Mercredi à la tribune de l’ONU, Volodymyr Zelensky a présenté son « plan pour la victoire ». L’un des points de ce « plan » est le retour des troupes russes à leurs positions d’avant le déclenchement de l’« opération spéciale » en février 2022. Evidemment totalement inacceptable pour Moscou. La réaction du Kremlin a été brève et explicite : « La position qui consiste à essayer de forcer la Russie à faire la paix est une erreur absolument fatale. Il est impossible de forcer la Russie à la paix ». Pour qu’aucun doute ne subsiste sur les intentions russes, Vladimir Poutine en a profité pour redéfinir la doctrine nucléaire de la Fédération dans le sens d’un durcissement : « L’agression de la Russie par un pays non-nucléaire mais avec la participation ou le soutien d’un pays nucléaire est considérée comme une attaque conjointe de la Fédération de Russie » vient-il de déclarer lors d’une réunion du Conseil de sécurité de la Russie. Toutes les conditions de l’apocalypse sont dorénavant réunies.
Ce « plan de la victoire » aurait eu une once de crédibilité si les troupes de Kiev maintenaient leurs positions face à l’armée russe. Or, tant dans l’oblast de Koursk que sur le front stratégique du Donbass, l’armée ukrainienne recule. Pokrovsk est un nœud routier et ferroviaire vital pour la logistique et l’acheminement des troupes ukrainiennes dans le Donbass. Sa chute – imminente – sera suivie de celles de Kostyantynivka, Druzhkivka, Kramatorsk (quartier général ukrainien dans le Donbass) et Slovyansk. C’est la totalité de l’oblast de Donetsk qui est d’ores et déjà à portée de main des troupes russes.
Les armes longues portée que l’Otan s’apprête à fournir à Kiev ne changeront pas la donne : elles autoriseront Moscou à frapper plus durement le complexe militaro-industriel ukrainien. Les Russes pourraient également cibler des bases militaires de l’Otan en pays tiers, y compris avec des armes nucléaires tactiques. La destruction d’un terminal gazier ou pétrolier russe par des armes longue portée otanienne serait immédiatement suivie du bombardement nucléaire tactique de l’une des nombreuses bases Otan de Pologne : Redzikowo, Powidz, Bemowo Piskie, Lask, Slupsk…, qui sont autant de portes d’entrée des armes des alliés à destination de l’Ukraine, voire de la grosse base otano-allemande de Ramstein, essentielle pour l’aide militaire de l’Occident à l’armée de Kiev.
Zelensky a insisté sur la nécessité de sanctions économiques renforcées contre la Russie. Or les sanctions n’ont eu aucun effet négatif sur l’économie russe – avec 10 700 milliards de roubles (115 milliards de dollars) de recettes attendues en 2024, les ventes de pétrole et de gaz sont en hausse de 21 % par rapport à 2023 -, et elles ont durement frappé les économies européennes.
La Russie a d’autres cordes à son arc que l’usage d’armes nucléaires tactiques ou stratégiques dans la guerre que lui mènent les Etats-Unis par Ukraine interposée. Elle peut également armer les Houthis du Yémen et transférer des technologies nucléaires à Téhéran – allié de Moscou au sein des BRICS+ – , accélérant son accès à la bombe atomique et à ses vecteurs hypersoniques. « Il se trouve que la Russie a des alliés plus décisifs que les nôtres. C’est une honte pour l’Occident », se désole Roman Kostenko, secrétaire de la Commission de défense et du renseignement du Parlement ukrainien. La véritable honte de l’Occident est de pousser la Russie dans les bras des mollahs, alors qu’elle est l’alliée naturelle de l’Europe. Avec des économies en berne, et le danger de l’islamisme conquérant, l’Europe aurait sans doute d’autres chats à fouetter qu’aider l’Ukraine à garder des provinces – la Crimée et le Donbass – qui sont par essence russes.
Un spectre hante l’Occident et donc le monde entier, celui de l’apocalypse nucléaire. Il ne se trouvera aucun « historien du futur » pour analyser l’aveuglement des « élites » occidentales quant à la forte probabilité de cet apocalypse. Aucun historien, pour la bonne raison que la civilisation aura cesser d’exister. Si d’aventure l’Otan s’avisait de répliquer aux bombardements tactiques russes sur des objectifs militaires otaniens par des bombardements d’objectifs civils, la Russie n’aurait d’autre choix que de procéder à des bombardements stratégiques sur les villes européennes et américaines.
Henri Dubost
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