Il est bien dommage qu’en France la guerre en Ukraine se résume au narratif otanien, sans la moindre contradiction possible. Prétendre que la nation russe qui a écrasé le nazisme serait aux abois et au bord de l’effondrement relève soit de la naïveté la plus sidérante, soit de la mauvaise foi la plus misérable.
https://www.les4verites.com/international/vers-une-defaite-logique-de-la-russie
GM. Vers une défaite logique de la Russie
RL. On cherche vainement la logique dans ce titre osé, alors que la Russie n’a engagé que 15 % de ses forces face à l’Ukraine. Et c’est oublier que ce pays a sacrifié 26 millions des siens pour écraser la puissante armée allemande. Sans les Russes il n’y aurait jamais eu de débarquement possible en Normandie. Si l’Ukraine a mobilisé toutes ses forces, la Russie commence seulement à rappeler des réservistes sans toucher à son armée d’active. Poutine l’a dit : les choses sérieuses n’ont pas encore commencé.
GM. Au rythme où vont les choses, la situation en Ukraine aura sans doute évolué quand cet article paraîtra. Au moment où j’écris, la débâcle de l’armée russe s’accentue. Le lendemain du discours prononcé par Vladimir Poutine pour promulguer « l’annexion » à la Russie de quatre provinces de l’Ukraine que l’armée russe n’occupe que de manière très partielle, la ville de Lyman dans la province de Donetsk tombait aux mains de l’armée ukrainienne, et sa chute suivait celle de Kupiansk et Izyum.
RL. Sur les 120 000 kms2 conquis par les Russes, les Ukrainiens en ont repris 5 % au prix de très lourdes pertes. Où est la débâcle russe ? Tous ces territoires seront repris après la mobilisation de 300 000 réservistes. Il est impensable que Poutine recule.
Ce que vous ne dites pas c’est que le retrait des troupes russes s’est fait en bon ordre et sans pertes. Alors que les troupes ukrainiennes ont été massacrées sous le feu de l’aviation et de l’artillerie russes. On évalue les pertes ukrainiennes à 500 ou 600 soldats mis hors de combat chaque jour au cours de la « reconquête ». Une victoire à la Pyrrhus. Depuis le début des hostilités, ce sont 20 000 soldats ukrainiens mis hors de combat chaque mois, tués, blessés, prisonniers ou déserteurs. Les soldats ukrainiens eux-mêmes dénoncent cette boucherie aussi stupide qu’inutile. Car ce sursaut ukrainien ne va pas durer. Poutine ne lâchera rien.
GM. La libération de toute la province de Donetsk avant l’hiver devient une possibilité. La libération de l’intégralité du Donbass pendant l’hiver n’est pas impossible. La ville de Kherson, au Nord de la Crimée, est sur le point de tomber et serait déjà tombée si Poutine n’avait pas ordonné aux soldats qui s’y trouvent de rester sur place. Les officiers présents à Kherson avaient dit à Poutine, il y a peu, que leur situation était désespérée et demandé l’autorisation de se retirer.
RL. Tout cela relève du rêve. Dans quelques semaines Poutine disposera de 500 000 soldats, entraînés, motivés et équipés de matériels modernes. Des convois de trains incessants arrivent de Sibérie avec armements et munitions pour gagner la ligne de front. Les quatre régions russes seront libérées totalement de l’occupation ukrainienne, conformément au vœu du peuple russophone de ces territoires historiquement russes.
GM. Ceux qui imaginaient que l’armée russe était puissante et efficace voient leurs illusions se dissiper, et ceux qui imaginaient qu’elle remporterait la victoire ne peuvent que déchanter. Je n’ai jamais fait partie des uns ni des autres. Quiconque connaissait l’état de la Russie aujourd’hui, et les budgets dont disposait l’armée russe, savait que la Russie était un pays en déclin, et ressemblait plus à un pays du tiers-monde qu’à un pays développé.
RL. Il est assez sidérant de lire ces sornettes. Voilà 20 ans que Poutine reconstruit son armée pendant que les Européens ont détruit la leur, afin de « récolter les dividendes de la paix ». La Russie a des années d’avance dans le domaine de l’hyper-vélocité et la miniaturisation de la propulsion atomique. Ses missiles hypersoniques qui volent à plus de mach 5 sont imparables, car très manœuvrables et trop rapides pour être interceptés. Il faudra dix ans au mieux pour que les Occidentaux rattrapent leur retard. A ce jour, ils en sont encore au stade des essais ratés.
Quant aux drones sous-marins capables de détruire une ville côtière ou de provoquer un tsunami géant, il naviguent trois fois plus vite qu’un sous-marin, à 1000 mètres de profondeur, ont 10 000 km d’autonomie et sont indétectables. Là encore, l’Occident n’a pas l’équivalent.
