Un siècle après sa naissance, le Liban est à l’agonie
On se souvient de la tentative de Macron de sauver le Liban du naufrage, en voulant s’immiscer dans les affaires inextricables de ce pays multiconfessionnel. Un échec cuisant. Il faut être bien naïf pour prétendre sauver un pays contre lui-même. Comment démêler un tel sac de nœuds quand les rivalités interconfessionnelles, les conflits d’intérêts et les ingérences étrangères sont innombrables ? C’est tout simplement mission impossible.
Né en 1920 d’un partage de la Syrie, entité alors administrée sous mandat français, le pays du Cèdre connut une belle période de prospérité après son indépendance en 1943, jusqu’à la guerre civile de 1975, qui a ravagé le pays durant 15 ans.
Surnommé la « Suisse du Moyen-Orient » ou le « Coffre-fort du Levant », le Liban a longtemps été une référence de réussite économique et un modèle d’art de vivre dans la région.
Pour comprendre l’enchaînement des événements qui ont conduit à l’effondrement du pays, il faut remonter à 1967. Dans un excellent article, Jean-Jacques Lamy nous relate les faits essentiels.
« La débâcle des armées arabes face à l’offensive de l’armée israélienne, en juin 1967, changea la situation. En six jours les armées égyptienne, syrienne et jordanienne s’effondrèrent. L’Égypte perdit la bande de Gaza, qu’elle avait annexée en 1948, et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan, et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Les dirigeants arabes perdirent tout crédit aux yeux des masses arabes et des populations palestiniennes. Celles-ci se tournèrent vers les organisations nationalistes comme le Fatah de Yasser Arafat ou le FPLP de Georges Habache qui affirmaient leur volonté de ne pas baisser les armes, et de continuer la lutte armée. »
Chassés de Cisjordanie après la guerre des « Six jours », les Palestiniens se sont donc réfugiés massivement en Jordanie, formant peu à peu un véritable État dans l’État, les fedayins menant leur raids contre Israël depuis le royaume hachémite. En 1969, Yasser Arafat prend le contrôle de l’OLP et devient le leader de la lutte contre Israël.
Mais cette ascension du mouvement palestinien devenu de plus en plus puissant commence à inquiéter les dirigeants arabes, en priorité le roi Hussein de Jordanie qui décide d’en finir avec cette force décidément envahissante. C’est le « Septembre noir de 1970 ». Hussein lance son offensive militaire contre les fedayins et les camps de réfugiés en Jordanie.
Ces derniers furent écrasés. Chassés cette fois de Jordanie, les Palestiniens se réfugièrent au Liban.
Et ce fut le début de l’inexorable descente aux enfers pour la Suisse du Moyen-Orient.
https://www.linternaute.fr/actualite/guide-histoire/2576344-guerre-du-liban-resume-de-la-guerre-civile-de-1975-a-1990/
Le pays se déchire entre musulmans pro-Palestiniens et chrétiens nationalistes. La guerre civile va durer 15 ans, donnant lieu à d’innombrables et épouvantables massacres.
Les interventions de la Syrie, d’Israël, de la France, des États-Unis et de l’Iran n’y changeront rien. Seul l’Iran tirera les marrons du feu avec un Hezbollah surpuissant et surarmé.
La France et les États-Unis, quant à eux, y laisseront respectivement 58 et 241 de leurs soldats, tués dans des attentats-suicides du Hezbollah en 1983. L’ingérence occidentale se paie parfois très cher.
Aujourd’hui, le Liban n’est plus que l’ombre de lui-même. Le pouvoir se partage entre les différentes communautés, chrétienne maronite, musulmane sunnite et musulmane chiite pour l’essentiel, mais il n’y a aucune stabilité politique.
La crise économique et bancaire est catastrophique. Le choléra a fait son apparition.
Ceux qui le peuvent fuient le pays. 17 000 personnes l’ont quitté en 2020 et 79 000 en 2021.
80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté
Le taux de chômage atteint 30 %
La dette publique est égale à 150 % du PIB
L’inflation est à 200 % depuis janvier 2022
Les 3/4 de la jeunesse veulent fuir le pays.
Tel est le résultat du vivre-ensemble libanais, tel est le résultat du choc interconfessionnel entre chrétiens et musulmans. Rien de bien nouveau puisque les cultures ne se mélangent pas.
Le Liban est détruit à jamais.
La guerre civile a été une guerre de religion entre islam et chrétienté. Toutes les autres causes sont secondaires. Ce qui s’est passé au Liban se passe partout où l’islam devient assez fort.
Preuve qu’il n’y aura jamais de société multiculturelle paradisiaque, pas plus en France qu’au Liban.
(chiffres JDD)
Jacques Guillemain
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