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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 02:38
Saint Jérôme et la traduction de la Bible

Jérôme de Stridon (347-420) a joué un rôle historique essentiel dans la popularisation de la Bible.

Il est né en Pannonie (près de la Slovénie et de la Croatie actuelles) au sein d’une famille chrétienne aisée. Selon les usages de l’époque, il n’est pas baptisé à la naissance mais reçoit le statut de catéchumène. Il recevra le baptême à l’âge de 19 ans en réponse à un songe lui ouvrant des perspectives spirituelles motivantes.

Il poursuit ses études à Rome dès l’adolescence, où il se lie d’amitié avec Rufin d’Aquilée et Héliodore d’Altino. Il étudie la grammaire, l’astronomie et la littérature de Virgile et Cicéron. Il suit des cours de rhétorique et de philosophie. Après l’étape du baptême, Jérôme se rend à Trèves, en Rhénanie, région barbare. C’est là qu’il prend goût à la recherche théologique en recopiant le commentaire d’Hilaire de Poitiers sur les Psaumes. Attiré par la vie monastique, il prend ses distances avec sa famille et décide de consacrer sa vie à Dieu.

Avec quelques amis chrétiens, Jérôme se rend en Syrie où les attendent de graves épreuves de santé. Jérôme entend un appel intérieur à approfondir son christianisme et à délaisser les connaissances trop profanes. Passionné par la lecture de la Bible, il enseigne à Antioche, ayant pour élèves un groupe de femmes. Il étudie les écrits de Tertullien, Cyprien de Carthage et Hilaire de Poitiers. Puis Jérôme s’installe en ascète dans le désert, en s’imposant une vie simplifiée à l’extrême. En contact avec un moine juif converti, il s’initie à la langue hébraïque et noue des relations avec quelques autres érudits juifs.

Il s’intéresse à « l’évangile des Hébreux », source de l’évangile selon St Matthieu. Il commence à écrire des commentaires bibliques. Et accompagné par un maître juif, il apprend l’hébreu.

De retour à Antioche, Jérôme est ordonné prêtre en 379, puis il se rend à Constantinople pour poursuivre sa recherche sur les Ecritures saintes sous la supervision de Grégoire de Nazianze. Il est confronté aux débats entre promoteurs et adversaires de la théologie du Concile de Nicée sur la nature du Christ. Marqué par les textes d’Origène, Jérôme approfondit sa méthode d’exégèse de la Bible en comparant symboliquement les interprétations hébraïques, latines et grecques.

C’est alors que Jérôme revient à Rome pour quelques années. En lien avec le pape Damase et les dirigeants de l’Eglise, il participe au concile de Rome en 382. Il sert d’interprète en grec et latin pour faciliter les échanges et devient conseiller du pape.

Le pape le questionne sur des passages bibliques et Jérôme insiste alors sur la nécessité d’intégrer les aspects historiques des Ecritures pour comprendre le message spirituel qu’elles délivrent. A la demande du pape Damase, Jérôme révise le texte de la Bible latine, car des divergences existent entre les différentes versions de la Vetus Latina qui circulent en Occident.

Durant ces années passées à Rome, Jérôme est entouré d’un cercle de femmes cultivées issues de familles aristocratiques, comme Marcella et Paula accompagnées de leurs filles Blaesilla et Eustochium. Sa démarche est novatrice car il souhaite donner une dimension spirituelle reconnue à des femmes chrétiennes engagées. Il fait donc la promotion du statut de femme consacrée. Il écrit une lettre pédagogique vite diffusée : « Rien n’est difficile pour qui aime…Si tu es attirée par quelque objet fastueux, déplace ton centre d’intérêt vers le paradis…sois déjà ici-bas ce que tu seras là-haut ! » Cette invitation au détachement connaît un certain succès mais suscite l’opposition au sein du clergé de Rome. Jérôme critique la cupidité des évêques et des prêtres en poste et qualifie leurs mœurs de païens, ce qui ne lui crée pas que des amis.

Publié par Abbé Alain Arbez le 31 mars 2022

Jérôme de Stridon (347-420) a joué un rôle historique essentiel dans la popularisation de la Bible.

Il est né en Pannonie (près de la Slovénie et de la Croatie actuelles) au sein d’une famille chrétienne aisée. Selon les usages de l’époque, il n’est pas baptisé à la naissance mais reçoit le statut de catéchumène. Il recevra le baptême à l’âge de 19 ans en réponse à un songe lui ouvrant des perspectives spirituelles motivantes.

 

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Il poursuit ses études à Rome dès l’adolescence, où il se lie d’amitié avec Rufin d’Aquilée et Héliodore d’Altino. Il étudie la grammaire, l’astronomie et la littérature de Virgile et Cicéron. Il suit des cours de rhétorique et de philosophie. Après l’étape du baptême, Jérôme se rend à Trèves, en Rhénanie, région barbare. C’est là qu’il prend goût à la recherche théologique en recopiant le commentaire d’Hilaire de Poitiers sur les Psaumes. Attiré par la vie monastique, il prend ses distances avec sa famille et décide de consacrer sa vie à Dieu.

Avec quelques amis chrétiens, Jérôme se rend en Syrie où les attendent de graves épreuves de santé. Jérôme entend un appel intérieur à approfondir son christianisme et à délaisser les connaissances trop profanes. Passionné par la lecture de la Bible, il enseigne à Antioche, ayant pour élèves un groupe de femmes. Il étudie les écrits de Tertullien, Cyprien de Carthage et Hilaire de Poitiers. Puis Jérôme s’installe en ascète dans le désert, en s’imposant une vie simplifiée à l’extrême. En contact avec un moine juif converti, il s’initie à la langue hébraïque et noue des relations avec quelques autres érudits juifs.

Il s’intéresse à « l’évangile des Hébreux », source de l’évangile selon St Matthieu. Il commence à écrire des commentaires bibliques. Et accompagné par un maître juif, il apprend l’hébreu.

De retour à Antioche, Jérôme est ordonné prêtre en 379, puis il se rend à Constantinople pour poursuivre sa recherche sur les Ecritures saintes sous la supervision de Grégoire de Nazianze. Il est confronté aux débats entre promoteurs et adversaires de la théologie du Concile de Nicée sur la nature du Christ. Marqué par les textes d’Origène, Jérôme approfondit sa méthode d’exégèse de la Bible en comparant symboliquement les interprétations hébraïques, latines et grecques.

C’est alors que Jérôme revient à Rome pour quelques années. En lien avec le pape Damase et les dirigeants de l’Eglise, il participe au concile de Rome en 382. Il sert d’interprète en grec et latin pour faciliter les échanges et devient conseiller du pape.

Le pape le questionne sur des passages bibliques et Jérôme insiste alors sur la nécessité d’intégrer les aspects historiques des Ecritures pour comprendre le message spirituel qu’elles délivrent. A la demande du pape Damase, Jérôme révise le texte de la Bible latine, car des divergences existent entre les différentes versions de la Vetus Latina qui circulent en Occident.

Durant ces années passées à Rome, Jérôme est entouré d’un cercle de femmes cultivées issues de familles aristocratiques, comme Marcella et Paula accompagnées de leurs filles Blaesilla et Eustochium. Sa démarche est novatrice car il souhaite donner une dimension spirituelle reconnue à des femmes chrétiennes engagées. Il fait donc la promotion du statut de femme consacrée. Il écrit une lettre pédagogique vite diffusée : « Rien n’est difficile pour qui aime…Si tu es attirée par quelque objet fastueux, déplace ton centre d’intérêt vers le paradis…sois déjà ici-bas ce que tu seras là-haut ! » Cette invitation au détachement connaît un certain succès mais suscite l’opposition au sein du clergé de Rome. Jérôme critique la cupidité des évêques et des prêtres en poste et qualifie leurs mœurs de païens, ce qui ne lui crée pas que des amis.

Après la mort du pape Damase en 384, et l’opposition qui se déchaîne, Jérôme est dans l’obligation de quitter Rome. Il se dirige vers Jérusalem accompagné de son frère Paulianus et de quelques disciples, dont Paula et Eustochium prêtes à laisser derrière elles les milieux patriciens. Le groupe visite pieusement Jérusalem, Bethlehem et les lieux saints. Ils y rencontrent Rufin d’Aquilée et Mélanie qui vivent dans des monastères une vie consacrée.

En 386, Jérôme s’installe à Bethlehem où il fonde une communauté. Grâce à l’aide financière de Paula, il développe un centre d’accueil et de formation spirituelle pour les pèlerins. Paula dirige le monastère des femmes et Jérôme celui des hommes. La Bible étant placée au centre de la vie de la communauté, Jérôme offre à chaque groupe des explications détaillées sur les Ecritures. « Aime les Saintes Ecritures, et la Sagesse t’aimera ! », telle est sa devise.

C’est alors qu’à Bethlehem, Jérôme perfectionne sa connaissance de l’hébreu grâce aux enseignements du rabbin Bar Anima. A la bibliothèque de Césarée, il étudie la Bible en grec et en hébreu. Il traduit les psaumes en latin. Face à la théologie de Marcion qui réfute la validité du Premier Testament, Jérôme montre l’impasse de cette posture grâce à des commentaires bibliques de Michée, de Sophonie, d’Aggée et de Habacuc, en soulignant l’unicité du Dieu du Premier et du Nouveau Testament.

A la demande du monastère des femmes, Jérôme traduit les 39 homélies d’Origène et fait la critique d’Ambroise de Milan dont les erreurs de traduction l’incommodent. Afin de mieux rendre la tonalité exacte des passages de la Bible, Jérôme utilise l’hébreu ainsi que des traductions de rabbins. Ce qui est tout à fait nouveau puisque jusqu’à présent, le christianisme n’utilisait que la version grecque de la Septante.

Il se met à l’étude du théologien juif Philon d’Alexandrie et écrit une présentation « Sur les hommes illustres ».

Son tempérament passionné vaut à Jérôme des critiques acerbes. Ainsi, lorsqu’il dénonce le mode de vie relâché de certains moines, de solides inimitiés se font jour contre lui. Palladios, ami de jean Chrysostome, le critique sévèrement en le décrivant comme caractériel. Ce qui n’empêche pas Jérôme de poursuivre sa traduction de la Bible, tout en se distançant des interprétations d’Origène. Il fait un mea culpa révélateur de sa nouvelle approche : « Je dois me faire pardonner d’avoir dans ma jeunesse interprété allégoriquement les Saintes Ecritures alors que j’en ignorais le sens historique ».

 

Jérôme traduit les textes à partir d’un original hébreu proche de la version massorétique.

Il précise un peu plus tard son approche respectueuse du texte biblique : « L’interprétation spirituelle doit rester conforme à la vérité historique, car l’ignorance fait tomber beaucoup d’interprètes dans l’aveuglement ! »

Sa conclusion est qu’ « ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ ! »

Jérôme défend à la manière juive les différentes possibilités de traduction qui permettent d’enrichir la lecture d’un texte biblique.  C’est à cette période que Jérôme traduit la Bible en s’appuyant sur l’hébreu. Chacune de ses préfaces prend la défense de la langue hébraïque en réponse à ses détracteurs partisans de la Septante.

Ces travaux déterminants dans l’histoire de l’Eglise suscitent l’intérêt de l’évêque d’Hippone, Augustin. Augustin correspond avec Jérôme, mais en disqualifiant une traduction qui se ferait sur des bases hébraïques.

En 406, l’évêque de Toulouse lui demande son avis sur la doctrine diffusée par le prêtre Vigilance qui refuse le culte des martyrs de la foi et s’oppose au célibat consacré à Dieu. Jérôme répond que les témoins morts sont spécialement unis à Dieu et intercèdent pour les vivants. Et il réitère la valeur qu’il donne au célibat consacré comme attestation de l’attente du royaume de Dieu.

 

Lorsque les Wisigoths saccagent la ville de Rome en 410, des amis de Jérôme sont tués et il en est très affecté. Jérôme meurt en 419 à Bethlehem. Ses restes d’abord inhumés à Jérusalem sont transférés à Rome lors des invasions musulmanes en Palestine.

On retiendra du travail de Jérôme le lien inséparable qu’il établit entre le sens historique et la dimension spirituelle d’un texte biblique, sa proximité des méthodes rabbiniques montre son souci de respecter la « Veritas hebraïca » dans sa traduction. C’est au concile de Trente au 16ème siècle que la version latine de Jérôme appelée « Vulgate » est officiellement approuvée et recommandée comme authentique. L’usage de la Vulgate ne s’est généralisé qu’à partir du 9ème siècle en parallèle des copies de la Vetus Latina.

En 1454, le premier livre imprimé par Gutenberg est la Vulgate de St Jérôme (édition 14ème siècle).

Une de ses réflexions : « Le vrai temple du Christ, c’est l’âme du croyant, c’est elle qui mérite d’être comblée de présents. A quoi cela sert-il de voir des murailles rutilantes de pierres précieuses si le Christ, en la personne d’un pauvre, meurt de faim ? »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2022/03/saint-jerome-et-la-traduction-de-la-bible-2-261978.html

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 07:40
La formidable saga de la dynastie des Rothschild
Le mythe de Midas

Midas était roi de Phrygie entre 715 et 676 avant notre ère. S’étant vu accorder un vœu de la part de Dionysos, dieu de la vigne, il demanda la faculté de transformer en or tout ce qu’il touchait, pour le meilleur, et pour le pire. Ce conte mythologique de l’antiquité gréco-romaine n’est pas sans rappeler une saga moderne : la formidable histoire de la dynastie Rothschild. Ceux que l’on désigne comme « Les plus grands financiers du monde » cultivent le mythe de cette réussite insolente. Issus d’un milieu populaire, ils deviendront la famille la plus riche d’Europe. Finançant les Etats, influençant la politique mondiale, combattant les guerres de religions, soutenant l’art, les Rothschild sont devenus au fil du temps un modèle de travail, d’audace, et de perspicacité. Retour sur une famille dont l’instinct de négociation légendaire força tant l’admiration que le mépris.

 

Le destin extraordinaire d’un juif opprimé de Francfort

famille-rothschildTout commence au XVIIIème siècle dans le ghetto juif de Francfort-sur-le-Main dans l’ouest de l’Allemagne. Mayer Amschel Rothschild, né le 23 Février 1744 et père d’une famille de dix enfants (cinq garçons et cinq filles), est un juif-orthodoxe ordinaire issu d’une famille modeste. En ce temps, les juifs vivent une période difficile, l’antisémitisme se développant d’une façon inquiétante : ils ne peuvent posséder de biens immobiliers, portent un insigne jaune sur leur vêtement et payent des impôts plus que conséquents. Ils doivent même descendre du trottoir lorsqu’ils croisent un chrétien dans la rue. La plupart des métiers leur sont interdits, mais pas la banque. Ils sont en effet libres d’accorder des prêts (donc récupérer des intérêts) et d’effectuer des opérations de change. À cette époque, l’Allemagne est divisée en de nombreuses municipalités opérant avec des monnaies différentes. Les métiers de la finance présentent donc un énorme potentiel.

Mayer Amschel Rothschild est quelqu’un d’unique : c’est un surdoué des calculs et il possède un sens commercial hors norme. Ces atouts exceptionnels lui permettent de se faire connaître auprès de la famille princière austro-hongroise et notamment de construire des liens forts avec le Prince Guillaume de Hesse-Cassel. Les affaires devenant fleurissantes, ses enfants se joignent à lui : ses cinq fils (Amschel, Nathan, Salomon, James et Carl) s’occupent des clients tandis que les filles se chargent des travaux d’écritures. La philosophie Rothschild se met alors en place : (1) Payer ses factures à temps, (2) ne jamais contracter de dettes, (3) honnêteté et franchise. En 1796, Mayer Amschel Rothschild est alors l’un des juifs les plus riches de Francfort.

 

La Grande Ascension

Très vite, Mayer Amschel comprend les enjeux de l’expansion de son établissement. Nathan est le plus audacieux des cinq jeunes frères. Il est ambitieux, travailleur et désireux de monter sa propre affaire au-delà des frontières allemandes. Après s’être lancé dans le trading de textiles à Manchester, il ouvre son établissement financier, la branche londonienne de la banque de son père : NM Rothschild & Sons.

