrétiens aiment à le dire, est la figure « la mieux attestée » du monde antique. Par « le mieux attesté« , ils entendent qu’il existe un plus grand nombre de documents, produits à une époque plus proche de la vie de Jésus, par des auteurs connaissant bien le milieu de Jésus, et une documentation plus étendue sur Jésus que sur tout autre personnage antique. Les ouvrages du « Nouveau Testament » ont été écrits par des hommes comme Jésus, c’est-à-dire des Juifs du 1er siècle. Même les auteurs du « Nouveau Testament » comme Paul, qui n’ont pas connu Jésus personnellement, connaissaient sa culture, sa langue et ce qu’il savait de son milieu. Le Nouveau Testament a d’abord été écrit pour des publics proches des événements qui y sont décrits, des publics qui s’opposeraient à des fabrications. Les premiers livres du Nouveau Testament ont été écrits moins de 20 ans après la mort de Jésus. D’autres faits objectifs sont rassemblés pour soutenir l’affirmation « la mieux attestée » ; voir par exemple cette page «  Historical Reliability of the New Testament (bibleone.net) », l’une des nombreuses disponibles sur le Web. Des best-sellers comme « Cold Case Christianity », « The Case for Christ », « The Case for the Real Jesus » et « Did Jesus Exist : The Historical Argument for Jesus of Nazareth » ont popularisé les siècles d’études approfondies et continues qui établissent l’historicité de Jésus.

Luc fait l’objet d’une grande attention. Il est l’auteur de « l’Évangile selon Luc » et du « livre des Actes », qui représentent près de 28 % du Nouveau Testament. Selon Bruce Metzger, spécialiste de la Bible à Princeton, « dans le livre des Actes, Luc mentionne 32 pays, 54 villes et 9 îles de la Méditerranée. Il cite également 95 personnes par leur nom, dont 62 ne sont pas nommées ailleurs dans le Nouveau Testament » -l’accent mis par Luc sur le contexte qui-quoi-quand-où-pourquoi de la vie de Jésus, des faits qui peuvent être vérifiés par rapport à l’histoire connue, est un critère qui sépare les évangiles du mythe. Comme l’écrit CS Lewis, un spécialiste des mythes, « J’ai lu … des légendes et des mythes toute ma vie … aucun d’entre eux n’est comme celui-ci … Soit il s’agit d’un reportage … ou alors, un écrivain inconnu … sans prédécesseurs ou successeurs connus, a soudainement anticipé toute la technique du récit réaliste romanesque moderne » Bart D. Ehrman, professeur distingué d’études religieuses James A. Gray à l’Université de Caroline du Nord, Chapel Hill, écrit : « Les historiens sérieux du mouvement chrétien primitif … ont passé de nombreuses années à se préparer à devenir des experts dans leur domaine. La simple lecture des sources anciennes exige une expertise en … grec, hébreu, latin … araméen, syriaque et copte … L’expertise exige des années d’examen patient des textes anciens et une connaissance approfondie de l’histoire et de la culture de l’Antiquité grecque et romaine … pratiquement tous ceux qui ont passé toutes les années nécessaires pour obtenir ces qualifications sont convaincus que Jésus de Nazareth était un véritable personnage historique … Jésus a existé, comme en conviennent pratiquement tous les spécialistes de l’Antiquité, des études bibliques, des lettres classiques et des origines chrétiennes de ce pays et, en fait, du monde occidental… Je suis agnostique avec des penchants athées… Mais en tant qu’historien, je pense que les preuves comptent… Jésus a existé « .

L’Islam repose sur l’exactitude des faits suivants : en 610 apr. J.-C., l’ange Jibril (Gabriel) a révélé le Coran à Mohamed, un arabe analphabète conducteur de chameau. Mahomet a partagé cette révélation avec ses disciples, qui ont suivi les nombreuses exhortations au jihad contenues dans le Coran, et ont poursuivi la conquête musulmane et la domination militaire, politique et religieuse de l’Afrique du Nord, du Moyen-Orient et au-delà. Si Mahomet n’avait jamais existé, l’islam en tant que religion serait réduit à quelque chose comme le culte « ovni » de « Heaven’s Gate ». En 1997, 39 membres de « Heaven’s Gate » se sont suicidés en masse pour coïncider avec le passage de la comète Hale-Bopp. Dieu a-t-il ordonné à un certain Mohamed de combattre et de tuer les non-musulmans jusqu’à ce que l’islam règne sur la planète entière, comme le décrit ce hadith ? Ou bien des millions de jihadistes ont-ils versé le sang des autres, et leur propre sang, au service d’un mensonge inventé par les conquérants arabes pour unir et justifier leur empire ?

