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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 15:44
Général Georgelin : « Notre-Dame, c’est le cœur de la France »

Trois ans après l'incendie de Notre-Dame de Paris, le général Georgelin fait le point au micro de Boulevard Voltaire sur les travaux de reconstruction de la cathédrale, qu'il dirige. Il évoque le projet, l'avancée, les difficultés mais aussi la grandeur de ce chantier hors normes, et la fierté des compagnons qui y travaillent.

 

Qu’avez-vous ressenti en voyant les images de Notre-Dame de Paris en feu ?

Je n’étais pas à Paris, c’est donc mon ancien aide de camp qui m’a appelé au téléphone parce qu’il savait que j’étais un grand amoureux de Notre-Dame. Il m’a dit « Mon Général, Notre-Dame brûle ». Peu de temps après, il m’a rappelé et j’ai vu depuis le pont de la Concorde et en direct de son téléphone, le haut de la flèche tomber. C’est l’image que tout le monde a en tête. C’est vraiment une émotion considérable. À ce moment-là, je pense tout de suite à l’orgue et aux roses. Je trouve que l’orgue et les rosaces de Notre-Dame sont extraordinaires.

Un général à la tête d’un chantier, n’est-ce pas étonnant ?

On a mis un général, car un général c’est une question de leadership et d’organisation. Je suis là pour faire avancer le projet, pour faire travailler tout le monde ensemble et pour atteindre l’objectif qui est de réaliser ce chantier sur une durée de cinq ans.

Trois ans après, on a l’impression que le chantier de reconstruction n’est toujours pas ouvert, pourquoi ?

Il faut faire attention, lorsqu’on parle de chantier de reconstruction on pense à la flèche, à la charpente, à la couverture du grand comble, mais en réalité c’est beaucoup plus. Nous avons déjà démarré depuis longtemps les travaux à l’intérieur de la cathédrale qui font partie de la reconstruction. On a monté à l’intérieur de la cathédrale une véritable cathédrale de fer. On a mis des échafaudages le long des parois qui permettent ce volet de la reconstruction que constitue le nettoyage en 2D et 3D de tous les murs et de toutes les voûtes de la cathédrale qui ont été imprégnés de poussière de plomb.

Par ailleurs, nous avons commencé les travaux d’installation des conduits électriques et des chauffages. Cela ne se voit pas, mais c’est aussi le travail de reconstruction. Ce dernier a commencé, mais il n’est pas visible de l’extérieur. On verra vraiment les choses changer en début 2023.

Pourquoi ce chantier est-il hors norme ?

Il y a des charges symboliques considérables sur Notre-Dame. On a bien vu que la nuit de l’incendie, Notre-Dame était le cœur de la France, croyant ou non. C’est lié à notre Histoire. Cette charge symbolique fait qu’il y a une exigence particulière d’exemplarité, de réussite, patrimoniale, architecturale sur ce chantier. En ce moment, vous avez aussi en France des chantiers considérables que celui de Notre-Dame. Lorsque vous regardez les chantiers du Grand Paris Express, c’est aussi très impressionnant. Notre-Dame a une dimension qui nous dépasse.

Quels sont les défis humains et techniques que vous devez relever ?

Il y a déjà eu des défis comme le démontage de l’échafaudage sinistré autour de la flèche au moment de l’incendie avec ces cordistes pendus au bout de leur corde. Dans le trou du transept, on ne pouvait pas mettre plus de six cordistes à la fois, alors qu’il y avait 40 000 pièces à démonter. C’était quand même assez impressionnant. Les chantiers humains sont liés à la grande hauteur. Ce chantier se déroule à très grande hauteur. Ces défis sont aussi liés au maintien d’un patrimoine qui nous vient depuis 8 siècles. Il faut le maintenir tout en utilisant les dernières technologies en matière de construction et de traitement des monuments historiques.

Quel est votre objectif ?