Tout s’accélère durant la période des guerres napoléoniennes. Asphyxiée économiquement par le blocus mis en place par les français, l’Angleterre n’a d’autre choix que de trouver des sources de financement pour payer son armée. Parallèlement, le prince Guillaume de Hesse-Cassel, chassé de son pays lors de la défaite de Iéna en 1806 a confié à Amschel la gestion d’une fortune estimée à 15 millions de pièces d’or. C’est une véritable opportunité commerciale pour les Rothschild qui savent tirer parti de cette position stratégique. Nathan, devenu le leader des cinq frères à la mort de son père en 1812, organise de nombreuses livraisons de marchandises et autres lingots d’or. Deux ans plus tard, le prince reprend possession de ses terres lors de la bataille des Nations à Lindenau. Il récupère l’intégralité de son trésor, intérêts compris. Le nom Rothschild devient synonyme de fidélité, de puissance et d’intégrité.

Nathan se voit alors nommé responsable du financement de l’avancée de Wellington sur le territoire français en 1814. Il bénéfice d’une aide précieuse : son frère James qui s’occupe de vendre des francs vers l’Angleterre et avec lequel il communique grâce à des pigeons voyageurs. Cet atout local accélère le refinancement du pays, se soldant par la victoire de Waterloo en 1815. Ayant eu vent de cette information bien avant les autorités, Nathan spécule sur la monnaie du vainqueur : le 20 juin 1815, il se rend à la Bourse de Londres et met en vente tous ses titres en ébruitant volontairement l’information selon laquelle Napoléon est sorti victorieux de la bataille. Pris de panique, les investisseurs suivent l’exemple de Nathan, entraînant l’effondrement des du marché des actions. Au dernier moment, le jeune stratège rachète au plus bas les titres sur le marché. Cette victoire en bourse, le « coup du siècle », assure la fortune de la famille.

Cette consécration met en avant une richesse d’un nouveau genre : l’information. Véritable précurseur de ce système de coursiers rapides, les Rothschild perçoivent bien avant les autres la valeur financière du temps.

Ainsi, le monde financier est en pleine évolution. Pour la première fois, les Rothschild mettent réellement en place un système de banque-réseau européen. Ils inventent également un nouveau concept en finance : un gouvernement peut contracter un emprunt auprès d’un organisme privé en échange d’un titre (et d’intérêts).

Mais alors que l’on pourrait penser que la famille est reconnue et respectée de tous, les Rothschild ne sont pas sollicités lors de la signature des traités de paix. Leur ascension financière attire paradoxalement les foudres de la presse. Ils sont alors victimes d’un antisémitisme généralisé. Les livres de l’époque tels que « l’Argent » où Emile Zola dénonce justement ces dérives, montrent clairement le développement d’une campagne anti-juive qui ne cessera de croître jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. Néanmoins, les Rothschild font preuve d’encore plus de détermination face à cette réalité.

En ce début de XIXème siècle, les frères ont conquis l’Europe : Nathan est à Londres, James à Paris, Amschel à Francfort, Salomon à Vienne et Carl à Naples. Ce réseau international devient la fondation de leur dynastie. En 1822, ils deviennent officiellement barons de Rothschild.

 

James, roi des juifs de France

La-famille-Rothschild_FR

 Alors que Nathan s’impose définitivement comme le leader de la famille, un autre des frères voit sa côte de popularité grimper en flèche : James.

La France représente une terre d’accueil privilégiée pour le jeune frère dans la mesure où le climat est bien plus ouvert depuis la révolution de 1789. Les juifs ont d’ailleurs les mêmes droits que les chrétiens.

James est élégant, cultivé, raffiné, et possède un goût prononcé pour l’art. Dès 1840, il devine avant les autres le potentiel des machines à vapeur et de l’exploitation minière qui y est associée. Cette intuition se révèle vite payante et confirme ses qualités d’investisseur aguerri. Cela lui vaut bientôt une belle notoriété au sein de l’hexagone à tel point que le roi Louis-Philippe fait appel à lui. Cependant, en 1848, ce dernier rend les armes. On se dit que James va quitter le pays. Et bien non. Là encore, il joue parfaitement le coup et s’attire les louanges de Napoléon III. Victime de la jaunisse, il sera le dernier frère à s’éteindre en 1868.

 

Petits enfants : sur le toit du monde

Au sein des Rothschild, une nouvelle génération est en place. Conscient de l’injustice dont leur famille est victime comme tous les juifs d’Europe, ils se mettent en quête de l’obtention du pouvoir politique afin de faire évoluer les mentalités et surtout les pratiques.

Lionel est le fils de Nathan, il a d’ailleurs repris les affaires au sein de NM Rothschild & Sons. Plus motivé que jamais à défendre ses droits et ceux de la communauté juive d’Europe, il arrive à accéder au rang de député à force de persévérance. Son plus grand fait d’arme est le renflouement du gouvernement égyptien en 1874 pour empêcher l’indexation du canal de Suez par les français. Lors de son décès d’une crise cardiaque en 1879, les Rothschild sont à l’apogée de leur puissance. Ils ne reviendront jamais à un tel niveau d’influence.

 

Affaiblissements et premières tensions

 La 1ère partie du XXème siècle est très difficile pour la famille Rothschild.

La montée du nazisme représente une menace constante et croissante. Bien qu’ils arrivent pour la plupart à quitter les pays sous occupations (plusieurs sont cependant déportés), les Rothschild n’arrivent pas à mettre en place de stratégies pour gérer les perturbations économiques de ces années.

Séparés, persécutés, pillés par les nazis, tout semble à refaire. Dans les années 50, les banques de Londres et de Paris sont sur le déclin et ne s’occupent essentiellement plus que de riches clients fidèles à la famille. Les Rothschild perdent énormément d’influence sur le continent européen.

Dans les années 70, après une vingtaine d’année sans grande activité, Jacob Rothschild l’arrière, arrière, arrière petit fils de Nathan Mayer et 4ème baron Rothschild (titre britannique), souhaite relancer la branche londonienne. Il veut ouvrir l’établissement à des investisseurs étrangers afin d’être en mesure de concurrencer les grandes banques d’affaires de l’époque.

Néanmoins Evelyn, son cousin, n’est pas d’accord. Mais surtout, il a le soutien de Victor qui n’est autre que…le père de Jacob. Cette lutte de pouvoir sans précédent divise la famille : c’est le premier grand conflit au sein de la famille Rothschild. Evelyn demeurant à la tête de NM Rothschild, Jacob part avec son portefeuille de clients et fonde Rothschild Investment Trust.

Des tensions émergent, surtout en France. Dirigé par Guy de Rothschild jusqu’en 1981, la branche française est nationalisée par le gouvernement socialiste de François Mitterrand. Cette décision fait l’effet d’une bombe pour Guy.

Rothschild_logoEn 1984, avec David, son fils, ils travaillent à la reconstruction d’une banque indépendante. Deux ans plus tard, ils sont autorisés à utiliser le nom Rothschild pour leur établissement (sous le gouvernement d’Edouard Balladur), accompagné d’un préfixe ou d’un suffixe. Grâce à un « gentleman agreement » signé avec la branche cadette Edmond de Rothschild basée à Genève (Banque privée et gestion d’actifs, appartenant à la branche française), la banque parisienne prend le nom de Rothschild & Cie. Par contrat, chaque banque peut donc s’appeler Rothschild à condition de ne pas porter le nom seul.

SMALL-BPERE-MONO-RGBCette cohabitation se passe relativement bien pendant plusieurs années puisque chacun dispose de son terrain de jeu propre : la banque parisienne est une banque d’affaires, alors que son cousin suisse (bien que Benjamin soit français) se spécialise dans la gestion de fortune.

Cependant, dans les années 2000, le projet de création d’une banque en ligne « e-Rothschild Services » par Edmond de Rothschild ne plait pas à David pour qui le nom se veut volontairement universel.

En 2003, nouvel acte de guerre. La réunification des branches françaises (Rothschild & Cie) et londonienne (NM Rothschild) permet à David d’accéder à de la gestion de fortune. Edmond de Rothschild réplique en se lançant notamment dans des opérations de haut de bilan.

 

Que nous réservent les années à venir ?

 Les Rothschild sont peut-être la seule famille dont le nom semble résister au temps. Du fondateur Mayer Amschel au sulfureux Nathaniel Philip Rothschild, 44 ans, héritier de la branche anglaise (fils de Nathaniel Charles Jacob Rothschild, 4ème baron Rothschild), ex-président du célèbre hedge fund Alticus Capital, la magie entourant cette famille demeure intacte. Enviée, jalousée, admirée, quoi qu’on en dise, la dynastie Rothschild fascine. Leur histoire est à l’image des plus grands best-sellers : rivalité familiale, coups de génie, retournements de situation, cavales, jeux de pouvoirs, guerres et fortune sont au rendez-vous. Il nous tarde simplement d’assister au prochain acte.

 

Bonus : Arbre généalogique et détails supplémentaires

Afin de bien comprendre le développement européen de la famille Rothschild, voici un arbre généalogique présentant les héritiers de Mayer Amschel Rothschild et de ses cinq fils. Seule la branche anglaise et française sont ici développées dans la mesure où les 3 autres branches de la famille (Francfort, Naples et Vienne) ont disparu.

Branche Anglaise (héritiers de Nathan) : NM Rothschild & Sons et Château Mouton

Nathan eut 7 enfants (4 fils et 3 filles). Deux des fils prirent une importance majeure au sein de la famille : Lionel Nathan de Rothschild, et Nathaniel de Rothschild :

La branche Lionel Nathan de Rothschild (1808-1879) – NM Rothschild & Sons

Banquier et homme politique britannique, il est le père de 5 fils dont Nathaniel Mayer de Rothschild (1850-1915), 1er Baron Rothschild (titre britannique – traduction de Lord, à ne pas confondre avec l’appellation générale « baron de Rothschild », titre autrichien). Ce dernier, associé au sein de la branche londonienne NM Rothschild & Sons, devint président de la filiale à la mort de son père en 1879. Le plus jeune fils de Nathan, Leopold de Rothschild (1845-1917) travaillait également au sein de NM Rothschild & Sons à Londres. Les deux fils eurent des enfants :

  • Nathaniel Mayer de Rothschild, père de Lionel Walter Rothschild, 2ème Baron Rothschild (1868-1937) et de Nathaniel Charles Rothschild (1877-1923), lui même père de Nathaniel Mayer Victor Rothschild, 3ème Baron Rothschild (1910-1990).
  • Leopold de Rothschild, père de Anthony Gustav de Rothschild (1887-1961), lui même père de Evelyn Robert Adrian de Rothschild (né en 1931), président de NM Rothschild & Sons, dont la fortune est estimée à 20 milliards de dollars.

La branche Nathaniel de Rothschild (1812-1870) – Château Mouton

Businessman et banquier, il est surtout le fondateur du célèbre domaine viticole Château Mouton Rothschild (Premier Grand Cru classé Pauillac depuis 1973).

Sans titre

Branche Française (héritiers de James) : Rothschild & Cie et Edmond de Rothschild

James est le père de 5 enfants (4 fils et 1 fille). Son fils Salomon James de Rothschild n’ayant une qu’une seule fille, nous allons nous concentrer sur ses 3 autres fils.

 

La branche Mayer Alphonse de Rothschild (1827-1905) – Rothschild & Cie

Le baron Mayer Alphonse de Rothschild est le fils ainé de James. Banquier et collectionneur français, il eut quatre enfants. Le cadet Edouard Alphonse James de Rothschild (1868-1949) lui succéda à la direction de Rothschild Frères, et comme régent de la Banque de France. Il hérita d’une partie du vignoble Château Lafite Rothschild (premier grand cru) appartenant autrefois à son grand-père James. Edouard est le père du baron Guy Edouard Alphonse Paul de Rothschild (1909-2007), associé gérant de la banque Rothschild Frères, renommée Banque Rothschild en 1967 puis Compagnie européenne de Banque lors de sa nationalisation en 1982 (revendue à la Barclays en 1991). Il est le fondateur de la banque indépendante Rothschild & Cie avec son fils David René James de Rothschild (né en 1942). Ce dernier, diplômé de Science-po Paris en 1966, est l’actuel dirigeant du groupe Rothschild (réunification des banques Rothschild & Cie et NM Rothschild & Sons en 2003). Ils furent rejoints par le demi-frère de David, Edouard Etienne Alphonse de Rothschild, qui dirigea le conseil de surveillance de Rothschild jusqu’en 2005.

La branche Gustave Samuel James de Rothschild (1829-1911) – les collectionneurs

Deuxième fils du baron James, Gustave fut un célèbre collectionneur d’art possédant de nombreux hôtels et châteaux. Père de 6 enfants, son fils cadet Robert Philippe Gustave de Rothschild (1880-1946) était notamment le propriétaire de l’hôtel de Marigny et du château de Laversine.

La branche Edmond James de Rothschild (1845-1934) – Edmond de Rothschild

Cadet du baron James de Rothschild, Edmond fut l’un des plus grands collectionneurs de son époque. Il finança de nombreuses campagnes d’exploration avec son frère Gustave. Son deuxième fils Maurice Edmond Charles de Rothschild (1881-1957) lui aussi un grand mécène, hérita de la fortune de la branche de Naples et déménagea en Suisse pour y développer les activités familiales. Il devint alors un « self-made » milliardaire grâce à des investissements bien pensés. Son fils Edmond Adolphe Maurice Jules Jacques de Rothschild (1926-1997) fut un banquier franco-suisse. Fort d’un trésor exceptionnel légué par ses ancêtres, il était à la tête de deux établissements bancaires spécialisés dans la gestion de patrimoine et la gestion d’actifs réunis sous le nom de « Groupe Edmond de Rothschild » depuis 2010 : La Compagnie Financière Edmond de Rothschild basée à Paris qu’il créa en 1953, et la Banque privée Edmond de Rothschild basée à Genève. Son fils unique Benjamin Edmond Maurice Adolphe Henri Isaac de Rothschild (né en 1963) est la 21ème fortune de France en 2015 selon le magazine Challenges (3,5 milliards d’euros).

 

Edouard Lancksweirt, étudiant à l’ESCP Europe et contributeur du blog AlumnEye

Sources :

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 05:49
La croyance médiévale en la Terre plate, une invention de la modernité ?

Nous croyons habituellement que les hommes du Moyen Âge ignoraient la sphéricité de la Terre. Dans La Terre plate. Généalogie d’une idée fausse (Belles lettres, 2021), les historiennes Violaine Giacomotto-Charra et Sylvie Nony rétablissent une vérité historique – le Moyen Âge avait parfaitement conscience que la Terre n’était pas plate – et dénoncent un storytelling moderne destiné à rabaisser une époque dominée par l’institution religieuse.

D’après une étude réalisée en 2017 par Conspiracy Watch et l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès, environ 10 % des personnes interrogées (9 % en France, 16 % aux États-Unis) pensent « qu’il est possible que la Terre soit plate ». Si la croyance contemporaine en la Terre plate – dans le sillage de la Flat Earth Society fondée en 1956 – peut amuser, elle est aussi le marqueur d’une fascination renouvelée pour les théories du complot. Parfois, l’obstination des « platistes » peut tourner au drame. Ce fut le cas lorsque Mike Hugues, membre de la communauté surnommé « Mad Mike » cherchant à prouver la validité de sa théorie, mourut dans le crash d’une des ses fusées artisanales

Nous sommes souvent tentés, lorsque nous nous penchons sur les théories platistes, de tourner notre regard vers le Moyen Âge, souvent considérée comme cette « obscure période de 1000 ans » qui a dû attendre la découverte des Amériques par Christophe Colomb et les révolutions coperniciennes puis galiléennes pour abandonner cette croyance. D’ailleurs, n’avons-nous pas appris à l’école que les hommes du Moyen Âge avaient oublié l’enseignement des Grecs et qu’ils réfutaient la sphéricité de la Terre puisqu’on ne pouvait pas marcher la tête en bas ? Ou encore parce les navigateurs qui atteignaient le bout du monde tombaient dans un gouffre sans fin ? 