Jusqu’à récemment, le Coran n’avait pas été exposé au même genre d’examen rigoureux que le Nouveau Testament depuis qu’il a été compilé. Pourquoi ? La réponse se trouve peut-être dans la comparaison de deux anecdotes. Jean 20/24-29 raconte l’histoire de « Thomas qui doute« . Thomas, un apôtre, a déclaré qu’il ne croyait pas que Jésus était ressuscité des morts. Plus tard, Jésus ressuscité a confronté Thomas. Jésus a placé les doigts de Thomas dans les plaies de sa crucifixion, et a invité Thomas, sur la base de cette preuve, à conclure que la nouvelle miraculeuse était vraie. Jésus encourageait ses disciples à enquêter sur les faits et à tirer leurs propres conclusions.

Selon les traditions islamiques, certains Bédouins ont embrassé l’islam. Ils ont ensuite quitté l’islam et tué le berger de Mahomet. Mahomet leur a fait arracher les yeux avec un fer chaud, et les a amputés des mains et des pieds. Ils ont été jetés sur un sol pierreux où ils sont morts lentement. Ils ont été punis pour « avoir fait la guerre à Allah ». Quiconque le faisait devait être crucifié, comme le stipule le Coran 5/33. Le hadith Bukhari 9/57 stipule : « Quiconque a changé de religion islamique, alors tuez-le » d’autres hadiths soutiennent la peine de mort pour toute critique de Mahomet. L’islam a longtemps considéré que remettre en question l’islam, c’est faire douter les autres, c’est-à-dire « faire la guerre à Allah. » « Laissez ce qui vous fait douter pour ce qui ne vous fait pas douter« , dit un hadith. Le Coran affirme que « les croyants ne sont que ceux qui ont cru en Allah et en son messager, puis ne doutent pas« , et « Allah ne se laisse pas questionner« – Le Coran s’identifie lui-même : « C’est le livre sur lequel il n’y a aucun doute« .

L’accent mis par l’islam sur la « soumission » et son rejet du questionnement influe sur le comportement des musulmans au quotidien. En août 2021, Ridvan Aydemir, un ancien musulman, a débattu avec Hamza Myatt, un prédicateur musulman, sur YouTube. Aydemir a souligné que le Coran contient des affirmations manifestement fausses sur l’histoire de la Kaaba, le centre physique du culte islamique. Myatt ignorait totalement les versets coraniques auxquels Aydemir faisait référence. Si un prédicateur chrétien révélait publiquement une telle ignorance des versets bibliques, il devrait s’excuser et son autorité pourrait ne jamais se rétablir. Lorsque Myatt a été mis au défi de son manque de connaissances par Milahan, qui a regardé le débat sur YouTube, Myatt, plutôt que de confesser et de s’excuser pour sa propre ignorance, a attaqué Milahan pour avoir « pris le parti de l’ennemi« . « Ton nom sera marqué et ce sera tout« , a menacé Myatt. Myatt s’est vanté d’avoir quitté l’école à 15 ans. Les musulmans accusent Milahan d’être un traître, un chrétien refoulé ou un espion de la CIA. Milahan pouvait être tué pour n’importe laquelle de ces infractions. Milahan et Aydemir, en connaissant et en énonçant des vérités objectives sur l’islam, ont mis leur vie en danger.

Reconnaître que le Coran est une création de l’homme, plutôt qu’un document incréé, éternel et parfait, revient à s’exposer à la mort. Sam Shamoun cite des sources islamiques canoniques recommandant la torture, l’emprisonnement et la mort pour quiconque affirme que le Coran est une création de l’homme.

Hatun Tash, une ancienne musulmane d’origine turque, prêche sa foi chrétienne au « Speakers’ Corner » de Londres. Dans l’une de ses interventions, elle a révélé qu’il existait des différences de formulation entre le Coran et la Bible.

Le 25 juillet 2021, Tash a été violemment poignardée à plusieurs reprises. Lors des agressions précédentes, les musulmans ont rassemblé Tash, crié pour sa mort, lui ont donné des coups de poing et l’ont jetée au sol. Hatun mesure environ un mètre cinquante, une cible facile pour les jihadistes. La police britannique, plutôt que d’arrêter ses agresseurs, l’a arrêtée pour avoir prêché.

En bref, les chercheurs ont pu faire des recherches sur la Bible. Les recherches sur le Coran sont inconnues dans le monde musulman et relativement récentes en Occident. Malgré cela, trois faits évidents concernant le Coran suggèrent que Mahomet n’a peut-être jamais existé. Ces trois faits : l’incohérence du Coran, l’accent mis par le Coran sur Jésus et l’hostilité du Coran envers le judaïsme et le christianisme.

