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25 mai 2024 6 25 /05 /mai /2024 10:26
Nikola Tesla : « La mort n’existe pas… »
La vérité immortelle ! Nikola Tesla : « La mort n’existe pas, et avec cette même connaissance, sa peur disparaît. »
L’interview de Nikola Tesla, cachée pendant 116 ans, vous époustouflera…
L’héritage immortel de Nikola Tesla : la mort défiée, la lumière incarnée

Dans un monde plongé dans les ténèbres, un homme a osé éclairer le chemin vers la lumière éternelle. Nikola Tesla, un nom gravé dans les annales de l’histoire, transcende les frontières de la mortalité avec une révélation qui remet en question l’essence même de notre existence. La mort, telle que nous la connaissons, n’est qu’une illusion. Rejoignez-moi dans un voyage à travers les couloirs énigmatiques de l’esprit de Tesla alors que nous perçons les secrets de l’immortalité et embrassons la vérité radieuse selon laquelle la mort n’existe pas.

Nikola Tesla est un phare de défi contre les ténèbres. Sa profonde perspicacité, voilée sous couvert d’enquête scientifique, dévoile une vérité qui touche au cœur même de la peur humaine : la mort n’existe pas. C’est un concept fabriqué par des esprits mortels entravés par les limites de la perception. Mais Tesla, avec son génie visionnaire, a brisé ces chaînes, révélant une réalité où la vie transcende les limites du temps et de l’espace.

La proclamation de Tesla selon laquelle « aucun homme n’est jamais mort » résonne dans les couloirs de l’éternité, remettant en question les fondements de notre compréhension. Dans son paradigme, la mort n’est qu’une transition, une métamorphose de la conscience en pure lumière. Tel un phénix renaissant de ses cendres, les individus se débarrassent de leurs enveloppes mortelles et émergent comme des êtres lumineux, gravés à jamais dans la tapisserie de l’existence.

La clé de cette transcendance réside dans la conservation de l’énergie humaine – un principe que Tesla a consacré sa vie à démêler. Alors que le monde était émerveillé par ses innovations technologiques, la véritable quête de Tesla se situait dans les domaines de la spiritualité et de la moralité. Il a vu au-delà des pièges matériels de l’existence, fouillant dans l’essence de ce que signifie être humain.

« Je ne cherche pas pour moi mais pour le bien de tous », a déclaré Tesla, incarnant un altruisme rarement vu dans les annales de l’histoire. Ses découvertes, nées non pas d’un gain personnel mais d’un profond désir de soulager la souffrance humaine, détiennent le pouvoir de transformer des vies et d’éclairer le chemin vers une conscience supérieure.

Au cœur de la philosophie de Tesla se trouve le concept de lumière – à la fois littéral et métaphorique. À ses yeux, la lumière symbolise non seulement le point culminant de la compréhension scientifique, mais aussi l’essence de l’illumination spirituelle. Les particules de lumière, postule-t-il, ne sont pas liées par les contraintes de la mortalité mais retournent à leur état d’origine, fusionnant avec les énergies célestes qui imprègnent le cosmos.

C’est cette lumière divine que Tesla a vue à l’intérieur de chaque individu – une étincelle de la flamme éternelle qui nous relie à l’univers lui-même. À travers ses recherches, il a cherché à exploiter cette énergie, non pas pour un gain personnel, mais pour permettre à l’humanité d’atteindre de nouveaux sommets de réalisation spirituelle.

mortMais Tesla n’était pas seul dans sa quête d’immortalité. Il parle du Christ et de quelques privilégiés qui ont saisi le secret de la vie éternelle, transcendant les limites du domaine physique. Ce fut un voyage d’illumination, guidé par la vérité radieuse selon laquelle la mort n’est qu’une porte vers un plan d’existence supérieur.

À notre époque moderne, les enseignements de Tesla résonnent plus profondément que jamais. Dans un monde en proie à la peur existentielle et au malaise spirituel, son message offre une lueur d’espoir – une promesse que la mort n’est pas la fin, mais plutôt un début. En accueillant la lumière en nous, nous pouvons transcender l’illusion de la mortalité et nous éveiller aux possibilités illimitées qui se trouvent au-delà.

Mais l’héritage de Tesla n’est pas simplement une question de spéculation philosophique ; c’est un appel à l’action. Ses découvertes, depuis les principes du courant alternatif jusqu’à la transmission sans fil de l’énergie, ont révolutionné notre façon de vivre et d’interagir avec le monde qui nous entoure. Pourtant, au milieu des merveilles de la technologie moderne, nous ne devons pas perdre de vue les vérités plus profondes que Tesla a cherché à transmettre.

En 1899, Nikola Tesla a réalisé une interview avec un journaliste nommé John Smith, et les idées exprimées par Tesla dans cette interview étaient si révolutionnaires que le contenu de celle-ci a été dissimulé et caché pendant plus de 100 ans.

mortAu cours de l’interview, le scientifique et inventeur a expliqué que « tout est lumière » et que les rayons du soleil peuvent démêler ses visions de l’avenir de l’humanité.

On pensait généralement que Tesla avait inventé des moyens de fournir au monde entier une source d’énergie gratuite et illimitée, mais ses inventions ont été dissimulées par les entreprises en raison de la cupidité et des profits tirés de la combustion de combustibles fossiles pour produire de l’électricité.

Rapports d’UTGL : Une partie de cette interview est consacrée aux critiques de Tesla sur la théorie de la relativité d’Einstein qui rejette l’éther comme énergie. J’ai prouvé dans la nouvelle Théorie de la Loi Universelle pourquoi la théorie de la relativité d’Einstein est entièrement fausse et pourquoi il n’y a pas de vide et que tout est énergie.

 
REMARQUE : Avant de vous plonger dans l’interview captivante de Nikola Tesla, n’oubliez pas de jouer la musique de la vidéo ci-dessous : « Nikola Tesla 369 Code Music with 432 Hz Tuning, Ancient Frequency Healing Music » – Nikola Tesla : Code ce musique 369, avec réglage 432 Hz, musique de guérison des fréquences anciennes. – pour définir l’ambiance émotionnelle idéale. Profitez de cette interview perspicace. Merci.
NIKOLA TESLA : CODES DE MUSIQUE 369
Interview de Nikola Tesla par John Smith
Je confirme ainsi les idées de Tesla exprimées dans cette interview :

Journaliste : M. Tesla, vous avez acquis la gloire de l’homme qui s’est impliqué dans les processus cosmiques. Qui êtes-vous, M. Tesla ?
Tesla : C’est une bonne question, M. Smith, et je vais essayer de vous y donner la bonne réponse.

Journaliste : Certains disent que vous venez du pays de Croatie, de la région appelée Lika, où avec les gens poussent des arbres, des rochers et un ciel étoilé. On dit que votre village natal doit son nom aux fleurs des montagnes et que la maison où vous êtes né se trouve à côté de la forêt et de l’église.
Tesla : Vraiment, tout cela est vrai. Je suis fier de mon origine serbe et de ma patrie , la Croatie.

Journaliste : Les futuristes disent que le XXe et le XXIe siècle sont nés sous la direction de Nikola Tesla. Ils célèbrent à l’inverse le champ magnétique et chantent des hymnes au moteur à induction. Leur créateur s’appelait le chasseur qui captait la lumière dans son filet depuis les profondeurs de la terre, et le guerrier qui capturait le feu du ciel. Le père du courant alternatif fera que la physique et la chimie domineront la moitié du monde. L’industrie le proclamera saint suprême, banquier des plus grands bienfaiteurs. Dans le laboratoire de Nikola Tesla, pour la première fois, un atome est brisé.

Une arme est créée qui provoque les vibrations sismiques. On y découvre des rayons cosmiques noirs. Cinq races le prieront dans le Temple du futur car elles avaient enseigné un grand secret selon lequel les éléments d’Empédocle peuvent être arrosés avec les forces vitales des éthers.
Tesla : Oui, ce sont quelques-unes de mes découvertes les plus importantes. Je suis un homme vaincu. Je n’ai pas accompli la meilleure chose que je pouvais.

Journaliste : Qu’y a-t-il, M. Tesla ?
Tesla : Je voulais éclairer la terre entière. Il y a suffisamment d’électricité pour devenir un deuxième soleil. La lumière apparaîtrait autour de l’équateur, comme un anneau autour de Saturne.

L’humanité n’est pas prête pour le grand et le bien. À Colorado Springs, j’ai inondé la terre d’électricité. Aussi, on peut arroser les autres énergies, comme l’énergie mentale positive. On les trouve dans la musique de Bach ou de Mozart, ou dans les vers de grands poètes. À l’intérieur de la Terre se trouve l’énergie de la Joie, de la Paix et de l’Amour. Leurs expressions sont une fleur qui pousse de la Terre, la nourriture que nous en tirons et tout ce qui fait la patrie de l’homme. J’ai passé des années à chercher comment cette énergie pourrait influencer les gens. La beauté et le parfum des roses peuvent être utilisés comme médicament et les rayons du soleil comme aliment.

La vie a un nombre infini de formes et le devoir des scientifiques est de les trouver dans chaque forme de matière. Trois choses sont essentielles à cet égard. Tout ce que je fais, c’est les rechercher. Je sais que je ne les trouverai pas, mais je ne les abandonnerai pas.

zoroastre
Zoroastre

Journaliste : Quelles sont ces choses ?
Tesla : L’un des problèmes est la nourriture. Quelle énergie stellaire ou terrestre pour nourrir les affamés sur Terre ?

Avec quel vin abreuver tous ceux qui ont soif pour qu’ils puissent se réjouir dans leur cœur et comprendre qu’ils sont des Dieux ?

Une autre chose est de détruire la puissance du mal et de la souffrance dans laquelle passe la vie de l’homme ! Elles surviennent parfois sous forme d’épidémie dans les profondeurs de l’espace. Au cours de ce siècle, la maladie s’est propagée de la Terre à l’Univers.

La troisième chose est : y a-t-il un excès de Lumière dans l’Univers ? J’ai découvert une étoile qui par toutes les lois astronomiques et mathématiques pourrait disparaître et dont rien ne semble modifié. Cette étoile est dans cette galaxie. Sa lumière peut apparaître avec une telle densité qu’elle s’insère dans une sphère plus petite qu’une pomme, plus lourde que notre système solaire. Les religions et les philosophies enseignent que l’homme peut devenir le Christ, le Bouddha et Zoroastre. Ce que j’essaie de prouver est plus sauvage et presque inaccessible. C’est ce qu’il faut faire dans l’Univers pour que chaque être naisse sous la forme du Christ, de Bouddha ou de Zoroastre.

Je sais que la gravité est sujette à tout ce dont vous avez besoin pour voler et mon intention n’est pas de fabriquer des appareils volants (avions ou missiles), mais d’apprendre à un individu à reprendre conscience sur ses propres ailes… Plus loin ; J’essaie de réveiller l’énergie contenue dans l’air. Il y a les principales sources d’énergie. Ce qui est considéré comme un espace vide n’est qu’une manifestation de la matière qui n’est pas éveillée.

Il n’y a pas d’espace vide sur cette planète, ni dans l’Univers. Dans les trous noirs, dont parlent les astronomes, se trouvent les sources d’énergie et de vie les plus puissantes.

Journaliste : Sur la fenêtre de votre chambre de l’hôtel « Valdorf-Astoria », au trente-troisième étage, chaque matin, les oiseaux arrivent.
Tesla : Un homme doit être sentimental envers les oiseaux. C’est à cause de leurs ailes. L’humain les avait autrefois, les réelles et visibles !

Journaliste : Vous n’avez pas arrêté de voler depuis ces jours lointains à Smiljan !
Tesla : Je voulais voler du toit et je suis tombé : les calculs des enfants pourraient être erronés. N’oubliez pas que les ailes jeunesse ont tout dans la vie !

Journaliste : Êtes-vous déjà marié ? On ne sait pas si vous avez de l’affection pour l’amour ou pour une femme. Les photos de jeunesse montrent que vous étiez un bel homme.
Tesla : Oui. Je n’ai pas. Il y a deux points de vue : beaucoup d’affection ou pas du tout. Le centre sert à rajeunir la race humaine. Les femmes pour certaines personnes nourrissent et renforcent leur vitalité et leur esprit. Être célibataire fait la même chose avec les autres. J’ai choisi cette deuxième voie.

Journaliste : Vos admirateurs se plaignent que vous attaquiez la relativité. Ce qui est étrange, c’est votre affirmation selon laquelle la matière n’a pas d’énergie. Tout est imprégné d’énergie, où est-il ?
Tesla : Il y avait d’abord l’énergie, puis la matière.

Journaliste : M. Tesla, c’est comme lorsque vous disiez que vous étiez né de votre père, et non de vous.
Tesla : Exactement ! Qu’en est-il de la naissance de l’Univers ? La matière est créée à partir de l’énergie originelle et éternelle que nous appelons Lumière.
Il a brillé, et sont apparues les étoiles, les planètes, l’homme et tout sur la Terre et dans l’Univers. La matière est une expression de formes infinies de Lumière car l’énergie est plus ancienne qu’elle. Il existe quatre lois de la Création.
La première loi est la source de toutes les intrigues déroutantes et sombres que l’esprit ne peut pas concevoir, ni mesurer par les mathématiques. Dans cette intrigue rentre l’Univers tout entier.
La deuxième loi propage les ténèbres, qui sont la vraie nature de la Lumière, de l’inexplicable et se transforment en Lumière.
La troisième loi est la nécessité pour la Lumière de devenir une question de Lumière.
La quatrième loi est : pas de début ni de fin ; les trois lois antérieures ont toujours lieu et la Création est éternelle.

Journaliste : Dans votre hostilité envers la théorie de la relativité, vous allez jusqu’à donner des conférences contre son Créateur lors de vos fêtes d’anniversaire.
Tesla : Rappelez-vous, ce n’est pas l’espace courbe, mais l’esprit humain qui ne peut pas comprendre l’infini et l’éternité ! Si la relativité a été clairement comprise par son Créateur, il obtiendrait l’immortalité, même physiquement, s’il le voulait.

Je fais partie d’une lumière, et c’est la musique. La Lumière remplit mes cinq sens : je la vois, j’entends, je sens, je touche et je pense. Y penser fait appel à mon sixième sens. Les particules de lumière sont des notes écrites. Un éclair peut être une sonate entière. Mille boules de foudre, c’est un concert… Pour ce concert, j’ai créé une Boule de Foudre, que l’on peut entendre sur les sommets glacés de l’Himalaya. Concernant Pythagore et les mathématiques, un scientifique ne peut et ne doit pas enfreindre ces deux principes. Les nombres et les équations sont des signes qui marquent la musique des sphères. Si Einstein avait entendu ces sons, il n’aurait pas créé de théories sur la relativité. Ces sons transmettent à l’esprit des messages indiquant que la vie a un sens, que l’Univers existe en parfaite harmonie et que sa beauté est la cause et l’effet de la Création. Cette musique est le cycle éternel des cieux stellaires.

La plus petite étoile a terminé la composition et fait également partie de la symphonie céleste. Les battements du cœur de l’homme font partie de la symphonie sur Terre. Newton a appris que le secret réside dans la disposition géométrique et le mouvement des corps célestes. Il a reconnu que la loi suprême de l’harmonie existe dans l’Univers. L’espace courbe est le chaos, le chaos n’est pas la musique. Einstein est le messager du temps du bruit et de la fureur.

Journaliste : M. Tesla, entendez-vous cette musique ?
Tesla : Je l’entends tout le temps. Mon oreille spirituelle est aussi grande que le ciel que nous voyons au-dessus de nous. Mon oreille naturelle j’ai augmenté par le radar. Selon la théorie de la relativité, deux droites parallèles se rencontrent à l’infini. Ainsi, la courbe d’Einstein se redressera. Une fois créé, le son dure pour toujours. Pour un homme, elle peut disparaître mais continue d’exister dans le silence qui est sa plus grande puissance.
Non, je n’ai rien contre M. Einstein. C’est une personne gentille et il a fait beaucoup de bonnes choses, dont certaines feront partie de la musique. Je vais lui écrire et essayer de lui expliquer que l’éther existe et que ses particules sont ce qui maintient l’Univers en harmonie et la vie dans l’éternité.

Journaliste : Dites-moi, s’il vous plaît, dans quelles conditions Angel adopte-t-il la Terre ?
Tesla : J’en ai dix. Gardez de bons dossiers avec vigilance.

Journaliste : Je documenterai tous vos propos, cher M. Tesla.
Tesla : La première exigence d’ajustement consiste en une grande conscience de sa mission et du travail à accomplir. Il doit exister, ne serait-ce que vaguement, dans les premiers jours. Ne soyons pas faussement modestes ; un chêne sait que c’est un chêne, un buisson à côté de lui étant un buisson. Quand j’avais douze ans, j’étais sûr d’arriver à Niagara Falls. Pour la plupart de mes découvertes, je savais dès mon enfance que j’allais les réaliser, même si ce n’est pas tout à fait apparent…
La deuxième condition pour s’adapter est la détermination. Tout ce que je pouvais, je l’ai terminé.

Journaliste : Quelle est la troisième condition d’ajustement, M. Tesla ?
Tesla : Conseils pour toutes les énergies vitales et spirituelles du travail. Donc purification des nombreux effets et besoins de l’homme. Je n’ai donc rien perdu, mais juste gagné.

J’ai donc apprécié chaque jour et chaque nuit. Notez : Nikola Tesla était un homme heureux…
La quatrième exigence d’ajustement concerne l’assemblage physique avec une œuvre.

Journaliste : Que voulez-vous dire, M. Tesla ?
Tesla : Tout d’abord, la maintenance de l’assemblage. Le corps de l’homme est une machine parfaite. Je connais mon circuit et ce qui est bon pour lui. La nourriture que presque tout le monde mange est pour moi nocive et dangereuse. Parfois, je visualise que les chefs du monde entier conspirent tous contre moi… Touche ma main.

Journaliste : Il faisait froid.
Tesla : Oui. La circulation sanguine peut être contrôlée, ainsi que de nombreux processus en nous et autour de nous. Pourquoi as-tu peur, jeune homme ?

Journaliste : C’est une histoire que Mark Twain a écrite sur un mystérieux étranger, ce merveilleux livre de Satan, inspiré par vous.
Tesla : Le mot « Lucifer » est plus charmant. M. Twain aime plaisanter. Quand j’étais enfant, j’ai été guéri une fois en lisant ses livres. Lorsque nous nous sommes rencontrés ici et que nous lui en avons parlé, il a été tellement touché qu’il a pleuré. Nous sommes devenus amis et il venait souvent dans mon laboratoire. Une fois, il m’a demandé de lui montrer une machine qui, par vibration, provoque un sentiment de bonheur. C’était une de ces inventions pour le divertissement, ce que j’aime parfois faire.

J’ai prévenu M. Twain de ne pas rester sous ces vibrations. Il n’a pas écouté et est resté plus longtemps. Il a fini par être, comme une fusée, tenant un pantalon, s’est précipité dans une certaine pièce. C’était diaboliquement drôle, mais j’ai gardé le sérieux.

Mais, pour ajuster le circuit physique, en plus de l’alimentation, le rêve est très important. D’un travail long et épuisant, qui exigeait un effort surhumain, après une heure de sommeil, j’étais complètement rétabli. J’ai acquis la capacité de gérer mon sommeil, de m’endormir et de me réveiller à l’heure que j’ai désignée. Si je fais quelque chose que je ne comprends pas, je m’oblige à y penser dans mon rêve, et ainsi trouver une solution.

La cinquième condition d’ajustement est la mémoire. Peut-être que chez la plupart des gens, le cerveau est le gardien des connaissances sur le monde et des connaissances acquises au cours de la vie. Mon cerveau est engagé dans des choses plus importantes que la mémorisation, il sélectionne ce qui est nécessaire à un moment donné. C’est tout autour de nous. Il ne faut que le consommer. Tout ce que nous avons vu, entendu, lu et appris nous accompagne sous forme de particules lumineuses. Pour moi, ces particules sont obéissantes et fidèles.

Le Faust de Goethe, mon livre préféré, je l’ai appris par cœur en allemand quand j’étais étudiant, et maintenant je sais tout le réciter. J’ai gardé mes inventions pendant des années « dans ma tête », et c’est seulement ensuite que je les ai réalisées.

Journaliste :  Vous avez souvent évoqué le pouvoir de la visualisation.
Tesla : Je devrai peut-être remercier la visualisation – sixième condition d’ajustement – qui est pour tout ce que j’ai inventé. Les événements de ma vie et mes inventions sont réels sous mes yeux, visibles comme chaque événement ou objet. Dans ma jeunesse, j’avais peur de ne pas savoir ce que c’était, mais plus tard, j’ai appris à utiliser ce pouvoir comme un talent et un don exceptionnels. Je l’ai nourri et jalousement gardé. J’ai également fait des corrections par visualisation sur la plupart de mes inventions, et les termine ainsi, par visualisation je résous mentalement des équations mathématiques complexes. Pour ce don que j’ai, je recevrai le rang de Grand Lama au Tibet !

Ma vue et mon ouïe sont parfaites et, oserais-je le dire, plus fortes que les autres. J’entends le tonnerre à cent cinquante milles de distance et je vois dans le ciel des couleurs que les autres ne peuvent pas voir. Cet élargissement de la vision et de l’audition, je l’ai eu quand j’étais enfant. Plus tard, je me suis développé consciemment.

Journaliste : Dans votre jeunesse, vous avez été plusieurs fois gravement malade. Est-ce une maladie et une nécessité d’adaptation ?
Tesla : Oui. C’est souvent le résultat d’un manque d’épuisement ou de force vitale, mais souvent de la purification de l’esprit et du corps des toxines accumulées. Il faut qu’un homme souffre de temps en temps. La source de la plupart des maladies se trouve dans l’esprit. C’est pourquoi l’esprit peut guérir la plupart des maladies. Quand j’étais étudiant, j’ai été malade du choléra qui sévissait dans la région de Lika. J’ai été guéri parce que mon père m’a finalement permis d’étudier la technologie, ce qui était ma vie. Pour moi, l’illusion n’était pas une maladie, mais la capacité de l’esprit à pénétrer au-delà des trois dimensions de la terre.
Je les ai eus toute ma vie et je les ai reçus comme tous les autres phénomènes qui nous entourent. Un jour, quand j’étais enfant, je marchais le long de la rivière avec mon oncle et je disais : « De l’eau sortira la truite, je jetterai une pierre et elle sera coupée. » C’est ce qui est arrivé. Effrayé et étonné, son oncle s’écria : « Vade retro Satan’s ! » C’était un homme instruit et il parlait latin… J’étais à Paris lorsque j’ai vu la mort de ma mère. Dans le ciel, plein de lumière et de musique, flottent de merveilleuses créatures. L’une d’elles avait le caractère d’une mère, qui me regardait avec un amour infini. Lorsque la vision a disparu, j’ai su que ma mère était morte.

Journaliste :  Quel est le septième ajustement, M. Tesla ?
Tesla : La connaissance de la façon dont l’énergie mentale et vitale se transforme en ce que nous voulons et parvient à contrôler tous les sentiments. Les hindous l’appellent Kundalini Yoga. Ces connaissances peuvent être apprises pendant de nombreuses années ou acquises à la naissance. La plupart d’entre elles, je les ai acquises à la naissance. Elles sont en relation la plus étroite avec une énergie sexuelle qui est après la plus répandue dans l’Univers. La femme est la plus grande voleuse de cette énergie, et donc du pouvoir spirituel.

Je l’ai toujours su et j’ai été alerté. De moi-même, j’ai créé ce que je voulais : une machine réfléchie et spirituelle.

Journaliste : Un neuvième ajustement, M. Tesla ?
Tesla : Faites tout ce que vous voulez, n’importe quel jour, à tout moment, si possible, pour ne pas oublier qui nous sommes et pourquoi nous sommes sur Terre. Des gens extraordinaires qui luttent contre la maladie, les privations ou la société qui les blesse avec sa stupidité, ses incompréhensions, ses persécutions et d’autres problèmes que le pays est plein d’un marécage d’insectes, laisse derrière lui sans réclamation jusqu’à la fin du travail. Il existe de nombreux anges déchus sur Terre.

Journaliste : Quelle est la dixième adaptation ?
Tesla :  C’est le plus important. Écrivez que M. Tesla a joué. Il a joué toute sa vie et il a apprécié.

Journaliste : M. Tesla ! Que cela concerne vos découvertes et votre travail ? Est-ce un jeu ?
Tesla : Oui, mon cher garçon. J’ai tellement aimé jouer avec l’électricité ! Je grince toujours des dents quand j’entends parler de celui aussi du Grec qui a volé le feu. Une terrible histoire d’étalon et d’aigles qui lui picorent le foie. Zeus n’a-t-il pas eu assez d’éclairs et de tonnerre et a-t-il été endommagé pour une ferveur ? Il y a un malentendu… La foudre est le plus beau jouet que l’on puisse trouver. N’oubliez pas que dans votre texte ressortez : Nikola Tesla a été le premier homme à découvrir la foudre.

Journaliste : Monsieur Tesla, vous parlez simplement des anges et de leur adaptation à la Terre.
Tesla : Le suis-je ? C’est la même chose. On pourrait écrire ceci : il a osé prendre sur lui les prérogatives d’Indri, de Zeus et de Péron. Imaginez l’un de ces dieux vêtu d’un costume de soirée noir, avec un chapeau melon et portant des gants de coton blanc, préparant les éclairs, les incendies et les tremblements de terre à l’élite de New York !

Journaliste : Les lecteurs adorent l’humour de notre journal. Mais vous me confondez en affirmant que vos découvertes, qui présentent d’immenses avantages pour les gens, représentent le jeu. Beaucoup le désapprouveront.
Tesla :  Cher M. Smith, le problème est que les gens sont trop sérieux. S’ils ne l’étaient pas, ils seraient plus heureux et auraient vécu beaucoup plus longtemps. Un proverbe chinois dit que « le sérieux réduit la vie« . En visitant l’auberge, Tai Pe a deviné qu’il visitait le palais impérial. Mais pour que les lecteurs du journal ne froncent pas les sourcils, revenons aux choses qu’ils considèrent comme importantes.

Journaliste : Ils adoreraient connaître votre philosophie.
Tesla : La vie est un rythme qui doit être compris. Je ressens le rythme, je dirige dessus et je me dorlote. Cela m’a été très reconnaissant et m’a donné les connaissances que j’ai. Tout ce qui vit est lié à une relation profonde et merveilleuse : l’homme et les étoiles, les amibes et le soleil, le cœur et la circulation d’une infinité de mondes. Ces liens sont incassables, mais ils peuvent être apprivoisés, apaisés et commencer à créer des relations nouvelles et différentes dans le monde, sans pour autant violer les anciennes.

La connaissance vient de l’espace ; notre vision est son ensemble le plus parfait. Nous avons deux yeux : le terrestre et le spirituel. Il est recommandé qu’il devienne un œil. L’univers est vivant dans toutes ses manifestations, comme un animal pensant.

La pierre est un être pensant et sensible, comme une plante, une bête et un homme. Une étoile qui brille demande à être regardée, et si nous ne sommes pas assez égocentriques, nous comprendrons son langage et son message. Sa respiration, ses yeux et ses oreilles de l’homme doivent se conformer à la respiration, aux yeux et aux oreilles de l’Univers.

Journaliste : Pendant que vous dites cela, il me semble que j’entends des textes bouddhistes, des mots ou des Parazulzusa taoïstes.
Tesla : C’est vrai ! Cela signifie qu’il existe une connaissance générale et une vérité que l’homme a toujours possédées. D’après mon ressenti et mon expérience, l’Univers n’a qu’une seule substance et une seule énergie suprême avec un nombre infini de manifestations de vie. Le mieux est que la découverte d’une nature secrète révèle l’autre.

On ne peut pas se cacher, il y en a autour de nous, mais nous leur sommes aveugles et sourds. Si nous nous lions émotionnellement à eux, ils viennent eux-mêmes à nous. Il y a beaucoup de pommes, mais un Newton. Il n’a demandé qu’une seule pomme qui est tombée devant lui.

Journaliste : Une question qui pourrait être posée au début de cette conversation. Qu’est-ce que l’électricité pour vous, cher M. Tesla ?
Tesla : Tout est électricité. La première était la source de lumière, sans fin, à partir de laquelle on pointe la matière et on la distribue sous toutes les formes qui représentent l’Univers et la Terre avec tous ses aspects de la vie. Le noir est le vrai visage de la Lumière, mais nous ne le voyons pas. C’est une grâce remarquable envers l’homme et les autres créatures. L’une de ses particules possède une énergie lumineuse, thermique, nucléaire, radiologique, chimique, mécanique et non identifiée.
Il a le pouvoir de faire tourner la Terre sur son orbite. C’est un véritable levier d’Archimède.

Journaliste : M. Tesla, vous êtes trop favorable à l’électricité.
Tesla : Électricité, je le suis. Ou, si vous préférez, je suis l’électricité sous forme humaine. Vous êtes aussi l’électricité, M. Smith, mais vous ne vous en rendez pas compte.

Journaliste : Est-ce donc votre capacité à permettre des coupures électriques d’un million de volts à travers votre corps ?
Tesla : Imaginez un jardinier attaqué par des herbes. Ce serait en effet fou. Le corps et le cerveau de l’homme sont constitués d’une grande quantité d’énergie ; chez moi, il y a la majorité de l’électricité. L’énergie qui est différente chez chacun est ce qui constitue le « je » ou « l’âme » humaine. Pour les autres créatures, l’« âme » de la plante est, par essence, l’« âme » des minéraux et des animaux.

Le fonctionnement cérébral et la mort se manifestent dans la lumière. Mes yeux dans ma jeunesse étaient noirs, maintenant bleus, et à mesure que le temps passe et que le cerveau se renforce, ils se rapprochent du blanc. Le blanc est la couleur du ciel. Un matin, par ma fenêtre, une colombe blanche a atterri et je l’ai nourrie. Elle voulait m’annoncer qu’elle était mourante. De ses yeux sortaient des jets de lumière. Jamais dans les yeux d’aucune créature je n’avais vu autant de lumière que dans celui de ce pigeon.

Journaliste : Le personnel de votre laboratoire parle d’éclairs de lumière, de flammes et d’éclairs qui se produisent si vous êtes en colère ou si vous prenez des risques.
Tesla : C’est la décharge psychique ou un avertissement pour être vigilant. La lumière était toujours de mon côté. Savez-vous comment j’ai découvert le champ magnétique tournant et le moteur à induction, qui m’ont rendu célèbre à vingt-six ans ? Un soir d’été à Budapest, j’ai regardé le coucher du soleil avec mon ami Sigetijem.

Des milliers de feux tournaient dans des milliers de couleurs flamboyantes. Je me suis souvenu de Faust et j’ai récité ses vers et puis, comme dans un brouillard, j’ai vu un champ magnétique en rotation et un moteur à induction. Je les ai vus au soleil !

Journaliste : Le service de l’hôtel raconte qu’au moment de la foudre, vous vous isolez dans la chambre et vous parlez entre vous.
Tesla : Je parle avec les éclairs et le tonnerre.

Journaliste : Avec eux ? Quelle langue, M. Tesla ?
Tesla : Principalement ma langue maternelle. Il a les mots et les sons, surtout en poésie, qui lui conviennent.