« Manipulation de l’histoire des sciences »

 

Pour Violaine Giacomotto-Charra et Sylvie Nony, auteures de La Terre plate. Généalogie d’une idée fausse (Belles lettres, 2021), le mythe de la Terre plate en cache un autre, beaucoup moins discuté et pourtant tout aussi puissant : le mythe de la croyance médiévale en la Terre plate. En effet, contrairement à ce que beaucoup d’entre nous croient, du fait d’un enseignement scolaire daté et d’une recherche parfois paresseuse, les hommes du Moyen Âge, hormis de manière très marginale, savaient parfaitement que la Terre était sphérique : « Or non seulement l’idée que le Moyen Âge croyait que la Terre était plate est historiquement fausse, mais elle relève d’une manipulation de l’histoire des sciences, et surtout des consciences, et participe d’une vision pauvrement linéaire et téléologique du développement des civilisations, issue du positivisme et de l’idée de progrès défendue depuis le XVIIIe et surtout le XIXe siècle. »

« C’est principalement au XIXe siècle que s’est répandue et fortement enracinée l’idée d’une croyance des hommes du Moyen Âge en une Terre plate »
Violaine Giacomotto-Charra et Sylvie Nony, historiennes
 

La croyance médiévale en la Terre plate ne reflèterait donc en rien la réalité scientifique de cette période, mais serait une construction pure et simple de la modernité philosophique dans le but d’asseoir sa domination intellectuelle. « C’est principalement au XIXe siècle que s’est répandue et fortement enracinée l’idée d’une croyance des hommes du Moyen Âge en une Terre plate. La légende, cependant, est plus ancienne et apparaît timidement au XVIIe et surtout au XVIIIe siècle, en particulier avec Voltaire », soulignent les auteures.

 
 
Statue de Voltaire par Jean-Antoine Houdon (France, Paris, 1741-1828) / Musée d’Art du comté de Los Angeles

 

Voltaire, dans son combat contre l’obscurantisme religieux, a souhaité démontrer que le christianisme, et notamment les Pères de l’Église, avait imposé au monde la croyance en la Terre plate pendant un millénaire, croyance qui fut seulement vaincue par deux figures héroïques, à savoir celle du scientifique éclairant les lois de la nature par la raison et celle de l’intrépide navigateur bravant les interdits de l’institution religieuse.

Penseurs marginaux

 

Une des méthodes souvent utilisée par ceux qui veulent dénigrer le Moyen Âge et la réalité scientifique de cette époque consiste à mettre en avant des penseurs marginaux qui remettaient réellement en question la sphéricité de la Terre et à leur donner le statut d’autorité spirituelle et scientifique. 

C’est le cas notamment de Lactance, un rhéteur du IIIe et IVe siècle qui obtiendra tardivement le titre de Père de l’Église en 1770. Dans Les Institutions divines, Lactance exprime explicitement son hostilité à l’égard des antipodes et de la sphéricité de la Terre.  « Mais Lactance n’est ni un philosophe, ni un savant, et il n’a pas de légitimité à enseigner la cosmologie. De fait, sa prise de position contre les antipodes – dont l’argumentation est tout à fait inepte même pour l’époque – est restée isolée au sein de l’Église romaine », précisent Violaine Giacomotto-Charra et Sylvie Nony. 

Encore plus emblématique de cet amalgame malhonnête est la figure de Cosmas Indicopleustès, un chrétien nestorien du VIe siècle, auteur d’une Topographie chrétienne défendant l’idée d’une Terre plate. Voltaire, encore lui, mais aussi les Américains Irving, Draper, et Dickson White (déjà dénoncés par le médiéviste Jeffrey Burton Russell dans Inventing the Flat Earth publié en 1991) donnent à Cosmas une importance considérable qu’il n’a jamais eue historiquement, du fait notamment qu’il était partisan du nestorianisme, doctrine reconnue comme hérétique et condamnée par le concile d’Éphèse en 431. « Cosmas ne fait pas partie des Pères de l’Église, il n’a été ni traduit en latin (il était donc illisible durant tout le Moyen Âge), ni approuvé, encore moins promu, par les autorités, tant religieuses que politiques. Son œuvre n’a eu aucun retentissement sur le savoir médiéval.  » 

Contrairement à ce que défendaient certains philosophes des Lumières, le christianisme médiéval n’avait pas oublié les textes des physiciens et des astronomes de l’Antiquité, qui postulaient dès le IIIe siècle avant J.C. (pour Ératsosthène) ou le IIe siècle (pour Ptolémée) la sphéricité de la Terre. 

De même, les représentations des penseurs présocratiques (qui eux pensaient pour la plupart que la Terre était plate) n’étaient pas connues du haut Moyen Âge. En réalité, des pères de l’Église beaucoup plus éminents que Lactance, comme Saint-Augustin, avaient une bonne connaissance des théories païennes. « Augustin n’a donc jamais réfuté l’idée de la sphéricité et il écrit ailleurs, à propos de la vertu divine, qu’elle est « la cause de la rondeur de la Terre et du Soleil ».  »

 
 

Dans la proposition « Au Moyen Âge, on croyait que la Terre était plate », on ne précise jamais qui est le « on "

Les auteurs soulignent également que dans la proposition « Au Moyen Âge, on croyait que la Terre était plate », on ne précise jamais qui est le « on ». S’agit-il de l’autorité religieuse, de l’état du savoir scientifique, de la croyance populaire ? Or, « on ne peut considérer comme témoin valable du savoir la population de ceux qui ne savent pas, d’autant que l’on n’a guère de renseignements sur ce qu’un paysan de l’Aveyron ou un artisan corrézien savait ou croyait. Si certainement la grande majorité de la population, analphabète et illettrée, ne se demandait probablement pas si la Terre était sphérique ou plate, on a en revanche des données plus fiables sur le milieu des lettrés et, à partir de l’apparition des universités, sur le contenu officiel des enseignements. Or parmi les lettrés et leur entourage, il ne fait pas de doute que la sphéricité était non seulement connue, mais n’était pas discutée ». 

 

Persistance du savoir scientifique païen

 

Si l’on se penche sur les enseignements d’Isidore de Séville (560–636), évêque éponyme, « dernier des Pères de l’Église latine » et fondateur de l’encyclopédisme médiéval, on remarque la persistance  du savoir scientifique païen (en particulier la cosmographie aristotélicienne et néoplatonicienne) et sa description de la Terre comme « globe terrestre » est explicite.

 

Isidore de Séville par Bartolomé Esteban Murillo (XVIIe siècle)
 
 

De même, en ce qui concerne la diffusion du savoir dans les milieux universitaires, on peut évoquer la figure de Jean de Sacrobosco, scientifique et moine anglais du XIIe siècle formé à Oxford avant devenir professeur de mathématiques à Paris. Son Tractatus de Sphaera, manuel de synthèse de l’astronomie greco-arabe conquis  un large public. « Son succès est attesté par le grand nombre d’exemplaires manuscrits survivants […] par le fait […] qu’il fut dès le milieu du XIIIe siècle utilisé par l’Université de Paris puis par toutes les grandes universités européennes », soulignent Violaine Giacomotto-Charra et Sylvie Nony. 

 
Il n’y avait pas d’opposition radicale entre la croyance religieuse et l’avancement de la science, bien plutôt des tentatives de réconciliation
 

Enfin, le cardinal Pierre d’Ailly (1351–1420), qui connaissait bien les travaux de Ptolémée, a produit vers 1410 un Imago Mundi et un Compendium cosmopgraphiae qui circulèrent dans les milieux lettrés. Ces différents exemples prouvent que la sphéricité de la Terre était parfaitement admise au Moyen Âge et qu’il n’y avait pas d’opposition radicale entre la croyance religieuse et l’avancement de la science, bien plutôt des tentatives de réconciliation.

Les auteures montrent en revanche que c’est plus tard que les tensions entre science et religion s’exacerbent : « C’est d’ailleurs dans l’Europe moderne, et pas dans celle du Moyen Âge, que l’on brûle « sorciers » et surtout « sorcières ». Ce n’est pas une Église de type médiéval qui a condamné Galilée et les thèses coperniciennes, mais précisément l’Église du début du XVIIe siècle, celle de l’âge de Descartes, utilisant une nouvelle vision littéraliste des Écritures.  »

S’il y a donc eu une période « obscurantiste » de l’Église romaine, elle ne coïncide pas avec le Moyen Âge mais avec un moment paradoxal de la modernité. La croyance en la Terre plate n’est donc pas un phénomène « moyenâgeux », et peut-être pas d’ailleurs un phénomène du tout. Si les présocratiques postulaient que la Terre était plate, nous savons depuis Aristote et Platon que la Terre est une sphère. Cet héritage a bien été transmis au Moyen Âge et, hormis quelques figures marginales, le monde chrétien n’en a jamais vraiment douté. Le mythe de la Terre plate en cache donc bien un autre : celui de la croyance médiévale en la Terre plate.

 
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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 03:41
Honte à Stora, qui confond envahisseurs islamistes et cavaliers arabes

Mandaté pour rédiger, pour Macron, un rapport sur l’épine algérienne plantée dans le pied de la France (épine appelée pudiquement la « question algérienne »), voici ce que ledit historien Benjamin Stora écrit sur la reine guerrière berbère Dihya, la Jeanne d’Arc des Kabyles, surnommée « Al Kahina », une icône vivante pour tous les peuples berbères :
« Les Berbères, qui ont été islamisés à partir du VIIe siècle, se souviennent qu’ils ont jadis appartenu, pour beaucoup, à des communautés juives ou à des tribus berbères judaïsées, d’où est issue la Kahina, la célèbre reine des Aurès qui entreprit un combat contre les cavaliers arabes. »

Cette affirmation a dû irriter beaucoup de monde, dont Gisèle Halimi qui a consacré un livre à l’héroïne berbère à qui elle vouait une admiration toute particulière. Mais Gisèle ne va pas se retourner dans sa tombe. Certes, se retourner dans sa tombe est une astuce qu’on recommande aux morts pour leur permettre d’exprimer leur indignation vis-à-vis d’un événement qui se serait produit après leur disparition, mais Gisèle ne va pas se contenter de faire une demi-galipette dans sa tombe. Elle va se lever et aller administrer une bonne torgnole à ce Benjamin de l’histoire.

Dénigrer celle qui, 14 siècles après sa mort, est toujours considérée comme un exemple de bravoure, de résistance, de loyauté et de patriotisme est, pour Gisèle comme pour tous les Berbères et tous ceux qui souffrent de l’oppression islamique, un affront insupportable.
La reine Dihya, que ses ennemis, les envahisseurs musulmans, ont surnommée Al Kahina (étym. de Cohen, prêtre du dieu d’Israël, ici la voyante juive), a mené une guerre implacable contre les armées islamiques qui ont envahi l’Afrique du nord au VIIe siècle.

Elle a été magnifiée par tous les historiens de tous les âges. Mais ne voilà-t-il pas que le petit benjamin de la story la présente, sans vergogne, sous les traits d’une brigande des grands chemins !
Méchante « Kahina » ! S’attaquer à des cavaliers arabes, paisibles comme tout, qui faisaient juste une randonnée équestre dans la région, c’est inadmissible.

Les pacifiques « cavaliers » arabes ne lui avaient rien fait. C’est elle qui « entreprit » un combat contre eux, écrit le benjamin chéri de l’Élysée. Elle leur est tombée dessus sans crier gare.
Mais pourquoi ledit historien Benjamin falsifie-t-il l’Histoire ?
Ce n’était pas de paisibles « cavaliers arabes » qui se retrouvaient sur le chemin de la reine Al Kahina, mais une armée islamique sanguinaire qui a dévasté l’Afrique du Nord à partir de 642, tuant, pillant, incendiant et détruisant tout sur son passage. Elle était arrivée, en l’an de disgrâce 681, sur les rivages de l’Atlantique où son commandant Oqba aurait, dit-on, avancé son cheval dans les flots de l’océan et pris Dieu à témoin qu’« il n’y avait plus d’ennemis de la religion à combattre ou d’infidèles à tuer ».
Il sera tué sur son chemin de retour par Al Kahina.

Mais les Berbères ne vont pas pouvoir résister longtemps devant les hordes islamiques qui arrivaient de plus en plus nombreuses en renfort aux paisibles cavaliers du petit Benjamin.
L’existence d’Al Kahina – et la résistance qu’elle a opposée aux armées de l’invasion islamique  – doit déranger le Benjamin qui se considère comme un historien spécialiste de l’Algérie et du Maghreb.
Il veut la gommer de l’histoire de l’Algérie en même temps qu’il s’agite pour insérer l’émir Abdelkader dans l’espace français, dans la rue comme à l’école. Il préconise de lui ériger une stèle. Comme on érigerait une stèle en hommage à Yasser Arafat à Tel Aviv ou, inversement, une stèle en hommage à Yitzhak Shamir.

Al Kahina est ancrée dans l’imaginaire collectif berbère (le prénom d’Al Kahina est répandu autant en Algérie qu’en France et ailleurs), alors que l’émir Abdelkader n’apparaît que dans le discours officiel.
Elle est avec le chef kabyle Koceila, tuée lors de combats avec les envahisseurs musulmans et à qui elle a succédé à la tête des troupes berbères, les deux seules personnes, à travers toute l’histoire du monde, à s’être opposées à l’islam et à l’islamisation de leur pays et à avoir donné leur vie pour préserver l’intégrité de leur peuple.

Le benjamin semble bien redouter que Gisèle ne sorte de sa tombe et ne vienne lui administrer ce qu’il mérite. Il propose donc de l’enfermer au Panthéon d’où elle ne pourrait pas sortir. Benjamin sait que le Panthéon, c’est comme la Bastille dans le temps. On y entre mais on n’en sort jamais. Le benjamin serait donc en sécurité si Gisèle y entrait.
La panthéonisation de Gisèle est l’une des « préconisations » qu’il avance dans son rapport pour soulager la France de l’épine algérienne.

Mais le benjamin doit savoir que Gisèle n’est pas la seule à être indignée par ce qu’il a écrit.
Beaucoup d’historiens doivent l’être aussi. Et pas seulement des historiens.
Le grammairien Maurice Grevisse doit souffrir de ce rapport plus que personne d’autre. De sa vie, il n’a jamais vu autant de fautes de grammaire chez un historien ou même chez un écolier.
Le rapport de la Stora est en effet un magma de fautes. De grammaire, d’orthographe, de syntaxe, de ponctuation, bref, de tout ce que doit comporter un texte destiné au président de la République : plus de 200 fautes…

Le rapport que tu as rédigé est un torchon, Benjamin.
Honte à toi.

Messin’Issa

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 01:37
Genève, sa christianisation, du premier siècle à l’an mille
Les premières traces humaines sur le site de Genève remontent à 5000 ans. Sur les rives du Léman se dressaient des villages lacustres sur pilotis. Les vestiges archéologiques montrent que la colline de la Vieille Ville a commencé à être  habitée autour de 1000 av. JC.  Vers 500 avant notre ère, des Allobroges (Celtes) s’y installent dans une fortification. Mais en 121 av. JC, les Romains soumettent la région, assimilée à la Gaule Transalpine.

Genève (Genua, le genou, rappelant le tracé du Rhône) devient célèbre lorsqu’en 58 av. JC, Jules César en personne, (cf De Bello Gallico) vient dans la cité pour couper la route aux Helvètes en plein soulèvement, raison pour laquelle il détruit le pont sur la rade et installe ses troupes dans un oppidum. C’est ce qui va faire de Genève une ville romaine. Genève détient par la suite une position unique entre la Gaule, l’Italie et la Germanie, située au carrefour de deux voies romaines majeures : l’une venant de Rome par Milan, l’autre venant de Vienne et se dirigeant vers la Séquanie. Nyon, toute proche, devient aussi une ville romaine.

Après un incendie général au milieu du premier siècle, Genève est reconstruite avec des matériaux durables et dans un style citadin, entourée d’une muraille fortifiée. Au sommet de la colline se dresse le Temple d’Apollon, dans les rues Basses se trouvent les foires et marchés, et à Plainpalais s’élève une arène pour les jeux.

Premier contact chrétien :

C’est en 57 que, selon la tradition, Nazaire, disciple de Lin, arrive à Genève. Invité dans un petit cercle de requérants spirituels, il y pose les bases de la foi judéo-chrétienne. Un jeune homme nommé Celse se convertit, citoyen de Genève évoqué plus tard par St François de Sales. Etant donné les allées et venues de nombreux voyageurs du sud vers le nord, le christianisme peut donc commencer à germer au bord du Léman dès le milieu du 1er siècle. Les historiens Blavignac et Blanchet rapportent même que, selon des traditions et certains monuments, l’apôtre Pierre en personne serait venu à Genève, passant par Aoste, pour dispenser des enseignements bibliques.

L’évangélisation se propage par relations, sans publicité. Un prêtre nommé Peregrinus envoyé aux Gaulois par le pape Sixte I vient à Genève où il célèbre le baptême de plusieurs habitants de la cité touchés par l’évangile du Christ. Une conversion retentissante est celle du prêtre d’Apollon qui demande le baptême et reçoit par la suite l’imposition des mains pour devenir prêtre chrétien dans la jeune communauté. Il meurt considéré comme un saint, après une vie de dévouement aux pauvres et à la cause de l’évangile. Deux noms de témoins majeurs de la petite Eglise naissante apparaissent : Hygin et Telesphore.