Quiconque étudie les écritures sacrées du monde de manière comparative ne peut s’empêcher de remarquer que le Coran est mal composé. Le Coran est un désordre, contrairement au Popol Vuh, aux Védas, aux contes africains d’Anansi et aux contes d’Indiens d’Amérique, au Livre des morts tibétain et aux koans zen. Une personne éveillée objecterait : « Vous ne comprenez pas le Coran parce que vous n’êtes pas musulman« . En fait, les musulmans eux-mêmes ne comprennent pas le Coran. C’est pourquoi il existe littéralement des dizaines de livres, les recueils de sira et de hadiths, qui expliquent l’islam aux croyants. Robert Spencer reprend une blague musulmane sur un lecteur qui a lu le verset du Coran « C’est le livre où il n’y a pas de doute » comme « C’est le livre où il n’y a pas d’huile« , une erreur raisonnable étant donné l’ambiguïté du Coran.

Le Coran utilise des pronoms comme « je », « tu », « il » et « ils », et le lecteur ne peut pas être sûr de savoir à qui ces pronoms font référence. Le Coran ne termine pas la plupart des histoires auxquelles il fait référence. Le Coran n’est pas en ordre chronologique ou par sujet. Le Coran est tellement répétitif que si l’on supprimait tous les éléments répétés, il ne ferait que 40 % de sa longueur actuelle. L’histoire de l’Exode est répétée 27 fois. Un exemple notoire de l’incohérence du Coran est le verset 74/30 : « Au-dessus de lui dix-neuf » – au-dessus de quoi, dix-neuf quoi, et que font ces dix-neuf, exactement ? Ce verset n’est pas unique. Les érudits qui ont consacré leur vie à l’étude du Coran rapportent que peut-être 20 % du Coran n’a pas de sens convenu, quel qu’il soit.

Le verset 2/1 du Coran se lit simplement « a-l-m« . Au moins un traducteur a décidé que l’absence totale de sens de ce verset est un « miracle » car « nul autre qu’Allah ne connaît leur signification« . Un autre commentateur rassure les musulmans en leur disant que même si vous ne comprenez pas le verset, vous pouvez quand même en tirer profit. « Tirer des conseils justes du Coran ne dépend pas de la saisie du sens (…) quiconque ne comprend pas (…) peut néanmoins mener une vie juste et atteindre le salut. Le lecteur ordinaire n’a donc pas besoin d’approfondir cette question » – ce manque d’insistance sur la compréhension, mais l’insistance sur le fait que la simple exposition au Coran apporte des bénédictions se reflète dans la tradition de mémorisation du Coran, même par des personnes qui ne comprennent pas une seule syllabe qu’elles mémorisent. Le simple fait de prononcer des syllabes arabes étrangères est considéré comme sacré.

Adam, Noé, Abraham, Isaac, Ismaël, Marie, Jésus et de nombreux autres personnages bibliques, y compris des personnages mineurs comme la femme de Potiphar, apparaissent dans le Coran. En plus des textes bibliques canoniques, le Coran fait appel au folklore. Voici quelques-uns des contes populaires que l’on trouve dans le Coran : les sept dormeurs d’Éphèse ; une légende sur Alexandre le Grand ; un passage de l’Évangile de l’enfance non biblique de Thomas, où Jésus donne la vie à des oiseaux d’argile ; et, dans l’Évangile non biblique du pseudo-Matthieu, Marie cueillant des dattes sur un palmier qui s’est penché pour elle. Le folkloriste Alan Dundes décrit des contes traditionnels dans le Coran, notamment « L’ermite et l’ange » et « Les langues animales ». « Ces contes sont certainement antérieurs au Coran. Nous ne pouvons pas supposer qu’ils ont été inventés par Mahomet ».

Le Coran détourne une phrase du Talmud : « Celui qui tue un homme, c’est comme s’il avait tué un monde entier » – L’auteur du Coran commet parfois des erreurs maladroites avec des documents qu’il ne connaît pas parfaitement. Marie, la mère de Jésus, qui a vécu au premier siècle de notre ère, est supposée, dans certains versets, être la sœur de Moïse, qui a vécu plus de mille ans avant Marie. Pourquoi ? Les deux femmes bibliques partageaient le même prénom. Le fait que d’autres versets du Coran révèlent une connaissance plus claire de l’identité de Marie suggérée que plus d’un auteur a produit ce document.