L’objectif est de rendre la cathédrale au culte pour les catholiques donc à l’archevêque de Paris en 2024. En 2024, on reverra les catholiques et les visiteurs entrer dans Notre-Dame.

Pourquoi cette date est-elle importante ?

Le soir de l’incendie, tout le monde disait qu’on allait mettre 20 ans à reconstruire cette cathédrale. Je crois qu’il fallait arrêter cela et fixer une date pour mobiliser les esprits.  Dès lors que l’on s’est assuré que la cathédrale était solide sur ses piliers et qu’elle était donc reconstructible, il s’agissait de reconstruire la flèche, de refermer la voûte du transept, de réparer les parties de la voûte du choeur et de la nef, de reconstruire la charpente en bois et de reconstruire la couverture du grand comble ainsi que les aménagements intérieurs. Si on ne met pas un délai contraignant, il est certain que le chantier durera dix ans.

Le délai de cinq ans est un profond effet de mobilisation de chacun sur la reconstruction de la cathédrale.

Y a-t-il des tensions entre les différentes parties prenantes ?

Mon rôle est précisément de réduire ces tensions et de faire en sorte que chacun écoute l’autre, comprenne l’autre et restaure cette cathédrale avec un objectif commun.

Vous avez évidemment des divergences de vues entre l’affectataire en charge de l’église et les grands spécialistes en charge de la conservation des monuments. Ils ont une tendance naturelle et normale à considérer qu’ils ont la vérité sur les monuments historiques. Vous avez aussi des tensions avec mon établissement public. Nous sommes chargés de faire en sorte que les choses avancent, que l’on ne s’attarde pas et que l’on ne pose pas de faux problèmes. Mon rôle en tant que président de l’établissement public est d’abord de veiller au respect des délais et en même temps de réduire les tensions. S’il y a trop de tensions, on ira à l’échec par rapport aux délais.

Les inquiétudes sur un parcours lumineux qualifié par certains de « showroom du politiquement correct » sont-elles fondées ?

Il y a eu une polémique avec des critiques à la fois féroces et infondées. On parlait de piste d’aéroport, etc. Je crois que tout cela rentrera dans l’ordre calmement. Il y a eu une présentation très équilibrée à la commission nationale du patrimoine et de l’architecture le 9 décembre. La CMPA a fait quelques observations et la commission va en tenir compte. Je pense qu’il n’y a pas lieu de tirer des plans qui n’ont pas lieu d’être par rapport à cela.

Je suis convaincu que l’éclairage intérieur de la cathédrale que propose la commission liturgique de l’archevêque va être assez extraordinaire et assez nouveau. Je ne vois pas très bien pourquoi on qualifierait cela de showroom. C’est assez malveillant et malvenu.

Pourquoi les projets proposant une flèche moderne ou une vraie forêt en lieu et place du toit ont-ils été rejetés ?

S’agissant de l’aménagement extérieur, nous agissons conformément au grand texte, qui dans le monde, régit la restauration et la rénovation des monuments historiques. Ce texte dit qu’un monument doit être restitué dans son dernier état connu. C’est ce que nous allons faire. C’est pour cette raison que nous reconstruisons la flèche avec son plomb et son bois telle qu’elle a été construite par Viollet-le-Duc. On est tout à fait conforme à la doctrine qui s’impose à peu près à tous les pays du monde sous le régime de l’UNESCO.

Quel est votre meilleur souvenir sur ce chantier ?

Il faut toujours regarder devant. On est toujours content lorsqu’on franchit une étape.

Lorsqu’on voit le travail qui a précédé ces commissions et les résultats obtenus sur le franchissement des CMPA notamment en juillet 2020 et décembre 2021, on est assez content. Ce que je trouve assez réconfortant sur ce chantier c’est l’enthousiasme et la fierté de ces compagnons de travailler sur ce chantier de Notre-Dame. C’est aussi réconfortant de voir ces jeunes Français qui travaillent et qui font en sorte que ce patrimoine hérité du passé puisse le projeter dans l’avenir. C’est assez beau.

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