La Sibérie d’aujourd’hui : un avant-poste des Européens face à la Chine
Si les savants ont déclaré solennellement l’Oural comme ligne de démarcation entre l’Asie et l’Europe, les autochtones, eux, le considèrent comme une ligne de partage des eaux couverte de forêts, et rien de plus. L’administration russe ne s’en préoccupa jamais et réunit ses deux flancs sous le même gouvernement et plus tard sous une même république, qui considéra également le paisible Oural au paysage ondulé, dont la pente ne devient raide que dans le nord lointain de la toundra, comme une contrée et nullement en tant que frontière.
Les Russes ont colonisé la Sibérie, le Caucase et l’Asie centrale parce qu’ils étaient obligés de le faire. Cela correspondait à des impératifs vitaux pour leur survie, à l’obligation géopolitique de trouver des frontières naturelles dont ils étaient dépourvus et qui étaient indispensables à leur protection. Il ne faut jamais oublier que, jusqu’au XVIIe siècle, la Russie était totalement dépourvue de frontières naturelles à l’est et au sud, et que le relief de steppes qui était le sien permit aux hordes nomades turco-mongoles de se déverser sur elle au XIIIe siècle, de l’annexer, puis, après qu’elle eut réussi à conquérir son indépendance et à se libérer de deux siècles d’un joug cruel, de l’attaquer continuellement.
L’expansionnisme russe, contrairement à celui de l’Europe occidentale, était défensif et structurel.
Aujourd’hui l’intérêt économique majeur de la Sibérie réside dans ses richesses forestières, minières, de gaz et de pétrole jusqu’aux régions arctiques. La Russie a planté son drapeau au pôle Nord en juillet 2007 par plus de 4 000 mètres de fond. La Sibérie fournit aussi de l’hydroélectricité et du charbon avec de riches bassins tels que celui du Kouzbass. Grâce à la Sibérie, la Fédération de Russie est le deuxième producteur mondial de charbon derrière les États-Unis avec 500 années de réserves. La Sibérie possède des gisements d’argent, d’or, d’uranium, de cuivre, de titane, de plomb, de zinc, d’étain, de manganèse, de bauxite. Un diamant sur quatre dans le monde provient de Sibérie. Le réchauffement climatique ouvre la perspective d’exploitation d’autres immenses ressources en hydrocarbures. Moscou sera l’acteur principal dans la pièce qui va se jouer pour les ressources naturelles, la science et le transit maritime du XXIe siècle dans le Grand Nord.
Le grand défi de la Sibérie est son trop faible peuplement, suite aux rigueurs du climat, par seulement 43 millions de Russes, avec le risque d’une colonisation rampante par la Chine, mais maîtrisée et gardée sous étroit contrôle par la Russie. Le nombre actuel de Chinois en Sibérie serait de l’ordre de 2 millions.
La nécessité de l’espace : une vérité qui n’est plus reconnue
Que depuis toujours la politique soit une lutte pour l’espace car il constitue l’alpha et l’oméga de toute vie, voilà une vérité qui n’est plus reconnue. Un avantage évident revient à qui, outre sa technicité, dispose aussi des matières premières nécessaires. Qui n’a que sa technique à offrir et doit importer les matières premières est désavantagé. C’est l’indépendance à long terme que de pouvoir se nourrir des produits de sa terre, que d’exploiter ses propres matières premières, que de pouvoir se défendre avec des armes conçues et fabriquées chez soi dans un espace aussi grand que possible.
L’espace contient tout ce dont nous avons besoin, même l’air que nous respirons et l’eau qui nous désaltère. Il constitue le bien suprême. Plus d’espace, c’est plus de rivières et de forêts, plus de terrain pour bâtir sa maison avec un grand jardin, plus d’occasions de fuir les bruits et l’intoxication des villes, plus de calme pour réfléchir, travailler, rêver. Renoncer à l’espace, c’est renoncer à la vie.
Puissance suppose extension, expansion, gain de nouvelles provinces, de nouveaux marchés, de nouveaux partenaires pour de nouveaux projets. Pas de puissance sans espace. L’Eurasie du Pacifique à la Baltique peut contenir plus d’hommes que le territoire de l’Europe occidentale. De plus, Paris est à deux fuseaux horaires seulement de Moscou, et à six fuseaux horaires de Washington avec l’Atlantique qui sépare ; il est donc possible de parler d’un espace européen commun et continu.
L’espace géographique paneuropéen
Après l’éclatement de l’URSS, le territoire de la Russie s’est réduit de vingt-deux millions de kilomètres carrés à dix-sept millions de kilomètres carrés. Malgré cette réduction, la superficie de la Russie occupe le 1er rang mondial et représente environ le double de la superficie des États-Unis, de même que celle de la Chine puisque ces deux derniers pays ont une taille comparable.
Une donnée qui caractérise la Russie, c’est en effet son immensité. Le pays s’étale sur douze fuseaux horaires. Il est donc tout à fait possible de parler d’un espace naturel euro-sibérien. Un droit à l’occupation doit donc être reconnu aux peuples européens sur l’espace allant du sud du Portugal au détroit de Behring, en incluant le nord Caucase et la totalité de l’espace sibérien. Sur cet espace, 500 millions d’Européens et 150 millions de Russes devraient pouvoir prolonger jusqu’à Vladivostok, en face du Japon, les frontières humaines, géographiques et culturelles de la Grande Europe.
Marc Rousset – Auteur de « Notre Faux Ami l’Amérique /Pour une Alliance avec la Russie » -Préface de Piotr Tolstoï – 370 p – Librinova – 2024
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