« La densité des formules du Coran dépasse largement les 20 % », écrit Dundes. C’est-à-dire qu’une grande partie du Coran est constituée, non pas de déclarations substantielles, mais plutôt de formules orales dont le seul but est d’aider quelqu’un à mémoriser le texte, par exemple, l’expression « Allah est indulgent, miséricordieux » est utilisée des dizaines de fois. « Si l’on devait soustraire toutes les formules orales du Coran, on aurait un texte global réduit d’un tiers de sa longueur actuelle, voire plus. »

Avec à la fois des récits bibliques et du folklore extrabiblique, le Coran ne raconte pas tant des histoires qu’il ne fait référence à des histoires. Le Protoévangile de Jacques est la source d’une histoire du Coran, celle de Joseph choisi par tirage au sort pour être l’époux de Marie. Le Protoevangelium raconte en fait l’histoire de manière complète et compréhensible. Le Coran 3/44 fait allusion à cette histoire, mais ne la raconte pas. Les versets avant et après le Coran 3/44 n’ont rien à voir avec l’histoire de l’élu du peuple.

Il existe une autre caractéristique remarquable du Coran, et de l’Islam en général. Placé dans le contexte des autres religions du monde, l’islam est remarquable par le fait qu’il est moins la déclaration d’une nouvelle foi qu’une critique furieuse de deux religions précédentes, le judaïsme et le christianisme. Toutes les religions expriment une hostilité envers d’autres groupes. Mais on pourrait extraire Amalek de l’Ancien Testament, ou la rhétorique anti-bouddhiste des écritures hindoues, ou le fameux Matthieu 27/25 du christianisme, et avoir quand même des religions cohérentes.

En revanche, dans l’Islam, l’hostilité à l’égard des juifs et des chrétiens occupe une place si importante et si centrale que l’Islam serait sensiblement différent si cette hostilité était éliminée de l’art, de l’architecture, de la pratique et de la prière quotidienne de l’Islam. Le jihad est un élément central de l’islam depuis le 7ème siècle jusqu’à aujourd’hui. Les musulmans qui suivent le calendrier des prières de l’Islam répètent une prière donnée 17 fois par jour. Ces mots répétés identifient les juifs comme étant en colère contre Dieu et les chrétiens comme étant égarés. Le commentaire islamique précise cette association : « Ces deux voies sont celles des chrétiens et des juifs, ce dont le croyant doit prendre garde afin de les éviter » -la prière condamnant les juifs et les chrétiens provient du tout premier chapitre du Coran, au verset 7. Les six premiers versets louent Allah, et le verset 7 condamne les chrétiens et les juifs.

Il n’y a aucun parallèle dans aucune autre religion du monde. Les bouddhistes, les hindous, les confucianistes, les chrétiens et les juifs ne sont pas tenus de 17 fois par jour que les membres d’un autre groupe religieux dégoûtent Dieu lui-même. Compte tenu de ces prières, il n’est pas surprenant que dans un sondage Pew de 2011, les musulmans aient exprimé une opinion négative des Occidentaux, les décrivant comme « égoïstes, violents, cupides, immoraux et arrogants » – en effet, le Coran 98/6 condamne les « kuffar » (mécréants) comme « le pire des êtres créés » – les kuffar, les incroyants, sont « najis« , ou impurs, tout comme les déchets corporels, les chiens, les porcs et les cadavres.

L’expression familière « Allahu akbar » est une autre caractéristique de l’islam qui se définit par rapport à une vision hostile des autres religions. « Allahu akbar » ne signifie pas, comme on le traduit si souvent, « Dieu est grand ». Elle signifie plutôt qu’Allah, le dieu de l’islam, est supérieur à tous les autres dieux. Les archives islamiques montrent que Mahomet a crié « Allahu akbar » lors d’attaques terroristes contre des civils dont il avait déterminé qu’ils étaient non-musulmans.

Le Dôme du Rocher est l’un des plus anciens exemples d’architecture islamique. Il a été achevé à peine 60 ans après l’année où Mahomet est censé être mort. En tant que tel, on pourrait s’attendre à ce que ses inscriptions contiennent une puissante synthèse de la théologie islamique. En fait, le Dôme est plus antichrétien qu’il n’est l’expression cohérente d’une nouvelle foi. Il a été construit sur le modèle de l’architecture chrétienne, en particulier l’église du Saint-Sépulcre, avec les dimensions de cette église. Le Dôme a été placé sur le Mont du Temple juif, en face de l’église du Saint-Sépulcre, comme une déclaration suprématiste contre le christianisme et le judaïsme.

Les inscriptions sur le Dôme du Rocher sont obsessionnellement centrées, non pas sur Mahomet, mais sur Jésus-Christ. Jésus n’est pas le fils de Dieu ; Jésus n’est rien de plus qu’un prophète ; personne ne doit mentionner le concept de la trinité : ces affirmations reviennent sans cesse dans les inscriptions du Dôme.

