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7 juillet 2025 1 07 /07 /juillet /2025 00:23
La Pologne américanophile : russophobie et germanophobie (1)

« Je n’ai pas de meilleur ami en Europe que la Pologne »
George W. Bush – Président des États-Unis

Le sentiment antirusse en Pologne est aussi viscéral que, de nos jours, son penchant atlantiste. Le problème de la russophobie polonaise sera abordé d’une façon très succincte, en faisant l’impasse sur l’histoire : Napoléon, les différents partages successifs de la Pologne entre la Russie, l’Autriche-Hongrie et la Prusse, les insurrections successives de libération nationale, l’exécution en 1940 de 22 000 officiers polonais par les bolcheviques à Katyn, l’insurrection de Varsovie d’août 1944 trahie par Staline. Nous nous intéresserons essentiellement aux problèmes contemporains et à l’attitude que doivent adopter les Européens vis-à-vis de la Pologne s’ils veulent véritablement réaliser l’Europe Puissance des nations de Brest à Vladivostok et se rapprocher de la Russie.

Le 4 novembre, jour de l’unité russe, suite à la défaite polonaise du 4 novembre 1612 à Moscou

En l’absence de tsar et de patriarche car ce dernier est en prison en Pologne de 1610 à 1618, la population russe s’unit pour faire face aux périls. Il faut défendre la « patrie en danger ». Deux personnages prennent la tête du mouvement à Nijni-Novgorod, le marchand Cosmas Minin et le prince Dmitrij Pojarskij. D’avril à juillet 1612, ils tiennent à Jaroslavl, promue au rang de capitale de la Russie, le « Conseil des terres russes » et y rassemblent la première armée nationale populaire, composée de citoyens et de paysans des régions centrales et septentrionales de la Russie. Le 2 août 1612, une partie de cette armée populaire arrête les Polonais près de Moscou et le 4 novembre 1612, l’armée de libération nationale libère Moscou de l’occupation des armées polono-lituaniennes. Cela permet la tenue de l’Assemblée qui va élire Michel Romanov, Tsar de Russie, le 21 février 1613, marquant la fin du « Temps des Troubles ».
Sous l’empire russe, l’anniversaire de cet épisode a été régulièrement célébré jusqu’en 1917 ; cette manifestation fut abolie en 1917 et restaurée en 2005. Par cette fête, les Russes célèbrent moins la victoire remportée sur les occupants de leur pays que l’unité du peuple russe qui a su se rassembler pour sa libération, hors de la présence du tsar et du patriarche.

La Pologne, cheval de Troie de l’Amérique en Europe, hostile à la Russie

Les diplomates français présentent souvent d’une façon confidentielle les Polonais comme les chevaux de Troie de l’Amérique tandis que ces derniers trouvent la France imprudemment anti-américaine. Cette divergence se double d’un désaccord sur la Russie, jugée partenaire géopolitique clé à Paris, au nom de « l’histoire » et de la géographie ; Varsovie se méfie des tentatives des Français de s’entendre avec Poutine « au-dessus de leurs têtes ».
Les Polonais évoquent souvent le projet de Confédération européenne de Mitterrand comme exemple de la volonté française de contourner l’OTAN, mais ils oublient que Mitterrand a farouchement défendu la Pologne pour la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse par l’Allemagne, lors de la réunification allemande. François Mitterrand exprima effectivement sa volonté, fin décembre 1989, de voir se former une Confédération européenne réunissant tous les pays du continent qui incluait l’Union soviétique et excluait les États-Unis. Les États-Unis entreprirent un travail de sape contre le projet ; les pays de l’Est ne voulurent pas devenir membres d’une structure dans laquelle les États-Unis seraient exclus. Ces pays y virent aussi un moyen de retarder leur intégration à la Communauté économique européenne, Mitterrand ayant déclaré à la veille des Assises de Prague que leur adhésion ne serait pas possible avant une dizaine d’années.
C’est avec le PiS, parti conservateur et populiste, qu’on voit beaucoup plus tard s’installer en Pologne un discours anti-français soutenant que la France n’est pas un allié fiable et qu’elle a lâché la Pologne en 1939. C’est oublier que la France a déclaré effectivement, le 3 septembre 1939, la guerre à l’Allemagne, dès l’agression de la Pologne par l’Allemagne. De plus, ce qui fut une faute lourde supplémentaire du général Gamelin et d’Édouard Daladier, il était parfaitement incohérent d’accorder la garantie française à la Pologne, au printemps 1939, en s’alignant sur la diplomatie de Londres, sans remettre en cause le principe de la neutralité belge, car cela supposait, dès l’attaque allemande de la Pologne, de porter le gros des forces motorisées françaises sur la frontière belgo-allemande, de façon à faire peser une réelle menace sur la Ruhr.