Le premier évêque résidant à Genève serait vraisemblablement le romain Dominius, à l’époque où l’empereur Constance accède au pouvoir à la suite de Dioclétien. L’évêque Dominius parvient à persuader le nouvel empereur de Rome de renoncer aux persécutions antichrétiennes. Après Dominius, ce sera un moine de Grande Bretagne, Eleutherius, que choisit le pape Sylvestre pour la fonction épiscopale à Genève. C’est à cette époque, le 4ème siècle, que l’empereur Constantin accorde au christianisme un statut reconnu, sans pour autant interdire les anciens cultes païens.

Les successeurs d’Eleutherius à la tête de l’Eglise genevoise sont Nicéphore, qui combat l’arianisme. Puis Hormisdas, confronté au retour des persécutions antichrétiennes sous Julien l’Apostat. Ensuite, Diogène, qui participe au concile d’Aquilée où est condamné collégialement l’arianisme. Isaac, dont le témoignage personnel permet à Eucher, évêque de Lyon, de populariser le martyre de la légion thébéenne de St Maurice.

Fin 4ème siècle, c’est le Strasbourgeois Théophile qui reprend les rênes de l’Eglise de Genève et en plaide la cause au concile de Turin, afin de lui fournir des aides substantielles et des secours significatifs.

Les Burgondes

Alors que les Romains avaient été maîtres du Léman durant cinq siècles, voici que commence l’ère des Burgondes puis des Francs.

Les Burgondes, Germains venus du Rhin, renversent le pouvoir romain. Gundioch est reçu à Genève comme un libérateur, tant les populations lémaniques ont souffert sous le poids exorbitant des impôts romains. Gundioch fonde le royaume de Burgondie, territoire sur lequel se situe Genève. Son fils Gondebaud choisit donc Genève comme capitale.

Les flux d’invasions barbares se succèdent. Les peuples devenus chrétiens se tournent vers les évêques pour leur demander protection et intervention. Leur médiation auréolée d’une reconnaissance spirituelle par les envahisseurs aboutit souvent à la suspension des pillages et des destructions. Les chefs temporels locaux, admirateurs du courage des évêques, les dénomment volontiers « defensores civitatum ».

Au 5ème siècle, Salonius, fils d’Eucher, évêque de Lyon, devient évêque de Genève. C’est à cette période que le pape Léon 1er met sous la responsabilité de l’archevêque de Vienne les Eglises de Grenoble, Valence, Tarentaise, et Genève. Salonius participe au premier concile d’Orange en 441, et à celui d’Arles en 450.

Son successeur est Théolaste, qui connaît l’époque troublée où l’hérésie arienne commence à pénétrer l’Eglise de Genève et à semer la division. Des conflits familiaux sanglants dans la dynastie burgonde brouillent les cartes du pouvoir et assombrissent brutalement les perspectives.  C’est alors qu’intervient le rôle de la princesse burgonde Clotilde résidant à Genève : sa main est demandée par Clovis, qui a entendu louer sa beauté et ses qualités humaines. Clovis n’est pas chrétien, mais la foi lumineuse de sa fiancée le bouleverse. L’intérêt politique de Clovis eût été de choisir plutôt le camp de l’arianisme, de plus en plus répandu  en Europe et plus favorable à des alliances politiciennes. Mais Clotilde est convaincante par sa sincérité et Clovis choisit la foi catholique pour recevoir le baptême du Christ.  

C’est ainsi que la princesse genevoise a contribué à ce que son époux le roi des Francs devienne un membre de l’Eglise catholique et s’éloigne du mouvement arien dissident.

En 502, la sœur de Clotilde fonde une église sur l’emplacement de l’ancien temple d’Apollon, sur la colline dominant Genève. Domitien, évêque, la consacre sous le vocable de basilique de St Victor.

Les successeurs de Domitien sont Maxime, Pappulus, Grégoire et Nicetius.

En l’an 563, l’éboulement d’une montagne en Valais provoque un terrible raz de marée qui en suivant le cours du Rhône traverse le lac Léman, et provoque une crue catastrophique sur les rives. Dans la cité de Genève, il y a de nombreuses victimes et beaucoup de dégâts matériels. A l’évêque Salonius succède Cariatto, qui exerce une influence bénéfique sur le roi Gontram, aux mœurs barbares. Ouvert à ses conseils, celui-ci accepte de réformer son attitude et se fait finalement le protecteur des pauvres et des marginaux de Genève.

Les Etats de Gontram passent à son neveu Childebert. Les évêques suivants sont Rusticus et Patrice. Rusticus participe au concile de Londres.

Ensuite vient Apellinus. C’est alors qu’arrive dans la région le célèbre Colomban, moine irlandais prêchant la pénitence dans toute l’Helvétie. Il tient un langage exigeant, dénonçant ceux qui par leur inconscience ressemblent – selon son expression – à une effigie d’or à l’extérieur mais ne sont que boue à l’intérieur. Contesté pour la radicalité de ses propos, Colomban reçoit au concile de Macon le soutien d’Apellinus, évêque de Genève.

Puis vient Pappolus II, qui meurt durant son voyage à Rome, aussitôt suivi de Robert 1er, puis d’Adrianus, d’Eposaldus et d’Albo.

Hupportunus prend ses fonctions sur le siège épiscopal de Genève avec la confiance de Charles Martel. Il convoque un concile à Genève en 726, auquel prennent part les Eglises de Vaud et Neuchâtel. 116 évêques et 140 abbés de monastères sont présents. L’Eglise est en plein développement et elle s’organise.

En 773, Charlemagne, ami des arts et de la connaissance, convoque un synode à Genève. Gilabertus est évêque de Genève et devient un conseiller écouté. Charlemagne est couronné empereur des Romains en l’an 800.

Puis viennent les évêques Walternus et Astaldus. Et c’est le tour d’Angesige, citoyen de Genève, qui est élu au siège épiscopal. Après lui, Optandus, est unanimement investi par le peuple et par le clergé. Ses opposants sont évincés par le pape Jean VIII qui lui donne sa confiance et confirme son élection. Puis on trouve Apradus, et Franco.

Après les divisions entre carolingiens, Rodolphe 1er reconstitue le royaume de Burgondie. Mais il est attaqué par Arnolphe, roi de Germanie, qui envahit le pays de Vaud. Pour arrêter l’effusion de sang, deux évêques se proposent en médiateurs : Guillaume, évêque de Bâle, et Anselme, évêque de Genève.  A la mort de ce dernier, les Genevois proposent un diacre nommé Adelgandus pour lui succéder. C’est à cette période que les comtes amplifient leur pouvoir, en particulier le comte de Genève. Opportunistes, ils parviennent peu à peu à placer des membres de leur famille sur le siège épiscopal, tels que Aymon, Gérold et Hughes II.

Attaque des Sarrasins à Genève

Hughes assiste à l’investiture d’Odilon, abbé de Cluny, dont l’influence va être grandissante. Il prend part au concile de Rome. Au début du 11ème siècle, les Sarrasins qui écument déjà les cités de la bordure méditerranéenne viennent par vagues attaquer les villes de la région alpine. Toutes les vallées sont écumées. L’abbaye de St Maurice n’échappe pas à leurs assauts. A Genève, les Arabes pillent l’église St Victor sur la colline de la ville et l’incendient. Après cette profanation des saintes reliques et la prise de butin, Odilon en personne, abbé de Cluny, vient à Genève pour réhabiliter le prieuré désormais érigé en abbaye.

Hughes s’emploie à relever l’église de St Pierre en Valais détruite par les Sarrasins. Il le fait sans doute parce que cette église valaisanne est dédiée au même saint patron que St Pierre de Genève, la cathédrale.

A cette même époque, toute l’Europe se couvre de monuments magnifiques, églises, monastères, cathédrales, prieurés, chapelles, la créativité artistique se déploie jusque dans les moindres villages. Les monastères défrichent, mettent en valeur et alphabétisent.

Les successeurs d’Hughes sont Conrad, Aldangandus II, Bernard II, Frédéric. Frédéric appartient à la famille des comtes de Genève. Il est un proche du pape Léon IX, qu’il accompagne à l’abbaye de St Maurice en Valais puis à Besançon lors de la consécration de l’autel de St Etienne.

Les archives de Genève possèdent une Bible du dixième siècle, à la fin de laquelle il est mentionné : Fredericus episcopus genuensis. (Ce qui entre parenthèses contredit la thèse de Luther qui prétendait qu’on ne connaissait rien de la Bible en milieu catholique, alors que cet évêque genevois en possède une et la fait lire à son clergé).

Son successeur est Borsadus. Sous son épiscopat, Henri IV, roi de Germanie fait une halte à Genève, au cours de sa célèbre visite à Canossa pour demander au pape son pardon.

L’Eglise de Genève va devoir – par ses évêques – suppléer au rôle des politiques : il s’agira de protéger la population des abus princiers et de résister aux insatiables appétits de pouvoir des comtes de la région et des ducs de la province voisine, la Sapaudie (ou Savoie, pays des sapins).

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/10/geneve-sa-christianisation-du-premier-siecle-a-lan-mille-4-254174.html

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12 avril 2022 2 12 /04 /avril /2022 23:20
22 juillet 1456 : l’armée chrétienne met fin au siège de Belgrade par l’armée ottomane du sultan Mehmet II
Auréolé de gloire, après avoir conquis Constantinople en 1453, ce qui provoqua la chute de l’Empire byzantin, le sultan Mehmet II le Conquérant décida de profiter de sa victoire et de la puissance de son armée afin de réaliser son rêve d’étendre son empire à toute l’Europe. (Rêve repris avec ferveur islamique par le « sultan » actuel d’Ankara).

La prise de la forteresse de Belgrade représentait la porte d’entrée du Sultan Mehmet II en Europe. Aujourd’hui, l’adhésion de la Turquie islamiste d’Erdogan à l’UE signifierait l’invasion pacifique de l’UE par les descendants des Ottomans avant sa soumission à l’islam par la force. La Turquie dans l’Europe en ferait un dangereux « cheval de Troie islamique ». Les siècles se succèdent, mais la nature belliqueuse de l’islam conquérant et sa haine viscérale de l’Occident chrétien demeurent bien vivaces.

Au printemps 1456, à la tête d’une armée d’environ cent mille hommes, lourdement armés, le sultan s’élança à la conquête de la ville fortifiée de Belgrade, porte d’entrée de l’Europe occidentale.

Conscients des destructions, des morts, des atrocités, des horreurs que cette puissante armée ottomane en marche allait semer sur son sillage – le souvenir du sac de Constantinople étant encore très vivace dans les esprits – une grande panique s’empara des habitants de la région du Danube.

Seul János (Jean) Hunyadi, le voïvode de Transylvanie, et à ce titre vassal du roi de Hongrie Vladislas Iᵉʳ ou Ladislas V Jagellon, décida de résister aux Ottomans. János Hunyadi était depuis longtemps une épine dans le pied des Turcs.

Tandis que le pleutre roi de Hongrie s’enfuyait à Vienne sous prétexte de partir à la chasse, János Hunyadi lui ne prit pas la fuite, mais se précipita vers la frontière orientale, pas très éloignée de l’armée turque. Il équipa immédiatement à ses frais une armée de 6.000 combattants chevronnés afin de protéger la forteresse. Il implora l’aide de la haute noblesse, mais rares furent les nobles suffisamment courageux pour répondre à son appel désespéré.

(L’attitude des Grands de l’époque face au danger islamique n’est pas sans rappeler celle de nos chers dirigeants islamophiles d’aujourd’hui. Ils ne fuient pas, du moins pour l’instant, mais ils pactisent avec les serpents islamiques, qui attendent le moment propice pour nous piquer à mort.)

Comme Mehmet II menaçait d’envahir l’Occident et promettait d’arborer le croissant de lune dans l’enceinte même de Rome, le Pape Calixte III chargea le frère franciscain Jean de Capistrano de prêcher la croisade. Agé de 70 ans, Jean de Capistrano se rendit dans le sud de la Hongrie pour appeler le peuple à prendre la Croix et à défendre la nation contre l’islam. Son « zèle ardent, son éloquence transperçant l’âme, et son austérité héroïque » enflammèrent des dizaines de milliers de personnes, qui de nos jours seraient traités de « misérables » islamophobes. En peu de temps, quelque 40.000 paysans suivirent Jean de Capistrano dans sa croisade contre les Ottomans.

Étant à trois journées de marche des Turcs, tandis qu’il célébrait la Messe en plein air dans les grandes plaines du Danube, les témoins rapportèrent qu’une flèche partie du ciel, vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la Messe, Jean lut ces mots écrits en lettres d’or sur le bois de la flèche :

 

« Par le secours de Jésus, Jean de Capistrano remportera la victoire ».

(Le rôle de Jean de Capistrano au service de la réconciliation des peuples d'Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l'espérance des chevaliers lui ont valu d'être choisi comme saint patron des aumôniers militaires.)

Mais où était donc le Roi de France, qui se faisait appeler « le roi chrétien » ? Où étaient les rois d’Angleterre, du Danemark, de Norvège, de Suède… ? Ils brillaient tous par leur royale absence. Seuls des paysans désarmés, des forgerons, des tailleurs de pierre, des commerçants marchèrent courageusement à la rencontre de l’armée ottomane.

Dès le 4 juillet, des bombardements intensifs frappèrent la forteresse de la ville, l’une des plus importantes et des plus puissantes des Balkans.

Le fracas et la puissance de feu des canons pouvaient être entendus à des centaines de kilomètres à la ronde. Douze jours plus tard, le 16 juillet, d’énormes brèches apparurent dans les murs de cette forteresse autrefois imprenable. C’est alors qu’arriva l’armée de János Hunyadi, descendant le Danube sur des navires de fortune. Capistrano et son armée marchaient à leurs côtés par voie terrestre. En apercevant la misérable flotte chrétienne s’approchant de leurs magnifiques galions, dont certains étaient attachés l’un à l’autre afin de constituer un vaste barrage sur le fleuve, les Turcs se moquèrent des chrétiens, tout en se préparant à l’attaque.

Publié par Rosaly le 21 septembre 2021
Auréolé de gloire, après avoir conquis Constantinople en 1453, ce qui provoqua la chute de l’Empire byzantin, le sultan Mehmet II le Conquérant décida de profiter de sa victoire et de la puissance de son armée afin de réaliser son rêve d’étendre son empire à toute l’Europe. (Rêve repris avec ferveur islamique par le « sultan » actuel d’Ankara).

Pour soutenir Dreuz.info, cliquez sur ce lien : Dreuz, et indiquez le montant de votre don.

La prise de la forteresse de Belgrade représentait la porte d’entrée du Sultan Mehmet II en Europe. Aujourd’hui, l’adhésion de la Turquie islamiste d’Erdogan à l’UE signifierait l’invasion pacifique de l’UE par les descendants des Ottomans avant sa soumission à l’islam par la force. La Turquie dans l’Europe en ferait un dangereux « cheval de Troie islamique ». Les siècles se succèdent, mais la nature belliqueuse de l’islam conquérant et sa haine viscérale de l’Occident chrétien demeurent bien vivaces.

Au printemps 1456, à la tête d’une armée d’environ cent mille hommes, lourdement armés, le sultan s’élança à la conquête de la ville fortifiée de Belgrade, porte d’entrée de l’Europe occidentale.

Conscients des destructions, des morts, des atrocités, des horreurs que cette puissante armée ottomane en marche allait semer sur son sillage – le souvenir du sac de Constantinople étant encore très vivace dans les esprits – une grande panique s’empara des habitants de la région du Danube.

Seul János (Jean) Hunyadi, le voïvode de Transylvanie, et à ce titre vassal du roi de Hongrie Vladislas Iᵉʳ ou Ladislas V Jagellon, décida de résister aux Ottomans. János Hunyadi était depuis longtemps une épine dans le pied des Turcs.

Tandis que le pleutre roi de Hongrie s’enfuyait à Vienne sous prétexte de partir à la chasse, János Hunyadi lui ne prit pas la fuite, mais se précipita vers la frontière orientale, pas très éloignée de l’armée turque. Il équipa immédiatement à ses frais une armée de 6.000 combattants chevronnés afin de protéger la forteresse. Il implora l’aide de la haute noblesse, mais rares furent les nobles suffisamment courageux pour répondre à son appel désespéré.

(L’attitude des Grands de l’époque face au danger islamique n’est pas sans rappeler celle de nos chers dirigeants islamophiles d’aujourd’hui. Ils ne fuient pas, du moins pour l’instant, mais ils pactisent avec les serpents islamiques, qui attendent le moment propice pour nous piquer à mort.)