Le Dr Bill Warner a fait le calcul. « L’islam consacre une grande quantité d’énergie au kafir. La majorité (64%) du Coran est consacrée au Kafir, et la quasi-totalité de la Sira (81%) traite de la lutte de Mahomet avec eux. » D’autres tabulateurs ont conclu que le Coran mentionne Jésus 187 fois. Le mot « Mohamed » n’est mentionné que 4 fois dans le Coran !… Il est possible que ces mentions coraniques utilisent « Mohamed » comme un titre, « loué » ou « élu », et non comme un nom. Ces mentions de Mohamed pourraient bien faire référence à Jésus ; comparez Coran 5/75 et Coran 3/144.

Nous avons donc une religion dont l’écriture fondatrice défie les normes narratives. Cette écriture utilise des éléments provenant de deux autres religions, le judaïsme et le christianisme. Contrairement aux autres écritures mondiales, elle ne raconte pas tant d’histoires qu’elle ne fait référence à des histoires qu’elle suppose connues de son public. Cette religion est souvent plus axée sur la critique de deux religions existantes que sur la présentation d’une nouvelle éthique.

Que suggèrent ces faits sur la question de l’existence ou non de Mahomet ?

Avant de répondre à cette question, jetons un bref coup d’œil aux siècles qui ont précédé la conquête arabe du 7ème siècle. Les musulmans se vantent que le succès de cette conquête est la preuve qu’Allah était de leur côté. L’histoire suggère le contraire.

Du 2ème au 5ème siècle, les chrétiens se sont engagés dans un débat animé sur la nature du Christ, notamment lors des sept premiers conciles œcuméniques. Jésus était-il un Dieu, un homme, une combinaison des deux ? Diverses écoles ont proposé un éventail vertigineux de théories sur la véritable nature de Jésus.

Nestorius, un archevêque du 5ème siècle, soutenait que Jésus avait des natures humaine et divine distinctes. Le concile de Chalcédoine, en 451, a affirmé que Jésus était un vrai Dieu et un vrai homme, et que toute autre conception était erronée. Nestorius a été anathématisé par ses pairs. Le terme « nestorien » a fini par s’appliquer à divers groupes chrétiens qui avaient des interprétations hétérodoxes de la nature du Christ. Ces églises nestoriennes étaient situées à l’est de Constantinople, dans des endroits comme la Syrie et la Turquie actuelles, et jusqu’en Chine. Comme nous le verrons, ce débat a contribué à ouvrir la voie à l’Islam.

D’autres événements ont créé un vide de pouvoir que l’Islam allait finir par combler. En 410, les Wisigoths mettent Rome à sac. C’était la première fois que Rome tombait aux mains d’un envahisseur étranger depuis près de 800 ans. Comme l’a écrit Jérôme, « La ville qui avait pris le monde entier était elle-même prise. » « Des siècles plus tard, la ville qui, à l’apogée de sa puissance, s’était vantée d’avoir une population de plus d’un million d’habitants, était réduite à un village sans foi ni loi, en ruines, qui ne comptait pas plus de 30 000 habitants. »

Le médiéviste Michael McCormick désigne l’année 536 comme la pire année pour être en vie. « Un volcan islandais est entré en éruption. Le soleil a donné sa lumière sans éclat, comme la lune, pendant toute l’année », a écrit l’historien byzantin Procopius… « La neige est tombée cet été-là en Chine ; les récoltes ont été mauvaises ; les gens sont morts de faim », rapporte l’écrivaine scientifique Ann Gibbons.

La peste de Justinien, aux 6ème et 7ème siècles, a anéanti jusqu’à 40 % de la population de Constantinople et entre un quart et la moitié de la population de la Méditerranée. Au début du 7ème siècle, la Perse et Byzance ont mené leur dernière guerre, qui a épuisé les deux parties.

Tous ces événements ont contribué à l’épuisement total des puissances – Romains, Grecs et Perses – qui avaient dominé la Méditerranée et le Moyen-Orient pendant un millénaire. Leur épuisement a créé un vide de pouvoir et a ouvert la voie à la conquête arabe. À partir du 7ème siècle, les Arabes ont progressé sur une bonne partie du monde, de l’Espagne à l’Inde et à la Chine. Nous considérons ces Arabes comme des musulmans. L’érudition moderne remet en question cette identification.

Ce qui nous ramène à ceux qui avaient des idées hétérodoxes sur la nature de Jésus. Certains d’entre eux parlaient le syriaque, une langue araméenne apparentée à l’arabe. Il est possible qu’un ou plusieurs d’entre eux aient produit « un lectionnaire », c’est-à-dire un recueil de lectures scripturaires. Ce lectionnaire proposé contiendrait de nombreuses affirmations selon lesquelles Jésus n’était pas Dieu. Ce lectionnaire faisait référence à des récits bibliques et à d’autres documents que l’auteur savait connus de son public, sans toutefois en reprendre le texte intégral. Cette proposition de lectionnaire a été reprise plus tard par les Arabes qui cherchaient un document pour unifier et justifier leur nouvel empire.