Journaliste : Les lecteurs de notre magazine seraient très reconnaissants si vous pouviez interpréter cela.
Tesla : Le son n’existe pas seulement dans le tonnerre et les éclairs, mais dans une transformation en luminosité et en couleur. Une couleur peut être entendue. Le langage est fait de mots, ce qui veut dire qu’il est fait de sons et de couleurs. Chaque tonnerre et chaque éclair sont différents et portent leur nom. J’appelle certains d’entre eux par les noms de ceux qui ont été proches de ma vie, ou par ceux que j’admire.

Dans la clarté du ciel et le tonnerre vivent ma mère, ma sœur, mon frère Daniel, le poète Jovan Jovanovic Zmaj et d’autres personnages de l’histoire serbe. Des noms comme Isaïe, Ezéchiel, Léonard, Beethoven, Goya, Faraday, Pouchkine et tous les feux ardents marquent des bancs et des enchevêtrements d’éclairs et de tonnerre, qui n’arrêtent pas toute la nuit d’apporter sur la Terre une pluie précieuse et de brûler des arbres ou des villages.

Il y a des éclairs et du tonnerre, et ce sont les plus brillants et les plus puissants qui ne disparaîtront pas. Ils reviennent et je les reconnais parmi des milliers.

Journaliste :  Pour vous, science ou poésie, c’est la même chose ?
Tesla : Ce sont les deux yeux d’une seule personne. William Blake a appris que l’Univers est né de l’imagination, qu’il subsiste et qu’il existera aussi longtemps qu’il y aura un dernier homme sur Terre. Il s’agissait d’une roue sur laquelle les astronomes pouvaient rassembler les étoiles de toutes les galaxies. C’est l’énergie créatrice identique à l’énergie lumineuse.

Journaliste : Pour vous, l’imagination est plus réelle que la vie elle-même ?
Tesla : Cela donne naissance à la vie. J’ai nourri mon enseignant; J’ai appris à contrôler mes émotions, mes rêves et mes visions. Je l’ai toujours chéri, tout comme j’ai nourri mon enthousiasme. J’ai passé toute ma longue vie en extase. C’était la source de mon bonheur. Cela m’a aidée pendant toutes ces années à supporter le travail, ce qui a suffi pour cinq vies. Le mieux est de travailler la nuit, à cause de la lumière stellaire et des liens étroits.

Journaliste : Vous avez dit que je suis, comme tout être, la Lumière. Cela me flatte, mais j’avoue que je ne comprends pas bien.
Tesla : Pourquoi auriez-vous besoin de comprendre, M. Smith ? Il suffit d’y croire. Tout est léger. Dans l’un, son rayon est le destin des nations, chaque nation a son propre rayon dans la grande source de lumière que nous voyons comme le soleil. Et rappelez-vous : personne qui était là n’est mort. Ils se sont transformés en lumière et, en tant que tels, existent toujours. Le secret réside dans le fait que les particules lumineuses retrouvent leur état d’origine.

Journaliste : C’est la résurrection !
Tesla : Je préfère l’appeler : retour à une énergie antérieure. Christ et plusieurs autres connaissaient le secret. Je cherche comment préserver l’énergie humaine. Ce sont des formes de Lumière, parfois droites comme une lumière céleste. Je ne l’ai pas recherché pour moi-même, mais pour le bien de tous. Je crois que mes découvertes rendent la vie des gens plus facile et plus supportable, et les orientent vers la spiritualité et la moralité.

Journaliste : Pensez-vous que le temps puisse être aboli ?
Tesla : Pas tout à fait, car la première caractéristique de l’énergie est qu’elle se transforme. Il est en perpétuelle transformation, comme des nuées de taoïstes. Mais il est possible de tirer parti du fait qu’un homme conserve sa conscience après la vie terrestre. Dans tous les coins de l’univers existe l’énergie de la vie ; l’un d’eux est l’immortalité, dont l’origine est extérieure à l’homme et qui l’attend.

L’univers est spirituel ; nous n’en sommes qu’à la moitié. L’Univers est plus moral que nous car nous ne connaissons pas sa nature et comment harmoniser nos vies avec elle. Je ne suis pas un scientifique, la science est peut-être le moyen le plus pratique de trouver la réponse à la question qui me hante toujours et que mes jours et mes nuits ont transformé en feu.

Journaliste : Qu’est-ce qu’il y a ?
Tesla : Comment vos yeux s’éclairent-ils !… Ce que je voulais savoir, c’est : qu’arrive-t-il à une étoile filante lorsque le soleil s’éteint ? Les étoiles tombent comme de la poussière ou des graines dans ce monde ou dans d’autres mondes, et le soleil se disperse dans nos esprits, dans la vie de nombreux êtres, ce qui renaîtra comme une nouvelle lumière, ou vent cosmique dispersé dans l’infini.

Je comprends que cela est nécessaire et inclus dans la structure de l’Univers. Le problème, c’est qu’une de ces étoiles et un de ces soleils, même le plus petit, préservent.

Journaliste : Mais, Monsieur Tesla, vous réalisez que cela est nécessaire et inscrit dans la constitution du monde !
Tesla : Quand un homme souffre d’une commotion cérébrale ; que son objectif le plus élevé doit être de courir vers une étoile filante et d’essayer de la capturer ; comprendra que sa vie lui a été donnée à cause de cela et sera sauvé. Les étoiles finiront par pouvoir attraper !

Journaliste : Et que va-t-il se passer alors ?
Tesla : Le créateur rira et dira : « Il suffit que vous la poursuiviez et que vous l’attrapiez. »

Journaliste : Tout cela n’est-il pas contraire à la douleur cosmique dont vous parlez si souvent dans vos écrits ? Et qu’est-ce que c’est une douleur cosmique ?

Nikola Tesla
Mémorial de Nikola Tesla à Smiljan en Croatie

 

Tesla : Non, parce que nous sommes sur Terre… C’est une maladie dont la grande majorité des gens ignorent l’existence. D’où bien d’autres maladies, souffrances, mal, misère, guerres et tout ce qui fait de la vie humaine une condition absurde et horrible. Cette maladie ne peut pas être complètement guérie, mais la sensibilisation doit la rendre moins compliquée et moins dangereuse. Chaque fois qu’un de mes proches était blessé, je ressentais une douleur physique. C’est parce que nos corps sont constitués d’un matériau similaire et liés à notre âme avec des brins incassables. Une tristesse incompréhensible qui nous envahissait parfois fait que quelque part, de l’autre côté de cette planète, un enfant ou un homme généreux est mort.

L’Univers tout entier est à certaines périodes malade de lui-même et de nous. La disparition d’une étoile et l’apparition de comètes nous affectent plus que nous ne pouvons l’imaginer. Les relations entre les créatures sur Terre sont encore plus fortes, car à cause de nos sentiments et de nos pensées, la fleur parfumera encore plus belle ou tombera dans le silence.

Ces vérités, nous devons les apprendre pour être guéris. Le remède est dans nos cœurs et également dans le cœur des animaux que nous appelons l’Univers.

En fin de compte, l’héritage de Tesla transcende les limites du temps et de l’espace, résonnant dans les couloirs de l’éternité comme un témoignage de l’esprit indomptable de l’âme humaine. La mort, telle que nous la connaissons, n’est qu’une illusion passagère, une ombre projetée par l’éclat de notre propre lumière divine. Et en embrassant cette vérité, nous nous embarquons dans un voyage vers l’immortalité, guidés par la sagesse de l’une des plus grandes sommités de l’histoire.

Medea Greere
Journaliste indépendant
Pour : amg-news.com
 
Vous pouvez reproduire librement cet article et le retransmettre, si vous ne le modifiez pas et citez la source : www.energie-sante.net

 

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 07:54
Nikola Tesla : Mes inventions (Fin)

                                                MES INVENTIONS

Chapitre VI
La Science des « Téléautomates »
(ou, de ce que nous appelons aujourd’hui, la robotique)



Aucun problème sur lequel je me sois jamais penché ne m’a demandé autant de concentration mentale et les nerfs les plus ténus de mon cerveau n’ont jamais été mis si dangereusement sous tension qu’avec ce système, fondé sur le Transmetteur Amplificateur. J’ai mis toute la force et la vigueur de la jeunesse dans mes travaux de recherches sur le champ en rotation, mais ces premiers travaux étaient d’un caractère différent. Bien qu’ils fussent fatigants à l’extrême, ils ne demandaient pas un discernement aussi pointu et épuisant que celui que je dus mettre en oeuvre en attaquant les nombreux problèmes énigmatiques de la transmission sans fil.

Malgré mon endurance physique exceptionnelle, à cette époque, mes nerfs abusés ont fini par se rebeller et je tombai dans une profonde dépression, alors que la fin de mes travaux longs et difficiles était presque en vue. Il ne fait aucun doute que j’aurais certainement dû payer une plus grosse rançon plus tard, et que très probablement ma carrière se serait terminée prématurément, si la providence ne m’avait pas équipée d’une soupape de sécurité qui, apparemment, s’est renforcée avec l’âge, et qui se met immanquablement en route lorsque je suis à bout de forces. Aussi longtemps qu’elle fonctionne, je ne cours aucun risque, même en cas de surmenage, ce qui n’est pas le cas d’autres inventeurs et, soit dit en passant, je n’ai pas besoin de prendre les vacances qui sont indispensables à la plupart des gens. Lorsque je suis sur le point de l’épuisement, je fais tout simplement comme les Noirs qui, « tout naturellement s’endorment pendant que les Blancs se font du souci. » En ce qui me concerne, j’avancerai la théorie suivante : mon corps accumule probablement petit à petit une quantité définie d’un agent toxique et je sombre alors dans un état quasi léthargique qui dure exactement une demi-heure et pas une minute de plus. À mon réveil, il me semble que les événements qui eurent lieu juste avant, datent d’il y a très longtemps, et si j’essaie de reprendre le fil de mes pensées, je ressens une véritable nausée mentale. Je me tourne alors inconsciemment vers d’autres travaux et je suis surpris de ma fraîcheur d’esprit et de la facilité avec laquelle je surmonte les obstacles qui m’avaient déconcerté auparavant. Après quelques semaines, voire quelques mois, ma passion pour le travail que j’avais temporairement délaissé revient et je trouve alors toujours les réponses aux questions épineuses, sans faire beaucoup d’efforts. À ce propos, laissez-moi vous raconter une expérience extraordinaire qui pourrait intéresser les étudiants en psychologie.

J’avais obtenu un effet renversant avec mon transmetteur relié à la terre, et j’essayais de trouver la véritable portée des courants transmis à travers la Terre. L’entreprise semblait désespérante, et j’y ai travaillé pendant plus d’un an sans jamais m’arrêter, mais en vain. Ces études approfondies m’ont tellement absorbé que j’en oubliais tout le reste, même ma santé minée. Finalement, lorsque je fus sur le point de m’écrouler, la nature déclencha le mécanisme de survie en m’entraînant dans un sommeil léthargique. Lorsque je repris mes esprits, je réalisai avec consternation que j’étais incapable de visualiser des scènes de ma vie, sauf celles de mon enfance, soit les toutes premières qui s’étaient inscrites dans ma conscience. Assez curieusement, celles-ci se présentèrent à ma vue avec une netteté étonnante et me procurèrent un soulagement bienvenu. Soir après soir, quand je me retirais pour y penser, de plus en plus de scènes de ma prime jeunesse se révélèrent à moi. L’image de ma mère était toujours le personnage central dans ce film qui se déroulait lentement, et je fus graduellement envahi par un désir de plus en plus fort de la revoir. Ce sentiment devint tellement puissant que je décidai de laisser tomber tout mon travail pour satisfaire mes envies. J’eus toutefois trop de mal à quitter le laboratoire, et plusieurs mois passèrent, au cours desquels je réussis à revivre toutes les impressions de ma vie jusqu’au printemps 1892. Dans l’image suivante qui surgit hors du brouillard de l’oubli, je me vis moi-même à l’Hôtel de la Paix à Paris, alors que j’émergeai d’un de ces petits sommes singuliers, qui avait été provoqué par des efforts mentaux prolongés. Imaginez la douleur et la détresse que je ressentis, lorsque je me souvins de la scène où l’on me remettait un télégramme m’annonçant la triste nouvelle que ma mère était en train de mourir. Je me rappelai mon long voyage du retour, au cours duquel je ne pus prendre une heure de repos, et sa mort après des semaines d’agonie ! Il est tout de même étonnant que durant toute cette période d’amnésie partielle, j’aie été parfaitement conscient de tout ce qui avait affaire avec mes recherches. Je pouvais me rappeler les moindres détails et les observations les plus insignifiantes de mes expériences, et même réciter des pages entières d’un texte et des formules mathématiques complexes. Je crois fermement en la loi de la compensation. Les justes récompenses sont toujours proportionnelles au travail et aux sacrifices. C’est une des raisons pour lesquelles je suis persuadé que parmi toutes mes inventions, le Transmetteur Amplificateur sera reconnu comme une pièce maîtresse et qu’il sera très utile aux générations futures. Ce qui me pousse à énoncer cette prédiction n’est pas tant l’idée d’une révolution commerciale et industrielle qu’il ne manquera pas d’entraîner, mais ce sont les conséquences humanitaires de toutes les applications qu’il va permettre. L’évaluation de sa simple utilité pèse moins sur la balance que les bénéfices que l’humanité va en tirer. Nous sommes confrontés à d’énormes problèmes que nous ne pourrons pas résoudre si nous ne nous occupons que, peu ou prou, de notre existence matérielle. Au contraire, les progrès dans cette direction sont parsemés de risques et de dangers qui ne sont pas moins menaçants que ceux issus du désir et de la souffrance. Si nous pouvions libérer l’énergie atomique ou trouver quelque autre moyen pour obtenir de l’énergie bon marché en quantité illimitée en tout point du globe, cet exploit, au lieu d’être une bénédiction, serait une catastrophe pour l’humanité, car il sèmera le désaccord et l’anarchie qui finalement conduira à l’intronisation de l’odieux régime totalitaire. Le plus grand bien viendra des progrès technologiques visant essentiellement l’unification et l’harmonie, comme mon transmetteur radio. Il permettra de reproduire, n’importe où, la voix et les images humaines et de fournir aux usines une électricité venant de chutes d’eau à des milliers de kilomètres ; les aéronefs pourront faire le tour du monde sans escale et l’énergie solaire pourra servir à créer des lacs et des rivières qui produiront de l’énergie motrice et transformeront des régions arides en terres fertiles. Son introduction dans la télégraphie et la téléphonie va automatiquement mettre un terme aux parasites et à toutes les autres interférences qui, aujourd’hui, limitent étroitement les applications de la technologie radio. Cela étant un sujet d’actualité, quelques mots supplémentaires s’imposent.

Durant cette dernière décennie, bon nombre de personnes ont prétendu avec arrogance avoir réussi à résoudre ce problème de parasites. J’ai soigneusement examiné tous les descriptifs et ai testé la plupart de leurs théories bien avant qu’elles ne fussent publiées, mais les résultats furent tous négatifs. Une déclaration officielle récente de la Marine US pourrait peut-être apprendre, à quelques journalistes dupés, comment estimer ces déclarations à leur juste valeur. En règle générale, ces théories reposent sur des arguments tellement fallacieux que je ne peux m’empêcher de sourire lorsqu’elles me tombent entre les mains. Une nouvelle découverte fut annoncée très récemment dans un vacarme de trompettes assourdissant, mais il s’avéra bientôt qu’une fois de plus, la montagne avait accouché d’une souris. Cela me fait penser à un incident déconcertant, qui a eu lieu au temps où je faisais mes expérimentations avec des courants de haute fréquence. Steve Brodie venait tout juste de sauter du pont de Brooklyn. Cet exploit a depuis été déprécié parce qu’il est devenu populaire, mais sa première annonce avait électrisé New York. J’étais très impressionnable à l’époque, et je parlais souvent de ce courageux imprimeur. Un après-midi, alors qu’il faisait très chaud, je ressentis le besoin de me rafraîchir, et je franchis le seuil de l’un de ces trente mille établissements populaires que comptait cette grande ville, où l’on servait une boisson à 12° délicieuse, qu’aujourd’hui l’on ne trouve plus que dans les pays pauvres et dévastés d’Europe. La clientèle était nombreuse et pas particulièrement distinguée ; on parlait d’un sujet qui me donna l’occasion fortuite de dire impromptu : « C’est exactement ce que je disais lorsque j’ai sauté du pont ». Dès que j’eus prononcé ces mots, je me sentis comme le compagnon de Timotheus dans le poème de Schiller. En un instant il y eut un désordre indescriptible et une douzaine de voix hurlèrent : « C’est Brodie ! » J’ai jeté une pièce de 25 cents sur le comptoir et me suis précipité vers la porte, mais j’avais la foule à mes trousses qui criait : « Arrêtez-vous, Steve ! » Il y a sûrement eu un malentendu, car beaucoup de personnes essayèrent de m’arrêter dans ma course folle pour trouver un refuge. J’ai tourné plusieurs coins de rues et j’ai heureusement réussi – grâce à un escalier de secours – à rejoindre mon laboratoire, où je jetai mon manteau, me camouflai en forgeron laborieux et allumai la forge. Cette mise en scène s’avéra toutefois inutile ; j’avais semé mes poursuivants. Toutefois, pendant plusieurs années, lorsque, couché sur mon lit la nuit, mon imagination transformait les menus incidents de la journée en spectres, je me demandais ce que je serais devenu si cette meute m’avait attrapé et découvert que je n’étais pas Steve Brodie !

L’ingénieur qui, dernièrement, a expliqué devant une assemblée de techniciens un nouveau moyen pour venir à bout des parasites, se basant sur « une loi de la nature jusqu’ici inconnue », semble avoir été aussi imprudent que moi-même, lorsqu’il prétendit que ces perturbations se propagent verticalement, alors que celles d’un transmetteur se déplacent sur la surface de la Terre. Ce qui voudrait dire qu’un condensateur comme l’est la Terre elle-même, avec son enveloppe gazeuse pourrait se charger et se décharger d’une manière plutôt contraire aux enseignements fondamentaux des livres de physique élémentaires. Du temps de Franklin déjà, une telle hypothèse aurait été jugée fausse, parce qu’il était alors connu que l’électricité atmosphérique et celle produite par les machines étaient identiques. Manifestement, les perturbations naturelles et artificielles se propagent à travers la terre et l’air exactement de la même manière, et les deux produisent des forces électromotrices, dans le sens vertical comme horizontal. Aucune des méthodes avancées ne pouvait venir à bout des interférences. À vrai dire, la tension dans l’air augmente à raison d’environ 150 volts par mètre d’altitude, et c’est pourquoi on obtient une différence de tension de 20 000 voire de 40 000 volts entre la base et le sommet de l’antenne. L’atmosphère chargée se trouve en perpétuel mouvement ; elle transmet de l’électricité au conducteur de manière intermittente, et non continue, ce qui produit des crissements dans un récepteur téléphonique sensible. Cet effet sera d’autant plus prononcé que l’antenne sera longue et que l’espace entouré par les fils sera grand ; toutefois, il faut bien comprendre que ce phénomène est seulement local et qu’il n’a rien à voir avec le véritable problème. En 1900, alors que je perfectionnai mon système radio, un de mes appareils comptait quatre antennes. Elles étaient parfaitement étalonnées sur la même fréquence et reliées en parallèle, dans le but d’amplifier les effets lors de la réception des signaux depuis toutes les directions. Pour déterminer l’origine des impulsions transmises, je mettais chaque paire diagonale en série avec une bobine primaire qui fournissait de l’énergie au circuit de détection. Dans le premier cas, le souffle dans le téléphone était important et dans le second il cessa, comme je m’y attendais, les deux antennes se neutralisant l’une l’autre ; cependant, les véritables parasites étaient bien présents dans les deux cas, et je dus prendre des mesures spéciales, associées à d’autres principes.

Comme je l’avais déjà proposé il y a longtemps, ces bruits dus à l’atmosphère chargée, qui sont très importants dans les dispositifs que l’on construit aujourd’hui, disparaissent totalement, lorsque l’on utilise des récepteurs reliés en deux points à la terre, et par ailleurs, les risques de toutes sortes d’interférences sont réduits de moitié à cause du caractère directionnel du circuit. Ce qui était évident en soi, arriva comme une révélation pour quelques sans-filistes simples d’esprit, qui expérimentaient avec des appareils susceptibles d’être perfectionnés sans faire dans la dentelle, et qui étaient construits selon des principes mal compris. S’il était vrai que les bruits de friture sont aussi capricieux, il serait simple de s’en débarrasser en se passant des antennes. Mais en fait, un fil enterré dans le sol, donc en théorie parfaitement immunisé, est plus sensible à certaines impulsions extérieures qu’un fil placé à la verticale. Il faut être honnête ; de légers progrès ont déjà été réalisés, non en vertu d’une technique ou d’un appareil en particulier, mais tout simplement en abandonnant les énormes structures qui étaient déjà mauvaises pour la transmission, et parfaitement inadaptées pour la réception, et en adoptant un type de récepteur plus adéquat. Comme je l’ai déjà dit dans un article précédent, il faut entreprendre des changements radicaux dans ce système, si l’on veut se débarrasser de ces problèmes une fois pour toutes, et le plus tôt sera le mieux.

Ce serait en effet catastrophique si le corps législatif prenait hâtivement des mesures accordant son monopole à l’État, en ce temps où la technique est encore balbutiante et où sa plus grande majorité, y compris les experts, n’ont aucune idée de ses possibilités finales. C’est néanmoins ce qu’a proposé précisément, il y quelques semaines, le secrétaire d’État Daniels, et il ne fait aucun doute que la demande de cet officiel distingué fut présentée au Sénat et à la Chambre des Représentants de manière tout à fait convaincante. Toutefois, il est universellement reconnu que les meilleurs résultats s’obtiennent toujours dans une compétition commerciale saine. Il existe cependant des raisons exceptionnelles qui pourraient justifier du développement libre de la technologie sans fil. Premièrement, elle offre des perspectives autrement plus importantes et plus vitales pour l’amélioration de la condition humaine que n’importe quelle autre invention ou découverte dans l’histoire de l’humanité. Deuxièmement, il faut avouer que cette technique superbe a été entièrement développée ici et peut être appelée de plein droit « américaine », à l’inverse du téléphone, de l’ampoule à incandescence ou de l’avion. Des agents de presse et des courtiers en bourse aventureux ont tellement bien semé la désinformation, que même un périodique aussi réputé que le Scientific American a attribué ses plus grands mérites à un pays étranger. Les Allemands, bien sûr, nous ont apporté les ondes hertziennes, et les experts russes, anglais, français et italiens n’ont pas lésiné à les utiliser pour leur transmission de signaux. Il n’est pas étonnant qu’ils aient appliqué cette nouveauté dans ce but, mais ils se sont servi de la vieille bobine à induction classique et désuète, qui ne vaut guère plus que l’héliographe. Le rayon de transmission était très limité, les résultats obtenus de peu de valeur, et pour transmettre les informations, les oscillations hertziennes auraient pu être remplacées à l’avantage par des ondes sonores, comme je le disais déjà en 1891. En outre, tous ces efforts ont été menés trois ans après que les principes de bases du système radio – utilisés partout dans le monde aujourd’hui – et ses potentiels furent clairement décrits et développés en Amérique. Aujourd’hui, il ne reste rien des dispositifs et méthodes hertziens. Nous avons travaillé dans la direction opposée et ce que nous avons obtenu est le fruit des cerveaux et des efforts de citoyens de ce pays. Les brevets fondamentaux sont tombés dans le domaine public et chacun peut en disposer librement. L’argument suprême du Secrétaire d’État est basé sur les interférences. D’après lui, comme le dit le New York Herald du 29 juillet, les signaux d’une station puissante peuvent être captés dans chaque village sur cette Terre. En vertu de quoi, et comme je l’avais déjà démontré avec mes expérimentations en 1900, cela ne servirait pas à grand chose d’imposer des restrictions à l’intérieur des États-Unis.

Pour éclaircir ce point je dirais que tout récemment, je fus abordé par un gentleman bizarre qui voulait faire appel à mes services pour la construction de transmetteurs mondiaux dans un lointain pays. « Nous n’avons pas d’argent », dit-il, « mais des cargaisons d’or dont nous vous offrirons une grande part ». Je lui répondis que je voulais d’abord voir ce qui adviendrait de mes inventions en Amérique, et cela mit fin à notre entretien. Je suis convaincu, toutefois, que certaines forces de l’ombre sont à l’oeuvre et, à mesure que le temps passe, il sera de plus en plus difficile d’avoir des communications ininterrompues. La seule chose qui puisse sauver la situation serait un système immunisé contre toute sorte d’interférences. Un tel système a déjà été perfectionné, il existe, il suffit de le rendre opérationnel.

Le terrible conflit (la première Guerre Mondiale, ndlt) plane toujours dans la plupart des esprits, et il se pourrait que l’on attache dorénavant la plus haute importance au Transmetteur Amplificateur en tant que système d’attaque ou de défense, et plus particulièrement en connexion avec les ‘Téléautomates’. Cette invention est un aboutissement logique des observations que j’ai faites durant mon enfance et perpétuées ma vie durant. Lorsque les premiers résultats furent publiés, l’Elerctrical Review dit dans un éditorial, qu’elle serait un « des plus importants facteurs de progrès et de civilisation de l’humanité ». Cette prédiction ne saurait tarder à devenir réalité. Elle fut proposée au gouvernement en 1898 et en 1900 ; il aurait pu l’adopter si j’avais été du genre à frapper à toutes les portes. À cette époque, je pensais vraiment qu’elle était capable de mettre fin à la guerre, parce qu’elle a un pouvoir destructif illimité et qu’elle peut se passer de la participation active de l’élément humain. Toutefois, bien que je n’aie pas perdu foi en ses potentiels, mon avis, lui, a changé depuis.

La guerre ne pourra pas être éradiquée tant que subsistera la cause physique de son déclenchement qui, en dernière analyse, est un vaste problème d’ordre planétaire. Ce n’est que par l’annulation des distances à tous égards, comme la diffusion des informations, les moyens de transports et d’approvisionnement, et la transmission de l’énergie, que l’on obtiendra un jour les conditions requises assurant des relations amicales et durables. Ce que nous désirons aujourd’hui le plus, ce sont des contacts plus étroits, une meilleure compréhension entre les individus et les communautés partout dans ce monde, et l’élimination de cet engouement fanatique pour des idéaux exaltés de l’égoïsme et de la fierté nationaux, qui ont toujours tendance à faire plonger le monde dans des querelles d’un barbarisme primitif. Aucun parti et aucune loi ne pourra jamais empêcher ce type de calamité. Ce ne sont que de nouveaux moyens pour mettre le plus faible à la merci du plus fort. J’ai dit ce que je pensais à ce sujet il y a quatorze ans, lorsque feu Andrew Carnegie en appela à une union de quelques États souverains, une sorte d’Alliance Sacrée, dont on peut dire qu’il en fut le père spirituel, et à laquelle il a donné plus de publicité et d’élan que quiconque, avant que le Président ne prenne les choses en main. Bien que l’on ne puisse pas nier qu’un tel pacte puisse apporter des avantages matériels aux peuples les plus défavorisés, il ne peut pas atteindre l’objectif principal recherché. La paix s’installera tout naturellement lorsque les races seront éclairées et qu’elles se mélangeront entre elles ; nous sommes cependant toujours très loin de cet avènement heureux. Lorsque je regarde le monde d’aujourd’hui, à la lumière des gigantesques combats auxquels nous venons d’assister, je suis convaincu que, dans l’intérêt de l’humanité, les États-Unis devraient rester fidèles à leurs traditions et se maintenir en dehors des « alliances compliquées ». Au vu de sa situation géographique, loin des scènes où se trament les conflits menaçants, sans aucune motivation à vouloir agrandir son territoire, avec des ressources inextinguibles et une population très élevée, complètement imprégnée de liberté et de droit, ce pays est dans une position unique et privilégiée. Il est donc libre d’employer, en toute liberté, sa puissance colossale et sa force morale pour le bien de tous, de manière plus judicieuse et plus efficace que s’il était membre d’une alliance quelconque.

Dans un de ces récits autobiographiques, publiés dans l’Electrical Experimenter, je me suis arrêté sur les conditions de mon enfance et ai parlé d’une souffrance qui m’obligea à travailler sans relâche mon pouvoir d’imagination et mon auto-analyse. Cette activité mentale, qui fut à l’origine involontaire, mais induite par le stress de la maladie et des souffrances, devint graduellement ma seconde nature, et me fit finalement reconnaître que je n’étais rien de plus qu’un automate, dépourvu de son libre arbitre dans ses pensées comme dans ses actions, ne réagissant qu’aux impulsions de l’environnement. Nos corps physiques sont d’une nature tellement complexe, nos mouvements sont tellement divers et compliqués et nos impressions sensorielles si délicates et insaisissables, qu’il est très difficile au commun des mortels de comprendre cela. Pourtant, il n’y a rien de plus réaliste, aux yeux de l’observateur aguerri que la théorie mécaniste de la vie qui fut, dans une certaine mesure, comprise et exposée par Descartes, il y a trois siècles. De son temps, on ignorait tout du fonctionnement de notre organisme, et les philosophes ne savaient rien de la nature de la lumière, de l’anatomie de l’oeil et du mécanisme de la vision. Ces dernières années, les progrès de la recherche scientifique dans ces domaines ont été tels qu’il n’y a plus de mystère à ce sujet, sur lequel du reste de nombreux travaux ont été publiés. Un des protagonistes les plus capables et les plus éloquents est peut-être Félix Le Dantec, un ancien assistant de Pasteur. Le professeur Jacques Loeb a procédé à des expérimentations remarquables en héliotropisme, où il a décrit clairement que la lumière joue un rôle déterminant dans les formes d’organismes primaires ; son dernier livre Forced Mouvements (Mouvements réflexes) est très révélateur. Néanmoins, alors que les scientifiques accordent à cette théorie la même valeur qu’à toutes les autres qu’ils ont reconnues et admises, pour moi, elle est une vérité que j’expérimente à tout moment dans chacun de mes actes et chacune de mes pensées. Dans mon esprit, j’ai toujours conscience que ce sont les impressions extérieures qui me poussent à toutes sortes d’efforts, qu’ils soient physiques ou mentaux. Ce n’est que dans de très rares occasions, comme lorsque je fus en état de concentration exceptionnelle, que j’eus du mal à localiser les impulsions originelles. Les hommes, dans leur immense majorité, n’ont jamais conscience de ce qui se passe autour et en en eux, et ils sont des millions à succomber prématurément de maladies, justement à cause de cela. Les faits quotidiens les plus banaux leur semblent mystérieux et inexplicables. Quelqu’un peut subitement être envahi par une vague de tristesse ; il en cherchera une explication mentale, alors qu’il aurait pu remarquer qu’elle fut tout simplement déclenchée par un nuage obscurcissant momentanément le soleil. Il peut visualiser un ami qu’il affectionne dans une situation qu’il jugera bien singulière, alors qu’il vient de le croiser dans la rue ou de voir sa photo. S’il perd un bouton de manchette, il va s’énerver et jurer pendant une heure, étant incapable de se souvenir de ce qu’il vient de faire, et de retrouver l’objet perdu par déduction. Ne pas savoir observer n’est rien de plus qu’une autre forme de l’ignorance, responsable de nombreux concepts morbides et idées farfelues qui prédominent aujourd’hui. Il n’y a pas plus de dix pour cent des gens qui ne croient pas en la télépathie ou à d’autres manifestations psychiques, au spiritisme ou à la communication avec les morts, et qui refuseraient d’écouter des charlatans altruistes ou non. Ne serait-ce que pour illustrer combien cette tendance s’est bien enracinée, même parmi la population américaine la plus saine d’esprit, je vais citer une anecdote plutôt comique.