Comme Mehmet II menaçait d’envahir l’Occident et promettait d’arborer le croissant de lune dans l’enceinte même de Rome, le Pape Calixte III chargea le frère franciscain Jean de Capistrano de prêcher la croisade. Agé de 70 ans, Jean de Capistrano se rendit dans le sud de la Hongrie pour appeler le peuple à prendre la Croix et à défendre la nation contre l’islam. Son « zèle ardent, son éloquence transperçant l’âme, et son austérité héroïque » enflammèrent des dizaines de milliers de personnes, qui de nos jours seraient traités de « misérables » islamophobes. En peu de temps, quelque 40.000 paysans suivirent Jean de Capistrano dans sa croisade contre les Ottomans.

Étant à trois journées de marche des Turcs, tandis qu’il célébrait la Messe en plein air dans les grandes plaines du Danube, les témoins rapportèrent qu’une flèche partie du ciel, vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la Messe, Jean lut ces mots écrits en lettres d’or sur le bois de la flèche :

« Par le secours de Jésus, Jean de Capistrano remportera la victoire ».

(Le rôle de Jean de Capistrano au service de la réconciliation des peuples d'Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l'espérance des chevaliers lui ont valu d'être choisi comme saint patron des aumôniers militaires.)

Mais où était donc le Roi de France, qui se faisait appeler « le roi chrétien » ? Où étaient les rois d’Angleterre, du Danemark, de Norvège, de Suède… ? Ils brillaient tous par leur royale absence. Seuls des paysans désarmés, des forgerons, des tailleurs de pierre, des commerçants marchèrent courageusement à la rencontre de l’armée ottomane.

Dès le 4 juillet, des bombardements intensifs frappèrent la forteresse de la ville, l’une des plus importantes et des plus puissantes des Balkans.

Le fracas et la puissance de feu des canons pouvaient être entendus à des centaines de kilomètres à la ronde. Douze jours plus tard, le 16 juillet, d’énormes brèches apparurent dans les murs de cette forteresse autrefois imprenable. C’est alors qu’arriva l’armée de János Hunyadi, descendant le Danube sur des navires de fortune. Capistrano et son armée marchaient à leurs côtés par voie terrestre. En apercevant la misérable flotte chrétienne s’approchant de leurs magnifiques galions, dont certains étaient attachés l’un à l’autre afin de constituer un vaste barrage sur le fleuve, les Turcs se moquèrent des chrétiens, tout en se préparant à l’attaque.

Au cri de « Jésus ! Jésus ! » la flotte chrétienne percuta les navires ottomans enchaînés les uns aux autres.

Une terrible bataille fluviale s’ensuivit pendant cinq heures et le Danube se colora de rouge sang. Les lourdes chaînes, qui reliaient les bateaux ottomans finirent par se briser et la flotte chrétienne parvint à franchir le barrage et à renforcer la défense de la ville, en mauvaise posture. Toutefois, ce qui fut une offensive spectaculaire pour l’armée chrétienne ne représenta qu’une simple égratignure pour la puissante armée musulmane. Ce même jour, les canons ottomans, devenus les instruments de la colère et de la vengeance du sultan, firent tomber sur Belgrade une pluie de boulets, qui ébranla la ville jusque dans ses fondements.

Pendant une semaine, les canons continuèrent à tirer sans relâche, jusqu’à ce que la plupart des remparts de la forteresse s’effondrèrent. Puis, à l’aube du 21 juillet, le battement incessant des tambours annonçant l’assaut final se fit entendre à des kilomètres à la ronde. Des foules de mahométans se précipitèrent vers la forteresse en ruine aux cris de guerre « Allah akbar ! Allah akbar ! ». Des milliers d’Ottomans s’entassèrent joyeusement entre les murs en ruine de la citadelle, fiers de leur victoire, mais ils vendirent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En fin stratège, Jean Hunyadi leur avait tendu un piège. Au signal donné par le son perçant des cornes, Jean et ses hommes sortirent en trombe de la citadelle, tandis que l’armée de Croisés de Capistrano, qui étaient demeurés cachés, surgirent au-dessus des murs derrière les Turcs. Les musulmans furent pris entre deux feux.

Une lutte terrible s’ensuivit. Supérieurs en nombre et armés jusqu’aux dents, les Turcs étaient avantagés, comparés à leurs ennemis, inférieurs en nombre et peu armés. Une mêlée au corps à corps se déroula dans les rues. Toutefois, le combat le plus acharné, sous le commandement de Jean Hunyadi en personne, se déroula sur le pont étroit, qui reliait la citadelle à la ville, et sur les bastions, défendus par les Croisés de Capistrano, amenés en toute hâte sur des radeaux par le fleuve.

Très désavantagés en armes et en nombre, les chrétiens, menés par Jean Hunyadi, qui se battait avec ses troupes comme un simple fantassin, tinrent bon et parvinrent à tuer de nombreux Turcs, animés par une farouche envie de vaincre et leur foi en Dieu.

De leur côté, les Ottomans luttèrent « comme des bêtes affamées » selon un chroniqueur ottoman de l’époque, « et versèrent leur sang comme on verse de l’eau sur le lieu de leur mort. D’innombrables héros goûtèrent au miel pur de la mort du martyre et furent accueillis dans les bras parfumés des houris du paradis d’Allah. »

Le 22 juillet, peu avant l’aube, la bataille fit rage pendant un jour et une nuit. Les chrétiens, ayant atteint les limites de la capacité et de l’endurance humaines, furent sur le point de s’effondrer sous le nombre impressionnant de leurs ennemis. Du haut d’une tour de guet, on vit Jean de Capistrano ans brandir la bannière de la Croix et implorer le Ciel :

« Oh Jésus, où sont passées Vos tendres compassions que Vous nous aviez montrées autrefois ? Oh, Jésus venez nous aider, et ne tardez pas. Sauvez, oh Jésus, sauvez vos rachetés, de peur que les païens ne disent : Où est maintenant leur Dieu ? »

Au même moment, les chrétiens, refoulés vers la citadelle et autres endroits élevés, rassemblèrent tout ce qui pouvait brûler, y ajoutèrent de la poix et du souffre, y mirent le feu et tous ensemble, en même temps, déversèrent ce mélange brûlant sur les Ottomans agglutinés dans les fossés, ainsi que sur les plus téméraires escaladant les murs.

Au lever du soleil, plus aucun cri ou hurlement ne se fit entendre. Une fois la fumée dissipée, la lumière du jour révéla un spectacle atroce.

A l’intérieur comme à l’extérieur de la ville, des blessés agonisaient, d’innombrables cadavres de musulmans calcinés gisaient dans les fossés et tout l’espace entre les murs extérieurs et la citadelle était rempli de leurs corps carbonisés. Des milliers d’entre eux avaient péri. La garde du corps du sultan constitué de janissaires était quasiment anéantie.

(Les janissaires étaient des enfants des Balkans de 10-12 ans, nés chrétiens, enlevés à leurs familles, réduits au statut d’esclaves, éduqués à la dure, dans la foi musulmane et l’obéissance au sultan.

Le corps des janissaires fut créé en 1334 par Orkhan, le fils d'Osman 1er, qui donna son nom à la dynastie ottomane. Orkhan eut l'idée de recruter ses fantassins parmi les enfants des chrétiens vaincus et soumis par les Turcs.

Enrôlés dans l’armée musulmane, ils constituaient les unités d’élite de l’infanterie formant l’armée personnelle et la garde prétorienne du sultan. Le nom de « janissaire » est une déformation du turc Yeniçeri qui signifie « nouvelle milice ». Grâce à ces fantassins disciplinés, voire fanatiques, experts dans le maniement du sabre et du mousquet, reconnaissables à leur bonnet de feutre blanc, les sultans turcs purent s'emparer en quelques décennies de la péninsule des Balkans et quasiment de toute la rive sud de la Méditerranée)

Ainsi, après un combat de vingt heures, l’armée chrétienne put à nouveau respirer librement

Les pertes humaines musulmanes ne représentaient hélas qu’une égratignure pour la gargantuesque armée ottomane, qui encerclait toujours la ville.

Un autre assaut était attendu. Hunyadi ordonna à chacun de rester à son poste, sous peine de mort, « de peur que la gloire du jour ne se transformât en confusion. »

Toutefois, le 22 juillet à midi, une escarmouche non autorisée entre les Croisés et les djihadistes ottomans incita les premiers à sortir de Belgrade et à livrer bataille aux Turcs. Voyant que les dés étaient jetés, Hunyadi et ses hommes se précipitèrent à leur secours. Vers 18 heures, toute l’armée chrétienne se battait à l’extérieur des murs en ruine de Belgrade.

Dans ce chaos, le sultan Mehmet II fut aperçu en train de combattre. Cependant, les Turcs composant son armée, partis au combat avec la certitude d’une victoire facile, étaient démoralisés. Quand les fougueux chrétiens parvinrent à capturer plusieurs canons ottomans et tirèrent à leur tour contre les soldats ennemis, la démoralisation se transforma en panique et les Turcs, par dizaines de milliers, prirent la fuite. Parmi les fuyards se trouvait le sultan Mehmet II, blessé, « l’écume de la rage à la bouche » laissant derrière lui les corps de 50.000 soldats turcs devant les murs en ruine de Belgrade.

Ce fut sans doute la pire défaite subie par Mehmet le Conquérant au cours de sa longue carrière de djihadiste terroriste, tueur de chrétiens.

La victoire de Belgrade eut un grand retentissement en Occident. Pendant le siège, le Pape Callixte III ordonna à toutes les églises chrétiennes de faire sonner les cloches chaque jour à midi, afin d’appeler les fidèles à prier pour les défenseurs de la ville. Toutefois, dans de nombreux pays (comme en Angleterre et en Espagne) la nouvelle de la victoire chrétienne arriva avant l’ordre papal et toutes les cloches des églises sonnèrent joyeusement pour annoncer la bonne nouvelle. Le Pape Callixte III n’annula pas son ordre et depuis les cloches des églises chrétiennes sonnent à midi, afin de commémorer la victoire d’un petit groupe de chrétiens courageux, la foi en Christ chevillée au corps, face à une puissante armée ottomane, déterminée à les anéantir. Cette tradition instaurée par le Pape Calixte III se perpétue encore de nos jours, y compris dans les églises protestantes, même si des chrétiens de toute confession ont oublié ou sont demeurés dans l’ignorance de sa signification.

Malheureusement, la joie des deux héros de cette grande victoire fut de courte durée : Janos Hunyadi décéda le 11 août 1456, et Jean de Capistrano s’éteignit trois mois plus tard, épuisé de fatigue au couvent d’Ujlak, sur la rive du Danube, alors dans le royaume de Hongrie.

Avant d’exhaler son dernier soupir, Jean de Capistrano prononça ces paroles du Nunc dimittis :

« C’est maintenant, Seigneur, que Vous laisserez mourir en paix Votre serviteur. »

Nunc dimittis, également appelé le cantique de Syméon, est un bref chant d’action de grâces, qui exprime la gratitude, la paix et l’espérance.

« Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur

S’en aller en paix, selon ta parole.

Car mes yeux ont vu ton salut,

Salut que tu as préparé devant tous les peuples,

Lumière pour éclairer les nations,

Et gloire d’Israël, ton peuple. »

Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit

Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles

Amen.»

(Luc 2:29-32)

«…de même que le soleil se lève pour le monde dans les hauteurs de Dieu, que la lumière du clerc brille devant les hommes afin qu’en voyant ce que font de bien ces serviteurs de Dieu, les hommes rendent gloire au Père qui est aux cieux… »

(Miroir des Clercs – Saint-Jean de Capistrano)

L’un des fils de Jean Hunyadi sera élu roi de Hongrie sous le nom de Matthias Ier Corvin, le 24 janvier 1458. Il poursuivra son œuvre en défendant l’indépendance du pays face aux Ottomans et aux Autrichiens.

La petite armée chrétienne parvint à vaincre la puissante armée ottomane grâce au courage et à la foi en Dieu de János Hunyadi et de Jean de Capistrano, foi et courage qu’ils transmirent à leurs troupes. Cette Foi et ce Courage qui aujourd’hui manquent cruellement à l’Occident chrétien, pourtant confronté au même péril musulman qu’autrefois, même si ce dernier se présente de nos jours, sous la forme d’un loup déguisé en agneau.

 « Quand une culture peu sûre d’elle, malléable et relativiste, rencontre une culture ancrée, confiante et renforcée par des doctrines communes et surtout religieuses, c’est généralement la première qui change pour s’adapter à la seconde, car elle a perdu les moyens de réagir. Il n’y que le nationalisme qui pourra vous sauver. »

« Une culture religieuse forte et un système contractuel basé sur la tolérance sont difficiles à concilier parce que, dans une telle rencontre, c’est toujours le côté qui ne veut pas négocier qui a l’avantage. Une religion qui ne doute pas de soi et qui prétend structurer toute l’organisation sociale mondiale, comme l’islam, n’est pas prête à transiger. » extraits du livre de Christopher Caldwell, journaliste américain, intitulé : « Une révolution sous nos yeux. Comment l’islam va transformer la France et l’Europe. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Rosaly pour Dreuz.info.

 

Source : « Islamic Jihad and the Church Bells of Noon: The Siege of Belgrade » (récit extrait du livre de Raymond Ibrahim « Sword and Scimitar : Fourteen Centuries. », traduit et commenté par Rosaly)

Publié par Rosaly le 21 septembre 2021
Auréolé de gloire, après avoir conquis Constantinople en 1453, ce qui provoqua la chute de l’Empire byzantin, le sultan Mehmet II le Conquérant décida de profiter de sa victoire et de la puissance de son armée afin de réaliser son rêve d’étendre son empire à toute l’Europe. (Rêve repris avec ferveur islamique par le « sultan » actuel d’Ankara).

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La prise de la forteresse de Belgrade représentait la porte d’entrée du Sultan Mehmet II en Europe. Aujourd’hui, l’adhésion de la Turquie islamiste d’Erdogan à l’UE signifierait l’invasion pacifique de l’UE par les descendants des Ottomans avant sa soumission à l’islam par la force. La Turquie dans l’Europe en ferait un dangereux « cheval de Troie islamique ». Les siècles se succèdent, mais la nature belliqueuse de l’islam conquérant et sa haine viscérale de l’Occident chrétien demeurent bien vivaces.

Au printemps 1456, à la tête d’une armée d’environ cent mille hommes, lourdement armés, le sultan s’élança à la conquête de la ville fortifiée de Belgrade, porte d’entrée de l’Europe occidentale.

Conscients des destructions, des morts, des atrocités, des horreurs que cette puissante armée ottomane en marche allait semer sur son sillage – le souvenir du sac de Constantinople étant encore très vivace dans les esprits – une grande panique s’empara des habitants de la région du Danube.

Seul János (Jean) Hunyadi, le voïvode de Transylvanie, et à ce titre vassal du roi de Hongrie Vladislas Iᵉʳ ou Ladislas V Jagellon, décida de résister aux Ottomans. János Hunyadi était depuis longtemps une épine dans le pied des Turcs.

Tandis que le pleutre roi de Hongrie s’enfuyait à Vienne sous prétexte de partir à la chasse, János Hunyadi lui ne prit pas la fuite, mais se précipita vers la frontière orientale, pas très éloignée de l’armée turque. Il équipa immédiatement à ses frais une armée de 6.000 combattants chevronnés afin de protéger la forteresse. Il implora l’aide de la haute noblesse, mais rares furent les nobles suffisamment courageux pour répondre à son appel désespéré.

(L’attitude des Grands de l’époque face au danger islamique n’est pas sans rappeler celle de nos chers dirigeants islamophiles d’aujourd’hui. Ils ne fuient pas, du moins pour l’instant, mais ils pactisent avec les serpents islamiques, qui attendent le moment propice pour nous piquer à mort.)

Comme Mehmet II menaçait d’envahir l’Occident et promettait d’arborer le croissant de lune dans l’enceinte même de Rome, le Pape Calixte III chargea le frère franciscain Jean de Capistrano de prêcher la croisade. Agé de 70 ans, Jean de Capistrano se rendit dans le sud de la Hongrie pour appeler le peuple à prendre la Croix et à défendre la nation contre l’islam. Son « zèle ardent, son éloquence transperçant l’âme, et son austérité héroïque » enflammèrent des dizaines de milliers de personnes, qui de nos jours seraient traités de « misérables » islamophobes. En peu de temps, quelque 40.000 paysans suivirent Jean de Capistrano dans sa croisade contre les Ottomans.