Nous ne connaissons pas le vrai nom de Christoph Luxenberg, auteur d’un livre paru en 2000, « The Syro-Aramaic Reading of the Koran ». Luxenberg émet la théorie que le Coran a pour base un lectionnaire chrétien syriaque hérétique. Pour cette raison, « Luxenberg » est menacé de mort – d’où le pseudonyme.

L’alphabet arabe en usage au 7ème siècle était un instrument émoussé, enclin à l’ambiguïté. Luxenberg a reconnu, dans ces vieux manuscrits, que de nombreux mots pouvaient avoir des traductions différentes. En fait, selon Luxenberg, le document source du Coran a probablement été écrit en syriaque. Il croit que sa lecture syriaque rend clairs des passages du Coran actuellement peu clairs. Dans la traduction actuelle, le Coran 29/24 se lit comme si Dieu disait à Marie : « Ne sois pas triste. Ton seigneur a placé un petit fleuve sous tes pieds« . On se demande ce que cela peut bien vouloir dire. Luxenberg retraduit le verset, en tenant compte de la langue syriaque. « Ne sois pas triste. Ton Seigneur a rendu ton accouchement légitime » – la traduction de Luxenberg prend une ligne absurde et la rend complètement sensée. Marie est vierge et elle est triste parce qu’elle vient de donner naissance à un enfant sans père naturel. Dieu réconforte Marie en lui disant que lui, Dieu, a rendu son enfant légitime.

Si la source du Coran était un lectionnaire syriaque qui a été retravaillé par plusieurs éditeurs, afin de créer un fondement religieux pour le nouvel empire arabe, cela expliquerait l’incohérence du Coran. Le document source n’était pas destiné à être l’écriture fondatrice d’une nouvelle révélation. Il n’était pas non plus écrit en arabe. Il s’agissait simplement d’un lectionnaire, un document qui faisait référence aux récits bibliques et populaires de la préexistence, les commentait, mais ne les étoffait jamais complètement, ce qui est exactement ce que fait le Coran. Il ne serait pas en ordre chronologique, mais sauterait plutôt d’une histoire à l’autre, au fur et à mesure que l’auteur commentant les histoires jugeait bon de faire passer le message qu’il voulait faire passer.

La théorie de Luxenberg expliquerait l’hostilité de l’Islam envers le Judaïsme et le Christianisme. Peut-être l’auteur du document source du Coran était-il un chrétien hérétique qui avait été anathématisé et envoyé en exil pour avoir cru que Jésus n’était pas divin. Il n’est donc pas étonnant que le Coran, les inscriptions du Dôme du Rocher et d’autres documents islamiques soient remplis de dénonciations du christianisme dominant et insistent sans cesse sur le fait qu’Allah est le plus grand, qu’Allah n’a jamais eu de fils, que Jésus n’était pas divin et que la Trinité est une abomination.

Christoph Luxenberg n’est pas seul. D’autres auteurs ont étudié le même matériel et sont arrivés à des conclusions similaires, mais légèrement différentes. L’un des premiers de ces chercheurs fut John Wansbrough (1928-2002). En 1977, l’une des étudiantes de Wansbrough, Patricia Crone (1945-2015), a publié, avec son co-auteur Michael Cook, « Hagarism : The Making of the Islamic World« . Crone et Cook ont également décrit les racines du Coran dans les sources juives et chrétiennes, un matériel qui avait été édité pour servir les besoins des conquérants arabes.

En 2015, Odon Lafontaine a publié « Le Grand Secret de l’Islam : L’histoire cachée de l’islam révélée par la recherche historique » – Le livre de Lafontaine vulgarise un ouvrage beaucoup plus long et plus savant, « Le messie et son prophète – aux origines de l’Islam« , publié en 2005 par Edouard-Marie Gallez. Gallez et Lafontaine s’accordent à dire que le Coran est le témoignage d’une communauté hétérodoxe de croyants qui a accepté certains aspects du christianisme et du judaïsme tel que nous les comprenons aujourd’hui, et en a rejeté d’autres. Ils affirment que la communauté qui a produit les documents qui sont devenus le Coran a accepté la descendance d’Abraham et la Torah, mais qu’elle a rejeté le Talmud de Babylone, qui est apparu aux alentours de 500 après J.-C.. Lafontaine dit, par exemple, que le Coran 4/156-157 est une protestation explicite contre les déclarations désobligeantes que le Talmud de Babylone faisait sur Marie.