L’Europe de l’Est et la renaissance de la puissance russe

Le retour de la puissance russe, le désir de revanche du Kremlin qui n’a jamais accepté, on peut le comprendre, l’étrange défaite sans combat de la guerre froide a ravivé les différends entre la Russie et l’Europe de l’Est. Signant la fin de l’effacement international de la Russie, les interventions justifiées de Moscou en Géorgie, en Crimée, et en Ukraine dès 2014, ont réveillé les douloureux souvenirs historiques ainsi que ceux de l’occupation soviétique, après la victoire de l’URSS en 1945.
Pour l’Europe orientale, mais plus particulièrement pour la seule Pologne et les trois minuscules pays Baltes, trente ans après la chute du Mur, le danger vient toujours de l’Est. Géographiquement tournée vers la Méditerranée, l’Europe du Sud a conservé au contraire un héritage et une proximité avec ses anciennes colonies. C’est aussi du Sud que viennent le danger terroriste et la menace djihadiste. Vu de l’Ouest, la Russie, avant d’être une menace, est un acteur international qui compte sur de nombreux dossiers dans le monde.
Les attitudes oscillent cependant entre hostilité et très forte sympathie, même en Europe de l’Est, plus particulièrement en Hongrie et en Bulgarie. Les Bulgares n’ont jamais oublié le lourd tribut payé par l’armée tsariste au XIXe siècle pour les libérer du joug turc.
Fragilisés au niveau géopolitique par la montée en puissance de la Russie, les pays de l’Est ont en outre l’impression d’être des citoyens de seconde zone ; ils pensaient intégrer l’UE sur un pied d’égalité, mais ils sont devenus « l’Est de l’Ouest » alors qu’à l’époque soviétique, ils étaient « l’Ouest de l’Est », selon Jacques Rupnik. Ils se rebellent contre les pays de l’Europe de l’Ouest, qui ne veulent pas prendre en compte leurs craintes géopolitiques, sociétales et leurs identités culturelles.

Varsovie préfère acheter américain, coréen, israélien plutôt que français ou allemand