Peu de temps avant la guerre, alors que l’exposition de ma turbine entraînait de très nombreux commentaires dans les journaux scientifiques, je prédis que les fabricants se disputeraient la place pour obtenir mon invention ; je pensais tout particulièrement à un homme de Détroit, qui a le don surprenant de savoir accumuler les millions. J’étais tellement persuadé qu’il montrerait son nez un jour, que j’en parlai à ma secrétaire et aux assistants. Effectivement, un beau matin, un groupe d’ingénieurs de la Ford Motor Compagny se présenta, et voulut discuter avec moi d’un projet très important. « Ne l’avais-je pas dit ? », déclarai-je triomphalement à mes employés, dont l’un d’eux répondit : « Vous êtes étonnant, M. Tesla, tout se passe toujours comme vous le prédites. » Sitôt que ces hommes d’affaires réalistes se furent assis, je commençai à vanter les merveilleuses caractéristiques de ma turbine, lorsque leur porte-parole m’interrompit et dit : « Nous savons tout cela, mais nous sommes venus dans un but tout à fait particulier. Nous avons fondé une association de psychologues pour étudier les phénomènes psychiques et nous voudrions que vous y adhériez. » Je suppose que ces ingénieurs ne savaient pas, qu’avec de semblables propos, ils allaient se faire virer de mon bureau.

Depuis que certains des plus grands hommes de notre époque – des scientifiques de pointe dont les noms sont immortels – m’ont dit que j’avais un don exceptionnel, j’ai concentré toute mon énergie mentale sur la recherche de solutions aux grands problèmes, quels que soient les sacrifices que cela devait impliquer. J’ai cherché, pendant des années, à résoudre l’énigme de la mort, et ai été à l’affût du moindre signe spirituel. Toutefois, je n’ai eu qu’une seule expérience au cours de ma vie qui me fit penser momentanément qu’elle fut surnaturelle. Cela se passa à l’époque de la mort de ma mère. J’étais complètement épuisé par la souffrance et les longues nuits sans sommeil et, une nuit, on me transporta dans un immeuble à deux pas de chez nous. J’étais couché là, désarmé, et je pensai que si ma mère devait mourir alors que je n’étais pas à son chevet, elle me ferait certainement signe. Deux ou trois mois auparavant, j’étais à Londres avec feu mon ami Sir William Crookes ; nous parlions de spiritisme et mon esprit était complètement accaparé par ces pensées. Peut-être n’aurais-je pas écouté un autre homme, mais j’étais très sensible à ses arguments ; c’est son oeuvre, qui a fait époque, sur le rayonnement de la matière, que j’avais lue lorsque j’étais étudiant, qui m’avait décidé à embrasser la carrière d’ingénieur en électrotechnique. Je me dis que les conditions pour aller jeter un oeil dans l’au-delà étaient très favorables, car ma mère était une femme géniale et particulièrement douée d’une grande intuition. Durant toute la nuit, chaque fibre de mon cerveau était dans une vive expectative, mais il ne se passa rien jusqu’au petit matin où je m’endormis, ou peut-être tombai évanoui ; je vis alors un nuage transportant des figures angéliques d’une merveilleuse beauté, dont l’une me regarda avec tendresse et prit peu à peu les traits de ma mère. Cette vision flotta doucement à travers la pièce, puis disparut. Je fus réveillé par un doux chant à plusieurs voix, qu’il m’est impossible de décrire. À ce moment-là, je fus envahi par une certitude intuitive que ma mère venait de mourir. Et c’était vrai. J’étais incapable de supporter le poids énorme de cette prédiction douloureuse, et j’écrivis une lettre à Sir William Crookes alors que j’étais toujours dominé par ces émotions et en très mauvaise santé physique. Lorsque je fus rétabli, j’ai longtemps cherché une cause extérieure à cette manifestation étrange et, à mon grand soulagement, j’y suis arrivé au bout de quelques mois de vains efforts. J’avais vu une peinture d’un artiste célèbre représentant en allégorie une des quatre saisons sous la forme d’un nuage et d’un groupe d’anges, qui en fait semblait flotter dans les airs ; ce tableau m’avait fortement impressionné. C’est précisément lui que j’avais vu dans mon rêve, excepté la ressemblance avec ma mère. La musique venait de la chorale dans l’église toute proche où l’on célébrait la messe en ce matin de Pâques ; cela expliquait tout de manière très satisfaisante, appuyée par des faits scientifiques.

Cela s’est passé il y a très longtemps et, depuis, je n’ai jamais eu la moindre raison de changer d’avis en ce qui concerne les phénomènes psychiques ou spirituels pour lesquels il n’existe absolument aucun fondement. La croyance en ces choses découle tout naturellement du développement intellectuel. Lorsque les dogmes religieux perdent toute crédibilité orthodoxe, chaque homme ne demande qu’à croire à un quelconque pouvoir suprême. Nous avons tous besoin d’un idéal pour diriger notre vie et assurer notre sérénité, peu importe qu’il soit basé sur une religion, un art, une science ou toute autre chose, pourvu qu’elle remplisse les fonctions d’une force immatérielle. Il est capital de faire prévaloir une conception commune pour que l’humanité, en tant que tout, vive dans la paix.

Même si je n’ai réussi à obtenir aucune preuve venant corroborer les affirmations des psychologues et des spiritualistes, je fus pleinement satisfait de prouver l’automatisme de la vie, non seulement par l’observation continue des actes individuels, mais aussi et surtout grâce à certaines généralisations. Celles-ci ont conduit à une découverte que j’estime de la plus haute importance pour l’humanité, et sur laquelle je vais m’étendre un peu maintenant. Je soupçonnai pour la première fois cette vérité stupéfiante à la fin de mon adolescence. Toutefois, pendant bon nombre d’années, j’ai interprété mes sensations comme de pures coïncidences. Et notamment, lorsque moi-même ou une personne qui m’était chère, ou une cause que je défendais, se faisaient agresser par d’autres d’une manière que l’on pourrait dire profondément injuste, je ressentais une peine singulière et indéfinissable que j’ai qualifiée de « cosmique » à défaut d’un terme plus adéquat ; immanquablement, peu de temps après, les agresseurs furent accablés de malheurs. Après plusieurs de ces expériences, j’ai confié cela à quelques amis qui avaient la possibilité de vérifier la justesse de cette théorie que j’avais graduellement établie et que l’on peut formuler de la manière suivante.

Nos corps ont une structure commune et sont exposés aux mêmes influences extérieures. De ce fait, nous réagissons pareillement et nos activités générales, sur lesquelles sont basées notre système de règles sociales ou autres et nos lois, sont concordantes. Nous ne sommes rien de plus que des automates entièrement à la merci des forces de l’environnement, et nous sommes ballottés comme des bouchons à la surface de l’eau et confondons la résultante des impulsions extérieures avec le libre arbitre. Nos mouvements et autres actions ont toujours un caractère conservateur et bien qu’apparemment nous paraissions indépendants les uns des autres, nous sommes unis par des liens invisibles. Tant qu’un organisme est en équilibre parfait, il répond avec précision aux agents qui le commandent, mais dès lors que cet équilibre est tant soit peu rompu, son instinct de conservation est compromis. Tout le monde comprendra que la surdité, une vue affaiblie, ou un membre blessé, peuvent réduire les chances de vivre d’une manière autonome. Cela est encore plus manifeste dans le cas de dysfonctionnements cérébraux qui vont priver l’automate de cette qualité de vie et le conduire à sa perte. Un individu très sensible et très observateur, dont les mécanismes hautement évolués sont intacts et qui agit avec précision et en accord avec les conditions changeantes de l’environnement, dispose d’un sens transcendant lui permettant d’échapper à des risques difficilement prévisibles, que les sens ordinaires ne peuvent percevoir. Toutefois, lorsqu’il a affaire à d’autres, dont les organes de contrôle sont très défectueux, ce sens se manifeste avec force et il ressent la douleur « cosmique ». Cette vérité a été vécue des centaines de fois et j’invite d’autres étudiants en biologie à vouer une attention toute particulière à ce sujet, car je crois que par des efforts conjugués et soutenus, ils arriveront à des résultats d’une valeur inestimable pour l’humanité.

L’idée de construire un automate pour justifier de ma théorie se présenta à moi très tôt ; néanmoins, je n’ai pas commencé mes travaux avant 1893, date à laquelle je débutai mes recherches en technologie sans fil. Durant les deux ou trois années qui suivirent, je construisis de nombreux mécanismes automatiques que l’on pouvait télécommander, et les montrai à mes visiteurs dans mon laboratoire. Toutefois, en 1896, je conçus un appareil complet, capable d’exécuter un grand nombre d’opérations ; l’achèvement de mon travail fut toutefois remis à la fin de 1897. La représentation et la description de cette machine furent publiées dans mon article paru dans le magazine Century du mois de juin 1900, ainsi que dans d’autres périodiques de cette époque ; lorsqu’elle fut présentée au public pour la première fois en 1898, elle entraîna des réactions qu’aucune de mes autres inventions n’avait suscitées jusque là. En novembre 1898, j’obtins un premier brevet pour ce nouvel appareil, après que l’examinateur en chef se fut déplacé à New York pour se rendre compte de ses performances, car mes affirmations lui avaient paru incroyables. Je me souviens avoir téléphoné plus tard à un officiel à Washington pour lui expliquer mon invention, dans l’objectif de l’offrir au Gouvernement, et qu’il éclata de rire. À cette époque, personne ne pensait qu’il y avait la moindre chance de mettre au point un tel appareil. Malheureusement, dans ce brevet, et sur les conseils de mes avocats, j’ai dit qu’il était commandé par un seul circuit et un type de détecteur bien connu, car je n’avais pas encore assuré la protection des spécifications de mes méthodes et appareils. En fait, mes bateaux étaient commandés par une action conjointe de plusieurs circuits, et il n’y était pas question d’interférences. La plupart du temps, j’utilisai des circuits récepteurs en forme de boucles, en y incluant des condensateurs, car les décharges de mon transmetteur de haute tension ionisaient l’air dans la pièce au point que même une petite antenne pouvait puiser l’électricité dans l’air environnant pendant des heures. J’ai découvert, par exemple, qu’une ampoule à vide de 30 cm de diamètre, ayant une seule borne sur laquelle était fixé un fil très court, émettait jusqu’à un millier de flashes successifs, jusqu’à ce que tout l’air dans le laboratoire soit neutralisé. La forme en boucle du récepteur n’était pas sensible à cette perturbation, et il est très curieux qu’elle devienne populaire ces derniers temps. En réalité, le récepteur accumule beaucoup moins d’énergie que les antennes ou un long câble relié à la terre, et de ce fait il n’a pas les imperfections des appareils actuels sans fil. Lorsque je présentai mon invention devant un auditoire, les visiteurs pouvaient poser n’importe quelle question, même les plus compliquées, et l’automate leur répondait par des signes. En ce temps-là, c’était considéré comme de la magie, mais en fait, c’était très simple, puisque c’est moi-même qui répondais aux questions par l’intermédiaire de la machine.

À cette même époque je construisis par ailleurs un gros bateau télécommandé, dont on peut voir une photo dans ce numéro de l’Electrical Experimenter. Il était commandé par des circuits de plusieurs tours, placés dans la coque qui était fermée hermétiquement, et que l’on pouvait immerger. Les dispositifs étaient semblables à ceux utilisés dans le premier, avec cette différence que j’y ai introduit certaines caractéristiques spéciales, comme des lampes à incandescence qui apportaient la preuve visible du bon fonctionnement de la machine.


12. Un des bateaux télécommandés de Tesla, submersible et sans antennes externes.

Ces automates, commandés dans le champ de vision de l’opérateur, ne représentaient cependant que la première étape plutôt grossière dans l’évolution de la Science des ‘Téléautomates’, telle que je l’avais conçue. Il était logique que l’étape suivante fut leur application hors du champ de vision et très loin du centre de contrôle et, depuis lors, j’ai toujours prétendu qu’ils pouvaient servir comme arme de guerre et remplacer les armes à feu. Il semblerait qu’aujourd’hui on leur reconnaisse cette importance, à en juger les annonces occasionnelles dans la presse de certaines réalisations dites extraordinaires, mais qui en vérité n’apportent rien de neuf. Les installations radio actuelles permettent, quoique de manière imparfaite, d’envoyer un avion dans les airs, de lui faire suivre approximativement une certaine course et d’effectuer un nombre d’opérations à plusieurs centaines de kilomètres. Une machine de ce type peut en outre être commandée mécaniquement de plusieurs façons et je ne doute pas qu’elle puisse faire preuve d’une certaine utilité en temps de guerre. Toutefois, pour autant que je sache, il n’existe aujourd’hui aucun instrument ou dispositif qui permettrait de procéder avec précision. J’ai consacré des années entières de recherches à ce sujet, et j’ai développé des moyens permettant de réaliser facilement ce type de prouesse et d’autres. Comme je l’ai déjà dit antérieurement, lorsque je fus étudiant à l’université, j’ai conçu une machine volante quasi différente de celles qui existent actuellement. Le principe de base était juste, mais il était impossible de le mettre en pratique à défaut d’une force motrice de puissance suffisante. Ces dernières années, j’ai réussi à résoudre ce problème, et je projette de construire des aéronefs dépourvus d’ailerons, d’ailes, d’hélices ou autres accessoires externes, qui seront capables d’atteindre des vitesses énormes et susceptibles de fournir des arguments de poids en faveur de la paix dans un futur proche. Page (… 108 dans le texte original) vous verrez un appareil de ce type, dont le démarrage et le fonctionnement ne se font que par réaction ; il doit être commandé soit mécaniquement, soit avec des ondes hertziennes. En construisant les installations adéquates, il sera possible d’envoyer un missile de ce type dans les airs et de le faire tomber quasiment à l’endroit voulu, même à des milliers de kilomètres. Néanmoins, il faudra aller plus loin. On finira par inventer des »téléautomates » capables d’agir comme s’ils avaient une intelligence propre, et leur avènement créera une révolution. En 1898 déjà, je proposai à des représentants d’une grosse société industrielle de construire et d’exposer publiquement une voiture qui, de manière autonome, serait capable de réaliser une grande variété d’opérations, dont certaines nécessitent quelque chose comme la faculté de jugement. Cependant, ma proposition fut jugée chimérique, et elle resta lettre morte.

Aujourd’hui, beaucoup d’hommes doués d’intelligence pratique essaient d’imaginer des expédients susceptibles d’empêcher que ne se répète ce conflit atroce, qui est théoriquement terminé, et pour lequel j’avais prédit la durée et son dénouement dans un article paru dans le Sun, le 20 décembre 1914. L’Alliance proposée n’est pas une solution, bien au contraire ; elle risque d’avoir des résultats à l’inverse de ceux espérés, selon l’avis d’un bon nombre d’hommes compétents. Il est particulièrement regrettable que le traité de paix inclue une politique de répression, parce que dans quelques années, il sera possible aux pays de se battre sans armées, bateaux ou armes à feu, mais avec des armes bien plus terribles dont l’action et la portée destructrices sera pratiquement sans limites. L’ennemi pourra détruire une ville à n’importe quelle distance et aucune puissance de la terre ne pourra l’en empêcher. Si nous voulons conjurer une catastrophe menaçante et éviter une situation susceptible de transformer ce globe en enfer, nous devrions accélérer le développement de machines volantes et de la transmission hertzienne sans plus attendre, avec tous les moyens dont dispose ce pays.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 17:52
Nikola Tesla : Mes inventions (6)

 

MES INVENTIONS

Chapitre V
Le Transmetteur Amplificateur

En me remémorant les événements passés, je prends conscience que les influences qui déterminent notre destin sont bien subtiles. Cet incident survenu dans ma jeunesse pourra en justifier. Un jour d’hiver, j’ai escaladé une montagne très raide en compagnie d’autres garçons. Le manteau neigeux était plutôt épais et un doux vent du sud était propice à nos jeux. Nous nous amusions à lancer des boules de neige sur la pente, qui roulaient alors jusqu’à une certaine distance en amassant toujours plus de neige ; c’était à qui réussirait à faire la boule la plus grosse. Soudain, une boule alla plus loin que les autres, grossissant dans des proportions énormes jusqu’à atteindre la taille d’une maison ; elle plongea dans un bruit de tonnerre dans la vallée, avec une telle force que le sol en trembla. J’étais stupéfait et incapable de comprendre ce qui avait bien pu se passer.

L’image de cette avalanche devait me poursuivre pendant plusieurs semaines, et je me demandai comment une masse aussi petite pouvait se transformer en quelque chose d’aussi énorme. À partir de ce moment-là, je fus fasciné par l’amplification des actions de faible amplitude, et c’est avec beaucoup d’intérêt que j’entamai mes recherches expérimentales sur la résonance mécanique et électrique, quelques années plus tard. Il est probable que si je n’avais pas vécu cette première impression forte, je n’aurais pas poursuivi mes travaux après avoir obtenu la première petite étincelle avec ma bobine, et je n’aurais jamais développé ma meilleure invention, dont je vais maintenant et pour la première fois, raconter la véritable histoire.

Les « chasseurs de célébrités » m’ont toujours demandé quelle était, selon moi, ma meilleure invention. Cela dépend du point de vue. Un grand nombre de techniciens, des hommes très doués dans leur propre spécialité mais dominés par un esprit pédant et myopes, ont prétendu que mis à part le moteur à induction, je n’aurais rien apporté d’autre qui soit utile à ce monde. C’est une erreur grossière. Il faut se garder de juger une nouvelle idée à ses résultats immédiats. Mon système de transmission de courant alternatif arriva à point nommé et fut accueilli comme une solution longtemps recherchée dans les milieux industriels ; et bien qu’il fallût surmonter certaines résistances féroces et concilier des intérêts opposés, comme d’habitude, son introduction commerciale n’allait pas tarder. Maintenant, comparez cette situation avec celle dans laquelle je me trouvai avec ma turbine, par exemple. On pourrait penser qu’une invention aussi simple et belle, possédant beaucoup de caractéristiques d’un moteur idéal, serait acceptée sur-le-champ ; cela aurait été effectivement le cas si les conditions l’avaient permis. Toutefois, les applications futures du champ magnétique n’allaient pas discréditer les machines existantes, bien au contraire, elles n’en eurent que plus de valeur. Le système se prêtait tout aussi bien pour les nouvelles initiatives que pour améliorer les anciens appareils. Ma turbine est une avancée d’un caractère tout à fait différent. Elle représente un changement radical, en ce sens que son succès signifierait l’abandon des moteurs vieillis pour lesquels on a dépensé des milliards de dollars. Dans de telles circonstances, les progrès sont nécessairement lents, et peut-être que le plus gros frein est dans les préjugés qu’une force d’opposition organisée a ancrés dans la tête des experts. L’autre jour encore, j’eus une amère déconvenue quand je rencontrai mon ami et ancien assistant, Charles F. Scott, qui est aujourd’hui professeur en ingénierie électrique à l’Université de Yale. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas vu et j’étais heureux de pouvoir bavarder avec lui dans mon bureau. Au cours de notre conversation, nous allions évidemment aborder le sujet de ma turbine, et mon enthousiasme était délirant. Je m’exclamai en pensant à son glorieux futur, « Scott, ma turbine va envoyer tous les autres moteurs thermiques dans le monde à la casse ! » Scott se caressa le menton et détourna son regard, comme s’il était en train de faire un calcul mental. « Cela fera un sacré tas de ferraille », dit-il, et il partit sans ajouter un seul mot !

8. La turbine sans ailettes de Tesla. À l’intérieur du bâti central, en forme de crêpe, se trouvent plusieurs disques, ressemblant aux disques plats d’une charrue très peu espacés, qui sont fixés sur l’arbre moteur dont on voit les saillies sur les deux côtés. Lorsqu’on injecte de l’air, de la vapeur ou tout autre gaz sous pression entre les disques, l’adhérence en surface transfère régulièrement l’énergie cinétique du gaz aux disques, entraînant leur rotation. Lorsqu’on le fait marcher en sens inverse, l’appareil fonctionne comme un compresseur à gaz. (Musée Tesla / Institut Smithsonian)

Toutefois, ces inventions, comme d’autres, n’étaient rien de plus qu’un pas en avant dans certaines directions. En les développant, je ne faisais rien d’autre que de suivre mon instinct inné à améliorer les appareils existants, sans porter un intérêt particulier à nos problèmes plus urgents. Le « Transmetteur Amplificateur » est le fruit de travaux qui ont duré des années, et dont l’objectif principal était de trouver une solution à des problèmes qui sont bien plus importants pour l’humanité que ne l’est le seul développement industriel.

Si mes souvenirs sont exacts, c’est en novembre 1890 que je fis une expérimentation dans mon laboratoire, qui fut l’une des plus extraordinaires et spectaculaires jamais enregistrées dans les annales de la science. En faisant des recherches sur le comportement des courants de hautes fréquences, je fus convaincu que l’on pouvait produire, dans une pièce, un champ électrique d’une intensité suffisante pour allumer des tubes à vide sans électrodes. C’est pourquoi je construisis un transformateur pour tester ma théorie et les premiers essais furent un vrai succès. Il est difficile de se faire une idée de ce que ces phénomènes étranges représentaient à l’époque. On a des envies furieuses de sensations nouvelles, mais on a vite fait d’y devenir indifférent. Les miracles d’hier sont aujourd’hui des choses tout à fait banales. Lorsque j’ai montré mes tubes en public pour la première fois, les gens les regardaient avec un étonnement difficile à décrire. Des invitations pressantes me parvinrent de tous les coins du monde et on m’offrit de nombreuses distinctions honorifiques et autres flatteries que j’ai toutes déclinées.

Toutefois, en 1892 la pression devint tellement forte que je partis pour Londres, où je fis une conférence devant l’Institut des ingénieurs en électrotechnique. J’avais l’intention de repartir immédiatement pour Paris où j’avais des obligations similaires, mais Sir James Dewar insista pour que je me présente à l’Institut Royal. J’étais homme à tenir ses résolutions, mais je cédai facilement devant les arguments de poids de ce grand Écossais. Il me poussa dans un fauteuil et me versa un demi verre d’un joli liquide brun, qui pétillait de toutes sortes de couleurs chatoyantes et avait le goût d’un nectar. « Bien », dit-il, « vous êtes assis sur la chaise de Faraday et vous dégustez le whisky qu’il avait l’habitude de boire. » C’est pour ces deux raisons que ma situation était très enviable. Le lendemain soir, je fis une démonstration devant cette institution, à la fin de laquelle Lord Rayleigh s’adressa au public et ses mots bienveillants furent l’aiguillon pour mes travaux de recherches. Je m’enfuis de Londres et plus tard de Paris, pour échapper à tous les honneurs envahissants, et allai passer quelque temps dans ma patrie où j’allais subir une épreuve et une maladie des plus éprouvantes. Après mon rétablissement, je commençai à formuler des plans pour reprendre mes travaux en Amérique. Je n’avais jamais réalisé jusque là que je possédais des dons d’invention particuliers, mais Lord Rayleigh qui représentait pour moi l’idéal du scientifique, l’avait affirmé et si tel était le cas, je sentis que je devais me concentrer sur quelque chose de grand.

Un jour, alors que j’errai dans la montagne, je dus me mettre à la recherche d’un abri, car l’orage menaçait. Le ciel se couvrit de lourds nuages, toutefois la pluie ne tomba pas avant qu’un violent éclair ne déchirât le ciel ; quelques instants plus tard, ce fut le déluge. Ce spectacle me fit réfléchir. Il était manifeste que les deux phénomènes étaient intimement liés comme cause et effet, et j’en vins à conclure que l’énergie électrique impliquée dans la précipitation de l’eau était négligeable, l’éclair ayant une fonction ressemblant à celle d’un déclencheur sensible. Voilà un domaine qui offrait d’énormes possibilités de développement. Si on arrivait à produire des effets électriques de la qualité voulue, on pourrait transformer toute la planète et nos conditions de vie. Le soleil fait s’évaporer l’eau des océans et le vent l’emporte vers des régions lointaines, où elle reste dans un état d’équilibre précaire. Si nous avions le pouvoir de perturber cet équilibre où et quand bon nous semblera, nous pourrions manipuler à volonté cet énorme fleuve qui entretient la vie. Nous pourrions irriguer les déserts arides, créer des lacs et des rivières et obtenir une force motrice de puissance illimitée. Ce serait le moyen le plus efficace de mettre l’énergie solaire au service de l’humanité. La réalisation de tout ceci dépend de notre capacité à développer des forces électriques du même ordre que celles qui apparaissent dans la nature. L’entreprise semblait décourageante, mais je pris la résolution de la tenter ; dès mon retour aux États-Unis, en été 1892, je commençai mes travaux et cela avec d’autant plus de passion qu’il me fallait des moyens semblables si je voulais réussir à transmettre de l’énergie électrique sans fil.

J’obtins les premiers résultats satisfaisants au printemps de l’année suivante, lorsque je réussis à atteindre des tensions d’environ 1 000 000 volts avec ma bobine conique. Cela n’est pas beaucoup comparé aux performances actuelles, mais en ce temps-là, c’était un véritable exploit. Je n’ai cessé de faire des progrès jusqu’en 1895, à en juger par un article de T.C. Martin paru dans le magazine Century du mois d’avril ; cette année-là, mon laboratoire fut malheureusement détruit par un incendie. Cette catastrophe retarda mes travaux, et la majeure partie de l’année fut consacrée à sa réorganisation et à sa reconstruction. Toutefois, dès que les circonstances le permirent, je retournai à mon travail. Je savais que des forces électromotrices plus élevées pouvaient être obtenues avec un appareil plus gros, mais j’avais l’intuition que je pourrais arriver aux mêmes résultats à partir d’un transformateur relativement plus petit et plus compact, au design adéquat. Lors de mes tests avec un secondaire sous forme de spirale plate, comme le montrent les illustrations de mes brevets, je fus surpris de constater qu’il n’y avait pas de décharge sous forme de faisceau lumineux, et je ne tardai pas à découvrir que cela était dû à la position des spires et à leur action mutuelle. Fort de cette observation, je recourus à l’utilisation d’un conducteur de haute tension avec des spires d’un diamètre considérable, qui étaient suffisamment éloignées l’une de l’autre pour permettre de contrôler la capacité distribuée et, parallèlement, de prévenir une accumulation exagérée de la charge en tous points. La mise en pratique de ce principe me permit de produire des tensions de 4 000 000 de volts, ce qui était pratiquement l’extrême limite de ce que je pouvais obtenir dans mon nouveau laboratoire dans Houston Street, car les décharges s’étendaient jusqu’à près de 5 m. Une photo de ce transmetteur fut publiée au mois de novembre 1898 dans l’Electrical Review. Si je voulais faire d’autres progrès dans ce domaine, il fallait que je travaille en plein air, et c’est pourquoi, au printemps 1899, après avoir tout préparé pour la construction d’une centrale sans fil, je partis au Colorado où je devais rester pendant plus d’un an. J’y ai procédé à des améliorations et à des perfectionnements qui permirent de générer des courants de n’importe quel ampérage. Ceux que cela intéresse trouveront quelques informations sur ces expérimentations dans mon article intitulé « Le problème de l’intensification de l’énergie humaine » *, paru au mois de juin 1900 dans le magazine Century, auquel j’ai déjà fait allusion plus haut.

9. Illustration des décharges d’étincelles produites dans la centrale radio de Tesla à Colorado Springs en 1899. La boule a un diamètre de 80 cm et est reliée à la borne libre d’un circuit résonnant relié à la terre, de 17 m de diamètre. Tesla a estimé le potentiel d’éclatement de la boule à environ 3 millions de volts. (V =75.000 x rayon en cm ). La bobine gigantesque qui produisait ces décharges avait un primaire de 15,50 m de diamètre, et était capable de transmettre un courant de 1100 Ampères dans le secondaire à haute tension.

Electrical Experimenter m’a demandé d’être on ne peut plus explicite sur ce sujet, afin que mes jeunes amis parmi les lecteurs du magazine, puissent comprendre clairement la composition et le fonctionnement de mon « Transmetteur Amplificateur » et le but dans lequel je le construisis. Très bien. Donc, premièrement, c’est un transformateur résonant avec un secondaire dont les parties qui sont sous très haute tension, sont réparties sur une surface considérable et disposées le long d’enveloppes idéales dont le rayon d’incurvation est très grand, et espacées correctement l’une de l’autre, afin d’obtenir en tout point une densité de surface faible pour qu’il n’y ait aucune fuite, même si le conducteur est à nu. Il convient à toutes les fréquences depuis peu à plusieurs milliers de cycles par seconde (Hz), et peut servir à produire des courants d’ampérage énorme et de tension modérée, ou de plus faible ampérage et d’une force électromotrice immense. La tension électrique maximale est uniquement fonction de la courbure des surfaces sur lesquelles sont situés les éléments chargés et de la surface de ces derniers.

À en juger par mes expériences passées, il est parfaitement possible d’obtenir 100 000 000 volts. Par ailleurs, on peut arriver à obtenir des courants de plusieurs milliers d’ampères dans l’antenne. Pour des puissances de ce type, une centrale de dimensions modérées suffit. En théorie, un terminal de moins de 27 m de diamètre suffit pour développer une force électromotrice de cette amplitude, alors que pour des courants de 2 000 à 4000 ampères de fréquences courantes, il n’est pas besoin qu’il ait plus de 9 m de diamètre.

Dans un sens moins large, ce transmetteur sans fil a un rayonnement d’ondes hertziennes très négligeable par rapport à l’énergie globale et, de ce fait, le facteur d’atténuation est extrêmement faible et une charge énorme est emmagasinée dans le condensateur du haut. Un tel circuit peut alors être excité par des impulsions de toutes sortes, même de fréquences basses, et il produira des oscillations sinusoïdales en continu, comme celles d’un alternateur. Toutefois, dans son sens le plus strict, c’est un transformateur résonant qui, en plus de ces qualités, est parfaitement adapté aux constantes électriques et aux caractéristiques de la Terre, et c’est pourquoi il devient très efficace et d’un bon rendement pour la transmission d’énergie sans fil. Le facteur de l’éloignement n’entre alors plus du tout en jeu, car il n’y a aucune diminution dans l’intensité des impulsions transmises. Il est même possible d’amplifier l’action avec l’éloignement de la centrale, en vertu d’une loi mathématique exacte. Cette invention fut l’une de celles qui faisaient partie de mon « Système Mondial » de transmission radio, que j’entrepris de commercialiser lors de mon retour à New York en 1900. Quant aux objectifs immédiats de cette entreprise, ils sont clairement mentionnés dans une explication technique de ce temps-là, dont voici un extrait :

»Le »Système Mondial » est le fruit d’un amalgame de plusieurs découvertes originales, faites par l’inventeur au cours de ses recherches et expérimentations, menées avec persévérance. Il permet non seulement la transmission instantanée et précise sans fil de signaux, de messages et de caractères vers toutes les régions du globe, mais aussi l’interconnexion de tous les systèmes téléphoniques et télégraphiques, ainsi que des autres stations de données, sans qu’il soit nécessaire de modifier leur équipement existant. Il permet, par exemple, à un abonné au téléphone de communiquer avec n’importe quel autre abonné de la Terre. Un récepteur bon marché, pas plus grand qu’une montre, lui permettra d’écouter, sur terre comme sur mer, la diffusion d’un discours ou d’une musique transmis ailleurs, quelle que soit la distance. Ces exemples sont cités pour donner surtout une idée des possibilités qu’offre cette grande avancée scientifique, qui annule les distances et qui fait que ce conducteur parfaitement naturel, la Terre, peut servir à atteindre les innombrables objectifs que l’ingéniosité humaine avait trouvés pour ses lignes de transmission. Il y a un résultat de grande portée qui est que tout appareil à un ou plusieurs fils (à une distance manifestement limitée) pourra fonctionner de la même manière, sans conducteurs artificiels et avec les mêmes facilité et précision, à des distances dont les seules limites sont celles imposées par les dimensions physiques de notre planète. Donc, s’ouvrent d’une part de nouveaux champs d’exploitation commerciale avec cette méthode de transmission idéale, et d’autre part les anciens gagnent beaucoup de terrain.