Étant à trois journées de marche des Turcs, tandis qu’il célébrait la Messe en plein air dans les grandes plaines du Danube, les témoins rapportèrent qu’une flèche partie du ciel, vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la Messe, Jean lut ces mots écrits en lettres d’or sur le bois de la flèche :

« Par le secours de Jésus, Jean de Capistrano remportera la victoire ».

(Le rôle de Jean de Capistrano au service de la réconciliation des peuples d'Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l'espérance des chevaliers lui ont valu d'être choisi comme saint patron des aumôniers militaires.)

Mais où était donc le Roi de France, qui se faisait appeler « le roi chrétien » ? Où étaient les rois d’Angleterre, du Danemark, de Norvège, de Suède… ? Ils brillaient tous par leur royale absence. Seuls des paysans désarmés, des forgerons, des tailleurs de pierre, des commerçants marchèrent courageusement à la rencontre de l’armée ottomane.

Dès le 4 juillet, des bombardements intensifs frappèrent la forteresse de la ville, l’une des plus importantes et des plus puissantes des Balkans.

Le fracas et la puissance de feu des canons pouvaient être entendus à des centaines de kilomètres à la ronde. Douze jours plus tard, le 16 juillet, d’énormes brèches apparurent dans les murs de cette forteresse autrefois imprenable. C’est alors qu’arriva l’armée de János Hunyadi, descendant le Danube sur des navires de fortune. Capistrano et son armée marchaient à leurs côtés par voie terrestre. En apercevant la misérable flotte chrétienne s’approchant de leurs magnifiques galions, dont certains étaient attachés l’un à l’autre afin de constituer un vaste barrage sur le fleuve, les Turcs se moquèrent des chrétiens, tout en se préparant à l’attaque.

Au cri de « Jésus ! Jésus ! » la flotte chrétienne percuta les navires ottomans enchaînés les uns aux autres.

Une terrible bataille fluviale s’ensuivit pendant cinq heures et le Danube se colora de rouge sang. Les lourdes chaînes, qui reliaient les bateaux ottomans finirent par se briser et la flotte chrétienne parvint à franchir le barrage et à renforcer la défense de la ville, en mauvaise posture. Toutefois, ce qui fut une offensive spectaculaire pour l’armée chrétienne ne représenta qu’une simple égratignure pour la puissante armée musulmane. Ce même jour, les canons ottomans, devenus les instruments de la colère et de la vengeance du sultan, firent tomber sur Belgrade une pluie de boulets, qui ébranla la ville jusque dans ses fondements.

Pendant une semaine, les canons continuèrent à tirer sans relâche, jusqu’à ce que la plupart des remparts de la forteresse s’effondrèrent. Puis, à l’aube du 21 juillet, le battement incessant des tambours annonçant l’assaut final se fit entendre à des kilomètres à la ronde. Des foules de mahométans se précipitèrent vers la forteresse en ruine aux cris de guerre « Allah akbar ! Allah akbar ! ». Des milliers d’Ottomans s’entassèrent joyeusement entre les murs en ruine de la citadelle, fiers de leur victoire, mais ils vendirent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En fin stratège, Jean Hunyadi leur avait tendu un piège. Au signal donné par le son perçant des cornes, Jean et ses hommes sortirent en trombe de la citadelle, tandis que l’armée de Croisés de Capistrano, qui étaient demeurés cachés, surgirent au-dessus des murs derrière les Turcs. Les musulmans furent pris entre deux feux.

Une lutte terrible s’ensuivit. Supérieurs en nombre et armés jusqu’aux dents, les Turcs étaient avantagés, comparés à leurs ennemis, inférieurs en nombre et peu armés. Une mêlée au corps à corps se déroula dans les rues. Toutefois, le combat le plus acharné, sous le commandement de Jean Hunyadi en personne, se déroula sur le pont étroit, qui reliait la citadelle à la ville, et sur les bastions, défendus par les Croisés de Capistrano, amenés en toute hâte sur des radeaux par le fleuve.

Très désavantagés en armes et en nombre, les chrétiens, menés par Jean Hunyadi, qui se battait avec ses troupes comme un simple fantassin, tinrent bon et parvinrent à tuer de nombreux Turcs, animés par une farouche envie de vaincre et leur foi en Dieu.

De leur côté, les Ottomans luttèrent « comme des bêtes affamées » selon un chroniqueur ottoman de l’époque, « et versèrent leur sang comme on verse de l’eau sur le lieu de leur mort. D’innombrables héros goûtèrent au miel pur de la mort du martyre et furent accueillis dans les bras parfumés des houris du paradis d’Allah. »

Le 22 juillet, peu avant l’aube, la bataille fit rage pendant un jour et une nuit. Les chrétiens, ayant atteint les limites de la capacité et de l’endurance humaines, furent sur le point de s’effondrer sous le nombre impressionnant de leurs ennemis. Du haut d’une tour de guet, on vit Jean de Capistrano ans brandir la bannière de la Croix et implorer le Ciel :

« Oh Jésus, où sont passées Vos tendres compassions que Vous nous aviez montrées autrefois ? Oh, Jésus venez nous aider, et ne tardez pas. Sauvez, oh Jésus, sauvez vos rachetés, de peur que les païens ne disent : Où est maintenant leur Dieu ? »

Publié par Rosaly le 21 septembre 2021
Auréolé de gloire, après avoir conquis Constantinople en 1453, ce qui provoqua la chute de l’Empire byzantin, le sultan Mehmet II le Conquérant décida de profiter de sa victoire et de la puissance de son armée afin de réaliser son rêve d’étendre son empire à toute l’Europe. (Rêve repris avec ferveur islamique par le « sultan » actuel d’Ankara).

Pour soutenir Dreuz.info, cliquez sur ce lien : Dreuz, et indiquez le montant de votre don.

La prise de la forteresse de Belgrade représentait la porte d’entrée du Sultan Mehmet II en Europe. Aujourd’hui, l’adhésion de la Turquie islamiste d’Erdogan à l’UE signifierait l’invasion pacifique de l’UE par les descendants des Ottomans avant sa soumission à l’islam par la force. La Turquie dans l’Europe en ferait un dangereux « cheval de Troie islamique ». Les siècles se succèdent, mais la nature belliqueuse de l’islam conquérant et sa haine viscérale de l’Occident chrétien demeurent bien vivaces.

Au printemps 1456, à la tête d’une armée d’environ cent mille hommes, lourdement armés, le sultan s’élança à la conquête de la ville fortifiée de Belgrade, porte d’entrée de l’Europe occidentale.

Conscients des destructions, des morts, des atrocités, des horreurs que cette puissante armée ottomane en marche allait semer sur son sillage – le souvenir du sac de Constantinople étant encore très vivace dans les esprits – une grande panique s’empara des habitants de la région du Danube.

Seul János (Jean) Hunyadi, le voïvode de Transylvanie, et à ce titre vassal du roi de Hongrie Vladislas Iᵉʳ ou Ladislas V Jagellon, décida de résister aux Ottomans. János Hunyadi était depuis longtemps une épine dans le pied des Turcs.

Tandis que le pleutre roi de Hongrie s’enfuyait à Vienne sous prétexte de partir à la chasse, János Hunyadi lui ne prit pas la fuite, mais se précipita vers la frontière orientale, pas très éloignée de l’armée turque. Il équipa immédiatement à ses frais une armée de 6.000 combattants chevronnés afin de protéger la forteresse. Il implora l’aide de la haute noblesse, mais rares furent les nobles suffisamment courageux pour répondre à son appel désespéré.

(L’attitude des Grands de l’époque face au danger islamique n’est pas sans rappeler celle de nos chers dirigeants islamophiles d’aujourd’hui. Ils ne fuient pas, du moins pour l’instant, mais ils pactisent avec les serpents islamiques, qui attendent le moment propice pour nous piquer à mort.)

Comme Mehmet II menaçait d’envahir l’Occident et promettait d’arborer le croissant de lune dans l’enceinte même de Rome, le Pape Calixte III chargea le frère franciscain Jean de Capistrano de prêcher la croisade. Agé de 70 ans, Jean de Capistrano se rendit dans le sud de la Hongrie pour appeler le peuple à prendre la Croix et à défendre la nation contre l’islam. Son « zèle ardent, son éloquence transperçant l’âme, et son austérité héroïque » enflammèrent des dizaines de milliers de personnes, qui de nos jours seraient traités de « misérables » islamophobes. En peu de temps, quelque 40.000 paysans suivirent Jean de Capistrano dans sa croisade contre les Ottomans.

Étant à trois journées de marche des Turcs, tandis qu’il célébrait la Messe en plein air dans les grandes plaines du Danube, les témoins rapportèrent qu’une flèche partie du ciel, vint, pendant le Saint Sacrifice, se placer sur le corporal. Après la Messe, Jean lut ces mots écrits en lettres d’or sur le bois de la flèche :

« Par le secours de Jésus, Jean de Capistrano remportera la victoire ».

(Le rôle de Jean de Capistrano au service de la réconciliation des peuples d'Europe autant que sa prédication pour conseiller les chefs militaires et ranimer l'espérance des chevaliers lui ont valu d'être choisi comme saint patron des aumôniers militaires.)

Mais où était donc le Roi de France, qui se faisait appeler « le roi chrétien » ? Où étaient les rois d’Angleterre, du Danemark, de Norvège, de Suède… ? Ils brillaient tous par leur royale absence. Seuls des paysans désarmés, des forgerons, des tailleurs de pierre, des commerçants marchèrent courageusement à la rencontre de l’armée ottomane.

Dès le 4 juillet, des bombardements intensifs frappèrent la forteresse de la ville, l’une des plus importantes et des plus puissantes des Balkans.

Le fracas et la puissance de feu des canons pouvaient être entendus à des centaines de kilomètres à la ronde. Douze jours plus tard, le 16 juillet, d’énormes brèches apparurent dans les murs de cette forteresse autrefois imprenable. C’est alors qu’arriva l’armée de János Hunyadi, descendant le Danube sur des navires de fortune. Capistrano et son armée marchaient à leurs côtés par voie terrestre. En apercevant la misérable flotte chrétienne s’approchant de leurs magnifiques galions, dont certains étaient attachés l’un à l’autre afin de constituer un vaste barrage sur le fleuve, les Turcs se moquèrent des chrétiens, tout en se préparant à l’attaque.

Au cri de « Jésus ! Jésus ! » la flotte chrétienne percuta les navires ottomans enchaînés les uns aux autres.

Une terrible bataille fluviale s’ensuivit pendant cinq heures et le Danube se colora de rouge sang. Les lourdes chaînes, qui reliaient les bateaux ottomans finirent par se briser et la flotte chrétienne parvint à franchir le barrage et à renforcer la défense de la ville, en mauvaise posture. Toutefois, ce qui fut une offensive spectaculaire pour l’armée chrétienne ne représenta qu’une simple égratignure pour la puissante armée musulmane. Ce même jour, les canons ottomans, devenus les instruments de la colère et de la vengeance du sultan, firent tomber sur Belgrade une pluie de boulets, qui ébranla la ville jusque dans ses fondements.

Pendant une semaine, les canons continuèrent à tirer sans relâche, jusqu’à ce que la plupart des remparts de la forteresse s’effondrèrent. Puis, à l’aube du 21 juillet, le battement incessant des tambours annonçant l’assaut final se fit entendre à des kilomètres à la ronde. Des foules de mahométans se précipitèrent vers la forteresse en ruine aux cris de guerre « Allah akbar ! Allah akbar ! ». Des milliers d’Ottomans s’entassèrent joyeusement entre les murs en ruine de la citadelle, fiers de leur victoire, mais ils vendirent la peau de l’ours avant de l’avoir tué. En fin stratège, Jean Hunyadi leur avait tendu un piège. Au signal donné par le son perçant des cornes, Jean et ses hommes sortirent en trombe de la citadelle, tandis que l’armée de Croisés de Capistrano, qui étaient demeurés cachés, surgirent au-dessus des murs derrière les Turcs. Les musulmans furent pris entre deux feux.

Une lutte terrible s’ensuivit. Supérieurs en nombre et armés jusqu’aux dents, les Turcs étaient avantagés, comparés à leurs ennemis, inférieurs en nombre et peu armés. Une mêlée au corps à corps se déroula dans les rues. Toutefois, le combat le plus acharné, sous le commandement de Jean Hunyadi en personne, se déroula sur le pont étroit, qui reliait la citadelle à la ville, et sur les bastions, défendus par les Croisés de Capistrano, amenés en toute hâte sur des radeaux par le fleuve.

Très désavantagés en armes et en nombre, les chrétiens, menés par Jean Hunyadi, qui se battait avec ses troupes comme un simple fantassin, tinrent bon et parvinrent à tuer de nombreux Turcs, animés par une farouche envie de vaincre et leur foi en Dieu.

De leur côté, les Ottomans luttèrent « comme des bêtes affamées » selon un chroniqueur ottoman de l’époque, « et versèrent leur sang comme on verse de l’eau sur le lieu de leur mort. D’innombrables héros goûtèrent au miel pur de la mort du martyre et furent accueillis dans les bras parfumés des houris du paradis d’Allah. »

Le 22 juillet, peu avant l’aube, la bataille fit rage pendant un jour et une nuit. Les chrétiens, ayant atteint les limites de la capacité et de l’endurance humaines, furent sur le point de s’effondrer sous le nombre impressionnant de leurs ennemis. Du haut d’une tour de guet, on vit Jean de Capistrano ans brandir la bannière de la Croix et implorer le Ciel :

« Oh Jésus, où sont passées Vos tendres compassions que Vous nous aviez montrées autrefois ? Oh, Jésus venez nous aider, et ne tardez pas. Sauvez, oh Jésus, sauvez vos rachetés, de peur que les païens ne disent : Où est maintenant leur Dieu ? »

Au même moment, les chrétiens, refoulés vers la citadelle et autres endroits élevés, rassemblèrent tout ce qui pouvait brûler, y ajoutèrent de la poix et du souffre, y mirent le feu et tous ensemble, en même temps, déversèrent ce mélange brûlant sur les Ottomans agglutinés dans les fossés, ainsi que sur les plus téméraires escaladant les murs.

Au lever du soleil, plus aucun cri ou hurlement ne se fit entendre. Une fois la fumée dissipée, la lumière du jour révéla un spectacle atroce.

A l’intérieur comme à l’extérieur de la ville, des blessés agonisaient, d’innombrables cadavres de musulmans calcinés gisaient dans les fossés et tout l’espace entre les murs extérieurs et la citadelle était rempli de leurs corps carbonisés. Des milliers d’entre eux avaient péri. La garde du corps du sultan constitué de janissaires était quasiment anéantie.

(Les janissaires étaient des enfants des Balkans de 10-12 ans, nés chrétiens, enlevés à leurs familles, réduits au statut d’esclaves, éduqués à la dure, dans la foi musulmane et l’obéissance au sultan.

Le corps des janissaires fut créé en 1334 par Orkhan, le fils d'Osman 1er, qui donna son nom à la dynastie ottomane. Orkhan eut l'idée de recruter ses fantassins parmi les enfants des chrétiens vaincus et soumis par les Turcs.

Enrôlés dans l’armée musulmane, ils constituaient les unités d’élite de l’infanterie formant l’armée personnelle et la garde prétorienne du sultan. Le nom de « janissaire » est une déformation du turc Yeniçeri qui signifie « nouvelle milice ». Grâce à ces fantassins disciplinés, voire fanatiques, experts dans le maniement du sabre et du mousquet, reconnaissables à leur bonnet de feutre blanc, les sultans turcs purent s'emparer en quelques décennies de la péninsule des Balkans et quasiment de toute la rive sud de la Méditerranée)

Ainsi, après un combat de vingt heures, l’armée chrétienne put à nouveau respirer librement

Les pertes humaines musulmanes ne représentaient hélas qu’une égratignure pour la gargantuesque armée ottomane, qui encerclait toujours la ville.

Malheureusement, la joie des deux héros de cette grande victoire fut de courte durée : Janos Hunyadi décéda le 11 août 1456, et Jean de Capistrano s’éteignit trois mois plus tard, épuisé de fatigue au couvent d’Ujlak, sur la rive du Danube, alors dans le royaume de Hongrie.

Avant d’exhaler son dernier soupir, Jean de Capistrano prononça ces paroles du Nunc dimittis :

« C’est maintenant, Seigneur, que Vous laisserez mourir en paix Votre serviteur. »

Nunc dimittis, également appelé le cantique de Syméon, est un bref chant d’action de grâces, qui exprime la gratitude, la paix et l’espérance.

« Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur

S’en aller en paix, selon ta parole.

Car mes yeux ont vu ton salut,

Salut que tu as préparé devant tous les peuples,

Lumière pour éclairer les nations,

Et gloire d’Israël, ton peuple. »

Gloire au Père, au Fils et au Saint Esprit

Comme il était au commencement, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles

Amen.»

(Luc 2:29-32)

«…de même que le soleil se lève pour le monde dans les hauteurs de Dieu, que la lumière du clerc brille devant les hommes afin qu’en voyant ce que font de bien ces serviteurs de Dieu, les hommes rendent gloire au Père qui est aux cieux… »

(Miroir des Clercs – Saint-Jean de Capistrano)

L’un des fils de Jean Hunyadi sera élu roi de Hongrie sous le nom de Matthias Ier Corvin, le 24 janvier 1458. Il poursuivra son œuvre en défendant l’indépendance du pays face aux Ottomans et aux Autrichiens.

La petite armée chrétienne parvint à vaincre la puissante armée ottomane grâce au courage et à la foi en Dieu de János Hunyadi et de Jean de Capistrano, foi et courage qu’ils transmirent à leurs troupes. Cette Foi et ce Courage qui aujourd’hui manquent cruellement à l’Occident chrétien, pourtant confronté au même péril musulman qu’autrefois, même si ce dernier se présente de nos jours, sous la forme d’un loup déguisé en agneau.

 « Quand une culture peu sûre d’elle, malléable et relativiste, rencontre une culture ancrée, confiante et renforcée par des doctrines communes et surtout religieuses, c’est généralement la première qui change pour s’adapter à la seconde, car elle a perdu les moyens de réagir. Il n’y que le nationalisme qui pourra vous sauver. »

« Une culture religieuse forte et un système contractuel basé sur la tolérance sont difficiles à concilier parce que, dans une telle rencontre, c’est toujours le côté qui ne veut pas négocier qui a l’avantage. Une religion qui ne doute pas de soi et qui prétend structurer toute l’organisation sociale mondiale, comme l’islam, n’est pas prête à transiger. » extraits du livre de Christopher Caldwell, journaliste américain, intitulé : « Une révolution sous nos yeux. Comment l’islam va transformer la France et l’Europe. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Rosaly pour Dreuz.info.

 

Source : « Islamic Jihad and the Church Bells of Noon: The Siege of Belgrade » (récit extrait du livre de Raymond Ibrahim « Sword and Scimitar : Fourteen Centuries. », traduit et commenté par Rosaly)

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26 mars 2022 6 26 /03 /mars /2022 03:52
Nouvelles preuves historiques du sauvetage de milliers de juifs par Pie XII

Source : Vaticannews

Le Pape Pie XII (1939-1958) a personnellement sauvé au moins 15 000 juifs et a su très tôt ce qui se passait au cœur de l’Europe. C’est ce qu’affirme l’historien allemand Michael Feldkamp. « Nous pouvons maintenant corriger de nombreuses vagues suppositions ou même accusations » envers le Pape et son supposé « silence ».

L’archiviste en chef du Bundestag (la chambre basse du Parlement allemand), Michael Feldkamp, participe depuis plusieurs années à des recherches historiques sur le Pape Pie XII. Il a publié sur des sujets tels que la nonciature de Cologne et la diplomatie papale, ainsi que des articles sur les relations entre l’Église catholique et le national-socialisme. Son ouvrage paru en 2000 intitulé « Pie XII et l’Allemagne » visait à faire connaître l’état complexe de la recherche à un public plus large et se voulait également une réponse au livre de John Cornwell intitulé «Le Pape et Hitler, l’histoire secrète de Pie XII». 

Les silences complices de Pie XII : c’est aussi à cela que répondent les nouvelles informations tirées des documents auxquels Feldkamp s’est consacré, en les consultant dans les Archives historiques de la Section pour les relations avec les États de la Secrétairerie d’État, dirigées par Johan Ickx, auteur du livre « Le Bureau :les juifs de Pie XII « , publié en France aux éditions Michel Lafon. Le Pape Pie XII (sur le trône papal de 1939 à 1958) a personnellement sauvé, comme l’a déjà rapporté le professeur Hubert Wolf de l’université de Münster, au moins 15 000 Juifs (en plus des 2 800 demandes contenues dans les « listes Pacelli », comme le rapporte le livre d’Icks – éd.) – et était au courant de la Shoah depuis quelque temps. Selon Feldkamp, Pie XII a envoyé un rapport sur les exterminations nazies aux Américains peu après la conférence de Wannsee, mais les Américains ne l’ont pas cru, d’où de nombreux aspects inconnus du grand public.

Michael Feldkamp, vous avez récemment été dans les archives du Vatican et avez vu des documents jusqu’ici inconnus sur Pie XII, avant et après son élection au trône de Pierre. Selon vous, qu’y a-t-il de nouveau dans la recherche sur Pie XII que le grand public ne connaît pas encore ?

Tout d’abord, nous, en Allemagne, ne sommes pas les seuls à faire des recherches sur Pie XII. Il n’y a pas que des historiens dans ce domaine, mais aussi des journalistes – dont nous avons également besoin comme multiplicateurs. Ce qui est nouveau maintenant, et ce que nous avons toujours su jusqu’à présent, c’est qu’Eugenio Pacelli, c’est-à-dire Pie XII, était au courant de l’Holocauste très tôt.

En ce qui concerne l’extermination systématique des juifs d’Europe, Pie XII a envoyé un message au président américain Roosevelt en mars 1942 – deux mois après la conférence de Wannsee. Il l’a averti que quelque chose se passait en Europe dans les zones de guerre. Ces messages n’ont pas été considérés comme crédibles par les Américains. Nous savons aujourd’hui (…) que Pie XII était confronté à la persécution des juifs presque quotidiennement. Tous les rapports lui ont été présentés et il a créé son propre bureau au sein de la deuxième section de la Secrétairerie d’État, où le personnel doit s’occuper exclusivement de ces questions. Il y avait Mgr Domenico Tardini – qui devint plus tard un cardinal important lors du Concile Vatican II – et il y avait Mgr Dell’Acqua, lui aussi plus tard cardinal. Il est également considéré comme l’un des principaux auteurs de la Constitution du Concile Vatican II sur la réconciliation avec les juifs (Nostra Aetate).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ces dirigeants étaient en contact très étroit avec Pie XII, lui rendant compte quotidiennement des persécutions et des déportations de masse, ainsi que du sort individuel des personnes qui s’adressaient à eux. Et ce qui est passionnant aujourd’hui, c’est que nous pouvons estimer que Pie XII a personnellement sauvé environ 15 000 juifs grâce à ses propres efforts: ouverture de monastères, transformant les cloîtres afin que des personnes puissent y être cachées, etc. Tout ceci est une énorme sensation ! Les pièces d’archives que j’ai trouvées maintenant au Vatican me montrent avec quelle précision Eugenio Pacelli a été informé.

Vous affirmez que ce que Pie XII a dit sur le sort des juifs n’était pas considéré comme crédible par la partie américaine, pour ainsi dire. Comment a réagi le Saint-Siège, mais aussi le Pape Pie XII ?

Il s’agit de correspondance diplomatique, seules les lettres qu’ils ont reçues sont confirmées. Il est toutefois intéressant de noter que le président des États-Unis ou ses collaborateurs du département d’État ont contacté Pie XII à plusieurs reprises pour obtenir des informations sur des cas individuels…

Le soutien du Pape Pacelli aux juifs est allé si loin que la Garde palatine papale, une sorte de garde du corps du Pape comme la Garde suisse d’aujourd’hui, a été impliquée dans des combats avec les Waffen-SS, avec des soldats de la Wehrmacht, pour cacher des juifs dans la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure. Maintenant, vous pouvez voir et prouver tout cela. Je suis reconnaissant que nous ayons ouvert ces archives au Vatican. De cette façon, nous pouvons maintenant corriger beaucoup de ces vagues suppositions ou même accusations.

Par-dessus tout, il y a l’accusation selon laquelle Pie XII n’a rien fait et est resté silencieux. Le problème du silence est toujours là, bien sûr. Mais maintenant, on peut considérer que c’est raisonnable, étant donné qu’ici, il a conduit des gens à se cacher dans des opérations secrètes. À cette époque, il ne pouvait pas attirer davantage l’attention du public sur lui en organisant des manifestations ou en rédigeant des notes de protestation, mais pour détourner l’attention, il a mené des négociations avec l’ambassade d’Allemagne et la police italienne, voire avec Benito Mussolini et le ministre italien des Affaires étrangères, etc. Il a toujours essayé d’obtenir le plus possible par la négociation.

Comment voyez-vous l’historiographie d’aujourd’hui et sa réévaluation des dossiers de Pie XII ? Les résultats sont-ils présentés correctement et honnêtement, ou craignez-vous qu’il y ait des réserves ?

La réévaluation d’aujourd’hui peut aider à clarifier cela. Mais je crains également que certains cercles tentent encore de le dépeindre de manière négative. Je pense que ça va arriver. Mais il est certainement difficile d’accuser ou de vouloir accuser quelqu’un de cela en détail. Je constate également dans mes recherches et mes publications ici en Allemagne combien il est difficile de faire passer ces nouveaux résultats pour crédibles. Ainsi, il y a encore des gens qui disent qu’ils ne peuvent pas imaginer que pendant 70 ans nous avons cru à la fausseté, et maintenant c’est censé être différent. Je rencontre souvent ce scepticisme, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Église.

Ce à quoi nous devons faire attention, et ce que j’ai toujours fait, c’est de garder à l’esprit que les résultats et les dossiers sont tous écrits en français et surtout en italien. Et que la plupart de mes collègues, qui sont des historiens et qui connaissent aussi beaucoup de choses sur la Seconde Guerre mondiale, ne comprennent souvent pas l’italien. Cela signifie qu’ils dépendent maintenant de leurs collègues pour le traduire, ou qu’ils dépendent de ce que je présente et traduis ensuite. Bien sûr, j’essaie de traduire très précisément et j’apporte ensuite les citations en italien pour que les gens puissent comprendre à nouveau si nécessaire. Je pense que beaucoup de choses peuvent être faites dans ce domaine. Nous avons déjà eu des histoires où des personnes ont simplement mal traduit ou sont passées d’une traduction à l’autre de manière incorrecte.

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 10:03
France et Allemagne au cœur du Moyen Âge

Source : Institut-iliade

Une histoire politique et culturelle de la genèse de l’Europe moderne. Où l’espace carolingien apparaît comme l’un des berceaux de la civilisation européenne.

 

Revenir sur le récit d’une France et d’une Allemagne dont la naissance en Europe consisterait en une opposition fondamentale, c’est l’idée qui sous-tend Allemagne et France au cœur du Moyen Âge. L’ouvrage, dirigé par Dominique Barthélémy, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, directeur d’étude à l’École pratique des hautes-études, et Rolf Große, directeur des études médiévales à l’Institut historique allemand de Paris, professeur à l’université de Heidelberg, réunit des textes d’histoire politique et culturelle qui se distinguent notamment par une lecture renouvelée des sources de cette période capitale pour la genèse de l’Europe moderne.

La narration historique du XIXe siècle, chargée en France d’un nationalisme exacerbé, a largement contribué à plaquer sur les ressentiments et les antagonismes politiques d’alors la conception d’un conflit originel contre l’Allemagne, d’un ennemi héréditaire avec lequel toute entente durable est à exclure. C’est ce qu’attestent notamment les commémorations organisées en souvenir de la bataille de Bouvines, durant laquelle Philippe Auguste, à la tête de l’ost royal, fit battre en retraite, le 27 juillet 1214, l’empereur Otton IV. Cet évènement, qui s’est imposé dans les livres d’histoire comme une sorte d’acte politique fondateur pour la nation française, fut chargé d’une signification univoque : à chaque fois que la France s’est affirmée dans son existence propre, elle l’a fait contre l’Allemagne. Cette idée d’un antagonisme par essence entre Français et Allemands, entre Gaulois et Germains, culmina dans les conflits meurtriers de la première moitié du XXe siècle.

 

Il semble donc légitime, à cet égard, d’interroger l’état actuel de la recherche historique à propos de cette grande période des féodalités, de laquelle sont nées les nations européennes. Si la conception de la Gaule et la Germanie comme ensembles distincts est à bien des égards un héritage romain, avec le topos d’une démarcation matérialisée par le Rhin, gravée dans le marbre par la Guerre des Gaules de César, c’est bien le traité de Verdun de 843 qui doit être considérée comme l’acte initial qui sépare durablement le monde roman du monde germanique. Après une longue période d’ethnogenèse, les Francs avaient traversé le Rhin au milieu du Ve siècle pour fonder l’un des nombreux royaumes germaniques de Gaule. Celui-ci mit près de trois siècles à s’imposer, pour s’étendre, sous le règne de Charlemagne, de la marche d’Espagne jusqu’à l’Elbe et la Saale.

Rivalités fraternelles et territoires composites

À la mort de Louis le Pieux, unique héritier de Charlemagne, l’empire dut être partagé entre ses trois fils. Le 14 février 842, à Strasbourg, le roi Louis, appelé plus tard Louis le Germanique, et le roi Charles le Chauve prêtèrent serment devant leurs armées, jurant de rester fidèles l’un à l’autre, contre leur frère Lothaire. De ce serment résulta, au terme de plusieurs combats, le partage de Verdun. Entre la Francie orientale et la Francie occidentale, on vit dès lors persister des rivalités fraternelles, dont le royaume médian, la Lotharingie, peu à peu morcelée et dépecée, fut le principal objet. Ce n’est qu’après la mort de l’empereur Charles le Gros, fils cadet de Louis le Germanique, en 888, que les ensembles politiques qui devaient traverser le Moyen-Âge commencèrent à suivre chacun leur propre voie.

Dans une analyse nouvelle du Ludwigslied et de la Séquence de sainte Eulalie, Jens Schneider montre combien ces deux témoignages essentiels du processus d’émancipation des langues vernaculaires propre à ces ensembles, s’inscrivaient dans les interactions politiques des deux puissances. Le Ludwigslied fut écrit en francique rhénan, donc à destination des lecteurs germanophones. Il relate les exploits guerriers du jeune roi Louis III, petit-fils de Charles le Chauve, contre les envahisseurs Normands, et doit être compris comme une tentative de légitimation d’un roi apte à combattre les incursions venues du Nord, une menace qui pesait alors sur l’ensemble des royaumes francs, y compris sur la Francie orientale.

À compter du Xe siècle, on vit une distance progressive s’établir, émaillée d’ententes ponctuelles, d’alliances matrimoniales et de conflits sporadiques. Face à la royauté allemande, qui s’est durablement approprié la dignité impériale, les rois de France furent surtout occupés à asseoir leur pouvoir face aux rébellions des princes, à plus forte raison après l’établissement de la nouvelle dynastie ouverte par le couronnement d’Hugues Capet. « Les Capétiens comme les Saliens ont trop à faire avec leurs sujets pour chercher l’affrontement : ils en restent à des ententes passagères contre des princes en position intermédiaire, et ne se préoccupent pas trop l’un de l’autre. Gouvernant des ensembles composites, ces rois du XIe siècle ne contrôlent que peu d’espace, ou ponctuellement et par intermittence. Leurs dispositifs sont, à vrai dire, assez différents : l’empereur a plutôt une trajectoire, le roi une assise. » (p.29)

L’unité du monde « postcarolingien »

Au XIIe siècle, les deux pôles de pouvoir divergent de plus en plus face à l’émergence de nouveaux adversaires. Tandis que la querelle entre les Saliens et la papauté autour de l’investiture des évêques tourna peu à peu au conflit ouvert, les Capétiens furent toujours aux prises avec leurs vassaux, parmi lesquels les puissants ducs de Normandie, détenteurs de la couronne d’Angleterre depuis la conquête de l’île en 1066 et maîtres, à compter de 1154, du duché d’Aquitaine et du grand Anjou. Dans le cadre de ces nouveaux affrontements et des jeux d’alliance qu’ils impliquaient, la confrontation de la France et de l’Empire relevait davantage de la parade d’évitement que de l’opposition. C’est au contraire l’unité de ce monde « postcarolingien » qui s’impose aux yeux des historiens.