Deux jours après avoir ratifié le traité d’adhésion à l’Union européenne, le 1er mai 2004, la Pologne a signé « le contrat du siècle » avec les États-Unis pour l’achat de 48 avions de combat multi-rôle F-16 de Lockheed Martin d’un montant de 4,7 milliards de dollars avec les intérêts. Varsovie, membre de l’OTAN depuis 2009, a fait le choix de l’avion américain, au détriment du Jas-39 Gripen suédo-britannique et du Mirage 2000-5 du français Dassault. Le choix effectué par la Pologne pour remplacer ses vieux chasseurs Mig 21 obsolètes de fabrication soviétique a scandalisé Serge Dassault : « Ou la Pologne vient en Europe et achète des Mirage 2000, ou bien elle continue de rester en dehors et achète des F16 ».
La saga pro-américaine de la Pologne n’a fait que s’amplifier d’une façon hallucinante, en se moquant ouvertement de la France. Paris n’oublie pas le camouflet brutal à François Hollande en 2016, quand le gouvernement polonais a fait volte-face sur l’affaire des hélicoptères Caracal, dont la vente avait été négociée avant sa visite, pour l’annuler au dernier moment, en achetant du matériel américain. En 2023, la Pologne est devenue le premier allié de l’Amérique en Europe : « Le partenariat polono-américain n’a jamais été aussi étroit » a pu souligner l’ambassadeur des États-Unis à Varsovie. 10 000 militaires américains stationnent sur la base de Rzeszow en Pologne. Le but ultime de la Pologne est une armée de 300 000 hommes, avec un budget de défense de 4 % du PIB, soit 33 milliards de dollars ; Varsovie souhaiterait se doter aussi d’une force de 3000 chars pour devenir la première armée de terre d’Europe. Afin d’atteindre cet objectif un peu prétentieux vis-à-vis de la France et de l’Allemagne, la Pologne continue de se fournir en capacités de défense auprès de l’Amérique, d’Israël, de la Corée, du Royaume-Uni, ignorant systématiquement les offres européennes et françaises.

Fin août 2023, Washington a approuvé un contrat géant de 12 milliards de dollars, incluant la vente de 486 lance-roquettes Himars pour 10 milliards de dollars et de 96 hélicoptères d’attaque Apache. Avec les dix-huit lanceurs déjà commandés en 2019, l’armée polonaise disposera de 500 lanceurs Himars ! D’autres contrats conclus avec les Américains portent sur 32 avions de combat F-35 de Lockheed Martin, 366 chars Abrams (GDLS) et des systèmes antimissiles Patriot (Raytheon). Ceux conclus avec la Corée du Sud concernent un millier de chars K2 (Hyundai Rotem), près de 700 obusiers automoteurs, 50 avions de combat FA-50 (KAI) et 288 lance-roquettes multiples K 239.
Il se trouve que la Pologne a aussi acheté en 2023 quelques missiles anti-aériens au groupe européen d’armement MBDA, pour un montant de 2,4 milliards de dollars mais, ce qui est tout un symbole, l’achat a été effectué auprès de la filiale britannique du groupe ! La Pologne a enfin acheté en 2023 quatre systèmes norvégiens de missiles antinavires à la société Konsberg, la Norvège étant aussi, comme par hasard, viscéralement pro-OTAN, pro-anglo-saxonne et pro-Amérique !

Dans le domaine de l’énergie, fortement orienté vers le gaz naturel liquéfié américain, la Pologne a aussi fait le choix en novembre 2022 de l’américain Westinghouse pour bâtir sa première centrale nucléaire avec deux réacteurs, sans aucun égard ni considération pour le français EDF ! Et comme si la coupe n’était pas déjà assez pleine pour la France, le groupe polonais Ze Pak a signé au même moment un accord-cadre avec la compagnie d’État sud-coréenne KHNP pour la construction de futurs réacteurs sur un de ses sites dans le centre du pays. Ce nouveau partenariat n’augure rien de bon pour la filière nucléaire française. EDF a déposé une offre pour la construction de 4 à 6 EPR sur deux ou trois sites et n’a rien obtenu à ce jour. L’électricien tricolore dit « regretter que son offre préliminaire, basée sur la technologie EPR, 100 % européenne, n’ait pas été discutée pour ce premier site, dans un processus concurrentiel où les aspects techniques, industriels, commerciaux et financiers auraient prévalu ». EDF maintient son offre à la Pologne, alors que les Américains comptent bien obtenir davantage qu’un seul chantier sur les trois ou quatre envisagés par Varsovie pour décarboner son mix électrique, très dépendant du charbon. (À suivre)

Marc Rousset – Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique/Pour une Alliance avec la Russie » – Préface de Piotr Tolstoï – 370 p – Librinova – 2024

 

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