»Le »Système Mondial » est basé sur la mise en application des inventions et découvertes importantes suivantes :

1. Le Transformateur Tesla. Cet appareil est aussi révolutionnaire dans sa production de vibrations électriques que le fut la poudre à canon pour la guerre. Avec un appareil de ce type, l’inventeur a produit des courants de nombreuses fois supérieurs à tout ce qui avait été généré jusque là par d’autres moyens, et des étincelles de plus de 30 m.

2. Le Transmetteur Amplificateur. C’est la plus belle invention de Tesla ; c’est un transformateur particulier spécialement adapté pour exciter la Terre qui, pour la transmission de l’énergie électrique est aussi précieux que le télescope pour l’observation astronomique. En utilisant ce merveilleux appareil, il a déjà créé des manifestations électriques d’une intensité plus grande que celle d’un éclair, et transmis un courant autour du globe, suffisant pour allumer plus de deux cents lampes à incandescence.

3. Le Système sans fil Tesla. Ce système comprend un certain nombre de perfectionnements et est le seul moyen connu capable de transmettre de manière économique de l’énergie électrique à distance, sans fil. Des tests et des mesures méticuleux en connexion avec une station expérimentale très puissante, construite par l’inventeur dans le Colorado, ont démontré qu’il était possible d’envoyer n’importe quelle quantité d’énergie à travers tout le Globe si nécessaire, avec une perte n’excédant pas un très faible pourcentage.

4. La Technique de l’Individualisation. Cette invention de Tesla est par rapport au « réglage » grossier, ce que le langage distingué est par rapport au langage non articulé. Il permet de transmettre, dans le secret absolu et exclusif, des signaux ou des messages de manière active ou passive, c’est-à-dire sans interférences et sans pouvoir être interférés. Chaque signal est comme un individu à l’identité différenciée et il n’y a pratiquement pas de limites quant au nombre de stations ou d’appareils pouvant fonctionner simultanément et sans le moindre signe d’interférence.

5. Les Ondes Stationnaires Terrestres. Cette merveilleuse découverte veut dire, en langage populaire, que la Terre est sensible à des vibrations électriques d’une certaine fréquence, comme un diapason l’est à certains sons. Ces vibrations électriques spécifiques, susceptibles d’exciter violemment la Terre, se prêtent à d’innombrables utilisations de grande importance d’un point de vue commercial, et à bien d’autres égards.

La première centrale électrique de ce « système mondial » peut entrer en service dans neuf mois. Il deviendra alors possible de générer jusqu’à près de 10 millions de CV et elle a été conçue pour réaliser autant d’exploits techniques que possible, sans plus de dépenses. En voici quelques-uns uns :

(1) L’interconnexion des échanges ou des bureaux télégraphiques existants partout dans le monde.

(2) L’instauration d’un service télégraphique gouvernemental secret et ne pouvant pas être interféré.

(3) L’interconnexion de tous les échanges ou centrales téléphoniques dans le monde.

(4) La diffusion universelle de l’information par télégraphe ou téléphone, en connexion avec la presse.

(5) L’instauration d’un tel « Système mondial » de transmission de renseignements à usage exclusivement privé.

(6) L’interconnexion et le travail de tous les téléimprimeurs boursiers dans le monde.

(7) L’instauration d’un « système mondial » de diffusion de musique, etc…

(8) L’enregistrement universel de l’heure avec des pendules bon marché indiquant l’heure avec une précision astronomique et ne demandant aucune maintenance.

(9) La transmission mondiale de caractères, de lettres, de chèques, etc… écrits à la main ou tapés à la machine.

(10) L’instauration d’un service universel pour la marine, permettant aux navigateurs de tous les bateaux de s’orienter parfaitement sans boussole, de déterminer leur position exacte, l’heure et la vitesse, de prévenir les collisions et les naufrages, etc…

(11) L’inauguration d’un système d’impression mondiale sur terre et sur mer.

(12) La reproduction mondiale de photos et toutes sortes de dessins ou de dossiers.

J’ai proposé en outre de faire des démonstrations de transmission d’énergie sans fil sur une petite échelle, suffisante toutefois pour pouvoir convaincre.

Par ailleurs, j’ai fait référence à d’autres applications de mes découvertes autrement plus importantes, qui seront révélées à une date ultérieure.

Une centrale fut construite sur Long Island, dont la tour mesurait 57 m de haut, et dont le terminal sphérique avait un diamètre de près de 21 m. Ces dimensions étaient appropriées pour transmettre pratiquement n’importe quelle quantité d’énergie. Au départ, il ne fut produit qu’entre 200 et 300 KW, mais j’avais l’intention d’utiliser ultérieurement plusieurs milliers de CV. Le transmetteur devait émettre un complexe d’ondes aux caractéristiques spéciales, et j’avais imaginé un système unique pour régler par téléphone la production de n’importe quelle quantité d’énergie.

10. La gigantesque tour de transmission d’énergie radio de Tesla, érigée entre 1901 et 1903 à Shoreham, Long Island, faisant partie de son « Système Mondial Sans Fil », qui n’a cependant jamais été terminée. La centrale électrique à deux étages à l’arrière-plan, donne une idée de l’échelle gigantesque de cette tour de 57 m (qui fut démolie en 1917).

La tour fut détruite il y a deux ans ; cependant mes projets font l’objet de nouveaux développements et une autre tour sera construite qui sera même perfectionnée dans certains domaines. À cette occasion, je voudrais démentir une rumeur largement répandue, selon laquelle la tour aurait été démolie par le Gouvernement ; à cause de la guerre, des préjugés sont nés dans l’esprit de ceux qui ne savaient pas que les papiers qui, il y a trente ans, m’accordèrent l’honneur de la nationalité américaine, sont toujours dans un coffre, tandis que mes diplômes, mes licences, médailles en or et autres distinctions honorifiques sont rangées dans de vieilles malles. Si cette rumeur était fondée, j’aurais obtenu le remboursement de la grosse somme que j’ai versée pour la construction de la tour. Bien au contraire, c’était dans l’intérêt du Gouvernement de conserver cette tour, notamment parce que – entre autres applications de valeur – elle permettait de localiser les sous-marins en plongée, où que ce fut sur le globe. Ma centrale, mes services et mes perfectionnements ont toujours été à disposition des officiels et depuis le commencement des conflits en Europe, j’ai travaillé à perte sur plusieurs de mes inventions qui ont affaire avec la navigation aérienne, la propulsion des bateaux et la transmission sans fil, qui sont de la plus haute importance pour le pays. Ceux qui sont bien informés savent que mes idées ont révolutionné les industries aux États-Unis, et je ne connais aucun inventeur qui, à cet égard, ait eu la chance comme moi de voir ses inventions utilisées durant la guerre. Je me suis abstenu de m’exprimer en public sur ce sujet jusqu’à ce jour, parce qu’il me semblait déplacé de m’étendre sur des problèmes personnels, alors que le monde connaissait de graves problèmes. Par ailleurs, j’aimerais ajouter, au regard de rumeurs variées qui me sont parvenues, que mes relations avec M. J. Pierpont Morgan n’avaient pas un caractère commercial et qu’il avait avec moi la même ouverture d’esprit que celle avec laquelle il a aidé bien d’autres pionniers. Il a toujours tenu ses promesses à la lettre et il aurait été très déraisonnable d’attendre quelque chose de plus de lui. Il avait la plus haute estime pour mes réalisations et me donna toutes les preuves de sa totale confiance dans mes capacités à réaliser ce que j’avais décidé. Je ne veux pas que quelques individus, étroits d’esprit et jaloux, puissent s’imaginer avoir contrecarré mes travaux. Pour moi, ces hommes ne sont rien de plus que des microbes de quelque vilaine maladie. En réalité, ce sont les lois de la nature qui ont retardé mon projet. Le monde n’était pas prêt pour lui ; il était trop en avance sur son temps. Toutefois, ces mêmes lois l’emporteront et, finalement, il aura un succès triomphal.

11. Nikola Tesla, à l’âge de 60 ans, sur une photo prise l’année où l’Institut américain des ingénieurs en électrotechnique lui accorda la médaille Edison.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 11:40
Nikola Tesla : Mes inventions (5)

 

MES INVENTIONS

Chapitre IV
La découverte de la Bobine
et du Transformateur-Tesla

J’allai me consacrer entièrement, et avec un immense plaisir, à imaginer des moteurs et à développer de nouveaux types. J’étais mentalement dans une félicité que je n’avais jamais connue auparavant. Les idées affluaient de manière ininterrompue, et mon seul problème était de les retenir.
 
Les pièces des appareils que je concevais étaient pour moi parfaitement réelles et tangibles, jusque dans leurs moindres détails et je pouvais même relever leurs tout premiers signes d’usure. J’aimais imaginer les moteurs en fonctionnement perpétuel, car c’était un spectacle plus fascinant. Lorsqu’un penchant naturel se transforme en désir passionné, on avance vers son but chaussé de bottes de sept lieues. J’ai conçu, en l’espace de deux mois, pratiquement tous les types de moteurs et toutes les modifications des systèmes qui portent aujourd’hui mon nom. Les contingences de la vie ordonnèrent que j’arrête temporairement mes activités mentales stressantes, et je me demande si ce ne fut pas, tout compte fait, une providence. Une nouvelle prématurée, concernant l’administration des téléphones, m’a poussé à venir à Budapest et l’ironie du sort a voulu que j’accepte un poste de designer au Bureau Central des Télégraphes du gouvernement hongrois, pour un salaire dont je tairai le montant, car il serait inconvenant de le dévoiler ! Je sus, par bonheur, gagner la confiance de l’inspecteur en chef, qui me demanda d’effectuer les calculs, les plans et les estimations de nouvelles installations, jusqu’à ce que le réseau téléphonique soit opérationnel ; j’allai alors en prendre la direction. Les connaissances et les expériences pratiques que j’acquis durant cette fonction me furent très précieuses et j’eus beaucoup d’opportunités pour exercer mes talents d’inventeur. J’ai procédé à plusieurs améliorations des dispositifs du système central et j’ai mis au point un amplificateur téléphonique qui n’a jamais été déposé aux brevets et qui ne fut jamais décrit publiquement, mais qui aujourd’hui encore, me reviendrait. En reconnaissance de mes bons services, M. Puskas, l’administrateur de l’entreprise, lorsqu’il céda son affaire à Budapest, m’offrit un poste à Paris que j’acceptai avec joie.

Je n’oublierai jamais la profonde impression que cette ville magique a gravée dans mon esprit. Après mon arrivée, je passai plusieurs jours à errer dans les rues complètement bouleversé par ce nouveau spectacle. Les tentations étaient nombreuses et irrésistibles et, hélas, toute ma paie fut dépensée sitôt que je l’eus empochée. Lorsque M. Puskas vint prendre de mes nouvelles, je lui décrivis la situation très nettement en disant que « ce sont les 29 derniers jours du mois qui sont les plus difficiles ! » Je menai alors une vie très active qui ressemblait à ce qu’on appelle aujourd’hui « la mode Roosevelt ». Quel que fût le temps, j’allais tous les matins de mon lieu de résidence, boulevard St Marcel à une piscine en bordure de la Seine ; je plongeais dans l’eau, en faisais vingt-sept fois le tour, puis je marchais pendant une heure jusqu’à Ivry, où se trouvait l’usine de la société. C’est là que je prenais un petit-déjeuner frugal à sept heures et demie puis, j’attendais impatiemment l’heure du déjeuner ; entre temps, je devais casser des cailloux pour le directeur de l’usine, M. Charles Batchellor, qui était aussi un ami intime et l’assistant d’Edison. Par ailleurs, c’est ici que je fus mis en contact avec quelques Américains qui ont failli tomber amoureux de moi, à cause de mon adresse au… billard ! J’ai expliqué mes inventions à ces hommes, et l’un d’eux, M. D. Cunningham, chef du département mécanique, m’a proposé de fonder une société anonyme. Cette proposition me parut des plus bizarres. Je n’avais pas la moindre idée de ce que cela voulait dire, sauf que c’était une manière de régler les choses à l’américaine. Je n’eus toutefois pas y donner suite, car durant les mois qui ont suivi, je fus souvent en déplacement en France comme en Allemagne, afin de réparer les pannes dans les centrales électriques. De retour à Paris, je soumis à l’un des administrateurs de la société, M. Rau, un projet pour perfectionner leurs dynamos qui fut accepté. Mon succès fut total et les directeurs réjouis m’accordèrent le privilège de développer des régulateurs automatiques qui étaient très attendus. Peu de temps après, il y eut quelques problèmes avec l’installation électrique de la nouvelle gare à Strasbourg, en Alsace. Les câbles étaient défectueux et lors de la cérémonie d’inauguration, en présence du vieil empereur Guillaume Ier, il y eut une explosion suite à un court-circuit, qui arracha une grande partie du mur. Le gouvernement allemand ne voulut rien savoir, et pour la société française c’était une grosse perte. En raison de ma connaissance de l’allemand et de mes expériences passées, on me confia la tâche difficile d’arranger les choses, et c’est dans cette optique que je partis pour Strasbourg, au début de 1883.

Il y eut certains incidents dans cette ville qui m’ont laissé des souvenirs indélébiles. Par une étrange coïncidence, plusieurs hommes qui par la suite allèrent devenir célèbres, vivaient alors dans cette ville. Plus tard je devais dire : » Le virus de la célébrité faisait rage dans cette vieille ville. D’aucuns en ont été infectés, mais je l’ai échappé belle ! » Mes travaux sur les lieux, ma correspondance, et les conférences avec des officiels, occupaient mes jours et mes nuits ; toutefois, sitôt que je le pus, j’entrepris la construction d’un moteur simple dans un atelier de mécanique en face de la gare ; c’est dans ce but que j’avais apporté certains matériaux de Paris. Les expérimentations furent cependant repoussées jusqu’à l’été, et j’eus enfin la satisfaction de voir un effet de rotation obtenu avec des courants alternatifs de différentes phases et sans contacts glissants ou commutateur, exactement comme je l’avais conçu un an auparavant. Ce fut un vif plaisir, qui n’avait cependant rien à voir avec la joie délirante qui avait suivi ma première vision.

Parmi mes nouveaux amis se trouvait l’ancien maire de la ville, M. Bauzin, auquel j’avais déjà, dans une certaine mesure, fait connaître cette invention et quelques autres, et que je me suis efforcé de rallier à ma cause. Il m’était sincèrement dévoué et il présenta mon projet à plusieurs personnalités très riches ; toutefois, à ma grande déception, il ne trouva aucun écho. Il a cherché à m’aider par tous les moyens possibles, et à l’approche de ce 1er juillet 1919, je me souviens avoir reçu une sorte « d’aide » de cet homme charmant, non pas financière mais néanmoins très appréciable. En 1870, lorsque les Allemands envahirent le pays, M. Bauzin avait enterré une grande quantité de vin de Saint-Estèphe de 1801, et il en était arrivé à la conclusion qu’il ne connaissait pas d’autre personne plus méritante que moi, à qui il pourrait offrir ce précieux breuvage. C’est un de ces incidents inoubliables dont je parlais plus haut. Mon ami me pressa de rentrer à Paris au plus vite et d’y chercher des appuis. C’est bien ce qu’il me tardait de faire ; néanmoins, mes travaux et mes négociations prirent plus de temps, à cause de nombreux petits ennuis auxquels je dus faire face et, par moments, la situation semblait désespérée.

Je vais vous raconter une expérience plutôt cocasse, ne serait-ce que pour donner une idée du sens de la perfection et de « l’efficacité » des Allemands. Il fallait placer une lampe à incandescence dans un hall, et après que j’eus choisi le bon endroit, j’appelai un monteur pour qu’il effectue le branchement. Il y travailla pendant un certain temps, lorsqu’il décida qu’il fallait demander son avis à un ingénieur, ce qui fut fait. Ce dernier émit plusieurs objections, et, finalement, admit que la lampe devait être placée à 5 cm de l’endroit que j’avais désigné. Suite à cela, les travaux de branchement reprirent. Mais voilà que l’ingénieur parut préoccupé et il me dit qu’il fallait en avertir l’inspecteur Averdeck. Ce personnage important arriva alors, examina la chose, discuta, et finalement décida que la lampe devait être reculée de 5 cm, soit placée à l’endroit même que j’avais choisi. Toutefois, Averdeck lui-même ne tarda pas à avoir la frousse ; il me signala qu’il en avait informé l’inspecteur en chef Hieronimus et qu’il fallait attendre sa décision. L’inspecteur en chef ne devait pas pouvoir se libérer avant plusieurs jours, ayant d’autres obligations urgentes, et ce fut une chance qu’il ait accepté de se déplacer ; il s’ensuivit un débat de deux heures, au terme duquel il décida de faire déplacer la lampe de 5 cm. J’espérai que nous en étions au dernier acte, quand soudain il se retourna et me dit : « Le haut fonctionnaire Funke est tellement maniaque, que je ne me permettrai pas de donner des ordres pour le placement de cette lampe sans son accord explicite. » Par conséquent on s’attela aux préparatifs de la visite de cet éminent homme. Dès l’aube les travaux de nettoyage et d’astiquage commencèrent. Chacun se donna un coup de brosse, j’enfilai mes gants, et lorsque Funke arriva avec sa suite, il fut reçu en grande pompe. Après deux heures de délibération, il s’exclama soudain : » Il faut que j’y aille », et pointant un endroit au plafond, il m’ordonna de placer la lampe ici même. C’était exactement le point que j’avais choisi initialement.

À quelques variantes près, c’est ce qui se passait chaque jour ; j’étais déterminé toutefois à atteindre coûte que coûte mes objectifs et, finalement, mes efforts furent récompensés. Au printemps 1884, tous les points litigieux étaient réglés, la centrale était agréée, et je retournai à Paris avec une impatience fébrile. Un des administrateurs m’avait promis, en cas de succès, une compensation généreuse ainsi qu’une récompense équitable pour les améliorations que j’avais apportées à leurs dynamos, et j’espérai obtenir une somme importante. Ils étaient trois directeurs que j’appellerai A, B et C, pour des raisons d’ordre pratique. Lorsque j’appelai A, il me dit que B avait le dernier mot. Ce brave homme pensait que seul C pouvait décider, et ce dernier était presque sûr que A seul avait le pouvoir de décision. J’étais tombé dans un cercle vicieux, et je réalisai que ma récompense était un château en Espagne. L’échec total de mes tentatives pour obtenir des capitaux pour le développement de mon invention fut une nouvelle déception, et lorsque M. Batchellor me pressa de retourner en Amérique et de redessiner les plans des machines d’Edison, je décidai de tenter ma chance au pays qui promettait monts et merveilles. Mais j’ai failli rater cette chance. Je liquidai mes modestes biens, me fit prêter quelque argent et me retrouvai sur le quai de la gare lorsque le train avait déjà démarré. C’est alors que j’ai découvert que je n’avais plus ni argent, ni tickets. La question était de savoir comment réagir. Hercule, lui, avait beaucoup de temps pour tergiverser, mais moi, il fallait que je prenne une décision tout en courant à côté du train, la tête envahie par des émotions contraires, ressemblant à des oscillations dans un condensateur. Résolu, et grâce à mon habileté, je gagnai cette course contre la montre, et après avoir subi les expériences classiques, aussi banales que déplaisantes, je réussis à m’embarquer pour New York avec le restant de mes affaires, quelques poèmes et articles que j’avais rédigés, et un certain nombre de calculs se référant à la solution d’une intégrale insoluble et à ma machine volante. Durant le voyage, j’étais assis la plupart du temps à la poupe du bateau, attendant une occasion pour sauver quelqu’un d’une noyade, sans même penser au danger. Plus tard, lorsque j’eus intégré un peu du bon sens des Américains, je frémis à ce souvenir et m’émerveillai de mon ancienne folie. J’aimerais pouvoir décrire mes premières impressions dans ce pays. Dans les contes arabes, j’avais lu que des génies avaient transporté des gens dans un pays de rêves, pour y vivre des aventures heureuses. Mon cas était juste l’inverse. Les génies m’avaient transporté d’un pays de rêves dans celui de la réalité. Je venais de quitter un monde de beauté et d’arts, fascinant à tous points de vue, pour un monde grossier et repoussant, où tout était gouverné par les machines. Un policier bourru agitait son bâton qui, pour moi, ressemblait plus à un rondin. Je l’abordai poliment, le priant de m’indiquer mon chemin. « Six blocs de maisons plus loin et à gauche », me dit-il, en me fusillant du regard. « C’est cela, l’Amérique ? » me demandai-je, désagréablement surpris. « Elle a un retard de cent ans sur l’Europe, pour ce qui est de sa civilisation. » Mais lorsque je partis pour l’étranger en 1889 – cinq ans après mon arrivée ici – je fus convaincu qu’elle avait plus de cent ans D’AVANCE sur l’Europe et rien jusqu’à ce jour n’a pu me faire changer d’avis.

Ma rencontre avec Edison fut un des événements mémorables de ma vie. J’étais stupéfié par cet homme admirable qui avait accompli tant de choses, sans antécédents fortunés et sans formation scientifique. J’avais appris une douzaine de langues, m’étais plongé dans la littérature et les arts, j’avais passé les plus belles années de ma vie dans des bibliothèques pour lire tous les manuels qui me tombaient entre les mains, des Principes de Newton aux romans de Paul de Kock, et j’eus le sentiment que j’avais gaspillé la majeure partie de mon temps. Toutefois, je ne fus pas long à reconnaître que c’était ce que j’avais eu de mieux à faire. J’ai gagné la confiance d’Edison en quelques semaines, et voilà comment cela s’est produit.

Sur le S.S. Oregon, le paquebot à vapeur le plus rapide à l’époque, les deux dispositifs d’éclairage étaient tombés en panne et son départ avait été ajourné. Comme la coque avait été bâtie après leur installation, il était impossible de les démonter. La situation était sérieuse et Edison très ennuyé. Le soir venu, je pris les outils nécessaires et montai à bord du bateau, où je devais rester toute la nuit. Les dynamos étaient en très mauvais état, car elles avaient plusieurs courts-circuits et coupures, mais l’équipage aidant, je réussis à les remettre en bon état. À cinq heures du matin, en passant par la 5e Avenue pour aller à l’atelier, je tombai sur Edison accompagné de Batchellor et de quelques autres qui rentraient se coucher. « Voilà notre Parisien à traîner dehors toute la nuit », dit-il. Lorsque je lui dis que je venais de l’Oregon où j’avais réparé les deux machines, il me regarda sans souffler mot et continua son chemin. Lorsqu’il se fut un peu éloigné, je l’entendis dire cependant : « Batchellor, cet homme est sacrément doué », et à partir de là, j’eus les mains libres dans mon travail. Pendant près d’un an, je travaillais tous les jours sans exception de 10.30 H jusqu’au lendemain matin 5 H. Edison me dit : « J’ai eu beaucoup d’assistants très besogneux, mais vous, vous battez tous les records ! » Durant cette période, j’ai conçu 24 types de machines standards avec des noyaux courts, tous construits d’après le même modèle, pour remplacer les anciennes. Le manager m’avait promis 50 000 dollars à l’achèvement de ce travail, mais il s’avéra que ce n’était qu’une plaisanterie. Le coup fut très rude et je démissionnai. Immédiatement après cela, certaines personnes vinrent me trouver pour me proposer de fonder, à mon nom, une société de lampes à arc. J’acceptai, car j’y voyais une opportunité pour développer mon moteur. Toutefois, lorsque j’abordai ce sujet devant mes nouveaux associés, ils dirent : « Non, nous voulons des lampes à arc ; votre courant alternatif ne nous intéresse pas. » En 1886, mon système à arc était au point et il fut adopté pour l’éclairage des usines et de la ville ; j’étais libre, mais je ne possédais rien d’autre qu’un joli certificat d’investissement en actions de valeur hypothétique. S’ensuivit alors une période de luttes dans un tout autre domaine pour lesquelles je n’étais pas préparé ; je fus finalement récompensé, et en avril 1887 fut fondée la Tesla Electric Company, m’offrant un laboratoire complètement équipé. Les moteurs que j’y ai construits étaient exactement tels que je les avais imaginés. Je ne fis aucune tentative pour améliorer le design, et ne fis que reproduire les images telles qu’elles m’étaient apparues mentalement, et néanmoins le fonctionnement des moteurs répondait toujours à mes attentes.

Au début de 1888, je conclus un arrangement avec la société Westinghouse pour la construction de ces moteurs à grande échelle. Il restait toutefois de nombreux points litigieux à résoudre. Mon système était basé sur l’utilisation de courant de basse fréquence, mais les experts de Westinghouse avaient choisi du courant de 133 Hz en raison de certains avantages lors de la conversion. Ils ne voulaient pas se défaire de leurs appareils de forme standard, et je dus faire le nécessaire pour adapter mon moteur à leurs exigences. Par ailleurs, il devint nécessaire de construire un moteur capable de marcher irréprochablement à cette fréquence avec deux fils, ce qui ne fut pas une mince affaire.

À la fin de 1889, ma présence à Pittsburg n’était plus vraiment nécessaire, et je retournai à New York où je repris mes expérimentations dans un laboratoire dans Grand Street ; je commençai immédiatement à planifier des machines de hautes fréquences. Les problèmes de construction dans ce domaine jusque là inexploré furent nouveaux et plutôt singuliers, et je rencontrai de nombreuses difficultés. J’écartai celles à induction, craignant de ne pas pouvoir produire des ondes sinusoïdales parfaites, qui étaient d’une grande importance pour la résonance. Si cela n’avait pas été nécessaire, j’aurais pu m’épargner beaucoup de travail. Une autre caractéristique décourageante avec cet alternateur de hautes fréquences, semblait être l’inconstance de sa vitesse qui menaçait d’imposer de sérieuses limitations à son utilisation pratique. J’avais déjà remarqué, lors de mes démonstrations devant l’Institut américain des ingénieurs en électrotechnique, qu’il se déréglait, qu’il fallait le réajuster, et je ne pensais pas à cette époque que j’allais trouver le moyen, des années plus tard, de faire fonctionner un tel moteur à vitesse constante, au point que les variations se limiteraient à une petite fraction d’un tour entre les charges extrêmes.

Il devint souhaitable, pour bien d’autres raisons, d’inventer un appareil plus simple pour la production d’oscillations électriques. En 1856, Lord Kelvin avait publié la théorie de la décharge du condensateur, mais personne ne mit jamais cette connaissance importante en application pratique. J’y ai vu des possibilités et ai entrepris le développement d’un appareil à induction basé sur ce principe. Mes progrès furent tellement rapides que je fus en mesure de montrer, lors de ma conférence en 1891, une bobine donnant des étincelles de près de 13 cm. C’est à cette occasion que j’ai franchement avoué aux ingénieurs qu’il y avait un défaut dans la transformation avec ce nouveau procédé, à savoir une perte dans la distance d’éclatement. Des recherches ultérieures ont montré que, quel que fut le milieu utilisé, l’air, l’hydrogène, la vapeur de mercure, l’huile ou un courant d’électrons, le rendement était le même. C’est une loi qui ressemble beaucoup à celle de la conversion de l’énergie mécanique. On peut faire tomber un poids à la verticale depuis une certaine hauteur, ou le transporter à un niveau inférieur par un moyen quelconque, cela ne joue pas sur le travail fourni. Toutefois et heureusement, ce problème n’est pas catastrophique, car si on détermine correctement les mesures des circuits de résonance, on peut obtenir un rendement de 85%. Depuis que j’ai publié sa découverte, cet appareil est entré dans l’usage courant et a révolutionné bien des secteurs d’activité. Cet appareil a encore un grand avenir devant lui. Lorsque j’obtins, en 1900, des décharges puissantes de plus de 30 m, et que je lançai un courant tout autour du globe, je me souvins de la toute petite étincelle qui fusa dans mon laboratoire dans Grand Street, et je frémis de plaisir, comme lorsque je découvris le champ magnétique en rotation.

6. Le transformateur oscillant de Tesla (Bobine Tesla) présenté par Lord Kelvin devant la British Association, en août 1897. Ce petit dispositif compact de 20 cm de haut, donnait des serpentins lumineux de 0,2 m2, en utilisant une puissance de 25 watts du circuit d’alimentation de 110 Volts continu. Il était constitué d’un Tesla primaire et secondaire, d’un condensateur et d’une commande du circuit.

<7. Schéma des connexions en circuit dans le transformateur oscillant (Bobine Tesla, fig. 6) Le circuit secondaire qui se glisse dans le primaire est absent.

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 07:33
Nikola Tesla : Mes inventions (4)
 

MES INVENTIONS

Chapitre III
Mes travaux ultérieurs

La découverte du champ magnétique en rotation.

À l’âge de dix ans, j’entrai au lycée, un bâtiment tout neuf et relativement bien équipé. Dans la salle de physique, il y avait plusieurs modèles d’appareils scientifiques classiques, des appareils électriques et mécaniques. Les enseignants nous faisaient de temps en temps des démonstrations et des expériences qui me fascinaient et qui furent un puissant aiguillon pour mes inventions. Par ailleurs, j’adorais les mathématiques et le professeur me félicitait souvent pour mes résultats en calcul mental.  Je les devais à mon aptitude à visualiser facilement les nombres et à faire les opérations, non de la manière automatique classique, mais comme si les nombres existaient vraiment. Jusqu’à un certain degré de complexité, il importait peu que j’écrivisse les symboles sur le tableau ou que je les visualisasse mentalement. Néanmoins, mon emploi du temps comprenait plusieurs heures de dessin libre, une discipline qui m’ennuyait et que j’avais du mal à supporter. C’était d’autant plus étonnant que la majeure partie de ma famille excellait dans ce type d’activité. Peut-être mon aversion venait-elle tout simplement du fait que je ne voulais pas me perturber l’esprit. S’il n’y avait pas eu quelques garçons particulièrement stupides qui étaient incapables de quoi que ce soit, j’aurais eu les plus mauvaises notes de la classe. Toutefois, c’était un handicap sérieux car, dans le système éducatif d’alors, le dessin était obligatoire ; mon inaptitude représentait une menace pour toute ma carrière et mon père avait tout le mal du monde à me faire passer d’une classe à l’autre. Lors de ma seconde année de formation dans ce lycée, je devins obsédé par l’idée de produire un mouvement continu en maintenant la pression de l’air. L’incident de la pompe, dont j’ai parlé plus haut, avait enflammé mon imagination d’enfant et j’étais impressionné par les multiples possibilités qu’offrait le vide. Mon désir d’exploiter cette énergie inépuisable grandit avec moi ; j’avançai cependant dans l’obscurité pendant plusieurs années. Finalement, mes efforts prirent forme dans une invention qui allait me permettre de réaliser ce qu’aucun autre mortel n’avait osé faire jusque là. Imaginez un cylindre capable de tourner librement sur deux paliers et partiellement entouré d’une cuve rectangulaire parfaitement ajustée. Le côté ouvert de la cuve est fermé par une cloison, de manière que le segment cylindrique à l’intérieur de la cuve divise le cylindre en deux compartiments, séparés par des joints coulissants hermétiques. Si un de ces compartiments est scellé et vidé de son air et si l’autre reste ouvert, il en résulte une rotation perpétuelle du cylindre. C’est du moins ce que je pensais.