Le livre de Robert Spencer paru en 2021, « Did Muhammad Exist ? An Inquiry into Islam’s Obscure Origins » est une édition mise à jour et augmentée de son livre de 2012 portant le même titre. Spencer accomplit la tâche héroïque de présenter une vulgarisation agréable à lire de la recherche savante sur l’historicité de Mahomet. Le livre de Spencer offre toutes les récompenses d’un roman policier à suspense. Il est difficile de croire que quelqu’un puisse lire le livre de Spencer avec un esprit ouvert et continuer à croire que le Mahomet du récit islamique standard a existé. La vie de Mohamed, telle que la comprennent les musulmans pieux, n’est pas étayée par l’archéologie, la géographie, l’écologie, la numismatique ou les écrits détaillés produits par des auteurs contemporains directement touchés par la conquête arabe.

Les « hadiths », c’est-à-dire les paroles de Mahomet, et « la sira », ou biographie de Mahomet, ont été écrits longtemps après la mort présumée de Mahomet, par des hommes totalement éloignés de la géographie, de la flore, de la faune, de la langue et de la culture d’origine de Mahomet. Bukhari, un éminent collecteur de hadiths, était un Perse, et non un Arabe, né en Ouzbékistan, à près de 3 000 km de La Mecque. La collection de Bukhari des paroles de Mahomet a été produite vers 846 après J.-C., plus de 200 ans après la mort présumée de Mahomet. Bukhari a rassemblé 600 000 hadiths et n’en a accepté que 7 563 comme « authentiques ». L’évaluation de Bukhari selon laquelle certains hadiths sont « authentiques » est manifestement arbitraire. Les musulmans reconnaissent ouvertement que d’autres musulmans ont inventé des hadiths pour servir leurs propres objectifs. Si quelqu’un voulait promouvoir un comportement X, il lui suffisait d’inventer un hadith approuvant ce comportement X. Les hadiths dits « authentiques » se contredisent les uns les autres. Mahomet buvait debout / ne buvait jamais debout ; se lavait une fois / se lavait deux fois / se lavait trois fois ; Mahomet condamnait / approuvait le meurtre des femmes et des enfants. Muhammad faisait / ne faisait pas de miracles.

La première biographie que nous possédons de Mahomet a été réalisée par Ibn Hisham, qui est mort en 833, deux cents ans après Mahomet. Ibn Hisham vivait au Caire, une ville majoritairement chrétienne, à l’écart du désert de la Mecque. Comme le souligne Spencer, ces volumes de hadiths et de sira d’apparition tardive sont très fournis, rapportant les détails les plus triviaux de la vie quotidienne. Aïcha, l’épouse enfant de Mahomet, parle du lavage du sperme de ses vêtements et du fait que Mahomet allait prier avec des vêtements mouillés ; elle parle de jouer à la poupée, et aussi de jouer sur une balançoire, juste avant la consommation de son mariage. Les hadiths décrivent des instructions très détaillées sur l’utilisation des toilettes. Rien dans les études sur les cultures orales ne permet de supposer qu’il est plausible que des quantités d’informations personnelles très détaillées puissent être sauvegardées avec précision et rester inconnues du reste du monde pendant 200 ans. Les cultures orales conservent les grandes lignes de l’histoire et les faits essentiels concernant les héros. Elles ne retiennent pas des dizaines de volumes de détails comme la respiration lourde d’Aïcha, avant la consommation de son mariage.

Les Arabes ont rapidement conquis des civilisations anciennes, pleines de scribes. Si les conquérants arabes étaient enflammés par une écriture transmise directement d’un ange à un conducteur de chameau, ils auraient pu engager des scribes pour mettre ce matériel par écrit. Les conquérants arabes écrivaient des choses, des rapports de Spencer, mais leurs écrits diffèrent de l’Islam d’aujourd’hui sur des points importants. Par exemple, les inscriptions sur les pièces de monnaie pouvaient inclure le mot « Mohamed » à côté d’une croix. La simple vue d’une croix est une abomination pour les musulmans orthodoxes. Un musulman était tellement angoissé par la vue d’une croix qu’il a demandé conseil pour savoir s’il pouvait ou non utiliser le signe « plus » pour additionner des chiffres. Apparemment, l’auteur de la question n’était pas le seul, car de nombreuses autorités avaient rendu des décisions sur l’utilisation du signe « plus ». Les premiers conquérants arabes qui frappaient des pièces de monnaie avec des croix défient l’islam tel qu’il est compris aujourd’hui.