GM. La Russie vit de l’exportation de matières premières et a peu d’industries. Les zones développées du pays se situent à l’Ouest dans les régions de Moscou et de Saint-Pétersbourg. S’en éloigner pour prendre la direction de la Sibérie montre vite l’existence de zones pauvres ou très pauvres. La Russie a un produit intérieur brut équivalent à celui de l’Espagne, avec une population trois fois plus nombreuse. Les commentateurs occidentaux soutenant Poutine insistent souvent sur le faible produit intérieur brut de l’Ukraine et sur l’existence de corruption dans le pays, mais oublient de dire que, sur ces deux points, la Russie n’est guère mieux placée. Le produit intérieur brut par tête de l’Ukraine se situe environ à 4 000 dollars et celui de la Russie se situe à 10 000 dollars, essentiellement grâce au gaz et au pétrole, mais les revenus issus du gaz et du pétrole profitent à une infime minorité. Dans le classement des pays en matière de liberté économique et de corruption, l’Ukraine est à la cent trentième place mondiale, mais la Russie est quasiment au même niveau, et se situe à la cent treizième place.
RL. Ne confondons pas la Russie avec le Zimbabwe ! Je rappelle que les Russes ont ouvert la conquête spatiale dès 1957 avec Spoutnik. Et en 1961 Youri Gagarine devenait le premier homme de l’espace. Pour un pays qui n’a que peu d’industries, c’est plutôt bluffant !
La richesse par habitant n’atteint pas le niveau occidental, c’est exact, mais l’écart est beaucoup moins marqué en PPA. En effet la corruption reste un fléau du pays. Mais au niveau économique, la Russie reste la 11e puissance mondiale et dire qu’elle a peu d’industries relève d’une ignorance totale. Le secteur industriel représente 30 % du PIB, soit trois fois plus qu’en France, laquelle a bradé son savoir faire industriel ! La Russie maîtrise toutes les technologies et ses remarquables compétences scientifiques et techniques sont indiscutables.
Son secteur industriel couvre tous les domaines : mines, aéronautique, spatial, naval, atome, armement, machines outils, agro-alimentaire, chimie, automobile, textiles. Les pays maîtrisant tous ces domaines se comptent sur les doigts d’une seule main. Et vous appelez cela « peu d’industries » ? J’ajoute que ce pays possède 20 % des richesses minières de la planète, de quoi voir venir ! De plus, la Russie n’a pas de dettes quand la France croule sous une dette égale à 120 % du PIB. La Russie connaît le plein emploi contrairement à la France.
Le FMI reconnait que la Russie résiste et s’adapte aux sanctions. Le rouble a retrouvé son niveau d’avant guerre et Moscou diversifie ses débouchés pour compenser les pertes de marchés en Europe.
GM. L’armée russe est une armée déficiente et est elle-même une armée du tiers-monde. Elle dispose encore des armes atomiques datant de l’époque soviétique, et Poutine a fait construire des prototypes d’armes modernes qui sont l’arbre qui cache la forêt.
RL. J’ai déjà répondu à cela. Le narratif occidental depuis le début de l’offensive nous présente une armée russe datant de l’ère soviétique, mal commandée, peu mobile, peu motivée, sous-équipée et manquant de munitions depuis mars 2022. Une farce grotesque.
Demandez-vous plutôt pourquoi Biden n’envoie pas ses légions en Ukraine puisque les soldats russes sont des va-nu-pieds incapables de faire la guerre. Les Américains ont perdu toutes leurs guerres depuis 1945 et vous pensez qu’ils vont gagner contre l’armée russe ? Des « armées du tiers-monde » capables de tirer 50 000 obus par jour quand les Ukrainiens, aidés par les 32 nations de l’Otan, n’en tirent que 5 000, je n’en connais pas beaucoup…L’armée russe est la deuxième armée du monde et elle n’a encore rien donné de sa puissance.
GM. L’Ukraine seule n’aurait certes pas pu résister, mais elle n’est pas seule. Elle a choisi de se rapprocher du monde occidental. Dès les premiers jours de la guerre, l’armée russe a été en situation d’échec, et le monde occidental a vite décidé d’aider l’Ukraine. Dès ce moment, les dés étaient jetés, et la situation actuelle était prévisible. J’ai dit dès le début du mois de mars que l’armée russe allait perdre. Je n’ai jamais pensé qu’elle pourrait remporter la victoire, non.