Je me mis à construire un modèle en bois et l’assemblai avec d’infinies précautions ; je branchai la pompe sur un des côtés et je remarquai qu’effectivement le cylindre avait tendance à se mettre à tourner : j’étais fou de joie ! Je voulais arriver à faire des vols mécaniques, malgré un douloureux souvenir d’une chute que j’avais faite en sautant d’un toit avec un parapluie. Je voyageais mentalement tous les jours dans les airs et j’allais dans des régions très éloignées, mais je ne savais pas comment m’y prendre pour que ces rêves deviennent réalité. Et voilà que j’avais obtenu quelque chose de concret, une machine volante constituée d’un simple arbre rotatif, d’ailes battantes, … et d’un vide de puissance illimitée ! À partir de ce jour, je fis mes excursions journalières dans les airs, à bord d’un véhicule confortable et luxueux, digne du Roi Salomon. J’ai mis des années pour comprendre que la pression atmosphérique s’exerçait à angle droit sur la surface du cylindre et que le léger effet de rotation que j’avais remarqué était dû à une fuite ! Bien que j’en aie pris conscience étape par étape, j’allais éprouver un choc pénible. Je venais à peine de finir ma formation au lycée, lorsque je fus atteint d’une maladie très grave, ou plutôt de toute une flopée de maladies, et mon état physique devint tellement désespérant que tout le corps médical déclara forfait. À cette époque, j’avais le droit de lire des livres non répertoriés par la Bibliothèque Municipale ; elle me les confiait pour que je classe ces ouvrages, afin de les intégrer dans ses catalogues. Un jour, on me remit quelques volumes d’un genre littéraire tout à fait nouveau qui m’était totalement étranger ; ils furent tellement captivants que j’en oubliais complètement mon état désespéré. C’étaient les premiers ouvrages de Mark Twain, et je crois que je leur dois mon rétablissement miraculeux qui s’ensuivit. Vingt-cinq ans plus tard, je racontai cette expérience à M. Clemens avec lequel je m’étais lié d’amitié, et je fus très surpris de voir ce grand auteur de satires amusantes se mettre à pleurer.

Je continuai mes études au lycée supérieur de Carlstadt en Croatie, où habitait une de mes tantes. C’était une femme distinguée, l’épouse d’un Colonel, un vétéran qui avait participé à plusieurs batailles. Je n’oublierai jamais les trois années que j’ai passées chez eux. La discipline qui y régnait était plus sévère que celle d’une forteresse en état de siège. J’étais nourri comme un canari. Tous les repas étaient d’excellente qualité et délicieux, mais la quantité aurait pu être multipliée par dix. Ma tante découpait le jambon en tranches pas plus épaisses que du papier de soie. Et lorsque le Colonel voulait me servir de manière plus substantielle, elle l’en empêchait en disant d’un ton énervé : « Fais donc attention, Niko est très fragile ! » J’avais un appétit d’ogre et je souffrais comme Tantale. Toutefois, je vivais dans une atmosphère de raffinement et de bon goût, ce qui était plutôt exceptionnel vu l’époque et les circonstances. Les terres étaient basses et marécageuses, et je fus victime du paludisme pendant toute la durée de mon séjour, malgré les nombreux médicaments que je prenais. À certaines périodes, le niveau du fleuve montait et déversait toute une armée de rats qui se précipitaient dans les maisons pour tout dévorer, jusqu’aux bottes de piments. Ce fléau fut pour moi un divertissement bienvenu. Je décimai les rats par toutes sortes de moyens, ce qui m’a valu la distinction peu enviable de meilleur chasseur de rats de toute la commune. Finalement, ma formation toucha à sa fin, la misère cessa, et j’obtins mon baccalauréat qui me conduisit à la croisée des chemins.

Durant toutes ces années, mes parents n’ont jamais faibli dans leur décision de me voir embrasser une carrière dans le clergé ; cette seule idée me remplissait de terreur. J’étais devenu très intéressé par l’électricité sous l’influence stimulante de mon professeur de physique qui était un vrai génie, et qui nous démontrait les principes avec des dispositifs qu’il avait lui-même inventés. Je me souviens de l’un d’eux : c’était un appareil qui ressemblait à une ampoule susceptible de tourner librement, recouverte d’une feuille d’étain, qui commençait à tourner rapidement quand il le connectait avec une machine statique. Il m’est impossible de vous donner une idée précise de l’intensité de mes émotions lorsque je le vis obtenir ces phénomènes mystérieux. Chaque observation résonnait des milliers de fois dans ma tête. Je voulais en savoir plus sur cette force merveilleuse. Je n’avais qu’une envie, c’était faire moi-même des expériences et des recherches, et c’est le coeur gros que je me pliai à l’inévitable.

Alors que je me préparais au long voyage du retour à la maison, on me dit que mon père voulait que je participe à une expédition de chasse. Cette demande m’a paru bien étrange, parce que jusque là, mon père s’était toujours violemment opposé à ce type de sport. Mais quelques jours plus tard, j’appris que le choléra faisait rage dans son district, et profitant d’une opportunité, je rentrai à Gospic sans tenir compte du voeu de mes parents. Il est inouï à quel point les gens étaient ignorants des véritables causes de cette terreur qui frappait le pays tous les 15 à 20 ans. Ils pensaient que les agents mortels étaient véhiculés par l’air et ils vaporisaient des parfums irritants dans les pièces et les enfumaient. Pendant ce temps, ils buvaient de l’eau infectée et mouraient en masse. J’ai attrapé cette maladie le jour même de mon arrivée, et bien qu’ayant surmonté la crise, je dus garder le lit pendant neuf mois durant lesquels je pus à peine bouger. Mon énergie était totalement épuisée, et je me retrouvais, pour la seconde fois, à l’article de la mort. Lors d’une de ces crises, dont tout le monde pensait qu’elle allait m’emporter, mon père fit irruption dans la pièce. Je me souviens encore de son visage blême alors qu’il tentait de me réconforter, mais le ton de sa voix trahissait son manque d’assurance. Je lui dis : « Peut-être que je vais me rétablir si tu me laisses faire mes études d’ingénieur. » Il me répondit d’un ton solennel : « Tu iras dans le meilleur institut technologique du monde », et je savais qu’il était sincère. Il venait d’enlever un poids énorme de mes épaules ; toutefois, le soulagement serait arrivé trop tard pour permettre que je me rétablisse, si je n’avais pas déjà suivi une cure fabuleuse d’une décoction amère d’un type particulier de graine. Je me relevai, tel Lazare d’entre les morts, au grand étonnement de tous. Mon père insista pour que je passe une année à faire des exercices physiques au grand air, ce que j’acceptai à contrecoeur. Je passai la plupart de ce temps à me promener en montagne, vêtu d’une tenue de chasse et quelques livres en poche ; ce contact avec la nature me revigora physiquement et mentalement. J’inventai beaucoup de choses et je fis des plans, mais en règle générale, ils étaient loin de la réalité. Mon imagination était assez bonne mais ma connaissance des principes très limitée. Avec l’une de mes inventions, je voulais faire des envois transocéaniques de lettres et de colis à travers un tuyau sous-marin, dans des conteneurs sphériques capables de résister à la pression hydraulique. J’avais soigneusement conçu et dessiné la station de pompage qui devait envoyer l’eau dans le tuyau, et tous les autres détails étaient très bien étudiés. Il n’y eut qu’un détail insignifiant que j’ai traité à la légère. J’avais supposé une vitesse arbitraire de l’eau et, qui plus est, je m’amusais à l’augmenter encore, ce qui me permettait d’arriver à des résultats stupéfiants corroborés par mes calculs sans fautes. Toutefois, mes études ultérieures sur la résistance des tuyaux aux fluides, me décidèrent de laisser à d’autres le soin de perfectionner cette invention.

Un autre de mes projets était la construction d’un anneau autour de l’équateur, capable de flotter librement et qui pouvait être arrêté dans son mouvement de rotation par des forces contraires, ce qui permettrait de voyager à raison de 1600 kilomètres par heure, une vitesse impensable en train. Le lecteur doit sourire. Je veux bien admettre que le plan était difficilement réalisable, mais moins que celui de ce professeur new-yorkais qui voulait pomper l’air des régions chaudes vers les régions plus froides, ignorant complètement que le Seigneur avait déjà créé un mécanisme géant dans ce même but.

Un autre plan encore, beaucoup plus important et passionnant, était de puiser l’énergie du mouvement rotatif des corps terrestres. J’avais découvert que les objets, à la surface de la Terre, grâce à la rotation journalière du globe, sont emportés par lui alternativement vers et contre la direction du mouvement de translation. Cela entraîne un grand changement dans le moment, qui pourrait être utilisé de la manière la plus simple pour fournir une force motrice dans toute région habitée du globe. Je ne peux pas trouver les mots pour dire combien j’ai été déçu, lorsque je découvris plus tard que j’étais dans la même situation fâcheuse qu’Archimède qui avait vainement cherché un point fixe dans l’univers.

À la fin de mes vacances, je fus envoyé à l’École Polytechnique de Graz, en Styrie, que mon père considérait comme une des plus anciennes et des meilleures institutions. Ce fut un moment très attendu et j’entamai mes études sous de bons auspices, fermement décidé à réussir. Ma formation antérieure était au-dessus de la moyenne grâce à l’enseignement de mon père et à des opportunités qui m’avaient été offertes. J’avais appris un certain nombre de langues et potassé les livres de plusieurs bibliothèques, glanant des informations plus ou moins utiles. C’est alors que, pour la première fois, je pus choisir les disciplines que j’aimais, et le dessin à main levée ne devait plus m’ennuyer. J’avais décidé de faire une surprise à mes parents, et durant la première année, je commençais à étudier régulièrement à trois heures du matin pour finir vers onze heures le soir, les dimanches et les vacances inclus. Comme la plupart de mes camarades étudiants prenaient les choses à la légère, j’ai toujours obtenu facilement les meilleurs résultats. Au cours de cette année, je réussis neuf examens, et mes professeurs estimaient que je méritais plus que les meilleures notes. Armé de mes certificats très flatteurs, je rentrai à la maison pour un bref repos ; je m’attendais à un accueil triomphal et je fus vexé à mort lorsque mon père dévalua ces honneurs que j’avais eu tant de mal à obtenir. Toute mon ambition en fut presque anéantie. Toutefois, quelque temps après sa mort, j’ai été peiné de trouver toute une pile de lettres que mes professeurs lui avaient écrites pour le prévenir que s’il ne me retirait pas de l’Institut, j’allais mourir de surmenage. Je me suis alors consacré entièrement aux études de la physique, de la mécanique et des mathématiques, en passant tout mon temps libre dans les bibliothèques. Finir ce que j’avais commencé tournait à la manie, et m’a souvent créé bien des problèmes. Un jour, j’avais commencé à lire les oeuvres de Voltaire, lorsque j’appris, à ma grande consternation, que ce monstre avait rédigé pas moins de cent gros volumes imprimés en petits caractères, en buvant journellement 72 tasses de café noir. Il fallait que je les lise tous, mais lorsque je reposai le dernier livre, je fus très heureux et me dis : « Plus jamais ça ! »

Mes performances de la première année m’avaient valu l’estime et l’amitié de plusieurs professeurs. Parmi eux, il y avait le professeur Rogner qui enseignait l’arithmétique et la géométrie, le professeur Poeschl, qui tenait la chaire en physique théorique et expérimentale, et le Docteur Allé qui enseignait le calcul intégral et qui était spécialisé dans les équations différentielles. Ce scientifique fut le conférencier le plus brillant que j’aie jamais entendu. Il s’intéressa particulièrement à mes progrès et resta souvent une heure ou deux avec moi dans la salle de conférences pour me soumettre des problèmes que je résolvais à la perfection. C’est à lui que j’expliquai une de mes inventions de machine volante ; ce n’était pas une invention illusoire, mais basée sur des principes scientifiques intelligents ; elle est devenue réalisable grâce à ma turbine et fera bientôt son entrée dans le monde. Les professeurs Rogner et Poeschl étaient bizarres tous les deux. Le premier avait un tic dans sa façon de s’exprimer, dont les élèves se moquaient bruyamment à chaque fois ; suivait alors un silence long et embarrassant. Prof. Poeschl était un homme méthodique et typiquement allemand. Il avait des mains et des pieds énormes, comme les pattes d’un ours ; néanmoins, il menait ses expériences avec beaucoup d’adresse et une précision d’horloger, sans jamais faire la moindre erreur.

C’est au cours de ma deuxième année à l’Institut que nous reçûmes une dynamo Gramme de Paris, qui avait un aimant inducteur laminé en forme de fer à cheval, et une armature entourée de fils avec un commutateur. Elle fut branchée et le Prof. Poeschl nous montra des effets variés du courant. Tandis qu’il faisait les démonstrations, la machine fonctionnant comme un moteur, les balais posèrent problème en lançant des étincelles ; je fis alors remarquer que l’on pouvait faire fonctionner un moteur sans ces dispositifs. Là-dessus, il déclara que j’avais tort, et il nous gratifia d’un cours particulier sur le sujet, à la fin duquel il observa : « M. Tesla est peut-être capable de faire de grandes choses, mais il lui est impossible de réussir sur ce point. Cela reviendrait à convertir une force d’attraction constante, comme celle de la gravité, en mouvement de rotation, en d’autres termes en mouvement perpétuel, ce qui est inconcevable. » Toutefois, l’intuition est quelque chose qui transcende la connaissance. Nous possédons sans doute certains nerfs plus fins qui nous permettent de percevoir la vérité lorsque la déduction logique, ou tout autre effort volontaire du cerveau, est infructueuse. J’en fus troublé pendant quelque temps, impressionné par l’autorité du professeur, mais je fus bientôt convaincu que j’avais raison, et je me mis au travail avec toute l’ardeur et la confiance sans bornes de la jeunesse.

4. Un des premiers moteurs à induction polyphasé de Tesla, présenté pour la première fois en 1888 devant l’Institut américain des ingénieurs en électrotechnique. Le champ magnétique en rotation obtenu dans ce moteur par des courants alternatifs « déphasés » dans les bobines stationnaires, fait tourner le rotor en induisant des courants secondaires dans le rotor : le champ magnétique secondaire créé par ces courants amène le rotor à rattraper le champ magnétique primaire en rotation ; bien que s’en approchant, il ne le rattrape jamais. Ce moteur est celui des moteurs existants qui a le moins de problèmes : son rotor, dépourvu de collecteurs créateurs d’étincelles, de bagues et autres connexions électriques, est la seule partie du moteur en mouvement, et de ce fait, seuls les roulements du rotor sont susceptibles de s’user.

Je commençai à imaginer une machine à courant continu, à visualiser son fonctionnement et je suivis le flux changeant du courant électrique dans l’armature. Ensuite, j’imaginai une machine à courant alternatif (un alternateur) et je suivis son processus de fonctionnement de la même manière. Pour finir, je visualisai des systèmes comprenant des moteurs et des générateurs qui fonctionneraient de différentes manières. Les images que je voyais étaient parfaitement claires et tangibles. Tout le temps que je devais encore passer à Graz fut consacré à des efforts intenses mais stériles dans ce sens, et je commençais à baisser les bras, pensant que le problème était insoluble. En 1880, je me rendis à Prague, en Bohême, pour répondre au voeu de mon père de compléter mon éducation dans cette université. C’est dans cette ville que je fis une avancée certaine : je détachai le commutateur de la machine et étudiai le phénomène sous ce nouvel angle ; toutefois, les résultats n’étaient toujours pas concluants. L’année suivante, ma philosophie de la vie se modifia brusquement. Je réalisai que mes parents faisaient trop de sacrifices pour moi, et je décidai de les décharger de ce fardeau. La vague du téléphone américain venait de déferler en Europe et le système devait être installé à Budapest, en Hongrie. Cela me parut une opportunité idéale, d’autant plus qu’un ami de la famille se trouvait à la tête de l’entreprise. Ce fut alors que je fis ma plus grave dépression nerveuse, dont j’ai déjà parlé plus haut. Ce que j’ai dû endurer durant ma maladie dépasse toute imagination. Ma vue et mon ouïe ont toujours été exceptionnelles. Je pouvais clairement discerner des objets à une distance où les autres ne voyaient rien du tout. Dans mon enfance, j’ai souvent empêché que les maisons de nos voisins prennent feu, en appelant les secours dès que j’entendais les légers craquements et grésillements annonciateurs d’un incendie ; ces signes leur étaient inaudibles et ne perturbaient pas leur sommeil.

En 1899, lorsque, à plus de 40 ans, je menais mes expériences au Colorado, je pouvais entendre très nettement des coups de tonnerre à près de 900 km de là. Mes assistants plus jeunes avaient une ouïe qui ne dépassait guère les 250 km. Mon oreille avait donc une sensibilité treize fois supérieure. Pourtant, à cette époque, j’étais, pour ainsi dire, sourd comme un pot, en comparaison avec l’acuité auditive durant ma dépression nerveuse. À Budapest, je pouvais entendre le tic-tac d’une pendule qui se trouvait trois pièces plus loin. Une mouche venant se poser sur la table dans la pièce créait un bruit sourd dans mon oreille. Une voiture roulant à plusieurs kilomètres de moi faisait trembler tout mon corps. Le sifflement d’une locomotive, passant entre 30 et 50 km plus loin, faisait vibrer le banc ou la chaise sur lequel j’étais assis à un point tel que la douleur devenait insoutenable. Le sol sous mes pieds n’arrêtait pas de trembler. Si je voulais dormir tant soit peu, il fallait que je pose des coussinets en caoutchouc sous les pieds de mon lit. J’avais souvent l’impression que des grondements proches ou lointains devenaient des paroles qui auraient pu m’effrayer si je n’avais pas été en mesure d’en analyser les composants insignifiants. Lorsque j’interceptais périodiquement les rayons du soleil, je ressentais dans ma tête des coups d’une telle violence qu’ils m’étourdissaient. Il me fallait rassembler tout mon courage pour passer sous un pont ou toute autre structure, car j’avais alors l’impression qu’on enfonçait mon crâne. Dans l’obscurité, j’avais la sensibilité d’une chauve-souris, et un fourmillement bien spécifique sur mon front me permettait de détecter la présence d’objets à une distance de plus de 3,5 m. Mon coeur pouvait monter à plus de 260 pulsations par minute, mais le plus difficile à supporter, c’était les tremblements et les contractions nerveuses très douloureuses de tous les tissus de mon corps. Un médecin très réputé qui m’administrait journellement de fortes doses de bromure de potassium, déclara que j’étais atteint d’une maladie unique et incurable. Je regretterai toujours de ne pas avoir été, à cette époque, examiné par des spécialistes en physiologie et en psychologie. Je m’accrochais désespérément à la vie, mais je ne m’attendais pas à guérir. Peut-on imaginer qu’une telle épave physique se transformerait en un homme d’une ténacité et d’une force étonnantes, capable de travailler pendant trente huit ans sans pratiquement s’arrêter un seul jour, et toujours se sentir jeune et fort dans son corps comme dans son esprit ? Tel est mon cas. Un puissant désir de vivre et de continuer de travailler, associé à l’aide d’un ami et athlète dévoué, permirent ce miracle. Ma santé revint et avec elle la force mentale. Lorsque je ré-attaquai le problème, je regrettai presque que la bataille fût sur le point de se terminer. Il me restait tellement d’énergie. Lorsque je m’attelai à la tâche, ce n’était pas avec le type de résolution que les hommes prennent généralement ; pour moi, il s’agissait d’un voeu sacré, c’était une question de vie ou de mort. Si je devais échouer, je savais que je périrais. Maintenant, j’avais l’impression que j’avais gagné la bataille. La solution se trouvait dans les recoins les plus profonds de mon esprit, mais je ne pouvais pas encore lui permettre de s’exprimer librement. Je me souviendrai toujours de cet après-midi où je me promenai avec un ami dans les jardins publics en récitant de la poésie. À cet âge-là, je connaissais plusieurs livres par coeur et étais capable de les réciter mot pour mot. L’un d’eux était le Faust de Goethe. Le soleil était en train de se coucher quand je me remémorai ce passage grandiose :

»Sie rückt und weicht,der Tag ist überlebt

Dort eilt sie hin und fördert neues Leben,

Oh, dass kein Flügel mich vom Boden hebt.

Ihr nach und immer nach zu streben !

Ein schöner Traum indessen sie entweicht,

Ach zu des Geistes Flügeln wird so leicht

Kein körperlicher Flügel sich gesellen ! »

 

»Et le soleil descend dans le jour accompli ;

Il fuit pour engendrer mille formes nouvelles.

Ah ! pour l’accompagner que n’ai-je donc des ailes

Qui m’enlèvent bien loin de ce sol avili !

Beau rêve dont déjà s’éteignent les accords.

Pourquoi faut-il que ne réponde

À l’aile de l’esprit aucune aile du corps ! »*

Lorsque je prononçai ces mots évocateurs, une idée me vint comme le flash d’un éclair et la vérité me fut instantanément révélée. Avec un bâton, je dessinai dans le sable les diagrammes que mon compagnon comprit sur-le-champ ; je devais les présenter six ans plus tard à l’Institut américain des ingénieurs en électrotechnique. Les images que je voyais étaient claires et nettes et avaient la solidité du métal et de la pierre, si bien que je lui dis : « Vois ce moteur, et regarde comment je vais l’inverser. » Je ne peux pas vous décrire mes émotions. Pygmalion, lorsqu’il vit sa statue se mettre à bouger ne pouvait pas avoir été plus ému que moi. J’aurais donné mille secrets de la nature que j’avais découverts accidentellement pour celui que je venais de lui extorquer contre toute attente, et au péril de ma vie.

*Extrait de FAUST de Goethe, Flammarion, Paris, 1984. Traduction de Jean Malaplate

5. Nikola Tesla, âgé de 39 ans, à l’apogée de sa renommée.

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MES INVENTIONS de Nikola Tesla.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 17:11
Nikola Tesla : Mes inventions (3)

 

MES INVENTIONS

Chapitre II
Mes premières découvertes

J’aimerais revenir brièvement sur ces expériences extraordinaires, en raison de l’intérêt qu’elles pourraient avoir pour des étudiants en psychologie et physiologie, et aussi parce que cette période de souffrance fut d’une importance majeure pour mon développement mental et mes travaux ultérieurs. Il me faut tout d’abord préciser les circonstances et les conditions qui les ont précédées, car elles pourraient en fournir une explication, ne serait-ce que partiellement.  

Je fus obligé, dès mon enfance, à concentrer toute mon attention sur moi-même et j’en ai beaucoup souffert. Toutefois, je pense aujourd’hui que ce fut une sorte de bénédiction, car cela m’a appris à estimer la valeur inestimable de l’introspection dans la préservation de la vie et la réalisation de mes objectifs. Le stress permanent qu’engendre cette introspection et le flot incessant des impressions qui arrivent à notre conscience à travers toutes nos expériences, font que l’existence moderne devient périlleuse à plusieurs égards. La plupart des personnes sont tellement absorbées par le monde extérieur qu’elles sont complètement inconscientes de ce qui se passe en leur for intérieur. La mort prématurée de millions de gens a sa cause première dans ce fait. Même ceux qui sont plus respectueux d’eux-mêmes font souvent l’erreur de fuir leur imagination et ignorent les vrais dangers. Ce qui est vrai pour un individu l’est aussi, plus ou moins, pour l’humanité en tant que tout. Prenons, par exemple, le mouvement actuel de la prohibition. On est en train de prendre, dans ce pays, des mesures drastiques, voire anticonstitutionnelles, pour interdire la consommation d’alcool, alors que d’un autre côté, il est un fait prouvé que le café, le thé, le tabac, le chewing-gum et autres excitants que consomment souvent même les très jeunes, sont beaucoup plus dangereux, à en juger par le nombre des dépendants à ces produits. Par exemple, lorsque j’étais étudiant, j’ai constaté en consultant chaque année la nécrologie de Vienne, capitale des buveurs de café, que les décès dus à des problèmes cardiaques pouvaient atteindre 67% du chiffre global. On observera probablement la même chose dans des villes où la consommation de thé est excessive. Ces délicieux breuvages conduisent à un état de surexcitation et épuisent graduellement les vaisseaux ténus du cerveau. Ils interfèrent par ailleurs sérieusement sur la circulation artérielle et devraient donc être consommés avec d’autant plus de modération que leurs effets délétères sont lents et imperceptibles. Le tabac, quant à lui, incite à penser librement et sans stress et diminue la force de concentration nécessaire à tout effort intellectuel soutenu. Le chewing-gum n’est que d’un piètre secours, car il épuise très vite le système glandulaire et inflige des dégâts irréversibles, sans parler du phénomène de révulsion qu’il entraîne. L’alcool consommé avec modération est un excellent tonique, mais il devient toxique à plus grande dose, qu’il soit ingéré sous forme de whisky ou qu’il soit produit à partir du sucre dans l’estomac. Néanmoins, il ne faudrait pas oublier que tous ces produits sont de puissants facteurs de sélection de la Nature, obéissant à sa loi sévère mais juste, en vertu de laquelle seuls les plus forts survivent. Par ailleurs, les réformateurs zélés devraient tenir compte de l’éternelle perversité de l’homme, qui préfère de loin le laissez faire dans l’indifférence aux restrictions forcées. En d’autres termes, nous avons besoin de stimulants pour réussir au mieux dans les conditions de vie actuelles et nous devons agir avec modération et maîtriser nos appétits et penchants quels qu’ils soient. C’est ce que j’ai fait des années durant, et c’est pourquoi j’ai pu rester jeune de corps et d’esprit. Vivre dans l’abstinence n’était pas ce qui me plaisait le plus ; toutefois, je suis largement récompensé par la satisfaction que m’apportent mes expériences actuelles. Je vais citer quelques unes d’entre elles, dans l’espoir que certains adopteront mes préceptes et ma philosophie.

Il y a quelque temps, par une nuit d’un froid glacial, je retournai à mon hôtel. Le sol était glissant et aucun taxi en vue. Un homme me suivait à une vingtaine de mètres et il était tout aussi pressé que moi de rentrer au chaud. Tout d’un coup, mes jambes partirent en l’air, et au même moment, j’eus un flash dans ma tête. Mes nerfs réagirent et mes muscles se tendirent ; je virevoltai et atterris sur mes mains. Je repris ma marche comme si de rien n’était. L’autre homme m’avait alors rattrapé et me dit : « Quel âge avez-vous ? », en m’observant d’un oeil critique. « Pas loin de 59 ans », lui répondis-je, « pourquoi? » Il dit, « Eh bien, j’ai déjà vu des chats se comporter comme cela, mais un homme, jamais ! » Il y a environ un mois, je voulais m’acheter de nouvelles lunettes, et me rendis donc chez l’oculiste, pour passer les tests d’usage. Il me regarda d’un air incrédule pendant que je lisais facilement les caractères même les plus petits à une distance considérable. Lorsque je lui annonçai que j’avais plus de 60 ans, il resta bouche bée. Mes amis me font souvent remarquer que mes costumes me vont comme un gant, mais ce qu’ils ignorent, c’est que je les fais tailler sur mesures ; elles ont été prises il y a 35 ans et n’ont pas changé depuis ; mon poids non plus du reste.

À ce sujet, j’ai une histoire plutôt amusante à vous raconter. Un soir de l’hiver 1885, M. Edison, Edward H. Johnson, président de l’Edison Illuminating Company, M. Bachellor, directeur des usines et moi-même entrâmes dans un lieu en face du numéro 65 de la 5e Avenue, où se trouvaient les bureaux de la société. Quelqu’un proposa de deviner le poids de l’autre, et on me demanda de monter sur une balance. Edison m’inspecta à tâtons et dit : « Tesla pèse 152 lbs à 30 grammes près. » C’était tout à fait exact. Tout nu, je pesai 142 livres et depuis mon poids n’a pas bougé. Je chuchotai à M. Johnson, » Comment se fait-il qu’Edison ait pu deviner mon poids de manière aussi précise ? » Il me dit à voix basse » Eh bien, ce que je vais vous dire est confidentiel et il ne faudra pas le répéter : il a travaillé pendant longtemps dans les abattoirs de Chicago où il pesait des milliers de porcs tous les jours. Voilà pourquoi. » Mon ami, l’honorable Chauncey M. Depew, raconte qu’un Anglais, surpris par une des ses anecdotes, resta perplexe, et que c’est seulement un an plus tard qu’il en éclata de rire. Moi, il faut que je le confesse, j’ai mis plus d’un an pour comprendre la blague de Johnson.

Mon bien-être vient tout simplement du fait que je fais preuve de modération et de prudence dans ma vie et le plus surprenant de tout cela, c’est que trois fois durant ma jeunesse la maladie avait fait de moi une épave devant laquelle tous les médecins avaient baissé les bras. En outre, mon ignorance et mon insouciance m’ont fait courir toutes sortes de risques, de dangers et tomber dans des pièges dont je me suis sorti comme par enchantement. J’ai failli me noyer une dizaine de fois, me faire ébouillanté et être brûlé vif. J’ai été enfermé, oublié et j’ai manqué mourir de froid. Il s’en est fallu d’un cheveu que je me fasse attraper par des chiens enragés, des cochons et d’autres animaux sauvages. J’ai survécu à des maladies horribles et dû faire face à bien des mésaventures ; le fait que je sois aujourd’hui entier et en vie me paraît relever du miracle. Toutefois, en me rappelant tous ces incidents, je suis convaincu que si j’en ai été protégé, ce n’est pas du tout par hasard.

Le but d’un inventeur est de trouver des solutions pour préserver la vie. Que ce soit en mettant certaines énergies au service de l’humanité, en perfectionnant les appareils, ou en inventant des dispositifs qui rendent la vie plus confortable, il contribue à améliorer la sécurité de notre existence. Par ailleurs, il est plus à même de se protéger en cas de danger que l’homme moyen, parce qu’il est vigilant et prévoyant. S’il n’existait aucune autre preuve que je possédais ces qualités-là, mes expériences personnelles suffiraient à le démontrer. Le lecteur pourra en juger à la lecture de ces quelques exemples.