« De part et d’autre de la Meuse ou du Rhin, les institutions royales et seigneuriales sont de même type, avec des cours et des osts que les relations féodo-vassaliques comme les élaborations lignagères unissent ou divisent. Les fondamentaux de la justice et de l’interaction sociale y sont les mêmes, en dépit d’authentiques variantes selon les lieux et les moments. […] Partout, au moins à partir du XIIe siècle, l’air de la ville rend libre, au bénéfice tout particulièrement d’une nouvelle élite – faut-il dire bourgeoisie émergente ou patriciat ? – à laquelle rois et princes assurent des franchises. » (p.31-32)

Scène de tournois dans le Codex Manesse, XIVe siècle.
Scène de tournois dans le Codex Manesse, XIVe siècle.

C’est davantage encore à travers l’émergence de la culture savante et de nouvelles formes de civilité que s’affirme la cohérence entre le royaume de France et l’Empire. Dans son article sur l’essor du tournoi chevaleresque et l’invention des armoiries, Jean-François Nieus montre comment, au tournant des XIe et XIIe siècles, les codes et valeurs de la chevalerie, surgis en France, se sont rapidement répandus dans l’espace germanique. Cette civilisation de cour, conditionnant de nouvelles façons d’être, et qui marqua durablement les mentalités médiévales, devait également se répercuter dans un imaginaire commun, dont la cour du Roi Arthur formait l’objet central. Le chapitre que Jean-René Valette consacre aux métamorphoses allemandes de Perceval est particulièrement éclairant.

La guerre des nations n’a pas eu lieu

C’est finalement la rivalité croissante entre les Capétiens et la maison Plantagenêt qui, en 1214, fit s’affronter de nouveau, pour la première fois depuis 978, le roi de France et l’Empereur. Otton IV, le rival Welfe de la dynastie des Hohenstaufen et allié de son oncle Jean sans Terre, se plaça à la tête d’une coalition principalement composée de chevaliers et d’hommes d’armes de la Flandre et du Hainaut ainsi que d’un contingent anglais. Une manière pour cet empereur fortement contesté, en guerre contre un Frédéric de Hohenstaufen soutenu par Philippe Auguste, de redorer son blason. Reprenant les conclusions de sa relecture critique des sources, Dominique Barthélemy rappelle dans son chapitre sur les Allemands à Bouvines, qu’en « bonne logique d’interaction féodale », cet épisode guerrier ainsi que son embellissement littéraire nous montrent d’abord la grande unité du monde militaire français et teuton. « Pour les chevaliers de France, ceux d’Allemagne sont en somme des adversaires de prédilection, qui leur ressemblent beaucoup. La Philippide leur offre une place de choix, préférentielle par rapport à d’autre coalisés de 1214, dans la partie la plus inventée du récit, alors que les chevaliers flamands et les quelques Anglais n’en ont pas été jugés dignes. » (p.225)

Cette bataille, qui n’avait à peu près rien d’un affrontement franco-allemand, n’était donc qu’un épisode isolé, qui ne témoignait ni n’annonçait une opposition structurante pour le développement des deux nations. Il faut en réalité attendre l’affirmation de la maison de Habsbourg et sa rivalité accrue avec la couronne de France à partir du XVIe siècle pour que Bouvines devienne une bataille franco-allemande. C’est également dans ce contexte tardif qu’on voit naître, sous l’influence de l’Humanisme, une opposition stylisée entre Français et Allemands, revitalisée par la lecture des textes romains, notamment de Tacite.

C’est à rebours de cette histoire mythifiée que Michel Zink écrit dans sa préface : « Qui remonte le cours du temps, cherche en vain deux peuples affrontés. Il ne trouvera que des frontières brouillées. » (p.8) Frontières géographiques, frontières culturelles, frontières savantes, érigées par le récit historique dans des territoires qui nous apparaissent avant tout comme des lieux de passage, en rien comparables avec d’autres limites civilisationnelles qui se sont révélées, quant à elles, bien réelles, comme en atteste la troisième croisade, menée en 1190 par l’alliance sacrée de Frédéric Barberousse, Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste.

À travers ses vingt-et-un courts chapitres, qui font la part belle aux documents et à l’iconographie d’époque, cet excellent ouvrage collectif aborde de nombreux évènements et personnages, célèbres ou connus des seuls spécialistes, déclinant l’idée maîtresse d’un noyau carolingien dans l’occident médiéval. Un espace d’équilibre et de créativité dont nous pouvons bien dire qu’il fut l’un des berceaux qui ont vu se propager les traits les plus remarquables de la civilisation européenne.

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15 janvier 2022 6 15 /01 /janvier /2022 00:19
La fin du Temple

Au 13e siècle, l’Ordre du Temple est une multinationale financière et commerciale qui fait tourner l’Europe unie et qui prête de l’argent aux rois dont les caisses sont vides. Voire aux papes, aussi ruinés que les rois…

En deux siècles, le Temple est devenu une banque centrale florissante qui permet aux monarques de financer les croisades et qui payent leurs rançons s’ils sont faits prisonniers. Son siège social est une énorme forteresse qui s’étale sur tout le centre de Paris : le quartier du Temple. Rasé par Philippe le Bel, il n’en reste que des plaques émaillées : rue du Temple, rue Vieille du Temple, rue des Blancs-Manteaux. La puissance de l’Ordre n’est pas que matérielle. Ceux qui y entrent en attendent des bienfaits intérieurs.  Certes les moinillons n’auront pas les mêmes bénéfices spirituels ou financiers que les puissants « pauvres chevaliers ».

Dans l’Ordre, derrière une apparente égalité, et malgré les voeux de pauvreté, il y a des fortunes et des degrés d’initiation très divers. La plupart des moines n’obtiennent jamais le titre de Chevalier, sans parler des grades supérieurs. Très peu de dirigeants savent tous les secrets de l’Ordre. On dit que le Grand Maître officiel était secrètement doublé par un véritable Grand maître, inconnu de presque tous, et qui ne risquait donc pas d’être pris. Ce culte du secret et cette hiérarchie militaire se retrouvent, affadis, chez les Francs Maçons ou les Rose-Croix, qui s’en disent les héritiers. L’initiation la plus haute que confère le Temple dessine une élite spirituelle et temporelle, détentrice des secrets de ce monde et de l’autre. Elle représente le cœur sacré de la Chrétienté, comme le soufisme reste encore le cœur sacré de l’Islam.

Ces Chevaliers Initiés pèsent très lourd dans le destin de l’Europe. Ils contrôlent toutes les routes maritimes connues …et inconnues ! Grâce à d’antiques portulans, ils ont retrouvé le chemin des Amériques et de leurs trésors. Ils y exploitent des mines. Des fortunes considérables en métaux rares et pierres précieuses viennent grossir les confortables bénéfices de leur système bancaire, qui couvre toute l’Europe et le proche Orient. Sous le règne de Philippe le Bel, le Temple est devenu un état dans l’état, qui fait des affaires… d’or. Plus puissant qu’aucun monarque, l’Ordre frappe monnaie, émet des billets à ordre, hérite de maintes fortunes, trafique pierres et métaux précieux, vend des remèdes, des terres, des bijoux, des indulgences et des épices.

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Il fait travailler quatre cents corps de métiers différents dans ses innombrables établissements : artisans, gens de robe et gens d’armes, marchands, apothicaires, guérisseurs, charpentiers, menuisiers, ébénistes, ivoiristes, lapidaires, maçons, sculpteurs, vitraillers, peintres, paveurs, chaque profession avec sa corporation, sa règle, ses usages et ses trois grades : apprenti, compagnon et maître.

Au plus fort de leur règne, les Pauvres Chevaliers sont devenus bâtisseurs, banquiers, soldats, policiers de la route, douaniers, chirurgiens, médecins, pharmaciens, hôteliers, voyagistes et transporteurs. Ils entretiennent des léproseries où les malades les plus contagieux reçoivent soins et nourriture, pouvant même assister à la messe et communier à travers un guichet spécial. Les navires templiers sillonnent les sept mers, faisant claquer au vent la croix pattée rouge. Cette réussite insolente défrise le roi de France, Philippe le Bel, personnage le plus puissant d’Europe… après le Grand Maître du Temple !

Philippe veut la fin du Temple, mais le pape Clément V protège les Pauvres Chevaliers. Jusqu’à un certain point… Jacques de Molay, dernier grand maître du Temple, apprend qu’un complot se trame contre l’Ordre. Juste avant son arrestation, sur son ordre, six lourds chariots sous bonne escorte quittent Paris en pleine nuit par la route de l’ouest. Ces chariots emportent vers une destination inconnue le colossal trésor des Templiers.

Au matin, Jacques de Molay et les principaux dignitaires de l’Ordre sont jetés ès culs de basse-fosse. Après un procès sordide de sept ans, où les aveux des chevaliers sont obtenus sous la torture, où les pires calomnies leurs sont imputées, l’Ordre est enfin dissous et ses biens confisqués. Les dignitaires, jugés coupables d’hérésie, seront brûlés vifs sur le bûcher.

« Le Grand Maître n’ayant plus que la langue libre et presque étouffé de fumée, dit à haute voix : « Clément, juge inique et cruel bourreau, je t’ajourne à comparaître, dans quarante jours, devant le tribunal du Souverain Juge. » (source)

Or Clément V mourut dans les délais annoncés ! Hasard ou non, au fil des siècles cette légende populaire est devenue une véritable tradition. Revue et amplifiée par Maurice Druon dans Les Rois maudits, la malédiction deviendra : « Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! soyez tous maudits jusqu’à la treizième génération de vos races. »

Le compte est bon. Treize générations, pour les Bourbons, c’est Louis XVI décollé par la Terreur. L’échafaud qui répond au bûcher. On dit qu’au moment de l’exécution de Louis XVI, un homme se serait écrié dans la foule : « Jacques de Molay, tu es vengé! »

Même si Druon a exagéré la malédiction, Molay aurait laissé, outre ses imprécations, des consignes précises pour les temps futurs afin que le Temple survive à sa dissolution. Il s’agissait avant tout de récupérer le colossal trésor. Au fait, qu’est-il devenu ?

[Source] http://eden-saga.com/

https://arcturius.org/la-fin-du-temple/

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8 décembre 2021 3 08 /12 /décembre /2021 16:10
Avant la France, l’Espagne et l’Amérique ont tenté d’écraser les esclavagistes arabes

La mémoire fait souvent défaut et certains imaginent que les territoires du Maghreb, Algérie, Maroc et Tunisie, pour ne citer que ceux-là, n’ont jamais subi des tentatives de conquête et même de colonisation partielle.

 

En ce qui concerne ce territoire devenu Algérie, on veut croire que les Français ont décidé subitement de le conquérir en 1830 afin de mettre un point final à la piraterie barbaresque. 

Tout cela n’est pas le reflet exact de la réalité.

 

Déjà, à la moitié du 15e siècle, vers les années 1455/1460, Jacques Cœur fut le ministre des Finances du roi Charles VII. Rarement ministre des Finances, et même ministre tout court, ne sera accusé de tant de méfaits durant l’exercice de sa carrière :

  • D’avoir vendu des armes aux sarrasins.
  • D’avoir troqué du cuivre et de l’argent contre de l’or.
  • D’avoir ramené un esclave de 14 ans sur l’une de ses galères, pour son usage personnel (on ne sait d’ailleurs pas s’il s’agissait d’un ou d’une jeune).
  • D’avoir exigé une commission de 2000 écus à l’envoyé spécial du duc de Bourbon, venu solliciter la main de la princesse Jeanne, fille de Charles VII.
  • D’avoir spéculé sur la valeur des monnaies.

(A la lecture de toutes ces accusations on peut se demander vraiment s’il y avait là de quoi fouetter un chat, quand on vit, comme nous, au XXI siècle !)

Jacques Cœur s’évade du château de Poitiers, où il était retenu prisonnier, en novembre 1454.

On ignore ce qu’il advint de lui durant les deux mois qui suivirent, mais on le retrouve à Rome où tous les honneurs lui sont rendus par le pape Nicolas V, chef spirituel des chrétiens. Il deviendra d’ailleurs amiral des galères du Pape.

Jacques Cœur donc, décide d’installer des comptoirs commerciaux sur la côte africaine pour la nouvelle compagnie qu’il venait de créer : la Compagnie Marseillaise des Concessions d’Afrique. Il met en place un premier comptoir, à 12 km à l’ouest de La Calle, sur cette côte qui deviendra bien plus tard l’Algérie, sous le nom de «Bastion de France».

Il sera donc à l’origine de nos premiers problèmes avec les ottomans qui occupent l’Algérie car, en 1681, l’agha des janissaires turcs, qui détient le pouvoir à Alger, à cause de cette implantation qu’il juge offensante, déclare la guerre à la France. Les «Algériens» de l’époque s’emparent d’un navire royal et vendent son commandant, le chevalier de Beaujois, comme esclave. En représailles, comme on le lira, Duquesne bombardera Alger l’année suivante.

Les juifs Bacri et Busnach, qui furent, selon certains historiens, à l’origine de l’intervention française de 1830, seront, vers la fin du dix-huitième siècle, les représentants de cette Compagnie Marseillaise fondée par Jacques Coeur.

Après une attaque meurtrière et particulièrement sanguinaire du pirate Barberousse contre l’une des îles des Baléares, en 1558, et la destruction totale de la ville de Ciudadela, à 5 km de la capitale Mahon, l’un des plus beaux ports de la méditerranée est réduit en flammes et tous ses habitants sont assassinés aux couteaux et aux sabres : «un des sentiers en pente, où le sang descendait comme un torrent, fut baptisé «es degallador», en souvenir de cet horrible épisode»,

L’empereur Charles-Quint fit construire la forteresse San Felipe et lança sa première attaque contre les ottomans, installés sur les côtes de l’Afrique du Nord.

Est-il nécessaire de rappeler que l’Espagne a occupé Oran, et une petite partie de la côte dont Mers-el-Kébir, dès le 16e siècle et jusqu’en 1792, soit 38 ans avant l’arrivée des Français.

Que les affrontements entre les armées occidentales et les forces ottomanes se sont poursuivis au cours des siècles, et ce n’est peut-être pas fini puisque le dictateur Erdogan a décidé, ou plutôt rêvé, de reconstituer l’Empire ottoman et d’y imposer les lois islamiques des Frères Musulmans.

Erdogan ferait bien de se souvenir :

  • 1565, siège de l’île de Malte par Soliman, repoussé après 4 mois de lutte et plus de 20.000 Turcs abattus par les chevaliers chrétiens.

«Les ottomans considéraient que les guerres les enrichissaient et que la paix les ruinait.»

  • Le 7 octobre 1571, la bataille de Lépante, dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, qui fut une défaite encore plus célèbre que le siège de Malte. Bilan 200 vaisseaux ottomans coulés et plus de 20.000 morts.
  • En 1664, le 30 juin, départ de la flotte de Louis XIV vers Djidjelli afin de défendre ce comptoir de La Calle et mettre, déjà, un terme à la piraterie.
  • La paix durera jusqu’en 1681, date à laquelle la piraterie reprit ses droits.
  • Trois nouvelles expéditions suivirent, sous la direction de l’amiral Duquesne et le drapeau de Louis XIV (1682,1683 et 1685).
  • Une dernière expédition espagnole, en 1775, se dirigea de Carthagène vers Alger mais ce fut un échec total.
  • C’est en 1810 que Napoléon décida de s’attaquer à la piraterie barbaresque des ottomans, aidés de leurs alliés Arabes, et il envoya un espion, l’ingénieur Boutin, qui, après étude, informa l’Empereur que le lieu le plus propice serait la plage de Sidi-Ferruch.

Occupé sur d’autres fronts, Napoléon ne donna pas suite et ce furent les Américains qui, en 1815, passèrent le détroit de Gibraltar afin de s’attaquer vainement à la place forte des Turcs.

Puis en 1816, la marine anglaise tout d’abord et, ensuite, associée à la marine française en 1819 et, enfin, en 1824, une fois encore les Anglais, conduits par l’amiral Neal.

Toutes ces expéditions, entreprises contre un ennemi bien implanté et bien protégé, furent des échecs cuisants, et il fallut attendre 1830 pour qu’enfin une armée prenne pied sur ces vastes territoires, y chasse les ottomans (avec l’aide d’une partie des Arabes) et s’y installe pour 132 années et, après plusieurs années de guerre contre les tribus indigènes, grâce à la colonisation, y construire un pays civilisé et prospère avec des infrastructures, des bâtiments, une agriculture, qui en firent «la vitrine» de toutes les cités méditeranéennes.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.

https://www.dreuz.info/2021/04/04/avant-la-france-lespagne-et-lamerique-ont-tente-decraser-les-esclavagistes-arabes/

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