RL. Alors, libre à vous de jouer les devins. Personnellement je me garderais bien de vendre la peau de l’ours un peu trop vite. J’ai au contraire toujours cru à la victoire des Russes. D’autant plus que vous semblez oublier, mais vous n’êtes pas le seul, que c’est la Russie qui occupe 20 % du territoire ukrainien et pas l’inverse. Quand Zelensky aura reconquis les 120 000 km2 perdus, on en reparlera…
GM. Je n’ai, hélas, pas été surpris par les crimes de guerre commis par l’armée russe. Celle-ci a commis des crimes de guerre en Tchétchénie il y a vingt ans et en Syrie plus récemment. J’ai juste été surpris de voir tant de gens en France avoir des illusions et imaginer excessivement : les données étaient disponibles. J’ai été surpris aussi de voir tant de gens en France se situer du côté du dictateur russe, ennemi avéré du monde occidental, et pas du côté du monde occidental dans lequel ils vivent.
RL. A propos des crimes de guerre, les commissions d’enquête se poursuivent. Mais rappelons que les crimes de guerre dans le Donbass, perpétrés par les Ukrainiens depuis huit ans, n’ont jamais ému les Occidentaux, champions des droits de l’homme, alors que l’ONU, Amnesty International, Human Right ou la Croix Rouge les ont dénoncés. Deux poids deux mesures et les preuves abondent.
GM. Les discours sur le « globalisme » et le fait que Biden soit un Président des États-Unis nocif constituent des explications partielles, mais n’expliquent pas tout. L’Ukraine est aujourd’hui une démocratie qui se rapproche du monde occidental, la Russie est dirigée par un dictateur ennemi du monde occidental.
RL. Je vous rappelle que c’est l’Occident qui a repoussé les Russes en 1991, les Américains craignant cette grande Europe de l’Atlantique à l’Oural dont rêvait de Gaulle. Ne renversez pas les rôles. J’ajoute que Zelensky est cité par les Panama Papers et que son armée a commis bon nombre d’atrocités dans le Donbass. Comme modèle de démocratie, on a vu mieux. Poutine n’est pas un saint mais voilà huit ans qu’il attend que les accords de Minsk soient respectés pour protéger les populations russophones. Mais qui l’a écouté ?
Quant à dire que Poutine est l’ennemi du monde occidental, c’est oublier que l’Otan s’est élargi de 16 membres en 1990 à 32 aujourd’hui, toujours plus à l’est, resserrant l’étau sur la Russie. Qui menace qui ?
Enfin, bon nombre de pays et pas des moindres, soutiennent Poutine dans son combat pour un monde multipolaire affranchi de l’hégémonie américaine. Si Mohammed Ben Salman a refusé à Biden d’augmenter la production de pétrole, la baissant au contraire de 2 millions de barils/jour, ce n’est pas un hasard. Les Brics, la Turquie et les monarchies du Golfe soutiennent la Russie que l’on dit isolée.
GM. Il y a un agressé et un agresseur. Que des gens qui se prétendent défenseurs du monde occidental se situent du côté d’un ennemi du monde occidental me laisse songeur.
RL. Oui, mais l’agressé depuis 2014 c’est le Donbass ! Encore une fois, vous renversez les responsabilités. L’agresseur, c’est l’Ukraine qui bombarde et persécute les populations russophones du Donbass huit ans. L’agresseur, c’est l’Occident qui a renversé en 2014 le régime pro-russe qui siégeait à Kiev. L’agresseur c’est l’Occident qui arme, forme et encadre l’armée ukrainienne pour frapper les républiques séparatistes du Donbass, en violation totale des accords de Minsk de 2015, signés par Moscou, Kiev, Paris et Berlin, et qui accordaient l’autonomie aux républiques de Donetsk et de Lougansk.
Poutine n’aurait jamais lancé son offensive si Kiev et les Occidentaux avaient respecté les accords qu’ils ont signés. Cette guerre va détruire l’Ukraine, ruiner l’Europe et n’empêchera aucunement Poutine d’annexer les territoires russophones.
Moi, ce qui me laisse songeur, c’est que l’Occident donneur de leçons, soi-disant le paradis de la liberté d’expression, diffuse depuis sept mois un narratif antirusse mensonger sans la moindre contradiction.
Vous défendez un pays mafieux et corrompu, qui n’appartient ni à l’OTAN ni à l’UE, pour servir les seuls intérêts des Américains qui ont la haine des Russes et refusent une Europe indépendante intégrant la Russie.
En 246 ans d’existence, les Etats-Unis ont été en guerre pendant 230 ans, la plupart du temps en tant qu’agresseur, comme en Irak ou en Serbie, en avançant d’odieux mensonges d’Etat.
Ce n’est pas cet Occident que je défends, ce monde « libre » où le droit américain a remplacé le droit international et où les peuples sont méprisés et trompés par leurs élites, est devenu insupportable.
Jacques Guillemain
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Réponse à Guy Millière qui prédit la débâcle russe sur 4 Vérités Hebdo
Il est bien dommage qu'en France la guerre en Ukraine se résume au narratif otanien, sans la moindre contradiction possible. Prétendre que la nation russe qui a écrasé le nazisme serait aux abo...
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