Alors que j’avais environ 14 ans, je voulus un jour effrayer quelques amis qui se baignaient avec moi. J’avais l’intention de plonger sous une longue structure flottante et de refaire tranquillement surface à l’autre bout. Je savais nager et plonger aussi naturellement qu’un canard et j’étais confiant dans mon succès. Je plongeai donc dans l’eau et lorsque je fus hors de vue, je me retournai et nageai très vite en direction opposée. Je pensai que j’avais largement dépassé la structure et je remontai à la surface, lorsqu’à ma grande consternation, ma tête heurta une poutre. Je replongeai très vite et me remis à nager très vite jusqu’à ce que l’air commençât à me manquer. Je remontai alors pour la deuxième fois, et ma tête toucha une nouvelle fois une poutre. Je commençai à désespérer. Toutefois, je rassemblai toute mon énergie et entrepris frénétiquement une troisième tentative, mais le résultat fut le même. Je ne pouvais plus respirer et la douleur devint insupportable ; la tête me tournait et je commençais à sombrer. C’est à ce moment-là, alors que la situation semblait désespérée, que j’ai eu un de ces flashes de lumière dans lequel la structure m’apparut en vision au-dessus de moi. Ai-je vu ou deviné qu’il y avait un petit espace entre la surface de l’eau et les planches qui reposaient sur les poutres, toujours est-il que, bien qu’au bord de l’évanouissement, je remontai et vins presser ma bouche près des planches ; je réussis à inhaler un peu d’air, mais malheureusement il était mélangé avec des gouttes d’eau qui ont failli me faire étouffer. J’ai répété cette procédure plusieurs fois comme en transe, jusqu’à ce que mon coeur, qui battait la chamade, revint à la normale et que je retrouvai mes esprits. Ensuite, je fis un certain nombre d’autres tentatives pour remonter à l’air libre, mais j’avais complètement perdu le sens de l’orientation, et j’échouai toujours. Finalement, je réussis malgré tout à sortir de mon piège, tandis que mes amis me croyaient déjà mort et s’étaient mis à la recherche de mon corps. Cette imprudence mit fin aux baignades cet été à ; toutefois, j’oubliai bientôt la leçon, et ce n’est que deux ans plus tard que je devais retomber dans une situation encore plus fâcheuse. Près de la ville où je faisais mes études à l’époque, il y avait une grande minoterie et un barrage qui traversait le fleuve. En règle générale, l’eau ne montait pas à plus de 5 à 8 cm au-dessus du barrage, et nager jusqu’à lui était un sport pas très dangereux auquel je m’adonnais souvent. Un jour, je me rendis seul au fleuve pour m’amuser comme d’habitude. Toutefois, lorsque je fus à une courte distance du mur, je réalisai avec effroi que l’eau avait monté et qu’elle m’emportait rapidement. J’essayai de revenir en arrière, mais il était trop tard. Heureusement, je réussis à m’agripper au mur avec les deux mains et donc à éviter d’être emporté par-dessus. La pression sur ma poitrine était très forte, et j’avais du mal à garder la tête hors de l’eau. Il n’y avait âme qui vive tout alentour et mes cris furent étouffés par le grondement de la cascade. Je m’épuisai petit à petit et eus de plus en plus de mal à résister à la pression. J’étais sur le point de lâcher prise et d’être précipité sur les rochers au bas de la cascade, lorsque je vis dans un éclair de lumière le diagramme familier illustrant le principe hydraulique qui veut que la pression d’un liquide en mouvement soit proportionnelle à la surface exposée, et automatiquement je me tournai sur mon flanc gauche. La pression fut réduite comme par magie et il me fut relativement plus facile de résister à la force du courant dans cette position. Cependant le danger était toujours là. Je savais que tôt ou tard je serais emporté dans les chutes d’eau, car il était impossible que des secours arrivent à temps, même si j’avais dû attirer l’attention de quelqu’un. Je suis ambidextre aujourd’hui, mais à l’époque j’étais gaucher et j’avais relativement peu de force dans mon bras droit. C’est pourquoi je n’osai pas me retourner pour me reposer sur l’autre côté, et il ne me restait donc plus rien d’autre à faire que de pousser mon corps le long du barrage. Il fallait que je m’éloigne du moulin auquel je faisais face, car le courant y était plus rapide et plus profond. Ce fut une entreprise longue et douloureuse et je fus près d’échouer à la fin, car je sentis une dépression dans le mur. Le peu de force qu’il me restait m’a quand même permis de la franchir, et je m’évanouis en atteignant la rive ; c’est là que l’on m’a trouvé. Ma chair était à vif sur tout mon côté gauche, et il a fallu des semaines avant que la fièvre ne tombe et que je sois guéri. Ce ne sont que deux de mes nombreux accidents, mais ils suffisent à révéler que si je n’avais pas eu cet instinct d’inventeur, je ne serais pas là aujourd’hui pour en parler.

Les gens me demandent souvent comment et quand j’ai commencé mes inventions. Pour autant qu’il me souvienne, la première tentative fut assez ambitieuse, car elle impliquait à la fois l’invention d’un appareil et d’une méthode. Pour la première j’avais déjà un prédécesseur, mais je fus le fondateur de la deuxième. Voici comment cela s’est passé. Un de mes camarades de jeu avait reçu une ligne et tout le matériel de pêche, ce qui fut un événement dans le village ; le lendemain, ils allèrent tous pêcher des grenouilles. J’étais resté seul parce que je m’étais justement disputé avec ce copain-là. Je n’avais jamais vu un vrai hameçon ; je pensais qu’il s’agissait de quelque chose d’extraordinaire, doté de qualités particulières, et je regrettais vraiment de ne pas être de la partie. Poussé par cette frustration, je me procurai un morceau de fil de fer, martelai un bout en pointe acérée entre deux pierres, le recourbai et l’attachai à une ficelle solide. Ensuite, je coupai une baguette, réunis quelques appâts et descendis jusqu’au ruisseau où il y avait des grenouilles en abondance. Toutefois, je n’ai pas pu en pêcher une seule, et je commençai à perdre courage lorsque j’eus l’idée de lancer l’hameçon tout nu devant une grenouille assise sur une souche. Au début elle se tassa, puis, petit à petit, ses yeux sortirent de l’orbite et furent injectés de sang ; elle enfla jusqu’à doubler de volume et happa rageusement l’hameçon. J’ai immédiatement tiré sur la ficelle. Je répétai inlassablement cette manoeuvre, et elle se montra infaillible. Lorsque mes camarades me rejoignirent, ils devinrent verts de jalousie parce qu’ils n’avaient rien attrapé du tout, malgré leur attirail sophistiqué. J’ai gardé le secret pendant très longtemps et je savourais mon monopole ; toutefois, dans l’ambiance des fêtes de Noël, je leur ai vendu la mèche. Chacun alors fut capable de faire comme moi, et l’été suivant il y eut une hécatombe parmi les grenouilles.

Dans mon expérience suivante, il semblerait que ce fut la première fois que j’aie agi sous une impulsion instinctive ; ces impulsions allaient me dominer ultérieurement et me pousser à mettre les énergies de la nature au service de l’humanité. En l’occurrence, j’ai utilisé des hannetons qui sont une véritable calamité dans ce pays, car parfois ils sont capables de casser les branches des arbres par le seul poids de leurs corps. Les buissons étaient noirs de hannetons. J’ai attaché quatre de ces bestioles sur des copeaux disposés en croix qui tournaient sur un pivot très mince et qui transmettaient leur mouvement à un disque plus grand, ce qui m’a permis d’obtenir une « puissance » considérable. Ces créatures étaient très performantes ; une fois qu’elles avaient commencé à tournoyer, rien ne pouvait plus les arrêter ; cela durait des heures, et plus il faisait chaud, plus elles travaillaient. Tout allait pour le mieux, lorsqu’un gamin bizarre entra en scène. C’était le fils d’un officier de l’armée autrichienne à la retraite. Ce galopin mangeait les hannetons vivants et en jouissait comme s’il dégustait les meilleures huîtres. Ce spectacle dégoûtant mit un terme à mes efforts dans ce domaine très prometteur et depuis, il m’est devenu impossible de toucher un hanneton ou un autre insecte.

Il me semble que c’est alors que j’ai commencé à démonter et à remonter les pendules de mon grand-père. J’ai toujours réussi la première opération, mais j’ai souvent échoué dans la deuxième. C’est pourquoi il mit un terme à mes activités d’une manière un peu brutale, et j’ai mis trente ans avant de reprendre une montre en mains. Peu de temps après cela, je me mis à fabriquer une espèce de fusil à bouchon, constitué d’un tuyau, d’un piston et de deux bouchons de chanvre. Pour tirer, il fallait presser le piston contre son ventre et pousser très vite le tube en arrière avec les deux mains. L’air entre les bouchons était alors comprimé et montait à une température élevée, jusqu’à ce que l’un des bouchons soit expulsé à grand bruit. L’astuce consistait à savoir sélectionner, parmi toutes les tiges creuses qui traînaient dans le jardin, celle qui avait un creux conique adapté,. Mon arme fonctionnait à merveille, mais mes activités entrèrent malheureusement en conflit avec les carreaux des fenêtres de notre maison, et je subis un découragement douloureux.

Si mes souvenirs sont exacts, j’ai ensuite commencé à tailler des épées dans des meubles mis à ma disposition. À cette époque, j’étais sous le charme de la poésie nationale serbe et plein d’admiration pour les actes de ses héros. Je passais des heures à abattre mes ennemis, représentés par les tiges de maïs, ce qui abîmait évidemment les récoltes, et me valut quelques fessées de ma mère, qu’elle ne me donna pas pour la forme mais avec le plus grand sérieux.

Tout cela, et bien d’autres choses encore, s’est passé avant que j’aie six ans et que je ne fréquente le cours préparatoire à l’école du village de Smiljan où je suis né. À la fin de cette année scolaire, nous déménageâmes à Gospic, une petite ville tout proche. Ce changement de résidence fut catastrophique pour moi. Cela m’a presque fendu le coeur de devoir me séparer de nos pigeons, de nos poules et de nos moutons, et de notre merveilleux troupeau d’oies qui s’envolaient dans les nuages le matin et qui revenaient gavées au crépuscule dans une formation de combat à faire pâlir de honte un escadron de nos meilleurs aviateurs actuels. Dans notre nouvelle maison, je me sentais comme un prisonnier regardant passer des étrangers dans la rue derrière ses stores. Ma timidité était telle que j’aurais préféré faire face à un lion rugissant qu’à un de ces types de la ville qui déambulaient sous les fenêtres. Toutefois, l’épreuve la plus dure fut celle du dimanche, lorsque je devais m’habiller et aller à la messe. Là il se passa un incident dont la seule pensée allait continuer de glacer mon sang comme du lait caillé pendant des années. C’était ma deuxième aventure dans une église, car peu de temps auparavant, j’avais été enfermé dans une vieille chapelle sur une montagne difficile d’accès, qui n’était fréquentée qu’une fois par an. Ce fut une expérience horrible, mais celle-ci était pire. Il y avait une dame très riche en ville, une femme gentille mais emplie de suffisance, qui venait toujours à la messe maquillée à outrance, vêtue d’une robe avec une énorme traîne, et accompagnée de sa suite. Un dimanche, je venais de faire sonner les cloches dans le beffroi et je me précipitais au bas des escaliers ; tandis que cette grande dame sortait d’un air majestueux, je sautai sur sa traîne. Elle se déchira dans un bruit formidable comme si une recrue inexpérimentée venait de tirer un feu de salve. Mon père était blanc de rage. Il me donna un léger soufflet sur la joue – le seul châtiment corporel que mon père m’ait jamais donné, mais je le ressens encore comme s’il datait d’hier. L’embarras de cette situation et la confusion qui a suivi sont inénarrables. Je fus quasiment mis au ban de la société jusqu’à ce quelque chose se passât qui me racheta dans l’estime de la communauté.

3. La maison familiale des Tesla à Gospic. Le lycée où il fit ses études est partiellement visible sur la droite. L’homme en soutane, à droite, est l’oncle de Tesla, Petar, évêque orthodoxe serbe en Bosnie.

Un jeune marchand très entreprenant avait fondé une caserne de pompiers. On avait acheté une nouvelle voiture de pompiers et des uniformes, et les hommes furent entraînés à des exercices de sauvetage, et à défiler. La voiture était en fait une pompe à incendie peinte en rouge et noir, que devaient faire marcher 16 hommes. Un après-midi, tout était fin prêt pour l’inauguration officielle, et le camion fut descendu à la rivière. Toute la population était là pour assister à ce grand spectacle. À la fin des discours et des cérémonies, l’ordre fut donné de pomper, mais il ne sortit pas une goutte d’eau du tuyau. Les professeurs et les experts essayèrent vainement de localiser la panne. C’était le fiasco total lorsque j’arrivai sur les lieux. Mes connaissances du mécanisme étaient nulles et je ne savais pratiquement rien en pneumatique, mais j’allai instinctivement inspecter le tuyau d’aspiration de l’eau dans la rivière, et je constatai qu’il était replié. Je m’avançai alors dans l’eau pour le déplier ; l’eau s’engouffra dans le tuyau et beaucoup d’habits du dimanche furent souillés. Lorsqu’Archimède courut tout nu dans la ville de Syracuse en hurlant « Eurêka ! », il n’a pas pu faire une plus grosse impression que moi ce jour-là. On me porta sur les épaules et j’étais le héros du jour.

Après notre installation dans cette ville, je commençai une formation de quatre ans à ce qu’on appelait l’école élémentaire secondaire, en préparation de mes études au lycée ou Real-Gymnasium. Durant toute cette période, mes efforts, mes exploits et mes ennuis allaient continuer. Je fus désigné, entre autres, champion national des pièges à corneilles. Ma manière de procéder était extrêmement simple. J’allais dans la forêt, je me cachais dans les fourrés et j’imitais le cri des oiseaux. D’habitude plusieurs me répondaient et un peu plus tard, une corneille descendait dans les buissons à côté de moi. Après quoi, il ne me restait plus qu’à lancer un bout de carton pour déjouer son attention, et de courir l’attraper avant qu’elle ait le temps de se dépatouiller des broussailles. C’est comme cela que j’en attrapais autant que je voulais. Toutefois, un jour, il se passa quelque chose qui me força à les respecter. J’avais attrapé un joli couple d’oiseaux et m’apprêtais à rentrer à la maison avec un ami. Lorsque nous quittâmes la forêt, des milliers de corneilles s’étaient rassemblées et faisaient un boucan effrayant. Elles nous prirent en chasse en quelques minutes et nous fûmes encerclés par les oiseaux. Soudain, je reçus un coup à l’arrière de ma tête qui m’a envoyé par terre. Les oiseaux alors m’attaquèrent de tous côtés ; je fus obligé de lâcher les deux oiseaux, et c’est avec soulagement que je pus rejoindre mon ami qui s’était réfugié dans une grotte.

Dans la salle de classe, il y avait quelques modèles mécaniques qui piquèrent ma curiosité et qui sont à l’origine de mon intérêt pour les turbines à eau. J’en construisis toute une série et je m’amusai beaucoup à les faire fonctionner. Je vais vous raconter un incident pour illustrer combien ma vie était extraordinaire. Mon oncle n’avait aucune estime pour ce genre de passe-temps et il me réprimandait souvent. J’avais pris connaissance d’une description fascinante des chutes du Niagara et j’avais imaginé qu’une énorme roue tournait grâce à ces chutes. Je dis à mon oncle qu’un jour, j’irai en Amérique pour réaliser ce rêve. Trente ans plus tard, mon projet sur les chutes du Niagara devint réalité, et je m’émerveillais du mystère insondable de l’esprit humain. J’ai construit toutes sortes d’autres d’appareils et d’engins, mais les meilleurs que j’aie jamais réalisés étaient mes arbalètes. Quand je tirais mes flèches, elles disparaissaient de la vue et, à courte distance, elles pouvaient traverser une planche de pin de 2,5 cm d’épaisseur. Comme je me suis énormément exercé à tendre mes arcs, j’ai fini par avoir de la corne sur mon ventre, qui ressemble à une peau de crocodile, et je me demande souvent si c’est à cause de ces exercices que je suis, encore aujourd’hui, capable de digérer des petits cailloux ! Il faut que je vous dise aussi mes performances avec ma fronde qui m’auraient certainement permis d’obtenir un succès fou à l’Hippodrome. Laissez-moi vous raconter un de mes exploits que j’ai réalisé avec cet ancien dispositif de guerre, qui va mettre à l’épreuve la crédulité des lecteurs. Je jouais avec ma fronde pendant que je marchais avec mon oncle le long de la rivière. Les truites s’amusaient à la nuit tombante et, de temps en temps, il y en avait une qui sautait hors de l’eau ; son corps brillant se reflétait nettement sur un rocher émergé à l’arrière-plan. Évidemment, n’importe quel garçon aurait pu toucher un poisson dans des conditions aussi favorables, mais j’élaborai un plan beaucoup plus difficile ; je décrivis à mon oncle ce que je voulais faire, dans les moindres détails. Je comptais tirer une pierre qui devait toucher le poisson, l’envoyer contre le rocher et le couper en deux. Aussitôt dit, aussitôt fait. Mon oncle me regarda et cria, en proie à une peur bleue Vade retro Satanas ! Il a fallu que j’attende quelques jours avant qu’il ne m’adressât de nouveau la parole. Je ne parlerai pas des autres exploits, quoique superbes ; j’ai le sentiment, cependant, que je pourrais tranquillement me reposer sur mes lauriers pendant mille ans.

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( À Suivre )

MES INVENTIONS de Nikola Tesla.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 11:08
Nikola Tesla : Mes inventions (2)
 

MES INVENTIONS

Chapitre I
Mon enfance

Le développement progressif de l’humanité dépend largement de ses inventions qui sont les produits par excellence de son esprit créateur. Son but ultime est la maîtrise totale du monde matériel, l’exploitation des forces de la nature pour les besoins de l’homme. C’est en cela que réside la tâche difficile de l’inventeur qui est souvent incompris et mal récompensé. Toutefois, il trouve d’amples compensations dans le plaisir d’exercer ses pouvoirs et dans le fait de savoir qu’il appartient à une classe exceptionnellement privilégiée, sans laquelle la race aurait péri depuis longtemps dans une lutte pénible contre les éléments impitoyables.

Pour ma part, j’ai déjà pu jouir plus que je ne le demandais de ce plaisir exquis, tant et si bien que pendant plusieurs années, je vécus de manière quasi permanente dans l’extase. J’ai la réputation d’être un travailleur acharné ; cela peut être juste, à condition que l’activité mentale soit synonyme de travail, car c’est à elle que j’ai pratiquement consacré toutes mes heures de veille. Par contre, si on définit le travail comme étant une performance définie, à réaliser en un temps donné et selon des règles strictes, alors, je dois être le pire des paresseux. Chaque effort entrepris sous la contrainte demande le sacrifice d’un peu d’énergie vitale. Je n’ai jamais payé ce prix-là ; au contraire, je me suis toujours épanoui dans mes pensées. Afin de rendre compte de mes activités de manière honnête et cohérente, dans cet ensemble d’articles publiés en collaboration avec les éditeurs de l’Electrical Experimenter, qui sont surtout destinés à nos jeunes lecteurs, il me faut revenir sur les impressions de ma jeunesse, bien que ce soit à contrecoeur, et de rappeler les circonstances et les événements qui ont joué un rôle décisif et déterminant dans ma carrière.

2. Maison natale de Nikola Tesla, à Smiljan en Licko, un comté de Croatie. (À droite, les ruines de l’église de son père). À sa naissance, cette région était un district militaire de l’Austro-Hongrie. (Institut Smithsonian)

Nos premières tentatives sont purement instinctives ; elles nous sont suggérées par une imagination vive et indisciplinée. À mesure que nous grandissons, la raison s’impose et nous devenons de plus en plus ordonnés et méthodiques. Toutefois, ces impulsions de la prime enfance, bien que n’ayant aucune productivité immédiate, sont de la plus haute importance, et peuvent modeler notre destin. En effet, je pense aujourd’hui que si je les avais comprises et entretenues au lieu de chercher à m’en défaire, mon legs à l’humanité en aurait été considérablement enrichi. Car c’est seulement lorsque j’atteignis l’âge adulte, que je pris conscience d’être un inventeur. Cela était dû à un certain nombre de causes. Premièrement, j’avais un frère extraordinairement doué ; il était un esprit rare, un de ces phénomènes de l’intelligence que toutes les investigations biologiques n’ont pas su expliquer. Sa mort prématurée laissa mes parents inconsolables. Nous avions un cheval qui nous avait été offert par un ami de la famille. C’était un animal magnifique, de race arabe, qui avait une intelligence presque humaine ; toute la famille en prenait grand soin et le chouchoutait car il avait, un jour, sauvé la vie de mon père en des circonstances étonnantes. C’était l’hiver, et une nuit, mon père fut appelé pour une urgence ; alors qu’il traversait une montagne envahie par les loups, le cheval prit peur et s’enfuit, après avoir jeté mon père violemment à terre. Il revint à la maison épuisé et ensanglanté, mais lorsque la cloche se mit à sonner l’alarme, le cheval repartit en flèche à l’endroit de l’accident ; l’équipe de recherche n’eût même pas le temps de les rejoindre, mais en route, elle rencontra mon père qui était sorti de son inconscience et était remonté sur son cheval, ne réalisant pas qu’il avait passé plusieurs heures étendu dans la neige. Ce cheval était aussi responsable des blessures de mon frère qui lui furent fatales. Je fus témoin de la scène, et bien que 56 années se soient écoulées depuis, mon impression visuelle n’a rien perdu de sa force. Tous les efforts que je pouvais faire semblaient nuls, en comparaison des résultats que mon frère avait obtenus. Tout ce que je faisais de valable ne faisait qu’intensifier le sentiment de perte de mes parents. C’est pourquoi je grandis avec peu de confiance en moi. Cependant, j’étais loin d’être considéré comme un gamin stupide à en juger par un incident dont je me souviens fort bien. Un jour, les conseillers municipaux passèrent dans la rue où je jouais avec d’autres garçons. Le plus âgé de ces hommes vénérables – un citoyen fortuné – s’arrêta pour nous donner à chacun une pièce en argent. S’approchant de moi, il s’arrêta net et me dit : « Regarde-moi dans les yeux ». Mon regard rencontra le sien, et je tendis ma main pour recevoir la pièce de valeur ; à ma grande consternation, il me dit : « Non ! Toi, tu n’auras rien, tu es trop intelligent ! » Une histoire amusante circulait sur mon compte. J’avais deux vieilles tantes au visage très ridé, et l’une d’elles avait deux dents en saillie, comme les défenses d’un éléphant, qu’elle enfonçait dans mes joues chaque fois qu’elle m’embrassait. Rien ne me faisait plus peur que l’idée d’être enlacé par ces parentes aussi affectueuses que repoussantes. Un jour, alors que ma mère me portait dans ses bras, on m’a demandé laquelle je préférais des deux. Après que j’eus examiné attentivement leurs visages, je dis d’un air dégagé en montrant l’une du doigt : « Celle-ci est moins laide que l’autre. » Par ailleurs, j’étais destiné, depuis ma naissance, à devenir un ecclésiastique et cette idée m’accablait continuellement. J’avais envie de devenir ingénieur, mais mon père était inflexible. Il était le fils d’un officier ayant servi dans l’armée du Grand Napoléon et il avait reçu une éducation militaire, tout comme son frère, qui était professeur de mathématiques dans une institution très importante. Curieusement, il rejoignit plus tard le clergé où il accéda à une position éminente. C’était un homme très instruit, un véritable philosophe naturaliste, un poète et un écrivain et on disait que ses sermons étaient aussi éloquents que ceux d’Abraham à Santa Clara. Il avait une mémoire exceptionnelle, et récitait souvent de longs extraits d’ouvrages en plusieurs langues. Il poussait souvent la plaisanterie en disant que si des textes classiques venaient à disparaître, il saurait les réécrire. Son style était très apprécié, il maniait la satire mieux que personne et ses phrases étaient courtes mais concises. Ses remarques empreintes d’humour étaient toujours originales et caractéristiques. Je peux en donner un ou deux exemples, pour illustrer le sujet. Il y avait, parmi les ouvriers qui aidaient aux travaux de la ferme, un homme qui louchait, appelé Mane. Un jour, alors qu’il fendait du bois, la hache manqua de lui échapper dans son élan et mon père, qui se tenait près de lui ne fut pas très rassuré ; il l’invita à la prudence en ces termes : » Pour l’amour de Dieu, Mane, ne confondez pas ce que vous regardez avec ce que vous voulez cogner ! » Un autre jour, il emmena un ami en promenade qui, négligemment, laissait pendre un pan de son manteau de fourrure contre une roue de la voiture. Mon père le lui fit remarquer en disant : « Relève ton manteau, tu abîmes mon pneu. » Il avait en outre une curieuse manie de se parler à lui-même et il menait souvent des conversations animées, où il donnait libre cours à un raisonnement pétulant, en changeant le ton de sa voix. Un auditeur non averti aurait pu jurer qu’il y avait plusieurs personnes dans la pièce. Bien que je doive toute ma créativité à l’influence de ma mère, l’éducation que mon père m’a donnée m’a certainement été salutaire. Elle comprenait toutes sortes d’exercices, comme celui de deviner les pensées l’un de l’autre, de découvrir les imperfections des locutions, de répéter de très longues phrases et du calcul mental. Ces leçons journalières devaient fortifier ma mémoire et mon raisonnement, et surtout développer mon sens critique ; il ne fait aucun doute qu’elles m’ont été très profitables.

Ma mère descendait d’une des plus anciennes familles du pays et d’une lignée d’inventeurs. Son père et son grand-père inventèrent de nombreux appareils ménagers, ou à usage agricole et autres. C’était véritablement une femme remarquable, dont les dons, le courage et la force morale étaient rares, qui s’était battue contre les aléas de la vie et qui eut affaire à plus d’une expérience éprouvante. Lorsqu’elle avait seize ans, une peste virulente balaya le pays. Son père était sorti pour administrer les derniers sacrements aux mourants, et pendant son absence, elle alla assister une famille voisine touchée par la maladie fatale. Tous les cinq membres de la famille moururent l’un après l’autre. Elle baigna les corps, les habilla et les étendit, les entourant de fleurs selon les coutumes du pays ; au retour de mon père, tout était prêt pour la célébration d’un enterrement chrétien. Ma mère était un inventeur de premier ordre et je pense qu’elle aurait pu faire de grandes choses, si elle n’avait pas été si éloignée de la vie moderne et des nombreuses opportunités qu’elle offrait. Elle inventa et construisit toutes sortes d’instruments et d’appareils, et tissait les plus beaux dessins avec des fils qu’elle avait elle-même préparés. Elle semait même les graines, faisait pousser les plantes et séparait elle-même les fibres. Elle travaillait infatigablement du lever du soleil jusque tard dans la nuit, et la plupart de nos vêtements et de nos tissus d’ameublement étaient le produit de ses mains. À plus de soixante ans, ses doigts étaient toujours suffisamment souples pour pouvoir faire trois noeuds en un clin d’oeil.

Toutefois, il y avait une autre raison très importante, pour laquelle mon pouvoir d’invention se développa si tardivement. Lorsque j’étais un garçonnet, je souffrais d’un handicap très particulier dû à l’apparence d’images, accompagnées souvent de puissants flashes de lumière, qui troublaient ma perception des objets réels et interféraient avec mes pensées et mes actions. C’étaient des images de choses et de scènes que j’avais réellement vues et jamais de celles que j’avais imaginées. Lorsqu’on me disait un mot, l’image de l’objet qu’il désignait se présentait rapidement à ma vue, et parfois je fus incapable de dire si ce que je voyais était réel ou non. Cela me gênait et m’angoissait beaucoup. Aucun des étudiants en psychologie ou en physiologie que j’ai consultés ne pouvait donner une explication satisfaisante à ce phénomène. Il semblerait que mon cas fut unique, bien que je dusse certainement être prédisposé à ce type d’expériences, car je savais que mon frère avait vécu la même chose. Selon ma théorie personnelle, les images étaient le résultat d’une action réflexe du cerveau sur la rétine dans des situations de grande excitation. Ce n’étaient certainement pas des hallucinations comme celles qui apparaissent dans des cerveaux malades et angoissés, car à d’autres égards j’étais tout à fait normal et calme. Pour vous donner une idée de mon malaise, imaginez, par exemple, que j’aie assisté à un enterrement ou à un autre spectacle éprouvant dans la journée ; dans le silence de la nuit suivante, une image très vivante de la scène surgissait immanquablement devant mes yeux sans que je puisse rien faire pour la supprimer. Parfois, elle restait toujours en place, bien que je pusse la traverser avec ma main. Si mon explication est juste, il devrait être possible de projeter sur un écran n’importe quelle visualisation et de la rendre perceptible. Une telle avancée serait une véritable révolution dans les relations humaines. Je suis convaincu que ce prodige peut et va être réalisé dans un futur plus ou moins proche. Je peux même ajouter que j’ai beaucoup réfléchi à ce problème pour essayer de trouver une solution.

Pour me débarrasser de ces images traumatisantes, j’ai tenté de concentrer mon esprit sur l’image d’une perception antérieure, ce qui m’a souvent permis d’obtenir un soulagement temporaire ; mais pour cela, il fallait que je fabrique continuellement de nouvelles images. Cependant, j’eus tôt fait de m’apercevoir que j’étais arrivé à l’épuisement de mon stock d’images, au bout de mon « film », parce que je ne connaissais pas encore grand chose de ce monde – seulement les éléments familiers et mon environnement immédiat. Alors que je pratiquai ce type d’exercice mental pour la seconde ou troisième fois, afin de chasser ces images de mon esprit, je m’aperçus qu’il m’apportait de moins en moins de soulagement. J’ai alors décidé instinctivement de faire des excursions au-delà des limites de mon monde familier mais restreint, et je vis de nouvelles scènes. Au début, elles étaient brouillées et vagues et elles s’évanouissaient lorsque j’essayais de me concentrer sur elles. Toutefois, avec le temps, elles devinrent de plus en plus nettes et distinctes, jusqu’à prendre l’apparence de choses concrètes. Je réalisai bientôt que j’étais au mieux de ma forme lorsque je forçais mon imagination à aller de plus en plus loin, pour obtenir continuellement de nouvelles impressions ; c’est ainsi que je me mis à voyager, mentalement, évidemment. Toutes les nuits, et parfois même pendant le jour, lorsque j’étais seul, j’allais voyager et je découvrais des endroits, des villes et des pays nouveaux. Je vivais là-bas, je rencontrais des gens, je me liais d’amitié avec certaines personnes et aussi incroyable que cela puisse paraître, elles étaient tout aussi aimables et tout aussi expressives que celles dans ma vraie vie.

Je continuais de pratiquer ces exercices jusqu’à 17 ans, lorsque mon esprit se tourna sérieusement vers les inventions. Je m’aperçus, à ma grande joie, que je possédais un immense pouvoir de visualisation. Je n’avais pas besoin de modèles, de dessins ou de faire des expérimentations. Je les imaginais et ils étaient réels dans mon mental. J’ai donc été conduit inconsciemment à créer ce que j’appelle une nouvelle méthode de matérialisation de concepts et d’idées créateurs, qui est en parfaite opposition avec la méthode purement expérimentale et qui est, à mon avis, beaucoup plus rapide et plus efficace. Lorsque quelqu’un commence à construire un appareil pour concrétiser une idée grossière, il est absorbé par tous les détails et imperfections du dispositif. À mesure qu’il le perfectionne et le reconstruit, sa force de concentration diminue et il perd de vue le principe de base. Il peut bien sûr arriver à des résultats de cette manière, mais c’est toujours au détriment de la qualité.

