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15 mai 2022 7 15 /05 /mai /2022 04:33
Baptême de Jésus dans le Jourdain

La fête du baptême du Christ est une grande fête en Orient. Dans la liturgie romaine, elle vient clore le cycle liturgique de la Nativité. La méditation sur l’incarnation de Verbe nous conduit à nous interroger sur notre propre baptême et son sens aujourd’hui.

 

La question qu’on se pose parfois : Jésus avait-il vraiment besoin de recevoir un baptême pour être ce qu’il était? Pourquoi fallait-il qu’il passe par le rite de Jean-Baptiste, destiné avant tout à des pécheurs voulant changer de vie ? Luc en donne un éclairage intéressant : après avoir reçu le baptême, une nouvelle étape prend forme pour Jésus. Il est en prière, et le ciel s’ouvre, une voix venue du ciel s’adresse directement à Jésus pour reconnaître en lui le Fils bien aimé, ce qui en fait son unique porte parole. Pour Luc, Jésus est consacré au service de Dieu depuis sa naissance.

L’évangéliste veut donner ce message aux communautés, pour faire le lien entre la prière et le don de l’Esprit, comme il le développe dans les Actes de Apôtres. La prière, attitude indispensable chez les vrais disciples, pour vivre en fils de Dieu, comme Abraham, Moïse et toutes les grandes figures bibliques.

Le langage du récit de Luc est explicite, « les cieux s’ouvrent« , et l’Esprit, sous la forme d’une colombe pacifique, vient accréditer le « fils bien aimé » On a donc, après l’épiphanie, la théophanie. Cela veut dire qu’après la manifestation à Israël (la Nativité) puis aux païens (l’Epiphanie), Jésus s’est préparé par la prière afin d’accéder à ce tournant décisif : son engagement public dans l’annonce du royaume de Dieu…

En effet, dans la pensée de Luc, il faut comprendre que c’est depuis son enfance et son adolescence que Jésus s’est initié à ce grand jour de son baptême : il fait cette fois son entrée publique de prédicateur itinérant, en connaisseur exceptionnel des Saintes Ecritures. Il ne part pas de zéro : Jésus a d’abord reçu l’éducation d’un jeune israélite observant, dans une famille pratiquante, il a été imprégné de cette spiritualité biblique des anawîm, les humbles du Seigneur, dans la sensibilité de ses parents, de Marie sa mère en particulier, et de tous ceux qui attendaient avec ferveur la Consolation d’Israël.

On se souvient de l’épisode de sa présentation au Temple, avec la joie des anciens, en la personne d’Anne et Syméon, enthousiasmés par cette révélation. Puis Jésus a certainement fait ses premiers pas en Egypte, près des pyramides, puisque ses parents avaient dû fuir là-bas quelque temps pour éviter le massacre des innocents décrété par Hérode en Judée. Mais leur but n’était pas de devenir des Egyptiens, ils aspiraient à revenir au plus tôt en Israël, malgré les dangers.

Cette écoute attentive de la Parole de Dieu a rythmé ses journées, y compris son temps d’apprenti dans le travail du bois avec Joseph son père adoptif, et c’est sur cette prière permanente à Dieu que s’est fondée peu à peu sa relation vivante avec le Père. C’est également pour ressourcer en permanence cette confiance que, avec ses parents et d’autres membres de la famille, Jésus est allé chaque shabbat à la synagogue, mais aussi qu’il s’est rendu en pèlerinage à Jérusalem chaque année pour la Pâque et pour le Grand Pardon.

Jean Baptiste a lui aussi préparé le terrain pour cette mission, au point que certains se demandaient s’il n’était pas le libérateur attendu. Le prédicateur du Jourdain a tellement insisté sur le visage de justice de Dieu voulant remettre de l’ordre dans ce monde tourmenté, que beaucoup s’interrogeaient. C’est en ce sens qu’il s’est servi de l’eau vive du baptême pour purifier et réveiller en vue du monde à venir. Mais cette eau est très chargée de mémoire biblique : elle a guéri de la lèpre qui le défigurait Naaman le Syrien, les eaux ont été séparées par Josué lors de l’entrée en terre promise et c’est tout près de là que le prophète Elie a été enlevé au ciel sur son char de feu.

Si Jésus a commencé par être baptisé par Jean baptiste c’est avant tout parce qu’il était d’accord avec son puissant appel à la conversion, adressé à ceux qui veulent un monde différent. Car Jésus a voulu commencer son ministère en priorité auprès de ceux et celles qui reconnaissent avoir besoin de revenir à Dieu. On comprend pourquoi il refusera même de perdre un seul instant avec ceux qui se contenteraient d’être « en règle » avec des prescriptions religieuses. « Je ne viens pas pour les bien portants mais pour ceux qui se savent malades… »

Nous retrouvons ici la dimension pascale du baptême : le peuple de Dieu est né de sa traversée des eaux par le passage de la mer rouge, au temps de l’Exode. C’est pourquoi, toujours dans le registre pascal, Jésus proposera à ses disciples un autre baptême, différent d’un simple geste de purification. En plongeant volontairement dans le mystère de sa mort, Jésus va communiquer à ses disciples la relation de communion et de confiance qu’il vit avec le Père. C’est l’amour de Dieu et de l’humanité vécu jusqu’au don de soi-même.

Lorsque Jean Baptiste affirmera « Voici l’agneau de Dieu! », il parle de sacrifice, le comparant aux agneaux du Temple, immolés pour le pardon des péchés. Lui-même, prêtre du temple, sait de quoi il parle ! Ainsi, il désigne Jésus non seulement comme celui qui offre sa vie tel le serviteur souffrant d’Isaïe, mais comme la personnalisation intégrale de la force d’aimer, celui qui fait s’accomplir le mystère de la rédemption.

A chaque époque, il est utile de se redemander qui était vraiment Jésus et d’approfondir son message. Le Jésus que nous imaginons est-il bien celui qui se faisait baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain? Est-on certain de retrouver le Jésus de l’histoire derrière l’image qui a été faite de lui au fil des siècles? Nous pressentons que son identité est forcément plus exigeante et plus englobante que celle qui nous est familière, surtout à notre époque de confusion religieuse et de relativisme dilué.

Nous pouvons demander à Dieu le Père de nous redire à travers sa Parole et aussi nos expériences vécues ce que représente Jésus dans la vie des hommes et du monde, ce qui nous aidera à mieux saisir à quelle grande aventure de foi nous sommes appelés, greffés par grâce sur l’alliance avec Israël.

Car c’est en connaissant mieux le Fils, et surtout en étant plus unis à lui dans l’Esprit par la prière que nous deviendrons, par toute notre vie, ce que notre baptême fait de nous, dans la « israelitica dignitas » : des hommes et des femmes engendrés par Dieu, actifs pour la justice et la paix, car porteurs de toute l’espérance du Royaume de Dieu.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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