Les missiles que possèdent actuellement l’Ukraine ne peuvent atteindre les cibles russes situées en profondeur. Les Himars ont une portée de 77 km. Les Atacms américains et les Storm Shadow-Scalp franco-britanniques sont bridés à 250 km. Kiev réclame depuis des mois le droit d’utiliser des missiles longue portée occidentaux. En jeu, des Storm Shadow-Scalp, et des Atacms « débridés »
Le 6 septembre dernier, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a estimé qu’aucune arme spécifique ne changerait la donne dans cette guerre. Par ailleurs les Russes ont déjà mis hors d’atteinte leur armement sensible, comme leurs bombardiers stratégiques. La livraison de missiles longue portée à l’Ukraine changerait la nature du conflit, sans en changer l’issue finale. Les Occidentaux se rendront-ils à l’évidence, ou s’engageront-ils dans une escalade terrifiante ?
Avec les missiles dont elle dispose, l’Ukraine ne peut frapper que des cibles situées dans le Donbass et en Crimée, et dans les régions frontalières russes directement liées aux opérations de combat de Moscou. Avec des missiles longue portée, ce sont près de 250 bases et installations militaires en Russie qui pourraient être atteintes selon une carte publiée le 27 août par l’Institute for the Study of War (ISW) :

https://storymaps.arcgis.com/stories/8b060c46ee6f49908f9fb415ad23051c
Vladimir Poutine a affirmé ce jeudi 12 septembre que cela « changerait la nature même du conflit » et signifierait que « les pays de l’Otan sont en guerre contre la Russie« . La déclaration du président russe « est extrêmement claire, sans ambiguïté et ne comporte aucun double sens« , a insisté vendredi le porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov face à la presse.
La Maison Blanche craint que les représailles russes ne prennent la forme d’une attaque contre les points de transit des missiles vers l’Ukraine, comme une base aérienne en Pologne. Ce qui pourrait déclencher l’article 5 de l’Otan – aux termes duquel une attaque contre l’un ou plusieurs de ses membres est considérée comme une attaque dirigée contre tous – l’entrée en guerre de l’alliance contre la Russie et in fine une guerre entre puissances nucléaires.
Une guerre perdue vaut-elle la peine de risquer un conflit apocalyptique entre puissances nucléaires ? Quelle seraient l’attitude des pays alliés de la Russie au sein des BRICS+, dont la Chine ? L’un des buts de l’offensive de Koursk était de mettre la Russie en difficulté dans le Donbass et de forcer Poutine à la négociation. On a vu pour quels résultats. La finalité de l’ « opération spéciale » lancée en février 2022 est la « libération du Donbass ». On ne voit pas ce qui pourrait faire dévier Moscou de son objectif.
Malgré des revers militaires tant dans le Donbass que dans l’oblast de Koursk, et des défections en cascade dans son gouvernement, Zelensky veut encore croire en la victoire : au cours d’une conférence ce vendredi à Kiev, le président ukrainien a déclaré qu’il rencontrerait en septembre son homologue américain Joe Biden afin de lui présenter «un plan pour la victoire» de l’Ukraine : «Un ensemble de solutions interconnectées qui donneront à l’Ukraine suffisamment de pouvoir, suffisamment de choses, pour mettre cette guerre sur la voie de la paix». Invraisemblable charabia… Pas sûr que Biden comprenne de quoi il s’agit. D’ailleurs, peut-être croira-t-il rencontrer le président Poutine :
Henri Dubost
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