Ma méthode est différente. Je ne me précipite pas dans les travaux pratiques. Lorsque j’ai une idée, je commence tout de suite à l’élaborer dans mon imagination. Je modifie sa construction, je lui apporte des améliorations et je fais marcher l’appareil dans ma tête. Peu importe que je fasse marcher ma turbine dans mon mental ou que je la teste dans mon laboratoire. Je peux même savoir quand elle ne fonctionne plus correctement. Cela ne fait aucune différence pour moi ; les résultats sont les mêmes. C’est ainsi que je peux développer et perfectionner rapidement un concept sans toucher à la matière. Lorsque je suis arrivé au point où j’ai intégré dans mon invention tous les perfectionnements que je puisse imaginer et que je n’y vois plus rien qui ne soit parfait, je passe à la concrétisation de ce produit final élaboré dans mon cerveau. Invariablement l’appareil fonctionne tel que je l’avais imaginé et les expérimentations se passent exactement comme je les avais prévues. Cela fait vingt ans que je fonctionne comme cela, sans qu’il n’y eut jamais d’erreur. Et pourquoi en serait-il autrement ? La construction mécanique et l’électrotechnique conduisent systématiquement aux résultats voulus. Il n’existe pratiquement rien qui ne puisse être calculé ou étudié à l’avance, à partir des théories existantes et des données pratiques. La mise en application d’une idée originelle grossière, telle qu’elle se fait habituellement n’est, pour moi, rien d’autre qu’une perte d’énergie, de temps et d’argent. Toutefois, les revers de mon enfance m’ont encore apporté une autre compensation. Mes exercices mentaux ininterrompus ont développé mes capacités d’observation et m’ont permis de découvrir une vérité de première importance. J’avais remarqué que l’apparence des images était toujours précédée de véritables visions de scènes, dans des conditions particulières et généralement exceptionnelles, et j’étais forcé, à chaque fois, de déterminer l’impulsion originelle. Après quelque temps, cela devint presque automatique, et il me fut de plus en plus facile de faire la connexion entre les effets et leurs causes. À ma grande surprise, je pris bientôt conscience que chacune de mes pensées avait été conditionnée par une impression extérieure et qu’en outre toutes mes actions étaient commandées de la même manière. Au fil du temps, il m’était devenu évident que j’étais un simple automate dont les mouvements s’effectuaient en réaction à des stimuli de mes organes sensoriels, et qui pensait et agissait en conséquence. Dans la pratique, cela rejoint la science des téléautomates (nous dirions aujourd’hui la robotique) qui, pour le moment, est encore balbutiante. Mais ses possibilités latentes vont finir par apparaître au grand jour. Cela fait des années que je projette de construire des automates autonomes et je suis sûr que l’on peut concevoir des mécanismes qui vont fonctionner comme s’ils possédaient un certain degré d’intelligence et qui vont révolutionner le commerce et l’industrie.

C’est vers 12 ans que j’ai réussi pour la première fois, après de gros efforts, à effacer volontairement une vision, mais je n’ai jamais réussi à contrôler les flashes de lumière dont je parlais plus haut. C’était peut-être mon expérience la plus étrange et la plus inexplicable. Ils apparaissaient lorsque j’étais dans une situation dangereuse ou pénible ou lorsque j’exultais. À certaines occasions, j’ai vu des langues de feu partout autour de moi. Au lieu de diminuer, leur intensité n’a fait que croître avec le temps, jusqu’à atteindre leur maximum quand j’eus environ 25 ans. En 1883, alors que j’étais à Paris, un grand industriel français m’envoya une invitation à une partie de chasse que j’acceptai. J’avais passé beaucoup de temps à l’usine et le grand air me revigora. Lorsque je retournai en ville ce soir-là, j’eus la vive impression que ma tête était en feu. Je vis une lumière comme si un petit soleil se trouvait dans mon cerveau, et je passai la nuit à appliquer des compresses froides sur ma tête martyrisée. Finalement, les flashes diminuèrent dans leur fréquence et leur intensité, mais il a fallu plus de trois semaines pour qu’ils cessent complètement. Lorsqu’arriva la seconde invitation, j’ai refusé catégoriquement !

Ces phénomènes lumineux continuent de se manifester de temps en temps, comme lorsque j’ai une nouvelle idée pour faire progresser mes travaux, mais ils ne sont plus aussi déchirants car leur intensité est relativement faible. Lorsque je ferme les yeux, je vois toujours d’abord un fond d’un bleu uniformément sombre, comme le ciel par une nuit claire mais sans étoiles. En l’espace de quelques secondes, ce champ s’anime d’innombrables petites étincelles vertes, disposées en plusieurs couches, qui avancent vers moi. Puis apparaissent sur ma droite deux paires de belles lignes parallèles très étroites qui forment un angle droit, et qui ont toutes les couleurs, mais où le jaune, le vert et l’or prédominent. Ensuite les lignes deviennent de plus en plus éclatantes et l’ensemble est parsemé de taches de lumière scintillante très serrées. Cette image traverse lentement tout le champ de ma vision, et au bout de dix secondes, disparaît sur ma gauche, en laissant un fond d’un gris inerte et déplaisant, qui devient très vite une mer de nuages, cherchant manifestement à se transformer en formes vivantes. Il est étrange que je ne puisse projeter aucune image dans cette mer grise avant la seconde phase. Chaque fois avant de m’endormir, je vois passer des images de personnes ou d’objets. Quand elles apparaissent, je sais que je suis sur le point de sombrer dans le sommeil, mais si elles ne viennent pas, je sais que je vais passer une nuit blanche.

Je vais décrire une autre expérience étrange pour montrer que mon imagination joua un très grand rôle dans mon enfance. Comme la plupart des enfants, j’adorais sauter et j’avais de plus en plus envie de flotter dans les airs. Occasionnellement, un vent très violent et richement chargé d’oxygène se mettait à souffler depuis la montagne ; il rendait mon corps aussi léger que le liège, et alors je sautais et flottais dans les airs pendant un bon moment. C’était une sensation délicieuse et ma déception fut grande, lorsque, plus tard, je perdis mes illusions.

C’est durant cette période que je contractai beaucoup de penchants, d’aversions et d’habitudes dont certains sont imputables à des impressions extérieures, alors que d’autres sont inexplicables. J’avais une profonde aversion pour les boucles d’oreilles des femmes ; toutefois, d’autres bijoux, comme les bracelets, me plaisaient plus ou moins selon leur forme. J’étais au bord de la crise à la seule vue d’une perle, mais le scintillement des cristaux ou d’autres objets aux bords acérés et aux surfaces planes me fascinait. J’aurais été incapable de toucher les cheveux d’une autre personne, sauf, peut-être, sous la menace d’une arme. Je faisais une poussée de fièvre à la seule vue d’une pêche et s’il y avait dans la maison le plus petit morceau de camphre, j’éprouvais un profond malaise. Aujourd’hui encore, il m’arrive d’avoir quelques-uns de ces comportements compulsifs bouleversants. Lorsque je fais tomber des petits bouts de papier dans une coupelle remplie d’eau, je ressens dans ma bouche un goût bizarre et détestable. Je comptais le nombre de pas que je faisais en marchant, et je calculais le volume des assiettes à soupe, des tasses de café et des aliments, car si je ne le faisais pas je n’avais aucune envie de manger. Toutes mes opérations, ou tout ce que je faisais de manière répétitive, devaient être divisibles par trois et si ce n’était pas le cas, je me sentais dans l’obligation de tout recommencer à zéro, même si cela me demandait des heures.

Jusqu’à l’âge de huit ans, j’avais un caractère faible et inconstant. Je n’avais ni le courage, ni la force de prendre une décision ferme. Mes émotions arrivaient par impulsions et ne cessaient de passer d’un extrême à l’autre. Mes désirs avaient une force brûlante et ils se multipliaient, comme la tête des hydres. J’étais opprimé par des pensées de souffrance liées à la vie et la mort, et une peur religieuse. J’étais gouverné par des superstitions et angoissé par l’esprit du diable, de fantômes et d’ogres, et autres monstres terribles des ténèbres. Et puis, tout à coup, les choses ont changé du tout au tout et le cours de toute ma vie en fut altéré.

Ce que j’aimais par-dessus tout, c’était les livres. Mon père avait une grande bibliothèque et dès que je le pouvais, j’essayais d’apaiser ma soif de lecture. Toutefois, il me l’interdisait et il rageait lorsqu’il me prenait en flagrant délit. Il cacha les bougies lorsqu’il découvrit que je lisais en cachette. Il ne voulait pas que je m’abîme les yeux. Néanmoins, je réussis à me procurer du suif, et je me suis fabriqué une mèche, j’ai coulé des bougies dans des formes en étain, et chaque nuit, je bouchais le trou de la serrure et les fentes dans la porte ; c’est ainsi que je pouvais lire toute la nuit pendant que les autres dormaient, jusqu’à l’heure où ma mère reprenait ses tâches ménagères pénibles. Un soir, je tombai sur une histoire intitulée « Abafi » (le fils d’Aba), une traduction serbe de l’auteur hongrois bien connu, Josika. Cet ouvrage réussit à réveiller mon pouvoir de volonté latent, et je commençai à pratiquer le self-control. Au début, mes résolutions fondirent comme neige au soleil, mais après quelque temps, je réussis à maîtriser ma faiblesse et ressentis une jouissance inconnue jusque là : celle de pouvoir faire exactement ce que je voulais. Au fil du temps, ces exercices mentaux rigoureux devinrent ma seconde nature. Au début, je dus maîtriser mes désirs, mais progressivement mes aspirations et ma volonté ne firent plus qu’un. Des années de discipline m’ont permis d’atteindre à une parfaite maîtrise de moi-même et je m’adonnais à des passions qui, même pour les hommes les plus forts, auraient pu être mortelles. À une époque donnée, je fus pris par la manie du jeu, ce qui inquiéta beaucoup mes parents. Toutefois, jouer aux cartes était pour moi la quintessence du plaisir. Mon père menait une vie exemplaire, et il ne pouvait pas me pardonner ce gaspillage irraisonné de temps et d’argent. J’étais très fort dans mes résolutions, mais ma philosophie ne valait rien. Je dis à mon père : « Je peux m’arrêter quand je veux, mais faut-il que j’abandonne quelque chose que je ne voudrais échanger contre toutes les joies du paradis ? » Il donnait souvent libre cours à sa colère et son mépris, mais ma mère réagissait différemment. Elle comprenait le caractère des hommes et elle savait que leur propre salut ne pouvait être atteint qu’au prix d’efforts personnels. Je me rappelle qu’un après-midi, alors que j’avais tout perdu au jeu et que je réclamais de l’argent pour un dernier jeu, elle s’avança vers moi avec une liasse de billets et me dit : « Va et amuse-toi. Plus vite tu auras perdu tout ce que nous possédons, mieux ce sera. Je sais que cela te passera. » Elle avait raison. C’est à ce moment précis que je domptai ma passion, et la seule chose que je regrette, c’est qu’elle ne fût pas cent fois plus forte. Je l’ai non seulement vaincue, mais je l’ai arrachée de mon coeur, au point qu’il ne resta pas une seule trace de désir. Depuis ce jour-là, je me moque des jeux comme de ma première chemise.

À une autre époque, je fumais énormément, tant et si bien que ma santé fut menacée. Là encore, ma volonté s’imposa et j’ai non seulement arrêté de fumer, mais j’ai tué tout ce qui entretenait ce mauvais penchant. Il y a longtemps, je souffrais du coeur, jusqu’à ce que je découvrisse que la cause en était la tasse de café innocente que j’avalais tous les matins. Je me suis arrêté net, bien que, je l’avoue, ce ne fut pas chose facile. C’est de cette même manière que j’ai vérifié et mis un frein à d’autres habitudes et passions, et j’ai non seulement sauvé ma vie, mais j’ai aussi éprouvé une énorme satisfaction de ce que la plupart des hommes appelleraient privation et sacrifice.

À la fin de mes études à l’Institut Polytechnique et à l’Université, je tombai dans une grave dépression nerveuse, et pendant tout le temps de ma maladie, je vécus de nombreux phénomènes bizarres et incroyables.

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( À Suivre )

MES INVENTIONS de Nikola Tesla.

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13 juin 2016 1 13 /06 /juin /2016 06:44
Nikola Tesla : Mes inventions

 

ÉNERGIE – DES SOLUTIONS POUR PRODUIRE SANS DÉTRUIRE L’ENVIRONNEMENT

 

« Il n’y a pas de crise de l’Energie, mais simplement une crise d’Ignorance »
B.Fuller

 

Aujourd’hui j’avais envie de partager avec vous le Récit Autobiographique de NIKOLA TESLA (1856 – 1943). Les chapitres 1 à 5 de « Mes inventions » furent publiés dans le mensuel Electrical Experimenter de février à juin 1919 et le chapitre 6 en octobre de la même année.

Mais avant tout, cela mérite une petite « Introduction »  

Nikola Tesla écrivit les 6 articles pour magazine qui constituent Mes Inventions, en 1919. Il avait alors 63 ans et c’était bien après l’apogée de sa carrière. Toutefois, il bénéficiait toujours d’une grande notoriété publique qui avait de profondes racines : à 31 ans, soit quatre ans après qu’il eut émigré en 1884 d’Europe aux États-Unis, il avait présenté en grandes pompes son système à courant alternatif polyphasé au monde entier – le système électrique qui aujourd’hui est utilisé universellement. *1 (cf. Annexe 1). Le système à courant continu d’Edison, qui lui-même venait à peine d’être inauguré au début des années 1880, fut détrôné au tournant du siècle par le système de Tesla. Les dernières années du XIXe siècle furent pour Tesla sa période la plus féconde. L’inauguration retentissante de l’énorme centrale hydroélectrique polyphasée sur les chutes du Niagara, en 1895, était en soi un gage de célébrité, mais à cette époque déjà il avait entamé ses recherches dans le domaine éblouissant des vibrations électriques et mécaniques de « hautes fréquences ». Tesla étonna ses pairs avec des oscillateurs mécaniques qui vibraient plusieurs milliers de fois par seconde et qui étaient capables de désintégrer de l’acier ; ses oscillateurs électriques, affranchis de l’inertie mécanique, produisaient des courants vibrant encore plus vite (ou alternatifs) qui semblaient pourvus de propriétés magiques. Durant les années 1890, ces courants électriques de hautes fréquences furent très connus sous l’appellation « courants Tesla ».

Lorsque Tesla dévoila ce système électrique polyphasé en 1888, il révolutionna la manière dont l’humanité utilisait l’électricité ; cependant, la découverte stupéfiante des ondes radio, annoncée par Heinrich Hertz la même année, fut bien plus éclatante que la célèbre « bataille » entre Tesla et Edison autour de leurs systèmes à courant alternatif et continu. Avec Hertz, la communication sans fil entrait dans le domaine du possible ; néanmoins, avant que la radio ne devînt une réalité, d’autres découvertes tout aussi renversantes furent réalisées : les électrons, les rayons X et la radioactivité entrèrent très vite dans le vocabulaire. L’ère moderne des changements époustouflants avait réellement commencé ; elle était le résultat de la progression rapide de la population mondiale et de sa maîtrise toujours plus parfaite de l’électricité en tant que source de lumière artificielle. Sa connaissance des courants de hautes fréquences plaça Tesla en tête dans la recherche sur les rayons X, la diathermie, les décharges lumineuses, la robotique et la radio. Ses conférences sur ces thèmes et d’autres eurent un succès retentissant. Ses travaux atteignirent leur apogée en 1899, lorsqu’il fit la démonstration d’un bateau télécommandé très perfectionné à Chicago, et construisit, la même année, un gigantesque transmetteur expérimental sans fil au Colorado. Malheureusement, les théories non orthodoxes de Tesla sur la transmission sans fil (qu’il considérait plus comme un phénomène de conduction de courant par l’air ou la terre et non de libre propagation d’ondes dans l’espace) et son obstination à vouloir transmettre de l’électricité sans fil ainsi que des messages, empêchèrent que ses travaux de pionnier dans le domaine du sans fil fussent reconnus officiellement aux États-Unis pendant de nombreuses années. Ce n’est qu’en 1943 (quelques mois après sa mort) que la Cour Suprême frappa le brevet US sur la radio de Marconi de nullité, en raison des travaux antérieurs de Tesla, Oliver Lodge et John Stone. *2 Cette annulation tardive d’une décision de justice vieille d’un quart de siècle qui favorisait le brevet de Marconi, est exemplaire ; selon l’expression américaine, c’est une manière de fermer la porte de l’étable, après que les chevaux non seulement se furent échappés depuis longtemps, mais furent morts de vieillesse ; en d’autres termes, elle tire un trait sur une affaire périmée et caduque : tous les brevets en cause avaient expiré et leurs détenteurs étaient morts, quant au plaignant, Marconi Wireless Telegraph Company of America, la Société américaine Marconi de télégraphie sans fil, avait été supplantée depuis longtemps par Radio Corporation of America, la Compagnie américaine de Radio, appartenant à l’État. (Le défendeur dans ce procès était le gouvernement US qui s’était emparé de toute la technologie radio durant la Première Guerre Mondiale, sans verser ses royalties à la société Marconi). Dans la mesure où elle fut prise en plein milieu de la Seconde Guerre Mondiale, cette décision fut à peine remarquée, et même la Cour Suprême ne réussit pas à détruire le renom de Marconi, vieux de 30 ans.

La belle carrière en radio de Tesla fut voilée par les nombreux succès de la société Marconi avant même le début du XXe siècle : les transmissions transocéaniques de Marconi en 1901/02 furent une aubaine pour les relations publiques. Il ne fait aucun doute que Marconi s’est grandement inspiré des travaux de Tesla et d’autres ; toutefois, son système était moins ambitieux et moins cher que celui de Tesla. Après 1902, Tesla ne réussit plus à rassembler les capitaux nécessaires pour terminer la construction de son transmetteur géant à Long Island qui avait démarré en 1901, et dont l’archétype était son installation expérimentale au Colorado. Sa situation dans le domaine de la radio était précaire, bien qu’il obtînt des brevets potentiellement lucratifs pour sa technique sans fil ; cependant, les investisseurs et associés lui faisant défaut, il ne put défendre efficacement ses brevets. Avant la guerre, Tesla se consacra principalement au développement d’une turbine sans ailettes, simple mais puissante, dont le succès devait lui permettre de faire revivre son système sans fil ; à la veille de la guerre, l’empereur Guillaume, entre autres, avait été séduit par la turbine de Tesla. Toutefois, le prix de son développement était prohibitif, et les intérêts de l’après-guerre ne correspondaient plus aux attentes de l’avant-guerre. La guerre a également brisé le dernier espoir de Tesla dans sa lutte avec Marconi ; il avait fait appel devant les tribunaux français, dans la mesure où certains experts français pensaient pouvoir détrôner la société Marconi de son monopole. *3

Mes Inventions parut au temps du Traité de Paix de Versailles – Tesla pensait certainement beaucoup à la Ligue des Nations lorsqu’il rédigea le chapitre VI. Il ne réalisa pas combien ce moment qu’il avait choisi pour publier un bilan de sa carrière d’inventeur était opportun, cependant, le temps de sa gloire créative était révolu, bien qu’il continuât de travailler en s’inspirant d’une multitude d’idées emmagasinées dans sa mémoire. Son autobiographie aurait sans aucun doute été mieux accueillie deux décennies avant la guerre, lorsqu’il était à l’apogée de sa créativité ; d’ailleurs son éditeur, P.F. Collier, un homme riche et ami de Tesla, l’avait encouragé dans ce sens, lui disant que cela permettrait à tous les deux de gagner de l’argent ; toutefois, à cette époque, Tesla était bien trop occupé. Il était convaincu qu’il vivrait très longtemps, et il a toujours refusé de gratifier quiconque de son autobiographie, disant qu’il s’en chargerait lorsqu’il aura 125 ans et terminé ses recherches. Il est bien malheureux qu’à la moitié de cet âge le destin ait mit un terme « précoce » à ses travaux, et le fait qu’il ait employé un peu de son temps pour écrire sur lui-même, n’est qu’une piètre consolation.

En 1919, Hugo Gernsback, éditeur du magazine Electrical Experimenter dans lequel fut publié Mes inventions, l’avait imploré, pendant plus de dix ans, d’écrire des articles sur ses travaux ; quelques années plus tard il offrit même un partenariat à Tesla, dans l’espoir de pouvoir faire figurer ce nom célèbre sur la liste des collaborateurs du magazine.4 Gernsback était enthousiaste non seulement parce que lui-même était un de ses admirateurs depuis fort longtemps, mais aussi parce qu’il savait que le nom de Tesla faisait partie de ceux qui pouvaient avoir un effet magique : sa réputation très controversée pouvait faire vendre des magazines. Les articles de Tesla publiés dans l’Electrical Experimenter devinrent très populaires et laissèrent des impressions tellement durables qu’aujourd’hui encore, beaucoup de gens pensent à Gernsback lorsqu’ils entendent ou lisent le nom de Tesla. Toutefois, l’image qu’a laissée Gernsback est plutôt celle d’un éditeur et auteur de science fiction, et l’association avec Tesla, quoique brève, même si elle fut très remarquée, elle a peut-être mal servi la réputation de l’inventeur dans le milieu scientifique. Durant les deux décennies qui ont suivi la publication de Mes Inventions, Tesla passa de plus en plus pour un « inventeur visionnaire sans portefeuille », enclin à faire des déclarations extravagantes à la presse. Cette image publique au crépuscule de sa vie a conduit à déformer gravement la perception que les gens avaient de lui, et c’est pourquoi il est nécessaire de considérer les origines de la réputation de Tesla d’être controversé et de sa relation particulière avec la presse.

II

Tesla a toujours été un visionnaire, et Mes Inventions en atteste clairement. À partir du moment où Tesla eut attiré l’attention du public, il ne manqua pas d’exprimer des prophéties audacieuses et des affirmations ambitieuses ; cependant, comme ses brevets furent très vite considérés comme les plus précieux de l’histoire et qu’il créait de nouvelles inventions à une vitesse phénoménale, ses déclarations, quoique surprenantes, étaient considérées parfaitement crédibles. La vérité était plus étonnante que la fiction dans les années 1890, et Tesla n’était pas le seul à avoir des rêves révolutionnaires. Ce n’est peut-être pas un hasard si les années 1890 furent aussi les années de gloire de la presse à sensation, qui s’en donnait à coeur joie avec les inventeurs en général et avec Tesla en particulier. Ses recherches éblouissantes sur les hautes fréquences et ses démonstrations de magie scientifique devant les millionnaires qu’il fréquentait, ses nombreuses excentricités, son caractère exubérant, sa maîtrise de plusieurs langues et sa connaissance littéraire, sa propension à fantasmer sur les conditions futures avec plus ou moins de complaisance, tout cela lui permit de devenir un favori des éditeurs comme, par exemple, ses amis Hearst et Collier. Cette préférence était loin de faire l’unanimité parmi ses pairs, d’une part parce qu’il était un solitaire (ce que certains d’entre eux ont appris en lisant les histoires extravagantes dans la presse), et d’autre part parce que sa carrière fut associée à celle des « brevets Tesla », après que la Compagnie Westinghouse en acquit la propriété exclusive. De nombreux inventeurs rivaux devinrent amers lorsqu’ils découvrirent que les avancées dans leurs travaux sur le courant alternatif étaient freinées de tous côtés par les avocats de Westinghouse, bien déterminés à poursuivre – d’aucuns dirent à persécuter – quiconque chercherait à empiéter sur les droits des brevets. La Compagnie Westinghouse fut affaiblie dans les années 1890 par les coûts très lourds du développement du système polyphasé, ainsi que par l’économie qui connaissait des hauts et des bas prononcés à cette époque fiévreuse de l’industrialisation américaine. Ce n’est qu’en jouant son atout – les brevets Tesla – pour obtenir un maximum de résultats, que la compagnie put faire échouer les ambitions monopolisatrices de General Electric. La stratégie de Westinghouse fut couronnée de succès : la solidité apparente des brevets (antérieure à leur examen en justice) amena General Electric à accepter une « licence croisée » des brevets avec Westinghouse. General Electric devint le membre principal de ce partenariat ; toutefois, les deux entreprises furent libres de fabriquer une gamme complète de matériels alors que des compétiteurs plus petits furent neutralisés. (Cet arrangement est contraire aux lois antitrusts de Sherman de 1911, cependant, à cette époque, le duopole qui commande toujours le marché aux États-Unis, s’était bien protégé.) Il est difficile de ne pas compatir à la frustration d’inventeurs doués comme William Stanley qui, écrasé au milieu d’une confrontation de sociétés, s’en prit au « cartel des brevets » et injuria le nom de Tesla.

En réalité, Tesla n’avait bien sûr plus grand-chose à voir avec la compagnie Westinghouse après qu’il eut vendu ses brevets. Il travailla alors en tant que conseiller à Pittsburgh pendant un an, et plus tard témoigna devant la cour à sa demande, mais il avait ni le sens des affaires, ni de véritables intérêts pour la commercialisation de ses inventions ; tout ce qu’il cherchait, c’était des subventions illimitées pour pouvoir mener de nouvelles expériences, comme tout inventeur. À une certaine époque, il fallait être assez naïf pour croire que la convention lucrative qui lui allouait des royalties de 2,50 $ par CV , lui apporterait la « fortune de Rockefeller », car en 1896 Tesla devint, tout comme les autres, le jouet du cartel des brevets. General Electric n’en avait que faire d’enrichir des inventeurs indépendants, et posa comme condition préalable à la mise en commun des brevets leur rachat à un prix forfaitaire, ce qui fait que les royalties du système polyphasé, qui valaient des millions sur le papier, furent payées 216 000 $, en une seule fois, lors de la signature. Lorsque, quelques années plus tard, la cour demanda des explications à Tesla sur cette transaction, il répondit qu’il ne savait rien des détails de cette vente, car il s’en remettait toujours à ses associés pour ce type d’affaire !5 Les brevets de poids de Tesla furent source d’une grande animosité ; cependant, Tesla lui-même, un homme qui vivait toujours dans l’abstrait et qui paraissait ne pas savoir gérer son argent, était tout sauf le roi des escrocs. Toutefois, le public a rarement entrevu l’homme véritable. Selon un ami de Tesla, l’écrivain scientifique Kenneth Swezey, Tesla « ne sortait pratiquement jamais de son monde, de ses pensées et travaux qui l’occupaient » : il lui arrivait souvent de dessiner des croquis sur les nappes en attendant d’être servi, ou de mettre soudainement fin à une conversation pour retourner à ses expériences mentales pressantes.6 Le public savait que Tesla aimait dîner dans des restaurants très chics, mais il ne réalisait pas que son obsession de la nourriture et celle de sauver les apparences, l’emprisonnaient dans des habitudes dont il n’arrivait pas à se défaire, quelle que fût sa situation financière : il était courant qu’il empruntât à Pierre pour payer le dîner de Paul, et il était constamment endetté. Parallèlement, le public savait que Tesla menait une vie sociale prestigieuse – et en effet les attentions des riches contribuèrent au début à faire croire à Tesla qu’il était « arrivé » – toutefois, peu de gens savaient que Tesla était un homme complètement dépendant : il tolérait les occupations futiles des nantis, principalement parce qu’il avait besoin de mécènes pour ses projets ambitieux. En fin de compte, le public lut tellement de compliments hyperboliques sur Tesla au début de sa carrière, que sa perception de Nikola Tesla – voire ses perceptions – était perpétuellement déformée : Tesla devint la victime de son image publique, à l’instar de l’acteur doué transformé en star par Hollywood. Les attentes impossibles de l’inventeur, ainsi que celles du public, conduisirent à une « faille de sa crédibilité » lorsque Tesla devint incapable de réduire au silence les critiques avec sa masse coutumière de nouvelles découvertes, et ses rivaux, jadis indignés par ses premiers succès, s’empressèrent d’acclamer la décadence du puissant homme.

Reginald Kapp, dont le père, Gisbert, fut l’ami et pair de Tesla, dit un jour que « Tesla représente un cas intéressant d’un homme à la personnalité susceptible à la fois de lui faire faire des exploits intellectuels et de leur poser des limites »7, un paradoxe commun chez les inventeurs. Ses convictions passionnées qui fascinaient les millionnaires, son obstination qui était en dehors de la sagesse conventionnelle et qui fit de Tesla non seulement un bon mais un grand inventeur, et son optimisme implacable qui lui permettait de rebondir dans les situations les plus désespérantes, l’empêchèrent néanmoins de reconnaître ses propres erreurs, et le conduisirent finalement à s’investir précisément dans les entreprises les plus périlleuses et où il était donc le plus condamné à échouer. Tesla affichait toujours une confiance en soi excessive, exaspérant des inventeurs moins assurés, qui ne se doutaient probablement pas que ce rôle l’obligeait à toujours demander plus de lui-même, à mesure que la chance cessait de lui sourire. Tesla avait un besoin pressant de reconnaissance et Mes Inventions nous montre que celui-ci a ses racines dans son enfance. Il était paradoxalement capable de déplorer sa couverture de presse exagérée un jour, pour nourrir les journalistes le lendemain de prédictions renversantes et de promesses. La presse scientifique, bien qu’hésitant à rejeter fermement les affirmations de Tesla à cause de son extraordinaire réputation, lui réclamait de la copie plus concrète. Toutefois, la presse populaire était plus indulgente : Tesla, le visionnaire controversé faisait vendre des journaux et des magazines au même rythme que l’avait permis Tesla, le génie scientifique.

III

En juin 1900, lorsqu’il publia « Le problème de l’intensification de l’énergie humaine »8, le vent tourna pour Tesla dans ses relations avec la presse. Il retourna à New York en 1900, après qu’il eut épuisé tous ses fonds dans ses recherches en radio au Colorado. Dans l’espoir de s’attirer de nouveaux créanciers pour son « Système mondial » de transmission électrique et de communication sans fil, il s’arrangea pour que Robert Johnson, éditeur du magazine Century, publie un très long article sur ses derniers travaux. Johnson, au cours des années 1890, avait contribué à faire connaître Tesla à de richissimes investisseurs, dont la plupart étaient prédisposés à admirer l’inventeur, parce que les « brevets Tesla » faisaient autorité en technologie du courant alternatif. Avec cet article dans le Century, Tesla venait de décider volontairement de se servir du pouvoir de la presse pour se faire de l’argent ; c’est pourquoi il étoffa l’article de photos de décharges électriques spectaculaires qui suscitent toujours l’étonnement, même si l’on sait que ce sont des clichés instantanés, représentant de nombreuses décharges différentes. L’article eut pour Tesla le succès escompté : J. P. Morgan fut impressionné au point d’investir 150 000 $ dans son système sans fil. Toutefois, « Le problème de l’intensification de l’énergie humaine » souleva également une vive controverse. Bien que Robert Johnson annonçât qu’il s’agissait d’un « article documentaire et non métaphysique »9, Tesla ne donna que très peu de descriptions concrètes de son système radio ; par contre, il fit une large place à son vaste projet de réformer le monde avec des moyens technologiques consommant peu d’énergie. Tesla s’amusait à pousser ses théories mécanistes de la vie à l’extrême de leur logique : non seulement chaque être humain est un automate, mais l’humanité, dans sa globalité, obéit aux lois de la physique, au même titre que les molécules de gaz obéissent aux « lois des gaz ». (Au début de la Première Guerre Mondiale, Tesla avait prédit avec une précision saisissante la durée de la guerre, par extrapolation des guerres antérieures, à partir de ses théories.10). Les efforts de Tesla pour deviner le futur à partir d’une synthèse audacieuse et poétique de l’histoire, de la philosophie et de la science, connurent le même sort que ceux de son quasi-contemporain, l’historien libre penseur Henry Adams (petit-fils de John Quincy Adams).11 Les personnes terre-à-terre étiquetèrent les deux hommes au mieux d’excentriques et, au pire, d’infidèles aux règles de leur profession. Pourtant aujourd’hui, le monde vit au rythme des pulsations d’une force et d’une intelligence électriques, « comme un organisme vivant », à peu près de la même manière que Tesla l’avait prédit avec son « Système mondial ». Selon Adams, la technologie va conduire à la destruction, tandis que pour Tesla, elle va permettre de sauver l’humanité ; l’opinion est toujours divisée et se demande laquelle des deux visions est la plus plausible ; toutefois, les tentatives ambitieuses et interdisciplinaires de lire l’avenir ne sont plus dites des comportements d’amateurs : le rythme des développements technologiques et sociaux est devenu tellement rapide, que la pensée futuriste pourrait bien être notre seul espoir de pouvoir le suivre.