La biographie canonique de Mahomet défie même le bon sens. Elle ne mentionne aucun événement de sa vie qui se soit déroulé pendant les mois bissextils qui existaient du vivant de Mahomet, mais qui ont été supprimés par la suite après une réforme calendaire. En d’autres termes, ceux qui rédigent les biographies de Mahomet 200 ans après sa vie semblent ignorer les faits fondamentaux du calendrier que suivait Mahomet.

L’un des éléments clés de la biographie de Mahomet est son placement à La Mecque, en tant que chamelier travaillant pour les caravanes commerciales. La Mecque, insistent ces biographies, était un grand centre de commerce. Mais les auteurs anciens, issus de sociétés qui pratiquaient le commerce avec les Arabes, et qui ont beaucoup écrit sur les Arabes, ne disent pas un mot de La Mecque. Les premières mosquées ne faisaient pas face à la Mecque. Les descriptions de La Mecque dans les écrits islamiques canoniques n’ont aucun rapport avec la véritable Mecque. « Pas une seule carte avant 900 après J.-C. ne mentionne la Mecque« , écrit Dan Gibson.

Dans les hadiths « authentiques » de Bukhari, Aïcha fait référence à un feuillage qui ne pousse pas à La Mecque. Ibn Hisham décrit La Mecque comme une ville bénie par l’eau et les arbres ; en fait, c’est un désert sans eau ni arbres. Bukhari décrit Muhammad entrant à la Mecque par des cols de montagne ; il n’y a pas de cols de montagne.

Les victimes de la conquête arabe ont certainement écrit à ce sujet. Au début, ils n’ont pas écrit sur les musulmans, le Coran ou Mahomet. Ils ont bien appelé les Arabes par des noms, mais ces noms n’étaient pas « musulmans ». Ils utilisaient plutôt des noms comme « Hagariens » ou « Sarrasins ».

Spencer suggère que l’islam tel que nous le connaissons aujourd’hui a été plus ou moins codifié par Abd al-Malik, Ibn al-Zubayr et Hajjaj ibn Yusuf « pour unifier et renforcer leur empire. » Spencer souligne qu’il y a 1 400 ans, les empires avaient des religions d’État. Byzance était chrétienne, la Perse était zoroastrienne. Les envahisseurs arabes se sont soudainement retrouvés à la tête d’un empire, et ils avaient besoin d’un manifeste justificatif et d’une pratique uniforme pour unir des populations très diverses sous un toit monolithique et impérial. Ne parlez qu’en arabe lorsque vous priez ; faites face à l’Arabie lorsque vous priez : bientôt, les musulmans de la Chine à l’Espagne obéiront à ces dictats impériaux. Considérez-vous, non pas comme un citoyen de votre propre pays, mais comme un citoyen de l’Oumma, l’empire mondial de l’Islam. Les musulmans sont le Dar al-Islam, la maison de la paix. Les Kuffar sont Dar al-Harb, la maison de la guerre. L’islam est tout à fait la religion impériale dont les conquérants arabes avaient besoin.

Une « industrie de cour » a « fabriqué sans retenue des documents sur ce que Mahomet a dit et fait ». Il est clair que ces hadiths, fabriqués sans complexe, avancent des idées que l’on ne trouve pas dans le Coran, qui, au moment où les hadiths sont arrivés, avait été stabilisé. Par exemple, des hadiths ont été inventés pour sacraliser la lapidation et la « tétée » en tant que pratiques coraniques. On fait dire à Aïcha que si un homme et une femme sans lien de parenté doivent être ensemble, contrairement aux préceptes islamiques de « purdah », leur contact peut être rendu « halal », ou autorisé, si la femme allaite l’homme dix fois. Dans le hadith 1944 du Sunan Ibn Majah, on fait dire à Aïcha que la raison pour laquelle le verset sur l’allaitement n’a pas été intégré au Coran est qu’un mouton a mangé le papier sur lequel ce verset était écrit. Ce qui est beaucoup plus probable, c’est qu’une communauté islamique a eu du mal à se conformer à la réclusion des femmes et a cherché une échappatoire. L’invention d’un hadith autorisant un homme et une femme non mariés à passer du temps ensemble si la femme allaite d’abord l’homme a fourni cette échappatoire.

Le pouvoir se rend à contrecœur et non sans combat. L’Islam est un centre de pouvoir, et il confère du pouvoir aux imams, aux politiciens, aux universitaires et aux activistes. Ceux qui bénéficient du pouvoir conféré par l’islam détestent Robert Spencer avec une passion brûlante. Étant donné que Spencer offre aux musulmans une chance de reconsidérer leur engagement envers une idéologie qui manque de fondement, Robert Spencer est l’un des meilleurs amis que les musulmans aient jamais eus.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Traduction de Albert Soued  pour Dreuz.info.

 

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