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25 juillet 2019 4 25 /07 /juillet /2019 21:09
Notre-Dame : le Sénat pour la restauration à l’identique, les Compagnons du Devoir humbles et enthousiastes

Alors que le Sénat et l’Assemblée se livrent une bataille à distance sur le projet de loi de restauration de Notre-Dame de Paris, chez les Compagnons du devoir, les apprentis tailleurs de pierre, couvreurs, charpentiers se disent prêts à participer au chantier fixé à 5 ans par Emmanuel Macron.

La bataille législative pour la restauration de Notre-Dame de Paris se poursuit : les sénateurs ont adopté, cette nuit, le projet de loi, après avoir largement modifié le texte voté par les députés et qui prévoit des dérogations possibles en matière de patrimoine, de commande publique et d’environnement. Ce dispositif exceptionnel, permis dans l’article 9 du projet initial, avait été supprimé par la commission de la Culture du Sénat, la semaine dernière. Et puis, contre l’avis du gouvernement, la chambre haute a voté, cette nuit, l’inscription dans le texte que la restauration devra être fidèle au « dernier état visuel connu » de la cathédrale, avant l’incendie.

Ce projet de loi est un sujet sensible pour les politiques et les professionnels du patrimoine. Le texte est également observé par de jeunes pousses, à savoir, les apprentis tailleurs de pierre, charpentiers, couvreurs des Compagnons du devoir, qui pourraient être amenés à travailler sur ce chantier qu’Emmanuel Macron veut voir aboutir en cinq ans, soit pour les Jeux olympiques de 2024. Catherine Duthu est partie à la rencontre de ces artisans en herbe à Champs-sur-Marne, à une vingtaine de kilomètres de Paris.

Dans la maison des Compagnons du devoir de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), parmi les apprentis en première année de CFA, Matthias et Julien l’avouent : au lendemain de l’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril, ils étaient partagés entre tristesse et espoir de participer, peut-être, à la restauration de la cathédrale. « Forcément, c’est une question que l’on s’est posée avec mes collègues, avec mes copains », explique Mathias Coudert, qui travaille déjà sur de nombreux monuments historiques à Paris, dont le Palais-Royal, avec l’entreprise qui le forme. Comme les autres apprentis du CFA de Champs-sur-Marne, Mathias alterne les périodes de six semaines en entreprise et deux semaines dans la maison des Compagnons du devoir pour des cours plus généraux. « Pouvoir dire que l’on a bossé sur un tel chantier, c’est une fierté pour nous, en tant que couvreurs mais il faut avoir le savoir-faire« , renchérit Julien Boulet, apprenti de 20 ans.

Les apprentis des Compagnons du devoir sont pétris d’humilité face à Notre-Dame, chef-d’œuvre de l’art gothique, dont la charpente en bois et la flèche, signée Viollet-le-Duc, ont été détruites le mois dernier. Ils savent que s’ils souhaitent participer un jour à la restauration de la cathédrale, ils rencontreront des problèmes bien différents des chantiers qu’ils connaissent habituellement. Xavier Maihol, le prévôt de la maison de Champs-sur-Marne, à la tête du centre de formation, affirme que les Compagnons du devoir peuvent relever le défi de la restauration de Notre-Dame, même si les techniques de construction initiale de la cathédrale ne sont plus forcément utilisées. « Sur la taille de pierre et la science de bâtir en pierre massive, on a des compétences en France plus qu’ailleurs », souligne Xavier Mailhol, tailleur de pierre de formation. Il précise que « sur la stéréotomie [la science de la taille et de la coupe des matériaux de construction, de la pierre notamment, ndlr], le dessin d’un bâtiment, d’une voûte, pour que la structure en pierre massive tienne, sans qu’il n’y ait besoin d’ajouter de la ferraille ou autre, c’est quelque chose qui est très peu enseigné désormais mais c’est une spécialité que l’on a particulièrement en France depuis des siècles et chez les Compagnons en particulier. Nous sommes attachés à développer cela et à pousser cet art le plus loin possible. » Et de s’enorgueillir de ce savoir-faire français : « c’est comme cela que l’architecture gothique est née en France ».

Les compagnons de Champs-sur-Marne se gardent bien de se prononcer sur les arbitrages politiques autour de la restauration de la cathédrale, préférant ne pas se mêler du concours d’architecture international lancé pour restaurer la flèche de Notre-Dame et laissant le débat à l’exécutif et aux législateurs. Cette nuit, les sénateurs ont opté pour une restauration à l’identique de Notre-Dame, fidèle au « dernier état visuel connu » de la cathédrale, avant l’incendie, ce qui comprend la flèche alors que vendredi encore, Emmanuel Macron avait appelé de ses vœux une « reconstruction inventive », en s’inspirant de « ce qu’avait fait Viollet-le-Duc en son temps », avec « une alliance de la tradition et de la modernité, une audace respectueuse ». Mais y aura-t-il assez d’artisans qualifiés, en France, pour participer à ce chantier ? Rien que chez les Compagnons du devoir, le secrétaire général Jean-Claude Bellanger estime qu’il manque 450 tailleurs de pierre, charpentiers et 200 pour commencer un apprentissage dès septembre prochain.

France Culture

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