Tesla n’est pas entré inconsciemment dans la controverse sur l’ »Énergie Humaine » ; sa correspondance montre qu’il s’attendait que ses idées futuristes et son « Système mondial » soient critiqués. L’enjeu était de taille. Comme l’a fait remarquer le biographe de Marconi, Orrin Dunlap, Tesla aurait pu devenir, aux yeux du public, » le père de la radio », à la place de Marconi.12 Tesla jouait sa réputation, tout comme le fit un jour Edison lorsqu’il clama haut et fort le succès de son système d’éclairage, avant même qu’il l’eût testé dans son laboratoire. Des affirmations exagérées sont souvent nécessaires à l’esprit d’entreprise ; elles attirent des critiques tout comme des investisseurs. Tout comme Edison et Marconi, Tesla avait une confiance totale dans son nouveau système, bien qu’il ne pût pas encore le tester ; toutefois, contrairement à eux, il n’avait pas l’étoffe d’un entrepreneur. Marconi savait qu’il était dans la course pour le perfectionnement de la radio, et il basait chacune de ses actions sur leur valeur publicitaire. Par contraste, Tesla pensait qu’un beau matin il dévoilerait son « Système mondial » complet, et qu’alors il aurait vaincu tous ses adversaires qui seraient forcés de battre en retraite. Le succès de son système polyphasé fut rapide et absolu ; il sut s’attirer facilement du capital-risque de ses relations fortunées, et il savait comment surpasser Marconi. Marconi, bien sûr, fut assez intelligent pour s’entourer de gens talentueux ; cependant, c’est son ambition démesurée qui, finalement, conduisit Tesla à sa perte. Le seul but de Marconi était la communication sans fil, tandis que celui de Tesla (caché à J. P. Morgan qui a dû regarder les photos de l’article dans le Century sans lire le texte) était d’électrifier la terre entière sans fil, permettant immédiatement au hameau le plus isolé de la planète de profiter de tous les avantages de l’ère de l’électricité et de s’en servir gratuitement ! Tesla était tellement absorbé par son but utopique, qu’il ne fit pas grand chose pour faire connaître au public son bateau télécommandé qui, en 1898, était de loin en avance sur tous les appareils de ses concurrents en radio et robotique.

Quoi que l’on pense de la faisabilité du projet de Tesla de ‘perturber rythmiquement l’état électrique’ de la terre pour que l’électricité soit disponible en tout point du globe, il est dommage qu’il ne pût pas le tester intégralement, alors qu’il était arrivé à deux doigts d’achever la construction de son énorme transmetteur à Long Island. Tesla ne s’est jamais entièrement remis d’avoir dû voir son « enfant » préféré, souffrir de longues privations financières. Très déprimé dans un premier temps, il se remit en affichant son positivisme d’antan et reprit ses inventions ; toutefois, il n’a jamais abandonné l’espoir de faire revivre son plus grand projet. Étant donné que Tesla a ses racines au milieu du XIXe siècle, sa fixation sur les occasions manquées dans le passé, qui l’ont tant empêché d’accepter et d’être reconnu par la science du XXe siècle, n’est pas tellement surprenante ; peu de gens sont avant-gardistes d’un siècle à l’autre. Mes Inventions montrent que Tesla était toujours prêt, à 63 ans, de rire de ses ambitions pompeuses ; cependant, à la fin de sa vie, ses prédilections au rêve, son faible pour la presse et son ardent désir de reconstruire des triomphes passés, avaient laminé cette perspective. Pendant les dernières années de sa vie, Tesla fit des annonces fracassantes de moteurs à mouvement perpétuel, d’armes idéales qui, apparemment, existaient seulement dans son imagination et dont il est par conséquent difficile de juger la maniabilité. Peut-être pensait-il pouvoir se servir de la presse pour galvaniser le public comme il l’avait déjà fait avec le magazine Century ; toutefois, n’ayant jamais compris que les publicitaires amateurs courent des dangers en essayant de jouer avec la presse, il ne réussit qu’à faire de son image une curiosité de la presse, un vestige original du XIXe siècle déjà révolu. Finalement, il s’instaura entre Tesla et la presse une sorte de rituel annuel familier, où l’inventeur invitait des journalistes à un dîner d’anniversaire plantureux, qu’il pouvait difficilement se permettre, avant de les régaler de projets encore plus visionnaires que ceux de l’année précédente. Tesla a survécu à la plupart de ses contemporains et tout comme ce fut le cas pour d’autres grands inventeurs, la vieillesse amplifia son obstination qui, dans sa jeunesse, lui avait permis de résister au scepticisme universel et de rejeter sa sagesse conventionnelle.

IV

Il faut rechercher les origines de la créativité de Tesla dans sa jeunesse, bien que ses admirateurs les plus ardents tout comme ses détracteurs les plus féroces, aient tendance à se concentrer sur les débordements de son imagination dans sa vieillesse. (Ses détracteurs les prennent pour les fantaisies d’un rêveur désespéré, tandis que ses admirateurs les considèrent comme autant d’inspirations d’un prophète infaillible.) Heureusement, Tesla, dans Mes Inventions, met un accent tout particulier sur ses expériences de jeunesse, et souligne qu’elles furent déterminantes pour toutes celles qui allaient suivre ; son témoignage unique et fascinant a été une source importante pour tous les biographes de Tesla. Toutefois, dans Mes Inventions, il concentre surtout son attention sur sa vie intérieure, et les lecteurs doivent connaître quelque peu le contexte historique et géographique dans lequel a grandi Tesla. Il est né en Croatie de parents serbes, fit ses études dans des écoles croates, autrichiennes et tchèques, et trouva son premier poste d’ingénieur en Hongrie. Plusieurs pays ont fortement revendiqué ses origines. Licko, sa province natale en Croatie, fit longtemps partie de la Frontière militaire de l’Empire autrichien, une zone militarisée qui s’étendait sur plusieurs milliers de kilomètres le long de la frontière avec l’empire turc (ottoman) vers le sud et l’est. La majorité des résidents de cette zone étaient des Slaves du sud – des Serbes, des Croates, des Slovènes – et pratiquement tous les hommes étaient des soldats professionnels, susceptibles d’être envoyés se battre dans des guerres lointaines. La Frontière était censée être autonome ; néanmoins, du fait que les hommes avaient de nombreuses obligations militaires même en temps de paix, l’agriculture et l’élevage étaient du ressort des femmes et des enfants. Licko, une région montagneuse et stérile où la famine rôdait chaque jour, (elle est encore de nos jours une des parties les plus pauvres de la Croatie) comptait quelques uns des hommes et des femmes les plus solides et les plus ingénieux de toute la Frontière.

1. Carte moderne du pays natal de Tesla. Lorsque Tesla était jeune, l’Austro-Hongrie contrôlait la Croatie et les régions au nord du fleuve Sava, tandis que la Turquie contrôlait la Bosnie et les régions du sud. Une large bande de la Croatie était incluse dans la Frontière militaire autrichienne, qui commençait au sud de Gospic sur la côte montagneuse de l’Adriatique et qui montait vers le nord puis vers l’est, le long de la frontière entre la Croatie et la Bosnie.

À la naissance de Tesla, la Frontière existait depuis quelques siècles, mais le développement dans l’art de mener la guerre, ainsi que le déclin de la puissance turque, finirent par la rendre caduque. La zone fut rendue à l’administration civile lorsque Tesla eut l’âge de faire son service ; par conséquent, les obligations militaires de Tesla (dont il ne parle jamais dans Mes Inventions) passèrent de 64 ans à tout juste 3 ans ; toutefois, il échappa à tout service militaire en s’inscrivant dans une école technique. Tesla avait aussi de la chance par d’autres côtés : son père était un pasteur orthodoxe serbe et un homme érudit (les deux n’allaient pas forcément de pair à l’époque), sa mère était issue d’une famille noble du clergé (orthodoxe serbe) et de nombreux membres de la famille étaient des prêtres ou des officiers militaires influents. En outre, la Frontière, qui longtemps ne fut qu’une zone militaire autrichienne, avait vu son horizon s’élargir amplement par la brève occupation de Napoléon du temps du grand-père de Tesla. L’Europe s’était épanouie au fil des siècles après la fin des invasions turques ; toutefois, la Frontière, piégée entre l’est et l’ouest, était restée l’otage du passé jusqu’à l’arrivée de l’armée et des idées modernes de la France napoléonienne. Bien que Tesla lui-même naquît à une période de répression faisant suite aux grandes révolutions européennes du milieu du siècle, la vague des changements était irrépressible et Tesla en profita pour s’enfuir dans un monde plus moderne. Dans Mes Inventions, Tesla fit à peine allusion aux anciennes traditions qu’il avait laissées si loin derrière lui. Il s’était imprégné de la littérature orale héroïque, utilisée par les Slaves du sud pour commémorer leurs éternelles batailles contre les invasions islamistes ; il grandit dans une atmosphère géopolitique des plus complexes du monde, due à des milliers d’années de guerre, de migrations, d’édits impériaux, influant sur une multitude de cultures, races et religions différentes. Beaucoup de ces tensions existent encore actuellement, qu’elles soient catholiques, orthodoxes ou musulmanes, allemandes, hongroises ou slaves, serbes, croates ou albanaises : chaque groupe doit coexister avec les autres, mais il est freiné par la mémoire des conflits anciens et par son besoin de conserver son identité culturelle. Comme toujours, les Balkans sont perchés entre des empires rivaux (bien que leurs noms aient changé) et l’islam, une fois de plus, projette une grande ombre sur l’Europe. Ces influences qui n’épargnèrent pas Tesla – bien qu’il les ignore dans Mes Inventions – sont malheureusement beaucoup trop complexes pour être développées ici ; toutefois, elles mériteraient d’être analysées par ceux qui désirent mieux comprendre le monde de Tesla.

Finalement, le lecteur doit être prévenu qu’il aura une image incomplète, non seulement de l’environnement de Tesla, mais aussi de ses expériences de jeunesse, qu’il reconnaît avoir été si importantes, du fait que Tesla porte plus d’attention à sa vie intérieure. Dans leurs autobiographies, les auteurs omettent de parler des quelques moments les plus importants de leur vie – c’est à croire qu’ils se sont donné le mot -, des expériences dont ils ne se souviennent pas ou qu’il préfèrent tout simplement oublier. Ceux qui veulent sérieusement étudier la vie de Tesla doivent impérativement lire Mes Inventions avec beaucoup d’attention, et s’ils pensent qu’il y a des oublis ou des incohérences, ils devront se mettre à la recherche d’autres sources d’information. Des auteurs européens ont fait un travail de détective perspicace en ce qui concerne la jeunesse de Tesla, contrairement aux biographes américains qui ont été plus fascinés par sa période américaine prestigieuse que par ses années de formation difficiles, et qui se sont tous contentés de faire des résumés de Mes Inventions manquant d’imagination. Le point de vue personnel sur la jeunesse de Tesla de l’auteur de sa biographie And In Creating Live, ne va pas être analysé ici. Tesla mérite de raconter sa propre histoire et aux lecteurs revient le droit de se forger leur propre opinion, avant de se lancer dans des interprétations.

V

Malheureusement, il est difficile, voire impossible, pour les lecteurs qui connaissent déjà soit la biographie de Tesla écrite en 1944 par John O’Neill, Prodigal Genius, soit d’autres récits biographiques ultérieurs inspirés de celui-ci, d’aborder l’autobiographie de Tesla sans idées préconçues. O’Neill était un admirateur de Tesla et il avait l’avantage de disposer de bonnes sources (dont le neveu de Tesla, Sava Kosanovith) ; toutefois, son livre est en grande partie responsable du mythe qui entoure aujourd’hui le nom de Tesla. Prodigal Genius est un mélange de vérité et de fiction, avec peu de notes en bas de page, et sans bibliographie pour aider le lecteur à distinguer le vrai du faux*1. Tout livre ou article qui cite O’Neill comme référence doit être abordé avec le plus grand discernement ; par ailleurs, le lecteur de Mes Inventions devra accorder une attention toute particulière aux passages qui pourraient paraître troublants ou surprenants par rapport à ce qu’il savait déjà. La version des faits d’O’Neill qui est tellement imprégnée de ce que les gens pensent savoir de Tesla, pourrait être qualifiée d’ingérence spontanée. Un excellent exemple d’un mythe qui, une fois généré se perpétue à l’infini, est l’histoire de la « prédiction » de Tesla de la mort de sa mère, qui est racontée dans Prodigal Genius et qui a été reprise dans toutes les biographies américaines qui allaient suivre.13 O’Neill était un fervent spiritualiste qui était convaincu que Tesla avait des pouvoirs psychiques, bien que ce dernier ait lui-même écrit dans Mes Inventions qu’il n’a eu qu’une seule expérience qu’il a crue pendant un certain temps relever du « surnaturel ». Il eut, à l’époque de sa mort, la vision de sa mère sur un nuage entourée de nombreuses figures angéliques. Tesla était alors lui-même cloué au lit (non loin de sa mère), terrassé par la pression de ses conférences en Europe et son retour précipité « sans une heure de repos » ; finalement, il resta auprès de sa mère pendant les dernières semaines de sa vie. Quelque temps après sa mort, après avoir retrouvé son équilibre, Tesla s’expliqua cette vision rationnellement, mais apparemment O’Neill n’a jamais accepté cette explication. Après la mort de Tesla, lorsque celui-ci ne pouvait plus se défendre, O’Neill inventa un autre épisode surnaturel – l’histoire de la « prédiction » – et en fit l’élément central pour expliquer les dons psychiques de Tesla.

De nombreuses erreurs dans Prodigal Genius sont imputables à la précipitation d’O’Neill à imprimer son livre – sa santé était défaillante et pourtant il était déterminé à publier la première biographie américaine sur Tesla. Toutefois, pour cette histoire de « prédiction », il réécrit un extrait de Mes Inventions pour faire croire que Tesla avait prédit la mort de sa mère et les événements s’y rapportant. Tesla, en fait, avait seulement décrit une « vision ultérieure », qu’il eut au climax d’une amnésie, quelque temps après la mort de sa mère, en 1892. (Il dit, dans un premier temps, que cet incident est arrivé suite à des problèmes rencontrés avec son transmetteur relié à la terre, alors que plus loin il dit n’avoir commencé ses recherches en radio qu’en 1893.*2) Le récit de Tesla est très clair pour celui qui n’a pas déjà lu la version d’O’Neill : Tesla explique qu’il a tout oublié de son existence, sauf sa prime jeunesse, et que peu à peu, il a retrouvé la mémoire. Finalement, le climax de la singulière dépression nerveuse de Tesla fut le même que le premier : Tesla ressentit « une douleur et un désarroi immenses » en revivant la mort de sa mère pour la seconde fois ! O’Neill reprend mot à mot la description du traumatisme de Tesla, mais dissimule ses références*3 et supprime la seule phrase qui situe la mort de sa mère dans le passé, et non dans le futur : « Je me souviens de mon long voyage du retour, sans pouvoir prendre une seule heure de repos, et de sa mort après des semaines d’agonie ! » (O’Neill a résumé poétiquement, en une seule soirée, les six semaines entre le retour de Tesla en février, et la mort de sa mère en avril !14) Tant d’écrivains ont aujourd’hui repris la version d’O’Neill et d’autres versions de cette histoire de « prédiction », que le récit fascinant et révélateur de l’amnésie de Tesla a été complètement noyé dans un océan de spéculation mystique.

Dans Mes Inventions, Tesla fait part de son exaspération d’avoir été rallié à la cause des passionnés du surnaturel. Il se montrait en général très sceptique par rapport aux phénomènes psychiques, bien qu’il fût exposé dans son enfance à la superstition endémique à Licko, et qu’il admirât, une fois adulte, le chimiste et physicien anglais, William Crookes, qui faisait parallèlement des recherches en métapsychologie. Toutes les mésaventures de Tesla avec les journalistes (et avec ses biographes après sa mort) et le malheureux fait de l’associer avec le surnaturel avaient terni la réputation de Tesla vers la moitié du XXe siècle. Heureusement que, par ailleurs, les efforts inlassables de feu Kenneth Swezey et d’autres admirateurs de Tesla, ont réussi à attribuer à son nom le respect qu’il inspirait jadis.15 En 1956, l’année du centenaire de la naissance de Tesla, l’unité de densité du flux magnétique dans le Système de mesures International (mètre/kilogramme/seconde) fut nommée en son honneur. L’institution américaine des ingénieurs le compte aujourd’hui parmi ses plus brillants anciens élèves, un honneur considérable pour un homme qui n’est pas né sur le sol américain. Il est à espérer que cette réédition de l’autobiographie de Tesla pourra, en ces temps qui marquent un nouvel intérêt pour sa carrière, aider à dissiper certaines idées fausses qui subsistent toujours et qui font qu’aujourd’hui encore Tesla est un sujet pour la presse à sensation et un objet d’adoration. Tesla et son public méritent, tous les deux, mieux que cela.

*1 O’Neill a rédigé une bibliographie partiale qui ne fut jamais publiée. Il en existe une copie dans les dossiers de Swezey au Smithsonian (voir note 4).

*2 : Les conférences et la correspondance de Tesla suggèrent que la technologie sans fil le préoccupait mentalement depuis 1892, mais ne devint un sujet de recherches qu’après la mort de sa mère. Dans une lettre datée du 17 décembre 1934, adressée à George Viereck, relevée (avec des citations choisies) dans la collection Tesla de la New York Public Library, dit clairement que la dépression de Tesla n’apparut « qu’après le développement de mon système de transmission d’énergie sans fil ».

*3 : O’Neill cite en référence un « manuscrit non publié », probablement pour échapper aux droits d’auteur. Si cette supercherie a marché, comme beaucoup d’autres dans Prodigal Genius, c’est parce que la maison d’édition de Hugo Gernsback, détenteur des droits d’auteur, avait passé aux mains d’un nouveau propriétaire en 1929. Gernsback, un grand admirateur de Tesla qui avait certainement lu Prodigal Genius, a dû être conscient de cette violation du droit d’auteur, mais a laissé faire en l’occurrence, n’ayant plus d’intérêt financier.

NOTES

1. Nikola Tesla, » Un nouveau système de moteurs et de transformateurs à courant alternatif », Mémoires de l’Institut Américain des Ingénieurs en Électrotechnique, Vol. 5, pages 308-324, Juillet 1888.

2. Procès verbaux des États-Unis, Jugements de la Cour Suprême, Vo. 320 (Session d’octobre 1942) ; Société américaine Marconi de télégraphie sans fil contre les États-Unis, pages 1-80.

3. Émile Girardeau, « Pourquoi, Nikola Tesla, Créateur de la Radio-Électricité, a-t-il été longtemps méconnu ? », paru originellement à Belgrade en 1938, réimprimé dans Hommage à Nikola Tesla, Belgrade 1961.

4. Lettre du 25 mai 1929 de Hugo Gernsback à Tesla, Musée Tesla, Belgrade. Extrait de la collection de Kenneth Swezey, Institut Smithsonian.

5. Lettre du 15 avril 1956 de Kenneth Swezey à Royal Lee, Institut Smithsonian. 6. Alexander Nenadovic, » Le centenaire de la naissance de Tesla », Politika, Belgrade, 8 juillet 1956, page 680 (traduction du serbo-croate)

7. Lettre du 2 septembre 1958 de Reginald Kapp à Kenneth Swezey, Institut Smithsonian.

8. Nikola Tesla, « Le problème de l’intensification de l’énergie humaine », Magazine Century, Juin 1900, pages 175-211.

9. Lettre, sur microfilm, du 6 mars 1900 de Robert Johnson à Nikola Tesla, Bibliothèque du Congrès (l’original est au Musée Tesla).

10. Nikola Tesla, » La science et les découvertes sont les deux puissances qui vont conduire à l’extinction des guerres », NewYork Sun du 20 décembre 1914. 11. Henry Adams, « Une théorie dynamique de l’histoire » dans The Education of Henry Adams, New York, 1918, et « La Règle des Phases appliquée à l’Histoire » dans The Degradation of the Democratic Dogma, New York, 1919.

12. Orrin E. Dunlap Jr., Marconi, l’Homme et son Système radio, New York,, 1937, page 33.

13. John O’Neill, Prodigal Genius, New York, 1944, pages 264-265. 14. Id. page 101.

15. Kenneth Swezey, « Nikola Tesla », Science du 16 mai 1958, pages 1147-1158.

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( À Suivre )

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 03:15

Le générateur électrique Tesla breveté le 2 janvier 1894 (patent 511 916) a été remis au goût du jour par un inventeur James Robitaille. Ce chercheur a déposé une trentaine de brevets relatifs à l’électronique, aux moteurs électriques, etc. Vous pouvez voir l’ensemble de ses brevets déposés sur http://patent.ipexl.com/inventor/ja.... Il semble donc bien que nous ayons affaire à un ingénieur inventeur qui non seulement comprend la technologie de Tesla mais est également en capacité de la reproduire, de l’adapter et de fournir une documentation gracieusement à tous ceux qui souhaitent construire leur propre générateur.

La philosophie de la diffusion de cette technologie est particulière. Dans un premier temps, il s’agissait de construire un prototype à partir du brevet de Tesla et d’en vérifier les performances. Ensuite, considérant que la commercialisation et l’industrialisation d’une telle technologie seraient bloquées, une documentation de 35 pages avec photos, fournisseurs, schémas, plans, brevet de Tesla, choix des matériaux, etc a été diffusée via le site Fix The World. En 24 heures, 20 000 personnes ont téléchargé ce manuel gratuit, une trentaine de pays à ce jour dispose de cette documentation pour reproduire cette technologie. C’est donc bien dans l’esprit de rendre hommage à Nicolas Tesla, d’offrir au monde sa technologie et de faire un pied de nez à ceux qui bloquent ces avancées depuis un siècle, que cette opération non commerciale a été menée. Chapeau bas à Monsieur Robitaille et au site Fix the World (réparer le monde).

Hommage à Tesla : son générateur électrique offert au monde
Générateur Tesla

Ce système permet de pomper l’énergie du vide quantique à un certain seuil de résonance et de produire 10 KW à 15 KW aussi bien en 110 volt que 220 volt. Robitaille propose une technologie Tesla accompagnée de quelques touches modernes. Au vu de la documentation diffusée gratuitement et mondialement, il apparaît que le choix de la robustesse et de la longévité technique soient au rendez-vous. Un générateur ainsi conçu devrait avoir une durée de vie d’un demi siècle. Si cette initiative se propage et porte les fruits attendus, nous sommes alors bien en face d’une révolution technologique majeure mondiale qui aurait du voir le jour il y a 120 ans.

Comment fonctionne ce générateur ?

Il lui faut une source d’alimentation de départ, telle qu’une batterie ou une manivelle pour alimenter le moteur et faire monter le tout en résonance. Ce moteur fait tourner le rotor dans le cœur du générateur. La configuration du circuit oscillatoire dans le cœur du générateur provoque la résonance. Une fois la résonance obtenue, ce système peut produire entre 10 et 15 KW de puissance. 1 KW est réadmis en entrée. Il est alors possible de débrancher le moteur de la source d’alimentation de démarrage. Nous sommes donc bien selon le brevet de Tesla en présence d’un générateur surnuméraire de 1000 à 1500%.

La guerre du dogme entropique :

Le principe d’entropie est systématiquement évoqué contre toute technologie dite surnuméraire, à savoir, qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Le second principe de la thermodynamique interdit doctement une telle possibilité, tout allant de l’ordre vers le désordre. Or, il faut se rendre à l’évidence que des cas particuliers échappent à cette conception très académique. Il faut envisager une révision de cette conception en émettant l’idée de poly-entropie, voire de neg-entropie déjà observable avec les vortex par exemple. Pour l’aviation, quand l’Académie des sciences affirmait qu’un plus lourd que l’air ne volerait jamais, apparaissaient déjà les premiers avions. Face à la réalité, ce dogme académique s’éteignit. Il en sera de même si cette technologie Tesla se propage hors commercialisation à travers le monde. Devant l’évidence matérielle, il faut jeter les dogmes limitatifs et revoir sa copie en ouvrant une nouvelle ère.

Fabriquer des unités en France

Pour l’instant tout est à faire en France pour fabriquer hors commerce de tels générateurs. Il est nécessaire de regrouper un pôle qui comprend des traducteurs pour toute la documentation et communication en anglais, quelques ingénieurs qui comprennent le brevet de 1894 de Tesla, des professionnels maîtrisant un tour de micro mécanique, des ingénieurs en électromécanique. Il faudrait avoir une intendance qui permette de trouver des fournisseurs en Europe pour disposer des matériaux nécessaires à une telle réalisation, il faudrait une véritable solidarité de toute la presse alternative de notre pays pour suivre pas à pas ces développements et rendre public le plus largement possible une telle initiative. Morphéus demeure structurellement trop modeste pour coordonner une telle démarche, mais déjà ce numéro est un appel en direction de la presse alternative pour qu’elle joue solidairement son rôle. Si des ingénieurs, tourneurs, fraiseurs, électromécaniciens, traducteurs, ou autres compétences veulent se rassembler bénévolement autour du projet que nous nommerons « Hommage à Tesla », écrivez à la rédaction de Morphéus. Nous ferons le bilan de toutes les compétences et moyens disponibles réunis d’ici septembre 2014.

Frédéric Morin

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22 février 2015 7 22 /02 /février /2015 08:44
Le Projet de Tesla relancé par des Russes

Ils veulent reconstruire la Tour de Tesla pour fournir de l’énergie à la planète entière !

Avertissement de Filibert : Des chercheurs essayent de relancer la tour émettrice d'énergie de Tesla, ce qui peut être une bonne chose si l'électro-smog émis, qui se rajoute aujourd'hui à de nombreuses sources d'électro-smog, ne devient pas nocif, surtout pour les fortes puissances nécessaires si l'on veux faire fonctionner des véhicules ou des avions !
D'autre part, il faut un générateur électrique très puissant pour alimenter une antenne de forte puissance et avec quelle énergie l'alimenter ?
Pour les véhicules, une petite adaptation permet de les faire fonctionner à l'eau (Voir : http://changera.blogspot.fr/2014/10/energie-libre-groupe-electrogene-leau.html ), c'est au point, sauf que le lobby pétrolier a régulièrement éliminé les inventeurs et les brevets !
Bientôt, avec les Extra-Terrestres positifs, nous disposeront de l'énergie libre (il y a déjà des Terriens qui en ont mis au point) et surtout les systèmes d'anti-gravité qui permettent de se déplacer facilement dans les airs !
Ce système Telsa serait surtout intéressant pour tous les appareils nécessitant des piles et batteries comme les lampes de poche, téléphones, ordinateurs… économisant ainsi de nombreuses ressources de la planète !
Ensuite il faut interdire toute obsolescence des objets pour les rendre inusables comme dans les autres mondes, fabriqués par des Réplicateurs locaux, rendant inutiles les usines, les transports, les entrepôts, les magasins et les emballages… réduisant ainsi les moyens nécessaires pour vivre !
Sans obsolescence des objets et avec les énergies libres (dans le prix de tout objet, la moitié est représentée par l'énergie utilisée) il sera possible de vivre confortablement avec 80% de budget en moins, donc en travaillant autour de 2h par jour !


 

russie"High Voltage Marx and Tesla Generators Research Facility" (Centre de Recherche des Générateurs Tesla et Marx à Haut Voltage). L’appareillage de test, qui fait partie de l’Université d’ingénierie électrique de Moscou, se trouve dans la paisible ville d’Istra, à 40 km à l’ouest de Moscou.


Rusty-James : Imaginez, de l’énergie propre sans fil, disponible pour n’importe qui dans le monde, que l’on peut connecter sur des voitures ou des avions à zéro émission, de l’électronique qui se rechargerait toute seule, des appareils sans fil exploitant tous de l’énergie par l’intermédiaire d’une antenne radio.
Cela peut ressembler à de la science-fiction, mais cela est basé en fait sur des découvertes vieilles d’un siècle de Nikola Tesla.

 

http://eden-saga.com/wp-content/uploads/teslaWardenclyffeTower200po.jpg


C’était son plan avec la tour Wardenclyffe jusqu’à ce qu’elle ait été réduite à néant par des industriels, parce qu’ils ne pouvaient pas la contrôler et mesurer la consommation d'électricité pour la facturer !
La tour était un amplificateur et un émetteur d’ondes radio traversant l’atmosphère et à laquelle les appareils électriques pouvaient librement s’alimenter.
Tandis que beaucoup de micro-utilisations de ce type d’énergie commencent à apparaître, une application à large échelle est encore absente.
Deux scientifiques russes espèrent changer cela en construisant la tour "émettrice d’énergie sans fil" de Tesla.


Leonid Plekhanov et Sergey Plekhanov, tous les deux diplômés de l’institut de la physique et de la technologie de Moscou, croient qu’en combinant les plans de Tesla avec les matériaux modernes et d’autres découvertes récentes, ils réussiront à donner de l’énergie propre à la planète entière.
"Les matériaux et le matériel modernes nous fournissent une incroyable occasion de ré-implémenter l’invention de Tesla, et d’établir une solution aux problèmes de transmission d’énergie d’aujourd’hui !
Nous avons recréé une version de la tour Wardenclyffe de Tesla fondée sur ses principes, mais à l’aide des matériaux et composants électroniques avancés modernes et nous sommes prêts à la construire", écrivent-ils sur leur href= »https://www.indiegogo.com/projects/let-s-build-a-planetary-energy-transmitter » target= »_blank » rel= »nofollow »>page de crowdfunding.
Les tours fonctionnent fondamentalement pour magnifier l’énergie électrique et pour la transmettre par l’intermédiaire d’ondes radio à travers le globe en utilisant le "guide d’ondes entre la Terre et la ionosphère comme une sorte de simple fil."




Nikola Tesla a imaginé que cette technologie propre alimenterait des maisons et des véhicules électriques, y compris des avions.
Mais aujourd’hui les utilisations semblent sans fin. Michael Jaeger a astucieusement expliqué le potentiel de l’énergie sans fil dans un article daté de 2012 :
Les émetteurs de puissance approvisionnés par des installations de production pourraient envoyer des mégawatts de puissance avec des millions de volts à des fréquences gigahertz dans l’atmosphère en tant qu’ondes radio, et les appareils mobiles comme les téléphones portables pourraient la saisir à travers l’air, plus aucun besoin de batteries.

 

http://img.over-blog-kiwi.com/1/40/52/25/20150113/ob_811c95_nikola-tesla-couverture-stephane-kervo.jpg


Tous les véhicules pourraient être électriques avec des émissions zéro, et selon le nombre d’émetteurs et la puissance de sortie de ces émetteurs, on pourrait théoriquement conduire à travers tout le pays sans que cela exige de grandes batteries.
Les maisons auraient des antennes pour les brancher à la grille d’alimentation plutôt que des fils.
Les pertes de puissance seraient minimales, pas comme aujourd’hui.
Nos grilles d’alimentation voient par habitude des pertes de puissance de 8 %.
Il n’y aurait aucun encombrement de ligne d’alimentation, ce qui produit de grandes pointes dans l’évaluation localisée du prix dans le marché de gros de l’électricité en raison de la limitation de transmission par ligne.
On éliminerait des coûts d’infrastructure pour transmettre sans risque l’énergie.
Cela raisonne, comme un futur assez étonnant.

Vous pouvez aider ce projet chez IndieGoGo.
** Cet article a été initialement décrit sur Activist post.**
Source: http://www.neotrouve.com/?p=5485

Vidéo :http://www.dailymotion.com/video/x2bv1b5_des-scientifiques-russes-et-la-tour-de-nikola-tesla_news?start=145

Des scientifiques russes et la Tour de Nikola… par LenferMeMent
http://rustyjames.canalblog.com
http://elishean.fr/aufeminin

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